Les artistes expriment leur vision du Monde, leurs convictions, leurs obsessions. Les quilteuses contemporaines savent utiliser le tissu pour faire connaître ce qui leur importe. Gina Adams est l’une d’elles. C’est Betty qui m’a donné l’information sur ce bouquet de quilts hors du commun exposés en ce moment dans le New Hampshire.
Exposition exclusive de Gina Adams à Dartmouth College à Hanover, New Hampshire, tout l’été.
Ses quilts ont une forme inédite : du texte appliqué sur des quilts anciens, souvent abîmés par l’outrage des ans.
Mais les textes ne sont pas choisis au hasard, ce sont les nombreux traités signés entre les hommes blancs et les tribus natives, c’est-à-dire en langage courant les Indiens.
Ces textes sont parfois très antérieurs aux quilts, les premiers traités étant du 17e siècle, promettant aux Indiens de l’argent et du pouvoir contre les terres, mais la plupart ont l’âge des quilts, datant du 19e siècle. Appliquer ces textes qui engageaient les autorités coloniales puis gouvernementales des Etats-Unis sur des objets de confort que sont les quilts amplifie le sentiment de malaise sur ces promesses non tenues, d’autant plus qu’un véritable génocide suivra.
Gina Adams est descendante Native Americaine et Européenne (elle descendrait du 2e Président des Etats-Unis, John Adams), d’où probablement son engagement particulier pour rappeler cette part honteuse de l’Histoire des Etats-Unis.
Gina Adams
Les photos sont de la page Facebook de Gina Adams. Vous pouvez voir d’autres photos de ses quilts par ici.
Bien souvent les textes étaient rédigés de manière obscure, à dessein… C’est pourquoi parfois les textes ne sont pas bien lisibles sur les quilts…
Mary Stuart (1542-1587) par François Clouet, vers 1560.
Une longue amitié lie les Écossais et les Français et nous partageons de nombreuses pages d’histoire comme celle de Mary Stuart. Depuis plus de quatre siècles cette femme inspire les artistes. On la voit incarnée au cinéma dans d’innombrables films et séries (si on voit Elizabeth 1ère, Mary Stuart n’est jamais loin), poètes et musiciens la vénèrent, historiens et écrivains ont écrit de touchantes biographies (comme Stefan Sweig)… Et bien sûr les romanciers font la part belle à la fascinante Mary Stuart au destin tragique, la seule qui fut reine de France et d’Ecosse. Mini-sélection : le court roman de Didier Decoin La Dernière Nuit (1978) et le gros pavé de Ken Follett, Une Colonne de Feu (2017). Si touchante, la petite Mary.
Dans les hautes terres du nord de l’Ecosse, les Highlands, J. K. Rowling y a situé la mythique Ecole de Poudlard (Harry Potter), poursuivant ainsi la tradition de légendes et de magie qui collent à ce pays.
Parmi tant d’autres, Outlander, saga écrite par Diana Gabaldon (aussi en série TV), nous plonge aussi dans un univers fascinant, après le fameux Highlander (film de 1986) avec Christophe Lambert.
Bien sûr les montagnards d’Ecosse, les Highlanders, sont célèbres pour leurs kilts ! Nous parlions vendredi dernier de nos souvenirs d’enfance, quand nos mères aimaient nous vêtir de ces jupes alors à la mode.
Le plus célèbre représentant de la fierté highlander est Sean Connery :
Kilts, quilts, les mots prêtent parfois à confusion en France… Rappelons que les kilts sont des jupes dont le tissage spécifique, aux lignes de couleurs entrecroisées, est appelé tartan en anglais, écossais en français. Chaque clan (famille) possède son propre dessin précis depuis le 19e siècle (seulement, dirais-je !), c’était auparavant plutôt lié à la localité. Les kilts étaient au début un lé de tissu de 5 mètres de long enroulé autour de la taille puis le pan restant était relevé sur l’épaule et épinglé.
En Ecosse, ce sont les hommes qui portent le kilt… et la femme le pantalon ? 😉 Plus sérieusement, des tribunes se posent la question des normes vestimentaires (par exemple iciiciou là). Prendre du recul, voir ce qui se passe ailleurs ou avant, c’est intéressant !
Les tartans ont inspiré une quilteuse qui fait des kilts en quilts (vous me suivez ?) et vient de publier ce livre :
Avec des techniques modernes et de bons petits trucs et astuces, Kathy Allen nous convie à réaliser des tartans de 7 clans mais aussi de s’en inspirer pour créer le sien, si on le souhaite !
Outre une intéressante introduction historique, Kathy Allen réinterprète donc des tartans comme ceux-ci :
Elle joue habilement avec les effets de transparence qui me rappellent certains quilts de Bill Kerr et Weeks Ringle, pionniers des quilts modernes :
En France, Cosabeth Parriaud anime des stages sur les transparences, c’est un thème toujours intéressant car il exerce l’œil à analyser les nuances et jouer avec la lumière.
Des impressions d’écossais, de carreaux, de signes + sont explorées par des artistes contemporaines. Ces techniques sont simples, amusantes, mais longues tout de même ! En quilt moderne, le but est de ne pas copier mais découvrir, à partir d’inspirations, de nouveaux horizons…
Voyons tout d’abord une infime partie des quilts d’Eleanor McCain sur ce thème, elle est parmi les premières à avoir fait une série de quilts avec des grilles qui donnent parfois des idées de tartan :
Eleanor Mc Cain, Variation on a theme, 2010, Private Collection of Bain ConsultingDouble square grid, Eleanor McCain, 2000, collection privéeGray Green Grid Study with Red 2007, 47″ x 47″ Private Collection of Allen and Laura McCain
Autre artiste, Maria Shell, qui fait partie de la nouvelle génération des modern quilters :
To Agnes Martin with color, de Maria Shell.Tribe, toujours de Maria Shell, garde comme thème le simple + qui mène aux impressions de tissage.
Curieuse de quilts modernes ? Procurez-vous son livre :
Bonjour ☀,
Bienvenue dans la Ruche des Quilteuses 🐝 !
Voici la suite et fin de mon exposé sur deux mouvements artistiques qui s’articulent autour de la Première Guerre Mondiale.
Le style arrondi, féminin, alangui de l’Art Nouveau a vécu. Après le traumatisme de la Grande Guerre, on voulait tourner la page et aller vers du neuf, du différent, du moderne en mouvement. Le monde a un désir d’ordre, de sobriété, de symétrie. Des prémices de cette orientation se voyaient déjà dès 1910 mais c’est vers 1925 qu’explose cette esthétique, d’où son nom Art 1925 jusque dans les années 1960. Ensuite on commence à dire Art Déco. L’Art Déco est masculin, qui va d’une sobriété élégante à l’étalement d’un luxe affiché.
Contrairement à l’Art Nouveau, l’Art Déco aime les lignes droites et la symétrie ! Intersections, triangles, octogones (carrés aux angles coupés) sont les figures géométriques typiques de l’époque.
Nos villes françaises sont riches en exemples architecturaux, car on a beaucoup construit pendant les Années Folles. Je ne résiste cependant pas à vous montrer comme exemple Art Déco le building Chrysler de Manhattan :
Malgré tout ce que je viens de vous dire, les arrondis existaient bien dans l’esthétique des années folles (les années 20), et surtout dans les années 30. Souvent les maisons ont des fenêtres-hublots, les immeubles sont des proues à l’angle de deux rues : c’est l’esprit-paquebot. Nous sommes au temps où on traversait l’Atlantique non seulement pour l’émigration définitive ou le commerce, mais aussi pour le plaisir… mais pas encore en avion de ligne !
Avant sa déportation, Simone Veil habita ce grand bâtiment blanc de Marseille construit en 1931.L’arrondi rappelle la proue d’un paquebot, les balcons évoquent les coursives (voir ce blog)
Les affiches de spectacles sont Art Déco ou cubistes, montrant le dynamisme de ces Années Folles, l’envie de profiter de la vie moderne sous le signe du mouvement :
Après avoir voulu caractériser l’Art Déco, je ne peux m’empêcher de nuancer tout cela. L’Art Déco c’est aussi et surtout un état d’esprit. Tout comme pendant l’Art Nouveau, l’Art Déco était l’expression des jeunes artistes qui bouillonnaient d’idées novatrices. Ils étaient farouchement contre le « modernisme » de l’époque… Difficile de suivre presque 100 ans plus tard ! Le mouvement moderniste (terme très ambigu qui peut se mettre à toutes les sauces) valorise dans l’entre-deux guerres tout ce qui est fait par la machine, « ingéniérisé », en un mot fonctionnel. Pas du tout glamour, dit comme ça ! On l’appelle aussi le Mouvement International en matière architecturale. Pourtant ce modernisme était l’affaire d’architectes féconds et géniaux comme Le Corbusier, du Bauhaus en Allemagne et d’avant-gardistes comme Mies van der Rohe, déjà cité dans la Ruche ici. En littérature, le modernisme c’est le refus des conventions, le scepticisme, l’existentialisme, un grand pan de notre littérature du XXe siècle.
Pendant ce temps, l’inquiétude grandit avec la montée du national-nationalisme allemand. Art Déco et Art Moderniste sont mis dans le même panier par Hitler qui parle d’art dégénéré. Il n’a sans doute jamais digéré son éviction de l’Ecole des Beaux-Arts de Vienne (voir le roman d’Eric-Emmanuel Schmidt La part de l’Autre).
On ne peut évoquer cette période sans parler de la crise économique qui fait suite au Jeudi Noir, le krach de la bourse new-yorkaise le 29 octobre 1929. L’insouciance, le faste des années folles est coupée net aux USA et impacte l’Europe également. J’en avais parlé à propos de l’Exposition Universelle de Chicago en 1933.
Les femmes et l’Art Déco
Pendant cette période, la plupart des pays donnent le droit de vote aux femmes. La France est notoirement en retard.
Un duo de femmes, Marguerite Mareuse et Odette Siko, participent en 1930 aux 24 Heures du Mans et finissent 7e avec une Bugatti Type 40. Même sans droit de vote, les femmes grignotent les prérogatives naguère masculines.
La mode est la grande affaire de l’entre-deux-guerres ! Paul Poiret, Jean Patou, Gabrielle Chanel et d’autres contribuent à libérer la femme de leur corset-carcan, de leurs robes longues jusqu’aux pieds, les cheveux sont coupés… Certaines jouent à la garçonne. La femme s’émancipe tous azimuts, mais il faut reconnaître que ce sont surtout les citadines.
La femme s’affirme et devient aussi une cible publicitaire ; elle travaille souvent, a un pouvoir d’achat… Dans la période Art Nouveau, la femme n’était encore qu’un faire-valoir décoratif et le message était destiné aux hommes.
Bérénice Béjo dans The Artist (film français de 2011)
Les motifs textiles ou de papier peint sont très graphiques, parfois japonisants.
Les bijoux Art Déco sont rarement discrets ; ils rappellent parfois l’Egypte ancienne ou d’autres civilisations disparues. Quand le moderne rappelle l’antique…
Et les quilts ? Pendant cette période, on faisait beaucoup de quilts parmi lesquels les assiettes de Dresde, les éventails qui rappellent ce mouvement artistique, sans s’en revendiquer clairement. Les quilts Art Déco sont peut-être plus nombreux de nos jours ! Cependant il y en avait de superbes lors de l’exposition de Chicago en 1933 ; malheureusement, c’est un « moche » qui a gagné le grand prix !
Voici quelques quilts dans l’air du temps, en 1933, exposés à Chicago :
L’indispensable livre pour tout connaître de cette Exposition Universelle, fait par M. Waldvogel et Barbara Brackman.
Et voici des quilts de style Art Déco faits après cette période :
Quilt des années 1980, Laura Barnes (Quilt Study, Nebraska)Déco par Lee Vause, 2015, Australie (vu ici)Bloc qu’on dit traditionnel à présent (= d’avant la seconde guerre mondiale), très représentatif de l’Art Déco. Exposé la semaine dernière en Suisse.Ce livre de Don Linn peut vous aider à faire vous-même un quilt Art Déco !
La mouvance des Quilts Modernes favorise la création de quilts de style Art Déco, l’esthétique s’y prête. C’était d’ailleurs un thème proposé aux quilteuses en Suisse cette année. Je vous convie à découvrir chez Luna Love Quilts les quilts Art Déco faites par nos amies helvétiques, à voir en fin d’article (clic).
Opalescence, de Sophie Zaugg.A vrai dire, j’ai tellement aimé ce quilt et le thème de l’exposition que c’est ce qui m’a incité à écrire ces deux articles ! Art nouveau et Art déco étant souvent confondus, c’était l’occasion…Ce logo n’est-il pas à la fois moderne et Art Déco 🙂 ?…
Cette incursion dans les arts du passé vous donnera peut-être envie de revisiter ces styles en quilt ! A très bientôt, Katell🐝
Bonjour ☀, Bienvenue dans la Ruche des Quilteuses 🐝 !
Le 11 septembre est une date indélébile, inutile d’expliquer pourquoi. Alors allons du côté de l’art pour nous changer les idées !
Ce n’est pas l’histoire, mais l’art qui exprime la vraie vie. Nietsche, 1888
J’ai souvent remarqué la confusion faite entre deux périodes artistiques, l’Art Nouveau et l‘Art Déco. Que les spécialistes me pardonnent, je vais évoquer ces deux mouvements à ma manière, de façon partielle mais pédagogique, je l’espère.
Revenons un instant à l’histoire pour fixer le temps en toute simplicité, revenons 100 ans plus tôt. Le 11 septembre 1917, l’aviateur Georges Guynemer, héros de 22 ans, ne reviendra jamais de son combat aérien. Une victime parmi des millions de jeunes hommes sacrifiés à l’autel de la « Grande Guerre », ou plutôt le « Grand Gâchis ». Je pense fort à mon fils de 19 ans qui construit sa vie et à son âge, deux jeunes hommes parmi tant d’autres étaient dans les tranchées de Verdun ; ils ne se connaissaient pas, ils devinrent mes grands-pères, liés par l’union de leurs enfants mais aussi par des cauchemars similaires.
C’est de part et d’autre de la Grande Guerre qu’on retrouve nos deux mouvements artistiques. Commençons par l’Art Nouveau, le plus ancien comme son nom ne l’indique plus 😉
Art Nouveau
A la fin du XIXe Siècle, le monde occidental est à la fois enthousiasmé par les nouveautés du modernisme qui facilitent la vie, éblouis par le foisonnement des inventions et mais aussi plombé par le poids du classicisme ambiant, ainsi que la crainte de l’uniformisation par l’industrialisation de tous les objets utilitaires. Rappelons-nous l’autarcie des gens qui faisaient leurs propres outils, leurs vêtements, leur nourriture… Soudain tout devient achetable, produit uniformément en grande quantité donc accessible, mais tout devient pareil que chez le voisin ! C’est alors que souffle un grand vent de fantaisie…
A chaque époque son art, à chaque art sa liberté.
C’est une phrase qui convient si bien à l’Art Nouveau ! Les jeunes occidentaux de la fin du XIXe siècle sentaient pousser en eux la sève printanière d’un chamboulement de leur quotidien. Ils ne pouvaient plus vivre dans un environnement convenu, des intérieurs aux décorations surannées, des habitations aux normes de leurs aînés, il leur fallait de la couleur, de la nouveauté !
Cette soif prit de nombreux visages un peu partout dans les villes occidentales. C’est d’abord une réaction à ce qui est attendu et convenable, privilégiant des formes libres qui rendent hommage à la Nature. Le citadin souhaite faire venir la campagne à lui ; au XXIe siècle, on en est un peu au même point 🙂 Imaginez des lianes qui s’enchevêtrent, des fleurs, des plantes, des insectes, des oiseaux, des courbes et volutes gracieuses, de l’audace sensuelle, vous aurez une bonne idée de l’Art Nouveau, moderne et extravagant. Cet art se manifeste dans tous les domaines, les artistes voulant abolir le mur entre arts majeurs et arts mineurs.
L’Art Nouveau est à la gloire de l’artisan qui exprime sa fantaisie.
Tous les domaines de l’esthétique sont touchés par l’Art Nouveau, y compris la calligraphie ! Arrondis, arabesques, fantaisie sont présents ici aussi.Vase d’Emile Gallé en verre gravé. Ecole de Nancy. Les fleurs des champs sont mises en valeur.Hector Guimard marque à tout jamais l’image de Paris avec ses bouches de métro de style Art Nouveau en fonte industrielle et verre. Il sera fortement combattu par l’extrême-droite.Boutique à Douai à la devanture audacieuse Art Nouveau.Vitrail de Gruber à Nancy, ville qui partage avec Paris l’essor de l’Art Nouveau en France. L’art du vitrail est renouvelé avec des scènes de verdure. Le paon, à droite, est l’oiseau Art Nouveau par excellence !Les meubles n’échappent pas aux nouvelles courbes et l’évocation de la nature. Bureau aux ombelles, Ecole de Nancy.
L’architecture de Gaudi qui marque si fortement Barcelone est de l’Art Nouveau.Les ferronneries se prêtent fort bien à l’imagination des artistes Art Nouveau ! Ici une graineterie dans la rue St-Jean à Nancy.
Ce bâtiment Art Nouveau frise le rococo ! Vitraux, verrières, vérandas, jardins d’hiver, serres sont très à la mode au tournant du XXe siècle ! On apporte la nature en ville. Ici en Belgique à Onze-Lieve-Vrouw-Waver.
Typique de l’Art Nouveau, l’affiche fait sortir l’art dans la rue grâce aux dessins d’Alfons Mucha, de Henri de Toulouse-Lautrec et tant d’autres. La femme est sur-représentée, le dessin est élégant, souvent influencé par l’esthétique japonaise.
Ce duo de cartes postales, Les Bretonnes par Mucha, rappelle que l’art celtique est parfaitement adapté à l’art nouveau !
On pourrait encore montrer mille et un exemples, tous plus beaux les uns que les autres. Cet art visible par tous était cependant critiqué d’une part parce qu’il était trop populaire pour une partie des collectionneurs élitistes, et d’autre part il était fortement combattu par l’extrême-droite nationaliste qui l’appelait par dérision l’art nouille. Pas assez sérieux, pas assez traditionnel !
L’Art Nouveau, c’est l’Art pour Tous.
Tissus et quilts Art Nouveau
Nous connaissons encore quelques tissus emblématiques de cette période. William Morris, génie de l’esthétique et personnage complexe, avait déjà lancé en 1888 le mouvement Arts & Crafts, qui valorisait le travail de l’artisan et jetait aux orties le goût victorien ou les références à l’Antiquité. Grâce à Barbara Brackman, des reproductions de ces tissus sont disponibles chez Moda.
Toujours en Angleterre, un globe-trotter au beau nom d’Arthur Liberty, amoureux de l’extrême-Orient, monta une boutique en 1875 dans Regent Street à Londres pour vendre des chinoiseries et japonaiseries. Le succès est immédiat. Quelque temps après, il crée une gamme de tissus imprimés en coton très fin, très doux, rappelant la soie, aux imprimés quasiment réversibles… Les tissus Liberty sont nés ! Ils prirent tant d’importance qu’en Italie l’Art Nouveau s’appelle Stile Liberty.
I was determined not to follow existing fashion but to create new ones.
J’étais déterminé à ne pas suivre la mode existante mais à en créer de nouvelles.
Arthur Lasenby Liberty
Hera, un des tout premiers imprimés Liberty, montre des plumes de paon, l’oiseau emblématique de l’Art Nouveau.
De nos jours, quelques quilteuses s’expriment dans le style Art Nouveau comme Suzanne Marshall :
C’était la Belle Epoque, et on donnait souvent aux petites filles de jolis prénoms de fleurs. Rose était un prénom emblématique de cette période, on nous l’a rappelé dans le film du Titanic ! Ma grand-mère, née en 1901, portait ce beau prénom aussi. Voici quelques représentations de roses style 1900, en commençant par des céramiques de l’Ecossais Rennie Mackintosh.
Tissu Art Nouveau de Rennie Mackintosh (GB)
En préparant cet article, je me rends compte que le dernier quilt fait par Kristine🐝, Abeille de la Ruche, a vraiment un air Art Nouveau, ne trouvez-vous pas ? Explications dans le dernier numéro des Nouvelles (magazine de France Patchwork). Voici la Rosa Centifolia de Kristine :
Rosa Centifolia, modèle offert par Kristine🐝 aux lecteurs du magazine de France Patchwork. Oui, vous y trouvez les explications ! L’esprit est actuel, mais j’y vois un je-ne-sais-quoi d’Art Nouveau !
Bientôt nous verrons l’évolution artistique après la Première Guerre Mondiale avec l’Art Déco. En attendant, portez-vous bien et créez pour votre plaisir !
Les personnes ayant passé leur dimanche à Lacaze ne sont pas près d’oublier l’effet que donne une grande salle remplie de quilts rouge et blanc.
Des quilts remplis à l’excès de croix mises par paires.
Chaque paire de croix représente une victime.
Une victime parmi 70 273.
70 273 blocs est le but, nous en avions dans la salle plus du dixième réalisé en Occitanie et Aquitaine.
8 015 paires de croix en 56 quilts, voilà le résultat d’une splendide mobilisation régionale.
Exposition au Temple de Lacaze dimanche 25 juin 2017.
Arrivant au petit matin avant la foule, je suis entrée dans le Temple, salle d’exposition naguère lieu de culte, éclairée par le soleil et enchantée par un air mozartien. La vue de la salle préparée par les Tarnaises m’a saisie.
De surprise un sanglot a monté, les larmes ont coulé. Et pourtant j’ai vécu toute cette année avec ces blocs faits par des inconnues, des connaissances, des amies et moi-même, avec ces tops et quilts à terminer, avec des fils rouges partout, avec cette pile blanche envahissante de quilts en cours… J’ai ressenti cet océan émotionnel, je vous assure, comme un remerciement et un apaisement. Je ne suis pas particulièrement mystique, mais là j’ai vécu ce moment particulièrement intensément.
Puis ce fut le tour de Jeanne, la fondatrice de ce Projet, d’entrer dans le Temple.
Jeanne au centre en rouge et blanc, avec des détails bleus pour honorer nos deux pays aux couleurs bleu-blanc-rouge. Elle est entourée de Kristine, Cécile, moi aux yeux encore embués, Liliane et Andy, le mari de Jeanne.Jeanne et son amie californienne Tari, venue elle aussi de bien loin pour cet événement.
C’est pour elle la première grande étape d’un long chemin vers la commémoration en quilts des victimes d’une noire période de l’humanité, mais aussi et surtout le combat pour l’aide et la compassion envers les handicapés. Elle aussi a succombé à l’émotion bien sûr. Que chacune des presque 400 participantes à cette exposition soit remerciée pour ce cadeau.
Même si les middlings (mini-quilts de 45 x 55 cm) étaient accrochés en hauteur, nous les voyions très bien grâce à un superbe éclairage. Un petit coucou aux amies ariégeoises en passant !
Croit-on ces actions inutiles ? Pense-t-on que tout le monde est dans la même ligne de pensée et que l’état d’esprit néo-nazi est révolu ? Alors lisez cet article paru avant-hier et repris hier dans la presse régionale : https://informations.handicap.fr/art-proces-medecin-insultes-853-9982.php. Il montre que, même chez nous, même de la part d’un médecin, il y a encore bien du chemin à faire (sous réserve de la véracité de ces faits). Si vous vous posez encore des questions sur le bien-fondé du Projet, vous pouvez lire ce dossier de presse.
Chacun d’entre nous a pris la parole à midi pour expliquer et encourager ce Projet à nul autre pareil. De gauche à droite, Guy Sablayrolles, Maire de Lacaze, a généreusement prêté le Temple pour cette exposition et a montré sa conviction de l’utilité de ces efforts ; moi-même, qui ai piloté cette exposition ; Jeanne, notre inspiratrice, qui a eu la vision de lancer un si fou projet ; et enfin Cécile Milhau, originaire de ce village, celle qui a eu cette idée folle d’un jour inventer l’expo à Lacaze…. Mille mercis pour tout ma chère amie cathare !Sur un des nombreux ponts de Lacaze, on n’y danse pas mais on y est heureux !Nous trois devant un panneau de l’amitié fait par Geneviève, l’active secrétaire de l’association des Amis du Château de Lacaze.Nuage de noms de l’amitié… et on pourrait en ajouter tant d’autres ! Merci Gene pour ce beau panneau !Beaucoup de personnes ont pris le temps de faire un bloc de l’Amitié pour le Quilt de Lacaze ; il sera monté aux USA. Devant le cercle d’information offert par Annie, on voit ici le roman Hadamar qui traite du sujet poignant de la découverte des horreurs de la guerre à la fin de celle-ci.Une belle brochette de personnes très actives pour le Projet 70273, y compris le maire de Lacaze à droite. Merci à vous, Guy Sablayrolles, votre accueil nous a enchantées !C’est ici la chaleureuse entente entre les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, avec Lucy et Sharon qui organiseront la prochaine exposition d’envergure dans le Kent, et Chloe, notre Anglo-Normande à la chemise faite pour la circonstance !M. le Maire de Lacaze nous a fait la faveur de nous faire visiter ce superbe château Renaissance rénové depuis 20 ans par des passionnés. Sophie Santoire-Furbeyre (au centre) y expose jusqu’à la mi-juillet de somptueuses œuvres d’art textile. Celle-ci a eu la grande gentillesse de traduire la visite en anglais pour Jeanne et les autres Anglophones. Touchée par notre Projet, elle facilitera également sa diffusion dans les mois à venir.Et bien sûr le blason en quilt du village était visible du côté du camping, les puces des couturières étaient près de l’école… Une belle journée vous dis-je !
J’ai le sentiment d’une importante mission accomplie. Cependant nous avons encore besoin de bonnes volontés pour atteindre le but ! Vous pouvez continuer à trouver le dossier dans la colonne de droite et nous retrouver sur la page FP francophone sur laquelle, avec toutes les Ambassadrices françaises du Projet, je continue d’accueillir les nouveaux membres et les renseigner, encourager tout le monde pour finalement atteindre le but dans quelques mois… Je continuerai à vous signaler ici les expositions majeures qui s’organisent actuellement aux USA, en Angleterre, en Allemagne et ailleurs.
Comme vous le savez, chaque quilt est unique. De loin, on ne voit qu’un océan de croix chargé d’émotion ; de près on admire la diversité et l’inspiration des quilteuses. Voici des exemples :
Middling de Chantal Trouillot, un des nombreux exemples finement brodés. Ici les rouleaux permettent un record de croix au centimètre carré, 998 en tout !
Françoise Lelionnais a fait ce bloc qui a suscité beaucoup de commentaires et d’admiration.Blocs des amies d’Aquitaine, si raffinés ! Merci à Marie Christine et ses amies !
Celui-ci a une très belle histoire. La fille d’une quilteuse a entendu l’histoire de ce projet et a offert à sa maman… sa robe de mariée, considérant qu’elle serait plus utile pour le Projet que dormant dans une armoire. Ainsi sont nés 74 blocs scintillants. Rendons ici hommage à Emma et Christine, fille et mère !
Bien sûr, continuons de faire des blocs qu’on adresse à Chloe Grice !
Amitié franco-américaine ! Une pensée spéciale pour Jeanne et son mari qui endurent un difficile retour chez eux, avec une série de galères dues à des erreurs de la compagnie aérienne américaine… Malheureusement ces déboires entachent leur beau voyage de souvenirs bien moins gais.La désormais fameuse colombe d’Annie exposée à Lacaze, d’après le dessin de Picasso.
Illustrations :
Photos de Pierre-Jean Schnitzer, Jo Drouet, Eliane Géraud, Tari Kelley Vickery, Bernie Alquier : merci à vous !
Vous verrez de nombreuses autres belles photos prises ce jour enchanté sur les pages FB francophone et anglophone.
Jeanne Hewell-Chambers a conçu le Projet 70273 pour qu’on parle du handicap un peu partout dans le monde, qu’on fasse évoluer les mentalités et qu’en conséquence on conçoive des aides nouvelles pour ces personnes et leurs familles. L’impact visuel des blocs de croix rouges est notre moyen d’expression pour frapper les esprits, un moyen de susciter les discussions et la prise de conscience d’un sujet encore tabou pour des résultats concrets à obtenir.
Nous ne voulons pas nous morfondre dans les épisodes douloureux du passé, mais à partir d’eux aller de l’avant avec détermination et confiance.
En France, souvent les commémorations visuelles d’événements tristes sont mal considérées, traitées de malsaines, ai-je déjà entendu. Ainsi l’attentat du 11-Septembre a-t-il suscité le besoin, chez de nombreuses quilteuses américaines, d’exprimer leur compassion ou leur colère. Ces quilts exposés aux USA furent admirés sans réserve ou presque, alors qu’en Europe ils subirent nombre de critiques. C’est une question de culture, vraiment, et c’est difficile d’abattre ces barrières.
Et que dire du nouveau collectif Threads of Resistance, les Fils de la Résistance ? C’est un mouvement qui exprime l’inquiétude d’artistes textiles envers le Président Trump. L’exposition des 63 quilts retenus (sur plus de 550 soumis) débutera le 15 juillet au New England Quilt Museum. Polémiques assurées, mais discussions de fond aussi. C’est ainsi que l’Amérique fait vivre sa tradition du quilt, moyen d’expression à part entière.
History is a written record of human behavior. Art is a record of human emotion. Quilts are art.
L’Histoire est un rapport écrit des comportements humains. L’Art est l’expression des émotions humaines. Les quilts sont de l’art.
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C’est dans un esprit de commémoration de victimes mais aussi et surtout pour rappeler à quel point la Paix est précieuse, que des volontaires firent une oeuvre d’art éphémère sur la plage d’Arromanches. Dès le retrait de la mer le 21 septembre 2013 (Journée Internationale de la Paix) des corps furent représentés à l’aide de râteaux et de pochoirs grâce à une cohorte de bénévoles.
C’était le Projet TheFallen 9000, les 9000 Tombés. Neuf mille personnes trouvèrent la mort le D-Day, le 6 juin 1944 et toutes ces vies fauchées, Alliés comme Allemands, furent représentées sur une seule plage pour en faire une image-choc mais également susciter un moment de réflexion.
Cette vue saisissante donne à réfléchir sur ces vies violemment et prématurément ôtées en raison de l’état nazi à combattre, pour notre liberté. Cela suscite en moi une profonde émotion.
Cette initiative vient de deux artistes britanniques, Jamie Wardley et Andy Moss. Ils ont réussi leur pari : faire figurer 9000 silhouettes sur le sable, avant que la mer ne vienne tout effacer…
Avec du sable, du fil ou des tissus, des personnes offrent de leur temps pour témoigner et exprimer leurs sentiments. Oui c’est de l’art.
La Colombe de la Paix d’après Picasso, faite en paires de croix rouges brodées, commémorant 234 victimes. Middling d’Annie Labruyère (voir son blog ici)
Hier, attirée par un article de France3 (voir le blog du Patchwork sur son 31), je suis allée vers Carcassonne mais me suis arrêtée peu de kilomètres avant, dans un village perché le long d’une petite crête avec la vue plein sud.
Saint-Martin-le-Vieil, dans l’Aude
Ma visite était pour le foyer rural dans lequel est exposé (jusqu’à ce soir) une tapisserie. Pas n’importe laquelle ! Une tapisserie racontant l’histoire du village sur une dizaine de siècles, à la manière de la tapisserie de Bayeux ! L’idée a germé dans la tête de l’ancienne Maire du village après sa visite de la tapisserie de Bayeux, en 2001. Choc émotionnel, culturel, esthétique… Mais pourquoi ne ferait-on pas de même dans notre petit village ?
Des historiens, un peintre du village furent mis à contribution avec les brodeuses volontaires, en tout 11 personnes sont les heureux parents de cet ouvrage.
Imaginons les longues discussions pour savoir que représenter, puis les maquettes qui sont souvent retouchées… Il faut trouver les matières premières aussi : on mise sur les tissus de lin blanchi filé et tissé à Castres (non loin de là) avec bonheur, mais les laines Médicis furent bien plus difficiles à trouver : on ne prenait pas ce projet au sérieux !… Huit couleurs suffisent pour rendre toutes les nuances à l’image de la tapisserie de Bayeux, elles ont été soigneusement choisies pour être les exactes teintes des teintures naturelles d’antan.
Eh bien, le résultat est simplement sublime ! Madame Costa, la présidente de l’association Les Cruzels, m’a très gentiment fait une visite commentée de l’histoire de ce village – et des histoires de ce beau pays – en commençant par ce mot bizarre : les cruzels.
Cruzel de St-Martin-le-Vieil
C’est un mot occitan désignant les cavités qu’on trouve à l’arrière de plusieurs maisons, creusées dans le calcaire. Il y en a presque une quarantaine et témoignent d’un habitat troglodyte primitif. Des silos restent visibles dans certains : une bonne cachette pour le grain !
Autre point fort du Moyen-Âge : la construction de l’Abbaye cistercienne de Villelongue, à un jet de pierre de St-Martin. Sa construction commença en 1170 et fait l’objet de belles campagnes de rénovation. A visiter!
Puis vient la guerre impitoyable contre les Cathares, quatre abbés y participèrent avec Simon de Montfort, ce qui enrichit l’Abbaye. Bon, passons, moi je suis pour les perdants, les Cathares !
On voit aussi le Prince Noir, affreux jojo anglais qui sema la terreur dans nos terres gasconnes et occitanes : le principe de la guerre de 100 ans était plutôt d’affaiblir l’ennemi (nous, les Français) par des chevauchées semant la terreur à force de razzias, de viols, d’incendies, de massacres plutôt que de mener des guerres de position. Grâce à ses remparts, St-Martin fut épargné : Edouard de Plantagenêt dit le Prince Noir passa son chemin vers des villages plus faciles à mettre à sac. Castelnaudary, par exemple, fut complètement détruit en 1355.
A la même époque, la peste noire fit des ravages vers 1350 comme partout ailleurs en Europe ; ce tableau de tapisserie est particulièrement lugubre mais si bien fait…
Puis vint l’abondance et l’âge d’or du pays qui devint Pays de Cocagne avec la culture du pastel, cette plante Isatis tinctoria qui donnait les plus beaux bleus… jusqu’à ce que l’indigo asiatique prenne sa place.
Comme toute bonne histoire, finissons par un banquet de mariage ! La légende dit qu’on prêtait le donjon aux jeunes mariés, tradition dont on se souvenait encore au XIXe siècle…
Cette tapisserie est merveilleusement faite. Comme la tapisserie de Bayeux, elle est brodée au point de Bayeux qui remplit les zones cernées de point de tige en gâchant le moins de fil possible au dos (seuls des petits points très courts sont visibles au dos, tout comme les broderies afghanes importées par Pascale Goldenberg) et elle utilise les mêmes matériaux : lin et laine ; elle a une bande narrative centrale et deux fines bandes au-dessus et en-dessous. Les bandes étroites montent de nombreux détails, des plantes et animaux de la nature environnante, des animaux fabuleux, des armes et des outils… Autant d’éléments qui enrichissent la tapisserie ! On y trouve aussi les initiales des brodeuses ; elles étaient à l’exposition, toutes fières de l’accueil du public venu nombreux et complètement séduit. Merci à Anne-Marie Denuc qui m’a donné de nombreux détails complémentaires sur ce groupe de brodeuses qui ont fait ce travail extraordinaire !
Les photos sont interdites, mais j’ai acheté la collection de cartes postales en souvenir.
Les conditions d’exposition sont parfaites : une salle dans la pénombre, tendue de tissus noirs était l’écrin de ces 16 mètres de lin éclairé, protégé par un couloir de 50 cm matérialisé par terre. Le croirez-vous (mais vous le savez bien…) les enfants étaient bien plus disciplinés que les adultes !
Espérons que cette tapisserie connaîtra une longue et prestigieuse carrière. Sorèze l’exposera très certainement -comment pourrait-il en être autrement ?- mais j’espère que d’autres organismes feront également la démarche de l’exposer !
Courriel de la Mairie de St-Martin-le-Vieil :
st-martin-le-vieil@wanadoo.fr
Dans 50 jours commence 2017. Dans 50 jours le Canada entre dans une grande fête de commémoration de ses 150 ans d’existence en confédération !
Tout le pays va le fêter avec la couleur emblématique, le rouge, présent dans leur beau drapeau. Une collecte d’histoires, pour se remémorer comment le Canada s’est construit et s’est développé, est en cours de fabrication sur ce site.
Le drapeau canadien que nous connaissons bien, avec sa feuille d’érable, n’a que 51 ans. C’est sans doute pour cela qu’il est si moderne et attractif :
De nombreux logos pour symboliser les 150 ans ont vu le jour (la bataille fait rage !) et j’aime beaucoup celui-ci, plus que l’officiel qui n’est pas tout rouge & blanc :
Logo de Greg Muhlbock. Peut-être pas assez lisible, la feuille d’érable n’est pas assez mise en valeur… mais j’aime bien !
Le logo officiel est malheureusement celui-ci, avec un arc-en-ciel à la mode de ces dernière années :
Tant qu’à faire, j’aurais bien mieux aimé la superbe feuille d’érable en quilt de Sarah Elizabeth :
Un fond clair aux imprimés inattendus, un design repensé, des couleurs arc-en-ciel bien plus subtiles, en tissus Liberty… J’adore ce tableau textile !
Du côté des quilteuses, Mary Elizabeth Kinch a signalé sur sa page Facebook le début d’un sampler quilt-along (à faire ensemble au fur-et-à-mesure) organisé par la boutique Sew Sister Quilt Shop. En voici le modèle :
Chaque bloc est la création d’une quilteuse canadienne.
A suivre si vous le souhaitez, mais manifestement c’est la partie canadienne anglophone qui organise ceci. Si j’apprends des initiatives de quilteuses francophones, je vous en tiendrai informés ! Rien ne vous empêche de décider de faire le sampler rouge & blanc dont vous avez déjà tant rêvé… Oui, celui-ci, ou celui-là…
Au moment où tant d’Américains, catastrophés par l’arrivée de Trump, cherchent une nouvelle patrie, le Canada n’a jamais été autant sous les feux de la rampe…
C’est ce que tout le monde, qui suit de près ou de loin la campagne électorale américaine, se demande. Son goût du secret, sa propension à ne pas tout dire font que de nombreuses rumeurs courent sur sa santé.
Ce n’est pas ici le lieu pour faire une tribune politique, mais je m’intéresse tant à l’histoire des Etats-Unis, notamment via l’histoire des quilteuses ! Je m’informe en suivant notamment les interventions de Nicole Bacharan, journaliste que j’apprécie beaucoup. Sa fine analyse du monde politique, sa connaissance du peuple américain dans toute sa diversité, m’aident à mieux comprendre toute la culture américaine qui reste bien différente de la française. Vous rappelez-vous ? J’avais évoqué son livre sur l’évolution de la condition des Noirs en terre nord-américaine.
Selon elle, il est évident qu’il vaudrait bien mieux Hillary Clinton que Donald Trump à la Maison Blanche.
Vous savez ce que c’est, vous vous donnez le droit de critiquer vos parents ou vos enfants, mais vous ne supportez sans doute pas que d’autres personnes le fassent ! Alors n’étant pas Américaine ni journaliste, je m’en tiendrai à donner ma préférence personnelle avec cette simple photo :
Un petit quilt nommé « In Honor of Hillary », fait en juin dernier lorsqu’elle a gagné l’investiture démocrate.
Ce quilt vous dit-il quelque chose ? C’est que vous avez feuilleté Les Nouvelles n° 130 de France Patchwork ! Il est en illustration, dans la rubrique des Blocs de Garance, pour les Etoiles de l’Ohio… ou Etoiles de l’Espoir.
Ma chère amie Maïté m’a envoyé des photos au cœur de l’été au sujet d’une histoire insolite, méconnue (du moins en France), triste et touchante. On se croirait dans un roman exotique, mais Lili’uokalani a bien existé et voici un pan de sa vie.
Lili’uokalani, ici en 1891, eut un destin unique.
Hawaï, Hawaii ou Hawai’i, au choix, est un archipel de 137 îles nommé d’après l’île principale, perle américaine du Pacifique, paradis de vacances au son du ukulélé, réserve de merveilles de la nature, spot de surf, lieu de naissance de Barack Obama en 1961… et je n’en savais pas grand chose d’autre.
Je ne m’étais jamais demandé comment cette île avait bien pu rejoindre le géant étasunien.
Paysages paradidiaques…
Pour faire court, ces îles polynésiennes furent découvertes par l’Occident par le grand explorateur James Cook en 1778. Il les baptisa les Îles Sandwich : il aurait aussi pu les nommer Îles Ananas, tant qu’à faire !
L’ananas, soleil d’or de Hawaii!
James Cook mourut à Hawaii un an après, battu à mort par les natifs (on dit qu’il fut ensuite mangé… mais rien n’est sûr). Cela ne lui a pas porté chance de baptiser ces îles en hommage à John Montagu, comte de Sandwich (Angleterre), diplomate et amiral, mais aussi joueur invétéré corrompu ! La légende veut que ce comte ne voulait pas perdre de temps à se mettre à table pour manger, d’où la préparation avec une tranche de bœuf au milieu de deux tranches de pain nommée ensuite sandwich…
Les îles s’unifièrent en royaume en 1810, dynastie qui perdurera jusqu’en 1893 pour laisser place à une République éphémère et troublée, puis elles devinrent territoire américain jusqu’à devenir en 1959 un Etat des Etats-Unis à part entière, le 50e. C’est le destin du dernier monarque qui nous intéresse aujourd’hui, une femme nommée Lili’uokalani.
Lili’uokalani régna de 1891 à 1893. Tableau de William Cogswell.
Lili’uokalani (1838-1917) succéda légitimement à son frère au trône d’Hawaii en 1891. Elle avait à cœur de restaurer les prérogatives de son peuple vis-à-vis des Américains et des Européens de plus en plus « envahissants » ; le port de Pearl Harbor est idéalement situé comme base économique du Pacifique pour les USA… Hélas, les haoles (les riches blancs) contestèrent donc rudement l’autorité de Lili’uokalani et ne la laissèrent pas longtemps en place : la Reine fut destituée deux ans après. Les troubles durèrent jusqu’en 1895, date à laquelle elle fut arrêtée, soupçonnée de rébellion, et gardée de force dans une chambre de son ancien palais royal à Honolulu. Enfermée une année, cette femme très pacifique (chrétienne mais aussi proche des bouddhistes et shintoïstes d’Hawaii) avait une âme d’artiste qui l’aida à passer le temps : elle écrivit des poèmes, ses mémoires, composa des chants devenus célèbres… et fit un quilt à sa manière ! Elle sera réhabilitée et dédiera sa fortune dans son testament pour sa Fondation pour les enfants orphelins et déshérités d’Hawaii.
Voici le quilt fait par la Reine durant sa captivité, quilt qui n’a rien de commun avec les habituels quilts hawaïens actuels mais tout à voir avec son époque :
Quilt crazy victorien de Lili’uokalani, fait en 1895. De fait, dépêchée par son frère, Liliuokalani avait mené la délégation royale hawaïenne vers Londres pour le Jubilée d’Or de la Reine Victoria en 1887. Les toilettes colorées des Hawaiennes y firent sensation et c’est peut-être là qu’elle vit et aima ce genre de quilts à la mode !
Par amitié, la dame de compagnie de la reine resta tout le long de l’assignation à résidence avec elle. La fidèle servante ne partait que le dimanche pour rendre visite à sa famille. Le quilt fut probablement fait par les deux femmes ensemble. Vu dans son ensemble, ce n’est pas le crazy le plus esthétique du monde, mais il témoigne de tant de choses et de près, il est somptueux. Il est immense (presque 2,50 m de côté), fait de chutes de vêtements féminins d’alors, principalement de soie, velours, rubans, lin… Il est extrêmement fragile et est à présent exposé sous verre dans sa chambre de détention. La différence esthétique entre les blocs provient du fait que l’ex-reine assembla des parties faites au fur et à mesure, sans savoir quand son incarcération finirait. L’avait-elle commencé avant son arrestation ? L’a-t-elle assemblé après sa libération ? Je l’ignore. En tout cas, Lili’uokalani ne remonta jamais sur le trône et vécut jusqu’en 1917.
Bill Clinton, 1993
Bill Clinton, au nom des USA, présentera tardivement un texte d’excuses (Apology Resolution) au peuple hawaiien en 1993. Le revenu médian des ménages est nettement au-dessus de la moyenne dans cet Etat, la population est très diversifiée et il fait bon y vivre ! Pourtant l’indépendance d’Hawaii est un sujet épineux pour une partie de la population et des revendications d’indépendance restent d’actualité.
Voici des photos de détail, les premières proviennent de Mary Agnes Howard, l’amie de Maïté qui a visité le palais d’Honolulu cet été. On a donc quelques reflets inévitables, mais le quilt est bien visible. Merci à toutes deux !
La bordure noire encadre bien les carrés de styles variés et donnent une unité, ce qui n’empêche pas mille et une fantaisies !Faune et flore de l’archipel sont bien présents, très joliment brodés.
Le quilt de style victorien est extrêmement bien brodé et recèle de nombreuses allusions au peuple hawaiien, mais aussi tout ce que l’on trouve habituellement dans un ouvrage de ce genre (livre).(livre)(livre)
La reine déchue mit dans son quilt tout son amour pour Hawaii, pour sa famille… Un livre montre de nombreuses photos détaillées du quilt avec son histoire et certaines photos ci-dessus proviennent de cette source :
Et voilà comment, une fois de plus, la grande histoire s’apprend grâce aux quilts !
EDIT à 10 h : je viens d’apprendre que le Président Obama vient de quadrupler, à l’ouest de l’archipel d’Hawaï, une zone protégée de la planète qui devient ainsi la plus grande du monde, à lire ici en français. La pêche commerciale, l’utilisation des fonds sous-marins sont désormais interdites, mais la pêche traditionnelle hawaïenne reste autorisée. Protection de la Nature : Yes we can!