Une complicité s’est établie entre trois personnes qui échangèrent de nombreux mails ces dernières semaines, trois quilteuses qui ont tant à partager : LeeAnn de Seattle (Washington), Betty de Sebring (Floride) et moi-même de Toulouse (France). Le fil qui nous lie est le patchwork avec la passion des tissus, mais aussi un état d’esprit, le plaisir de l’inattendu, du non conventionnel, l’admiration devant nos ressemblances tout autant que nos différences… Nous avons oublié que nous étions devant nos ordis et on a papoté comme si nous étions assises autour de la même table !
Peinture de Lucien Andrieu (peintre de l’Ecole de Montauban), Etude de femmes autour d’une table
Ayant vécu en Afrique (mes plus belles années de fac d’anglais furent à l’Université de Cocody à Abidjan en Côte d’Ivoire), j’ai une sensibilité marquée pour ce que ce continent a pu offrir à notre monde occidental, de gré… ou de force, car nous savons tous plus ou moins comment les Noirs furent déracinés d’Afrique vers l’Amérique, comment nous avons pillé leurs ressources, tout en pensant parfois « bien faire » en leur imposant notre culture occidentale, notre éducation, nos religions… C’est un sujet toujours sensible, en particulier en France. Alors imaginez ce que peuvent ressentir les Afro-Américains à la recherche de leurs racines.
Betty m’a raconté avec confiance son parcours, ses passions… que je suis heureuse de partager ici avec vous.
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Pour les personnes utilisant Google Translate : I am sorry that Google always says « his » instead of « her » in its automatic translation, please correct it yourself in your head!
Betty Ford-Smith a 63 ans et une vie bien remplie, ancrée dans la société américaine actuelle mais curieuse de ses lointaines origines depuis son enfance. Professeur d’économie familiale pendant 38 ans, notamment spécialisée dans la prise en charge des enfants nécessitant des soins spéciaux, couronnant sa carrière en devenant proviseur, elle a parallèlement nourri sa passion sur les arts d’origine africaine.
A l’âge de 12 ans, Betty cherchait de l’inspiration dans un livre d’art africain ; elle fut encouragée par sa prof d’art à faire le portrait d’Idia, la Reine Mère du Bénin. Ce tableau sur carton est la première manifestation d’une longue passion.Plus tard, Betty voudra s’offrir cette reproduction en bronze. Cette opportunité se présentera l’année de la mort de sa mère, et pour elle c’est un signe précieux… Il n’y a oas de hasard quand on croit aux signes.
Celle-ci est exposée au Bristish Museum et date du 16e siècle. C’est toujours Idia, reine et mère du Bénin, qui vécut de 1504 à 1550. La beauté des femmes du Bénin est célébrée dans toute l’Afrique de l’Ouest. Notre ravissante Miss france 2014 en est d’ailleurs originaire !
Elevée près de New-York, la petite Betty n’aimait rien tant que passer ses vacances scolaires auprès de sa grand-mère et son arrière-grand-mère en Caroline du Sud, terre où sévissait encore l’esclavage il y a 150 ans. Elle y puisa maintes histoires du temps passé et comprit grâce à elles l’âme africaine qui ne les avait pas quittées. Les femmes de sa famille connaissaient les secrets des plantes et des esprits, le tout s’accompagnant de mystère, de magie et de rituels, certaines avaient des dons… Une fascination pour Betty ! Pour plonger dans l’ambiance des Etats du Vieux Sud, nous avons des livres, des films…
C’est dans cet Etat de Caroline du Sud, dans l’entre-deux-guerres, que se passe l’intrigue de l’opéra de Gerchwin Porgy and Bess. L’affiche des premières représentations (à New-York) est bien représentative de l’art pictural de l’époque (1935). Même si cet opéra véhicule nombre de stéréotypes quasi inévitables à l’époque, c’est une oeuvre aux musiques et chansons inoubliables. Vous pouvez entendre ici une version de Summertime chantée par Ella Fitzgeraldque j’ai eu l’immense chance de rencontrer en 1980, mais ceci est une autre histoire…
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Parallèlement à son travail, Betty devint donc spécialiste des arts africains et afro-américains. Elle vécut dans les années 70 dans les Caraïbes à la recherche des racines de son peuple. C’est à Haïtiqu’elle trouva les pratiques les plus proches des origines africaines (le vaudou). Elle y découvrit également des arts populaires très vivaces comme les « drapos vodou » (écrit ainsi en anglais), ces tableaux textiles figuratifs ou géométriques, iconographie de l’esprit haïtien avec son héritage africain, son passé d’esclave, son ancrage catholique… Rappelons que le Vaudou est une religion de déracinés, un mélange des cultes animistes d’Afrique avec les rituels et les saints de la religion catholique imposée. Ces drapeaux, tels qu’ils sont appelés là-bas, sont destinés à accueillir les esprits du vaudou lors des cérémonies. Ce sont des oeuvres d’abord dessinées sur tissu, puis cousues de perles et de sequins… de l’art textile pur ! Ils deviennent pour le reste du monde des objets de décoration et de collection. Betty possède une bonne cinquantaine de drapos qu’elle a exposés dans diverses maisons de culture, des écoles, des musées… Elle fait autorité dans ce domaine et donne volontiers des conférences sur le symbolisme de ces oeuvres.
Betty devant deux drapos vodou, lors d’une exposition en 2012
Même les bouteilles sont recyclées en oeuvres d’art par les artisans haïtiens, comportant souvent des symboles vaudou :
Betty se sentit naturellement très éprouvée par le terrible séisme du 12 janvier 2010. Elle fit partie de ces personnes qui se démenèrent pour apporter du soutien au peuple en souffrance, en faisant notamment cette exposition d’art haïtien.
Keeping Haïti in Our Hearts fut une des expositions de soutien pour le peuple haïtien. Betty et son mari posent devant des peintures haïtiennes, en compagnie d’une des organisatrices.
A l’extrême droite de la photo ci-dessus, vous pouvez deviner une sculpture en fer découpé, spécialité du village haïtien Croix-des-Bouquets. Ces artisans travaillent magnifiquement cette matière dans un style unique, toujours lié aux pratiques vaudou. J’ai chez moi, au-dessus de la cheminée, un Arbre de Vie haïtien :
J’ai eu un coup de coeur pour ce travail de fer découpé, martelé, embossé… Mon mari me l’a offert l’été dernier car cet arbre « me parlait ». Nous l’avons découvert dans une jolie boutique de la ville close de Concarneau (Finistère) qui soutient ainsi les artisans de ce pays. Cliquez sur la photo pour l’agrandir et voir les détails !
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Pour aller à la source, Betty fit également plusieurs voyages en Afrique : en Gambie et au Sénégal en 1986, en accompagnant un groupe de collégiens new-yorkais, puis au Nigeria en 2009 pour aider une amie à monter une école.
Au Nigeria, les enfants apprennent tous l’anglais, langue officielle nationale qui côtoie des langues locales. Ainsi, la communication était facile ! Cinq ans après, ces enfants ont grandi mais se souviennent sûrement encore du passage de la dame américaine qui leur a fait la classe !
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Son intérêt pour l’artisanat afro-américain la mena aussi en 2008 en Alabama où fut découvert, dans un hameau nommé Gee’s Bend, un groupe de quilteuses utilisant toutes sortes de tissus de récupération de façon souvent très libre. Leur notoriété leur permet maintenant de vendre les quilts qui n’étaient que couvertures utilitaires il y a 10 ans encore.
Il y a du choix dans les quilts à vendre à Gee’s Bend !Une des acquisitions de Betty : celui-ci est très traditionnel !
Betty a acheté 2 quilts pour sa collection, celui-ci est signé Betty Seltzer.
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Sebring est une très jolie ville au centre historique, au bord d’un immense lac, au centre-sud de la péninsule de la Floride. Le climat est sub-tropical humide, on devine la luxuriance de la végétation !
Il y a peu, la retraite étant pesante pour une femme si active, Betty monta un magasin d’antiquités à Sebring et cette grande boutique porte le joli nom de Miss Ruby’s Den. On y trouve un sympathique bric-à-brac multi-culturel qui fait le bonheur des collectionneurs. Je trouve l’ambiance particulièrement féminine, avec des dentelles, des poupées anciennes, des éventails, des tableaux…
Si d’aventure vous allez en Floride, voici l’adresse de ce magasin : 619 North Pine Street, Sebring, FL 33870
Les objets ont une âme, c’est la croyance intime de Betty… et finalement beaucoup de gens le sentent aussi ! Un objet fait à la main ou celui qui a la patine du temps dont vous pouvez tomber amoureux, sont bien autre chose qu’une simple matière inerte !
Et vous, les objets vous parlent-ils parfois ?
Dans un coin de sa boutique se trouve un lit avec un quilt extraordinaire… Vous connaîtrez son histoire très prochainement !
Dear Betty, just hoping you will not be disappointed by this summary of all the documents you gave me about you and all your interests! You know that we are now connected… Soon comes a post about your dear friend Miss Sue!
Thanksgiving est une fête nord-américaine : on voit parfois au cinéma de grands repas de famille à cette occasion, on lit des romans autour de drames ou de réconciliations, de joies et de peines au cours de cette fête, c’est la vie !
Mais ce n’est pas notre culture ici en France, et donc beaucoup se demandent d’où vient cette fête de Thanksgiving.
En Amérique du Nord, Thanksgiving célèbre dans tous les esprits les premières récoltes faites par les Européens sur le sol américain et la reconnaissance envers Dieu de leur avoir permis de survivre.
Origines de Thanksgiving au Canada
Au Canada, le navigateur anglais Marin Frobisher remercia Dieu de l’avoir préservé d’un terrible voyage au nord du Canada en faisant un grand repas au sud du Groenland en 1578.
Des fêtes plus organisées naquirent avec des Français menés par Samuel de Champlain, né à Brouage. Durant l’hiver 1606-1607, à Port-Royal (île de la Nouvelle-Ecosse), ces Français décidèrent de ne pas se laisser aller à la morosité et Champlain créa l’Ordre de Bon Temps, une sorte de club pour promouvoir de bons repas tout l’hiver ! Voici un extrait de son récit :
Nous passâmes cet hiver fort joyeusement et fîmes bonne chair, par le moyen de l’ordre de bon temps que j’y établis, qu’un chacun trouva utile pour la santé et plus profitable que toutes sortes de médecines, dont on eut pu user. Cet ordre était une chaîne que nous mettions avec quelques petites cérémonies au col d’un de nos gens, lui donnant la charge pour ce jour d’aller chasser : le lendemain on la baillait à un autre et ainsi consécutivement : tous lesquels s’efforçaient à l’envie à qui ferait le mieux et apporterait la plus belle chasse : Nous ne nous en trouvâmes pas mal, ni les Sauvages qui étaient avec nous. Tiré des Voyages […] de Champlain, 1613
Ces repas, souvent partagés avec les autochtones, étaient accompagnés de fêtes, d’animations théâtrales… ou comment passer du bon temps quand il fait froid ! On reconnaît bien l’esprit français qui aime la bonne chère en toutes circonstances… Cet esprit perdura les années suivantes, établissant cette idée de profiter des récoltes, de la chasse, de la pêche… mais Thanksgiving fut officialisé bien plus tard. En raison du climat, Thanksgiving est célébré au Canada le 2e lundi d’octobre, ce qui coïncide avec l’anniversaire de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb (le 12 octobre 1492, fêté chaque 2e lundi d’octobre un peu partout sur le continent américain, malgré quelques contreverses).
Origines de Thanksgiving aux Etats-Unis
En 2020, les festivités seront sûrement immenses pour célébrer les 400 ans du débarquement du Mayflower et des Pères Pélerins, premières personnes s’installant définitivement sur le sol des US. Parmi leurs descendants, 7 sont devenus présidents des USA et un certain nombre de personnalités peuvent aussi s’enorgueillir de compter des Pilgrims parmi leurs ancêtres (listes ici)
Plusieurs textes stipulent des commémorations religieuses de remerciements en Floride (1564) par les Huguenots français, au Texas (1598) par les très catholiques Espagnols… On peut dire que c’était une suite logique à une année qui s’achève dans un monde nouveau !
Carte postale ancienne avec le Mayflower arrivant en Amérique.
Cependant le Thanksgiving célébré de nos jours est clairement lié aux Pilgrims, des Puritains anglais d’abord émigrés en Hollande pour trouver la liberté religieuse, puis espérant jouir de plus de liberté d’entreprise dans le Nouveau Monde. Après 66 jours de traversée très mouvementée, une centaine de personnes débarquèrent du Mayflower le 11 novembre 1620 dans la grande baie du Massachussets. L’implantation fut très difficile pour ces gens démunis de tout : environ la moitié d’entre eux moururent le premier hiver.
Connaissez-vous John Smith ? Oui, celui de Pocahontas !! Il ressemblait plutôt à ceci :
Capitaine John Smith (1580-1631), navigateur anglais. Il fit 2 voyages vers l’Amérique, l’un vers la Virginie (avec l’histoire de Pocahontas) où il resta de 1607 à 1609, puis vers le Maine et la baie du Massachussets en 1614-1615.
Eh bien, indirectement il est le sauveur de ces Anglais du Mayflower en détresse !…
Revenons en 1614-1615, John Smith est en exploration dans une région qu’il baptise lui-même Nouvelle-Angleterre (ce nom est resté et désigne le nord-est des Etats-Unis). Quelques Indiens de cette région furent capturés par des hommes de John Smith afin de les amener en Angleterre en tant qu’esclaves ou « bêtes curieuses ». L’un d’eux réussit à s’échapper et prit un bateau pour retrouver sa tribu. Entre temps, il avait eu le temps d’apprendre l’anglais ! Ce cher Squanto, sans une once de ressentiment, enseigna aux Pilgrims en 1621 comment survivre dans ce monde hostile : il leur montra comment cultiver ce qui est comestible et inconnu alors en Europe : le maïs, la patate douce… et les citrouilles évidemment, et leur montra aussi des baies comme les airelles… Ces immigrants n’étaient pas des paysans mais avaient apporté des semences dans le Mayflower afin de s’installer dans le Nouveau Monde ; malheureusement tout avait moisi et c’est ainsi ils ont dû se mettre à cultiver des plantes locales car sans bonne récolte, c’est la famine !
Puis à l’automne, un grand repas festif réunit les Pilgrims et la tribu de Squanto, apportant pour leur part des dindons et des pigeons sauvages, des coquillages, des poissons et des homards… La fête dura finalement plusieurs jours !
Les familles américaines préparent donc le grand repas familial commémoratif avec les ingrédients supposés du festin d’automne 1621.
Table présentée par Martha Stewart
On doit dire que la tradition ne fut pas ancrée dès lors, car très vite tant de luttes et tant de guerres occupèrent Européens et Indiens dont, malheureusement, les aspirations divergeaient radicalement…
Deux Présidents contribuèrent à asseoir cette fête si typiquement américaine. George Washington décréta peu après l’indépendance des Etats-Unis un jour d’action de grâce, un jour de remerciements à Dieu pour exprimer la reconnaissance d’avoir un si beau pays (en 1789, pendant que la Révolution grondait en France). Puis en pleine guerre de Sécession, pour fédérer le pays à feu et à sang, Lincoln accéda aux demandes répétées de Sarah J. Hale (1788-1879) qui prônait une fête nationale de remerciements. Cette femme, écrivain et éditrice, eut une grande influence sur l’accès des femmes à l’éducation. Ainsi, depuis 1863 aux Etats-Unis il y a cette fête nationale le 4e jeudi de novembre en souvenir de la coopération entre les premiers pélerins et les Indiens.
Sarah Josepha Hale, femme d’influence au XIXe siècle. On la surnomme parfois la marraine de Thanksgiving !Son magazine lui permettait de diffuser largement ses idées, principalement l’accès des femmes aux carrières d’éducation et de médecine.
Thanksgiving aux Etats-Unis de nos jours
Les Américains ont bien moins de jours de congés annuels que nous Européens. Les quatre jours (de ce jeudi au dimanche) sont considérés comme de vraies vacances propices aux déplacements et aux réunions familiales. Ce repas commémoratif reste très ancré dans les habitudes, dans certaines familles c’est même quasiment le seul jour avec Noël où l’on cuisine et où toute la famille se met à table ensemble !
Bientôt Thanksgiving aux US (le 27 novembre 2014) : Mrs Bobbins a bien préparé l’essentiel grâce à une organisation dont elle est fière : une bien belle table avec le chemin de table, les sets, serviettes, dessous de verre… Son mari approuve mais demande : mais où est le repas ? Oh zut, répond Mrs. Bobbins, voilà ce que j’ai oublié ! (dessin trouvé sur Facebook – Mrs. Bobbins est régulièrement sur ce site : Kansas City Star Quilts )
Le menu « obligé » consiste en dinde farcie, sauce aux airelles, patates douces et tarte à la citrouille (stuffed turkey, cranberry sauce, sweet potatoes, and pumpkin pie) ainsi que plein d’autres bonnes choses, au choix des cuisiniers ! Si vous souhaitez faire entrer une tradition américaine chez vous, à vos fourneaux ! Les recettes sont un peu partout sur internet.
Un mot sur les dindes : ces gros volatiles d’ Amérique sont maintenant élevés en batterie et plus de 45 millions de dindes passeront au four jeudi. Je ne vous montrerai pas de photos de ces élevages pour ne pas vous couper l’appétit, mais sachez que la dinde prête à cuire pesait en moyenne moins de 7 kg en 1930, en 1985 moins de 9 kg et maintenant on arrive à des dindes de 13 kg… Des dindes qui ne tiennent plus debout tellement leur poitrine sont hypertrophiées, mais parallèlement les prix ont baissé : on en a plus pour moins d’argent…
Un beau dindon en parade ! Nous appelons dinde ce volatile (poule d’Inde) car ces gallinacées furent importés en Europe par les Conquistadors espagnols qui croyaient encore avoir trouvé l’Inde par l’Ouest. Quant aux Américains, ils l’appellent turkey (comme le pays Turquie) car à sa découverte, elle était confondue avec la pintade de Guinée (appelée Turkey hen), bref un beau méli-mélo géographique pour ces gros oiseaux !
Après cette journée familiale, c’est le Black Friday avec des magasins qui ouvrent parfois dès minuit une minute ! Soldes et promotions incitent à acheter ce jour les premiers cadeaux de Noël. On assiste à une vraie orgie de consommation dont nos soldes ne sont qu’une pâle copie…
C’est la suite directe des décorations d’Halloween en couleurs chaudes : orange, marron, vert, écru etc. Les thèmes préférés sont les potirons évidemment, mais au lieu d’un zeste d’humour typique à Halloween, les quilts sont plus sages et réconfortants, souvent dans le style Primitive Country qui correspond bien à cette fête familiale :
Jolie déco vue ici!Thanksgiving Sampler, vu ici.Magnifique étoile de circonstance vue ici
Autre symbole prisé, la Cornucopia ou Corne d’Abondance, et tous les fruits d’automne :
Magnifique appliqué avec les feuilles en soie laissées libres pour un effet 3D, à voir ici.
S’ajoutent les feuilles d’érable dans leurs plus belles couleurs :
Dieu étant dans la constitution américaine, on n’hésite pas à le remercier avec force. Thanksgiving est une fête laïque, célébrée par tous, mais d’origine religieuse puisqu’on remercie Dieu pour les bonnes récoltes :
A Vienne, j’ai révisé ma vision de Sissi l’impératrice qui collait avec le radieux sourire de Romy Schneider. Les trois films mythiques sont très romancés et tournent bien à la légère les profonds tourments de cette femme. J’ai la faiblesse de croire que ces deux ou trois choses que j’ai apprises d’elle auront l’heur de vous plaire…
Romy Schneider dans le rôle qui la fit mondialement connaître – ici dans le premier film, en Bavière, la terre natale de Sissi. Dès 12 ans, les femmes de l’époque portaient un corset… pour la vie.
Elisabeth, Sissi, Sisi… ou Lisi ?…
Elisabeth Amalia Eugenia von Wittelsbach naît la nuit de Noël de 1837. Son prénom est l’un des plus portés de l’aristocratie européenne et comme la plupart des enfants, elle avait un ou même plusieurs surnoms dans son enfance. Comment sa famille l’appelait-elle ? Nous ne le saurons sans doute jamais vraiment. Mais il est clair que la jeune Elisabeth signait Lisi :
La première fois que nous avons trace que « Sisi » est utilisée par écrit, c’est dans une lettre de Franz-Joseph répondant à sa promise et l’appelant son « petit ange Sisi »… Se pourrait-il qu’il ait mal lu la signature d’une lettre précédente ? Le L et le S majuscule pouvant se confondre… puis Sisi (qu’on dit zizi en allemand !) est devenu, on ne sait quand, Sissi (prononcé en allemand Zissi), peut-être indifféremment utilisé selon les moments et les personnes.
De nos jours lorsqu’on est à Vienne, on est surpris de lire partout Sisi, coquetterie pour différencier clairement la « vraie » femme du personnage incarné par Romy Schneider. Alors, à chacun de choisir comment nommer cette chère Impératrice !
Adulte, l’impératrice signera Elisabeth la plupart du temps, mais aussiErzsébet en tant que Reine de Hongrie, et même Titania en tant que poétesse…
Qui était son mari ?
François-Joseph était Empereur d’Autriche mais aussi son cousin. Imaginez deux soeurs (Ludovica en Bavière, Sophie en Autriche) décidant de marier leurs enfants, faisant fi des problèmes de consanguinité qu’on n’ignorait pas totalement pourtant… Le monarque de 23 ans se fait donc présenter sa cousine Hélène (Néné) mais tombe amoureux de son accompagnatrice et soeur Elisabeth (Lisi ?) âgée de 15 ans et demi.
Franz Joseph, 23 ans, empereur d’Autriche depuis 5 ans, rencontrera cette année-là sa cousine Elisabeth.
Ce mariage d’amour sera célébré grandiosement le 24 avril 1854. Ouvrons ici une parenthèse : par le plus grand des hasards nous avons visité le palais jour pour jour 160 ans plus tard. Le Musée Sisi fêtait ses 10 ans avec l’inauguration ce jour-là d’une exposition exceptionnelle (« Soie, Dentelle, Hermine ») sur la garde-robe d’Elisabeth. Certaines robes sont des reproductions mais d’autres sont les originales, exposées pour une unique fois au public jusqu’au 24 décembre 2014.
Réplique de la robe que portait Elisabeth la veille de son mariage. Je ne sais si c’est celle que portait Romy Schneider au tournage du film ! Cette robe fait partie de l’exposition permanente.Peu de robes d’origine mais elles sont magnifiques, de même des souliers et maints accessoires pour cette exposition temporaire au coeur du musée Sisi de Vienne. Si vous y allez, je vous souhaite une journée calme car il y a beaucoup à voir et les couloirs de visite sont assez étroits ! Cette sublime robe bleue a été oubliée des décennies dans un carton et retrouvée en 2012. Son état est d’une fraîcheur parfaite ! Elle date de la fin de la vie d’Elisabeth, quand elle était extrêmement maigre.L’autre robe d’époque montrée jusqu’au 24 décembre est cette robe très ouvragée, avec des inclusions de multiples dentelles délicates. Ces deux robes démentent que Sissi ne s’habillait plus qu’en noir à la fin de sa vie : à Corfou, elle dérogeait à cette règle. (photos de ce blog, toute photo étant interdite lors de la visite !)
Après ce mariage dont je vous passe les détails, très vite le jeune mari doit retourner aux affaires. C’est un homme droit, rigoureux, extrêmement travailleur, devant faire face à de multiples tracas diplomatiques, guerres et révolutions dans les immenses territoires qu’il dirige.
Sissi était alors toute jeune (16 ans), elle était attachée à son mari mais ne pouvait accepter le rôle d’impératrice tel qu’imposé par sa belle-mère et sa vie à la Cour de Vienne lui devint vite un carcan insupportable. Franz laissera malheureusement s’installer entre sa mère et son épouse une ambiance détestable, ce qui, rapidement, détournera Elisabeth de ses « devoirs » puis la mènera à une véritable frénésie de voyages… sans lui, quotidiennement attablé à son bureau pour régler les affaires de l’Empire.
François Joseph à l’âge de 35 ans.
Franz Joseph règnera près de 68 ans et ne cessera jamais d’aimer sa Sisi. Lui l’aimait d’un amour profond, elle l’aimait très affectueusement jusqu’au dernier jour. Ils eurent quatre enfants, dont je vous laisse découvrir le destin dans les nombreuses biographies.
Franz dira à plusieurs reprises, après la mort de Sissi en 1898 : « Nul ne sait combien je l’ai aimée… ».
L’époux de Sissi était né et éduqué pour régner, alors que Sissi la jeune Bavaroise n’a pu faire passer la vie de devoirs et de représentation incombant à une Impératrice devant sa soif de nature et de liberté.
Ils étaient totalement opposés, Franzi était un homme d’ordre et de rigueur militaire, un bureaucrate obstiné, un fervent catholique. Il était infiniment amoureux de sa femme mais ne la comprenait pas.
Sissi, elle, était bien plus fantaisiste, bien moins férue de religion et « ne se sent en harmonie qu’avec les objets d’art, au contact des lacs, de la lune, des forêts, des montagnes, de la mer, des chevaux, des chiens… »(Hortense Dufour, « Sissi, les forces du destin »). Elle a toujours vécu avec des animaux autour d’elle, monte à cheval quotidiennement, a toujours un grand chien. Elle sait les soigner, leur parler… Et les astres n’étaient pas non plus avec eux : lui étant Lion et elle Capricorne, aux thèmes complètement opposés, il aurait fallu beaucoup pour que règne l’harmonie entre ces deux-là 😉
Sissi et son chien Shadow, ici en 1867.
Au cours de son long règne, François-Joseph a dû affronter de très nombreux drames familiaux (tragédies des Habsbourg…). Il laissera l’empreinte d’un conservateur ayant su tracer des voies politiques riches en bonnes intentions mais pas à la mesure des bouleversements du XIXe siècle, et dont le bilan se soldera malheureusement par la Grande Guerre.
Sissi et la Cour de Vienne
Il est presque choquant, en tant que touriste arrivant à Vienne l’accueillante, la romantique, l’harmonieuse, d’apprendre qu’Elisabeth détestait cette ville et passait son temps à vouloir la fuir. Etait-elle ingrate, difficile, capricieuse ?
Mettons-nous un peu à sa place. La jeune Sissi a grandi avec simplicité, joie et liberté, toujours à courir dans le grand jardin plein de roses tenu par sa mère, crapahutant par monts et par vaux avec son père dans les Alpes bavaroises, nageant des heures dans les lacs avec son frère ainé… Du jour au lendemain, elle doit se plier à l’étiquette la plus stricte d’Europe, mesurer ses pas, son rire, ses propos… Elle vit soudain dans un palais certes, mais c’est une prison dorée. Son cher Franzi ne la soutient pas, disparaît toute la journée dans son bureau et laisse sa mère faire l’éducation de la nouvelle impératrice. La jeune fille est immensément désemparée dès les premiers jours de sa vie à la Cour de Vienne et ce choc ne s’effacera jamais.
La belle-mère de Sissi était-elle méchante ?
Epineuse question ! On va dire que les historiens sont partagés. Il y a un monde entre le sens du devoir de Sophie, mère de François-Joseph, à la fois tante et belle-mère de Sissi, et le ressenti d’Elisabeth. Il est certain que Sophie a empoisonné la vie de la jeune fille dès les premiers jours en lui inculquant l’étiquette de la Cour, summun de l’arbitraire. Dès lors, le ver était dans le fruit…
Sophie l’Archiduchesse en 1832 par A. Stieler, l’année de la mort du fils de Napoléon. Le futur mari de Sissi a alors 2 ans.
Il faut cependant faire attention aux apparences. Belle et intelligente, Sophie la jeune Bavaroise doit épouser à 19 ans en 1824 un homme faible et sans charme, mais promis au trône d’Autriche. Toujours des alliances de personnes au service de la politique, pour rétablir la puissance autrichienne après la catastrophe napoléonnienne…
Son ambition et ses capacités la menèrent à occuper le premier plan politique et les diplomates européens, un brin machistes mais admiratifs, disaient : « c’est le seul homme de la famille impériale ». Ferme, autoritaire, gardienne de la tradition, elle éduqua son fils aîné François-Joseph (Franzi pour les intimes) pour le rôle qui lui incombait : diriger l’Empire d’Autriche et faire passer l’Empire avant tout esprit d’invidualité, « droit dans ses bottes » ! Exception notoire, là où elle céda, c’est pour l’épouse de son fils : Hélène la cousine aînée au caractère conciliant (elle se maria plus tard, fut heureuse et eut beaucoup d’enfants…), était le choix de Sophie, mais Franz imposa son coup de foudre, Elisabeth, laquelle hésitait mais… « On ne dit pas non à un Empereur » rétorqua sa mère Ludovica…
Gardienne de l’étiquette, Sophie ne pouvait accepter les goûts d’indépendance de sa sauvageonne et puérile belle-fille et ne comprenait pas que Sissi refuse le rôle prestigieux qui lui était offert. Sophie se montra très maladroite, plus que méchante, avec la jeune fille qu’elle aurait voulu façonner à son image. La rapide dégradation des relations entre elles fut très nuisible pour l’avenir de Sissi.
Sophie est pourtant une femme qui fut une mère, une grand-mère présente et affectueuse, à défaut de pouvoir aimer son mari qui était à la limite de la débilité. Sa rigueur, son intelligence fut au service de l’Empire, tout comme le fera son fils Franz.
Dans sa jeunesse, elle mit toute sa tendresse au service du fils malheureux et malade de Napoléon et Marie-Louise. Il existait entre eux deux une immense complicité affectueuse qui donna lieu à beaucoup de médisances. Faisant fi des ragots tout comme des risques de contagion, elle s’occupa de l’Aiglon, fils de Napoléon 1er, jusqu’à son dernier souffle. Franz avait alors 22 mois.
Cette femme n’était donc pas le bourreau sans coeur qu’on veut souvent faire croire. Avec un peu plus de maturité de Sissi, un peu plus de médiation de Franz et un peu plus de souplesse de Sophie, tout aurait pu être différent…
Elisabeth a beaucoup voyagé, de nombreux souvenirs de ses séjours se trouvent dans toute l’Europe. Ici, statue en Italie (Meran)Statue à Funchal (île de Madère). Là encore, Sisi porte un livre à la main : c’était une grande lectrice et écrivait elle-même de nombreux poèmes.Statue à Achilleion (île de Corfou)Celle-ci est à Genève, érigée 100 ans après sur le lieu de son assassinat.
La beauté de Sissi
Enfant, on la dit mignonne, charmante. Fiancée et jeune épouse, elle est rayonnante, ravissante. La grande brindille bavaroise devint la plus belle femme d’Europe de l’avis de tous, même si Elisabeth, en raison d’une dentition imparfaite, ne rit jamais, sourit à peine… Sa beauté devint son arme de séduction contre l’étiquette imposée par sa belle-mère.
Les bonnes fées de l’héritage génétique ont transmis à Elisabeth les traits fins et la belle peau des princesses bavaroises, comme sa mère ou sa tante et belle-mère. Elle gardera de sa jeunesse au grand air alpin une peau qui prend bien le soleil.Elle prend soin de son visage au fil des décennies avec de nombreuses recettes plus ou moins appétissantes : cela va de la purée de fraises écrasées à l’escalope de veau crue… Des années durant, elle testera de nombreuses crèmes, collectionnera les idées de mélanges récoltées au cours de ses voyages et de ses propres expériences. Ainsi, ne serait-ce que par les soins d’hydratation de sa peau, elle pourra paraître longtemps bien plus jeune que les autres femmes de son âge.
On admire beaucoup sa chevelure bouclée, épaisse et brune qui lui tombe jusqu’aux chevilles, héritage de la famille Wittelsbach. Trois heures lui sont quotidiennement nécessaires pour se préparer… Pendant que sa coiffeuse tresse ses cheveux, elle apprend des langues étrangères pour lesquelles elle a un vrai don. Elle tient tellement à sa crinière que c’est un drame dès qu’elle voit un cheveu perdu… La coiffeuse et amie lui cachait donc habilement tous ceux qui restaient du démêlage quotidien pour ne pas la contrarier ! Le poids de sa chevelure lui donne souvent mal de tête mais qu’importe…
Mais ce qui devient obsessionnel, c’est sa ligne. Après l’intense déception de la vie à la Cour mais les acclamations du peuple devant sa beauté, il se produit un déclic : elle veut devenir la plus belle du monde, c’est à sa portée… Elle s’épuise avec des heures de gymnastique, d’équitation, des régimes insensés… Dans les palais où elle a habité, elle a fait installer du matériel de gymnastique (anneaux, haltères et autres, qu’on peut voir notamment au palais de Hofburg), ainsi qu’un pèse-personne qu’elle utilise plusieurs fois par jour.
Salle de gymnastique et d’hygiène au palais du centre de Vienne. Anneaux, barre fixe, espaliers… L’environnement de style boudoir est très étonnant !
Presque jamais elle ne paraît à table car elle suit des régimes déraisonnables. Dommage 😉 leur vaisselle était si belle ! En visitant le palais, j’ai admiré des plats en porcelaine japonaise et pu vérifier que la cour des Habsbourg était au coeur des achats de la plus belle vaisselle du monde… Une recherche sur le bloc de patchwork de l’assiette de Dresde m’a naguère menée assez loin sur les traces de la porcelaine de Chine et d’Imari : une salle entière y est consacrée à Vienne !…
Naguère avec une belle silhouette jeune et « normale », Elisabeth devint extrêmement maigre (50 kg pour 1,72 cm… dont quelques kilos de cheveux !) et garda jusqu’à sa mort à 61 ans une taille de guêpe de 51 cm dit-on :
J’ai vu de nombreux vêtements d’Elisabeth à Vienne. Certains témoignaient de sa très fine silhouette. J’ai particulièrement été frappée par l’extrême finesse de ses chaussures, incroyablement étroites.
Dans son rejet de l’étiquette, dans son éperdue envie de liberté, on regrette que Sissi n’ait pas vécu à notre époque ! Elle y aurait été sans doute plus à son aise, on la sent en avance sur son temps. Malheureusement, elle l’était aussi avec son principal problème de santé récurrent : il est clair que Sissi est devenue anorexique au fil du temps, maladie plutôt rare alors.
En 1998, un ensemble de symptômes liés à l’anorexie mentale fut nommé « le syndrome de Sissi ». La sissimania est parfois dangereuse, des forums en son honneur existent dans plusieurs pays et font parfois l’apologie de sa maigreur et de ses régimes. C’est so chic d’être comme Sissi !! Le syndrome de Sissi a été inventé par un groupe de marketing pour un laboratoire pharmaceutique… afin de mieux vendre certains psychotropes. Un journaliste scientifique, Jörg Blech, a dénoncé ce scandale après une enquête rigoureuse (voir notamment cet article).
Elisabeth était obsédée par sa beauté, mais également la beauté des autres femmes : elle a collectionné des photos de femmes de tous âges et toutes conditions, son « album de beautés » comportait plus de 2 500 clichés ! Elle utilisait les réseaux diplomatiques pour enrichir sa collection…
A la soixantaine, elle s’habillait presque toujours de noir et promenait en Europe sa très fine silhouette. Elle fuyait non seulement Vienne et sa Cour mais aussi tout le monde alors qu’elle était déjà entrée dans la légende. Les témoignages des contemporains insistent sur sa beauté mais surtout sa gentillesse, son charisme naturel, son charme inexprimable. Le président Félix Faure avait déclaré, témoignage parmi tant d’autres : « L’Impératrice est sublime. On dirait qu’elle est française ! »… Chauvin, va !!
Pour ne laisser qu’une belle image d’elle à la postérité, Elisabeth refuse, l’âge venant, de se laisser photographier… Elle protègera son visage de voilettes, d’éventails, n’acceptant de montrer que sa silhouette juvénile…
Les musées de Vienne et tout particulièrement celui de Sisi à Vienne ont eu l’honnêteté et l’intelligence de ne pas s’en tenir au côté glamour de la belle impératrice. C’est une femme qui a beaucoup souffert, physiquement et psychiquement, qui a subi beaucoup de drames, les plus terribles étant la mort de son premier enfant, la petite Sophie, à 2 ans, puis la mort très mystérieuse du beau Rodolphe (à l’âge de 30 ans), lequel a tant souffert des voyages incessants de sa mère… Le sujet des enfants d’Elisabeth et Franz est complexe.
Elisabeth fut assassinée par un anarchiste en pleine journée à Genève, « pour rien »… Parmi la multitude d’objets exposés au musée de Vienne, on peut y voir la fine lame qui a tué Sissi à l’âge de 61 ans.
C’est le vêtement que portait Elisabeth, le jour fatidique du 10 septembre 1898. On voit le trou provoqué par la lame qui la tuera.
Ici s’achève l’évocation de cette femme au destin extraordinaire mais à la vie si malheureuse, loin des clichés habituels. Si cet article vous donne envie d’en savoir plus vous pouvez lire, parmi les centaines de livres parus dans le monde, la sensible biographie de Jean des Cars (Sissi, impératrice d’Autriche) ou « Ces Autrichiennes, nées pour régner » de Catarina de Habsbourg (son grand-père fut le dernier empereur, à la mort du mari de Sissi).
Finissons avec cette belle photo prise le jour où Elisabeth devint Reine de Hongrie (1867) ! Elle aimait ce pays qui le lui rendit bien, contrairement aux Viennois…
Depuis mon voyage à Vienne il y a deux mois, je ne peux m’empêcher de me documenter sur les personnages et mouvements artistiques liés à cette ville : le baroque, le Jugendstil, Klimt, Hundertwasser, et puis plusieurs figures féminines au destin hors du commun de la famille des Habsbourg comme Marie-Antoinette, Marie-Louise et bien sûr Elisabeth d’Autriche…
Elisabeth d’Autriche en 1865, à 27 ans – Peintre : Winterhalter. Sa robe est signée du célèbre couturier Worth, fondateur de la Haute-Couture française ; elle est de satin et de tulle blancs, brodée de lames d’or. Les bijoux de cheveux sont des étoiles en diamants du bijoutier Köchert, dynastie de bijoutiers toujours établis à Vienne.
Cette femme est fascinante par sa complexité et son destin, sa personnalité si singulière que mes premières recherches me donneraient presque envie d’y consacrer beaucoup plus de temps ! Son histoire familiale colle à la grande histoire de l’Europe que je comprends mieux au fil des lectures récentes, car, hormis quelques éclairages partiels, ma vision des Cours d’Europe se focalise plutôt sous le prisme français ou anglais et mes lectures historiques sont depuis des années centrées sur les artistes, les découvreurs, les gens ordinaires devenant extraordinaires…
L’empire de Franz-Joseph et d’Elisabeth, au coeur du XIXe siècle, englobe une immense partie de l’Europe. Après la folie expansioniste de Napoléon puis sa déchéance, l’empire des Habsburg s’étend de nouveau en gros pavé au centre de notre continent, englobant des peuples aussi divers que des Polonais, des Italiens, des Croates, des Hongrois, des Allemands, des Serbes… chez qui monteront des nationalismes engendrant d’innombrables guerres. N’oublions pas que c’est l’assassinat du successeur désigné de Franz-Joseph (mari d’Elisabeth) qui précipitera la première Guerre Mondiale…
Plus tôt dans l’Histoire, il y eut Marie-Antoinette. Jusqu’en avril dernier, je n’en connaissais que l’écume de sa vie française. En visitant Vienne, j’ai appris que sa mère, Marie-Thérèse la Grande, fut une remarquable chef politique, une très grande impératrice qui régna pendant plus de 40 ans sur une grande partie de l’Europe. Le merveilleux château de Schönbrunn, le « Versailles viennois », conserve son empreinte.
Côté cour et entrée, le château jaune et vert sombre pour les boiseries (couleurs qu’on retrouve dans toute la ville) nous accueille. Les parterres sont entretenus simplement, d’un coup de tondeuse, sans gazon sélectionné et chèrement désherbé : un naturel qui fait du bien !La visite du château de Schönbrunn (= la belle source) nous laisse une impression d’harmonie : le bâtiment le plus visité d’Autriche était fin avril très calme et nous avons pu en profiter pleinement ! La grande visite des pièces est passionnante.Vue du balcon principal, côté jardin. A l’horizon, la gloriette. On ne voit pas toutes les dépendances, elles aussi fort intéressantes : orangerie, grandes serres tropicales, zoo, musée des carosses, des kilomètes d’allées ombragées…Le château vu de la gloriette. Le centre ville se trouve à l’extrême droite de la photo. Schönbrunn était la résidence d’été et Hofburg (en centre ville, à environ 5 km de là) le palais d’hiver. Marie-Antoinette y passa une jeunesse heureuse !Le parc de Schönbrunn peint par G. Klimt (en 1916) qui, à la fin de sa vie, avait son atelier à 3 stations de métro de là. Il y avait ses habitudes et donnait souvent rendez-vous à ses copains à la buvette de la gloriette !
Marie-Antoinette, avant-dernière des 16 enfants de Marie-Thérèse, n’était pas destinée à être dans la lumière, son éducation fut donc légère : elle savait à peine lire à 10 ans. Elle vivait heureuse à Vienne, vive et insouciante, apprenant le maintien, la danse, la musique… Elle assista à la visite à la Cour de Vienne du jeune prodige Mozart, de quelques mois son cadet : ils avaient tous deux 7 ans !
Sa mère, cependant, fit comme les autres monarques de son temps en utilisant le mariage de ses enfants comme gage de paix et alliance avec d’autres pays : à cette jeune fille il incomba d’épouser le futur roi de France…
Maria Antonia, 12 ans, peinte par Van Meytens (1767). C’est la dernière fille de l’impératrice d’Autriche Marie-Thérèse et François 1er de Lorraine. Deux ans plus tard, elle sera promise au futur Louis XVI de France. On la connaît mieux sous son prénom français, Marie-Antoinette !Marie-Antoinette pendant sa coiffure – Heinrich LossowMarie-Antoinette, reine de France, en 1783 (à 27 ans). Sa robe d’apparat est extravagante !
Tel un puzzle qui se met en place, mieux connaître les Habsburg me fait mieux comprendre notre Histoire. Il est passionnant de comparer les grandes figures féminines. Marie-Antoinette, arrière-grand-tante par alliance de Sissi, avec qui elle partage de nombreux points communs, a grandi dans les mêmes châteaux que ceux où vécut l’impératrice Elisabeth. Mais là où Marie-Antoinette, dernière fille de l’Impératrice Marie-Thérèse, avait une jeunesse plutôt libre et joyeuse avant de subir l’étiquette à la Française, Elisabeth subira de plein fouet les devoirs dus à son rang, imposés par sa belle-mère, après son enfance libre et joyeuse en Bavière… Pour chacune, le mariage à 15 ans est décidé pour l’alliance entre deux peuples… Elles vécurent dans le luxe de leur rang, pas toujours aimées du peuple… et moururent toutes deux très violemment. Autre pays, autre dynastie, autre époque, on ne peut s’empêcher de faire des rapprochements entre ces deux femmes et Lady Diana. Les comparaisons fusent : leur destin tragique, leur beauté, leur élégance favorisent des raccourcis dont il faut tout de même se méfier.
Mariage le 2 avril 1810 de Napoléon et Marie-Louise. Peinture de Louis Rouget (Château de Versailles)
Quant à Napoléon, qui se souvient qu’il fut l’oncle de Sissi puisqu’il épousa la douce Marie-Louise ? De leur union naîtra Napoléon II, enfant écartelé entre la France et l’Autriche, mort à 21 ans.
Voici Marie-Louise que Napoléon épousa pour avoir un fils que ne put lui offrir sa première épouse Joséphine… Le petit Napoléon II fut revendiqué par les deux pays (France et Autriche), rudement éduqué et mal aimé. Héros romantique et poignant dont la mort à 21 ans reste mystérieuse, il entra dans la Légende avec des poèmes de Victor Hugo, puis une pièce d’Edmond Rostand (l’Aiglon, joué par Sarah Bernhard).
Maria Ludovica ( surnommée Luisi) naquit à Vienne en 1791 au palais impérial viennois, son père devint Empereur d’Autriche alors qu’elle avait 2 mois. Elle est éduquée de manière plutôt simple, apprend plusieurs langues dont le français, première langue internationale de l’époque, aime la broderie, le jardinage et toutes activités des jeunes filles de famille aisée de son temps. Durant son adolescence, l’Autriche perdait bataille sur bataille contre Napoléon qui humiliait son pays. Alors imaginez quand on lui apprit sa future alliance avec celui qu’elle appelait « l’ogre corse » lequel, fort peu élégamment, dit « j’épouse un ventre » [pour avoir un fils]. La pauvre dit « se sacrifier pour le bien de l’état »… Bref cela commence plutôt mal !
Marie-Louise épousa à 18 ans Napoléon (40 ans), qui voulait allier sa famille corse à l’une des plus prestigieuses dynasties européennes.
Pourtant le couple fut heureux pendant quatre petites années, même si le peuple français râle contre cette nouvelle Autrichienne qui, en retour, craint ces gens qui ont coupé la tête de sa tante Marie-Antoinette… Douce et docile, elle n’a pas les armes pour se défendre contre la cruauté de la Cour, pas plus que celle du clan corse. Elle aime remplir sa vie simplement, de couture et broderie, de lecture et de promenade. Elle donne un fils à l’Empire pour le plus grand bonheur de son mari et devint même par deux fois Régente de l’Empire français. Elle rentrera en 1814 en Autriche pour se retrouver sous le joug de son père et ne revit jamais son mari exilé (mort en 1821), puis vécut principalement en Italie, Duchesse de Parme durant plus de 30 ans.
Marie-Louise, en robe Empire (à la taille haute), peinte par Robert Lefèvre. Ces robes sont héritées de la mode gréco-romaine alors en vogue. Elles laissent assez de liberté au corps, sont agréables à porter… mais le corps féminin sera de nouveau corseté vers 1830.
Quelques jours après notre retour de Vienne, nous avons vu avec émotion l’émission « L’ombre d’un doute » sur Vienne, nous y avons retrouvé toute cette ambiance chargée d’histoire et de beaux portraits de ces Dames de Habsbourg.
Elisabeth d’Autriche m’ayant fortement touchée, je reparlerai d’elle, puis nous continuerons notre balade viennoise du côté de chez Klimt, grand amoureux des femmes…
Quand j’étais enfant, une collection de livres à jaquette blanche ornait une étagère de la bibliothèque de mes parents… Très jeune donc, vers 10 ou 11 ans, j’ai lu plusieurs de ces livres à la belle couverture de tissu ivoire et aux dessins choisis (collection Club de la Femme). Celui qui m’a le plus durablement impressionnée est « La Dame Blanche des Habsbourg » de Paul Morand, un curieux document historique parlant… d’un fantôme, ou plutôt d’un spectre d’allure féminine qui aurait hanté des siècles durant la dynastie des Habsbourg. Nous ne sommes pourtant pas en Ecosse !
Napoléon François Joseph Charles, prince français, Roi de Rome, Prince de Parme, puis de Duc de Reichstadt avant que sa mort prématurée le fasse entrer dans la légende sous le nom de l’Aiglon… Credit: The Art Archive / Museo del Risorgimento Milan / Gianni Dagli Orti
C’était sans doute le premier livre historique que je lisais et ma mémoire a retenu deux personnages : Napoléon II, fils de Napoléon et de Marie-Louise (Autrichienne), dont la destinée est poignante et Elisabeth, plus connue sous le nom de Sissi…
Elisabeth, impératrice d’Autriche et de Hongrie, « la plus belle femme d’Europe », ici en 1867.
La Dame Blanche apparaît avant chaque mort violente ou révoltante des membres de cette grande famille. C’est le signe imparable de la fatalité qui marqua les Habsbourg, jusqu’à l’assassinat de l’héritier à Sarajevo en 1914, avec les conséquences que l’on sait… L’auteur raconte ainsi 200 ans de règne des Habsbourg. Contrairement aux Cours de France et d’Angleterre, les souverains autrichiens apparaissent comme très sérieux, travailleurs, vertueux… mais poursuivis par la fatalité.
Si, lors d’un vide-grenier, vous tombez sur ce livre, prenez-le, le talent et l’érudition de l’auteur vous feront passer un étrange moment mêlant Histoire et surnaturel au coeur de l’Europe !
Rendez-vous prochainement ici avec des Dames de habsbourg, qui elles ont incontestablement existé et marqué l’Europe. Elles ne faisaient pas de patchwork mais participèrent, de par leur rang et leur éclat, à l’évolution des arts européens…
Alors qu’une vague de froid glacial vient de meurtrir le grand Est étasunien, je vous propose aujourd’hui de découvrir un événement qui a marqué la ville de Chicago au moment où une crise économique majeure jetait des milliers de chômeurs à la rue et où Eliott Ness arrêtait enfin Al Capone l’homme le plus puissant de la ville, un gangster régnant sur les trafics de la drogue, de l’alcool et de la prostitution.
Ville de Chicago, 1933
Pour célébrer son premier centenaire, la ville de Chicago programma en 1928 une exposition universelle dans sa ville pour 1933 dont le thème principal allait être « a Century of Progress », un siècle de progrès. La terrible crise commencée le jeudi noir (29 octobre 1929) n’a pas empêché cet hymne aux nouvelles techniques de voir le jour. Le succès fut si vif que l’Exposition, qui devait durer une saison, s’est rouverte pour une 2e session en 1934. Chicago comptait alors déjà 3 millions d’habitants et près de 50 millions de tickets d’entrée furent vendus ! Les spectacles étaient éblouissants, les thèmes passionnants et au cours de cette fête de l’innovation, de la science et du progrès, lentement le 1er New Deal de Frank D. Roosevelt commençait à porter quelques fruits ; l’espoir renaissait dans cette décennie pleine de contradictions, de modernité et d’archaïsme, de richesse et de misère.
Parmi toutes les (r)évolutions en un siècle, cette enveloppe célèbre les progrès du transport du courrier.
Les documents disponibles numérisés montrent l’immensité de cette exposition universelle, avec les grandes industries montrant leurs dernières inventions, dont certaines perdurent évidemment ! On apprenait par exemple comment Firestone fabriquait ses pneus, quels étaient les progrès dans le monde des transports, de l’énergie, etc. J’ai bien ri en voyant un article sur la fabrication industrielle de la Miracle Whip de Kraft, une sorte de mayonnaise bon marché née de la crise en cette année 1933, laquelle est toujours extrêmement populaire.
Autre vedette parmi des milliers d’autres, la première montre bracelet Mickey fut vendue lors de cet événement ! Celles qui existent encore de cette époque sur le marché se vendent à présent à prix d’or…
Cette Exposition universelle montrait à la fois le développement des Etats-Unis, l’avancement des sciences et de industries les plus pointues, mais des pavillons faisaient aussi voyager dans le temps et l’espace. Ainsi les Américains découvrirent des maquettes de dinosaures, purent se promener dans des rues de Paris reconstituées, comprendre la fabrication de la soie dans le pavillon japonais, admirer le Zeppelin dans les airs (photos et historique des Zeppelins en français)…
Il était aussi dans l’air du temps de montrer des photos de personnages « de foire », handicapés ou aux capacités étranges (Ripley’s Believe or Not). Dans d’autres registres mais devenus tout aussi inacceptables de nos jours, on montrait des tribus parquées (des Indiens notamment), un quasi-zoo de nains ou de vrais bébés prématurés en incubateur, symboles des progrès en médecine…Cette exposition d’enfants prématurés en incubateur ne fut pas du tout unique, il y en eu de très nombreuses aussi notamment en Europe.
Mais le scandale qui m’intéresse dans ce blog est bien ailleurs et concerne évidemment le monde du patchwork ! Rendez-vous ici dans quelques jours pour l’évocation de la plus grande exposition de quilts jamais égalée, même quatre-vingts ans plus tard…
Livre de Merikay Waldvogel & Barbara Brackman consacré à l’exposition de quilts à Chicago en 1933 et 1934. Vous pouvez d’ores et déjà vous plonger dans l’ambiance Art Déco de l’époque par ici ! ***
Vous souvenez-vous des lits des années 60 ou 70 ? Héritage à la française, tous avaient un drap plat tiré sur le matelas, puis un autre drap au rebord orné -ne serait-ce qu ‘une couture au point de bourdon- et enfin une ou deux couvertures. Des oreillers, un traversin parfois, complétaient le lit pour plus de confort. Un couvre-lit recouvrait le tout le jour.
Le Lit de Toulouse-Lautrec (Musée d’Orsay)
Les couettes sont apparues en fin des années 70, avec la mode scandinave, à peu près en même temps que les draps housse à élastiques pour recouvrir les matelas. Révolution pour les jeunes, le lit se faisait en un clin d’oeil ! Pour les lits doubles, les couettes deux places sont rapidement apparues, grandes et pas si faciles à entrer dans les grandes poches (les housses de couettes). Celles-ci couvrent tout le lit, comme un couvre-lit.
J’ai été étonnée de voir qu’en Allemagne, on ne faisait pas le lit de la même façon que nous. Un lit pour couple comprend un cadre mais deux sommiers, deux matelas… et deux couettes !!
Les Allemands privilégient le pragmatisme : chacun peut bouger sans déranger l’autre, peut avoir une couette plus ou moins chaude… et le changement des draps est bien plus facile ! De jour, chaque couette individuelle (de 150 x 200 cm) est pliée en deux sous l’oreiller. Pratique, oui, mais pas très beau… et pas du tout romantique !
Les quilts sont apparus dans les pays de laine, là où sont des moutons : on récupérait les moins belles fibres de laine pour les enfermer entre deux tissus, puis on stabilisait l’ensemble par des points de quilting pour éviter la migration de la laine dans un seul coin. On le comprend bien quand on voit des restes de quilts exposés dans le Musée de Lempeter.
Quilt gallois de la région de Lampeter – 1800 – Laine (Welsh Quilt Center). Une couverture fait office de molleton. Ce style fait irrésistiblement penser à des quilts amish… qui ne commenceront à exister qu’une soixantaine d’années plus tard pour les tout premiers !
Les couettes, elles, sont traditionnellement les solutions calorifères des pays d’Europe du Nord : faute de moutons, oies et canards sont plumés, mangés… Rien ne se perd ! Les couettes les plus légères, chaudes et agréables, étaient faites avec le fin duvet du ventre pour les plus fortunés, le top étant le duvet d’eider (eiderdun en suédois… qui donnera notre mot édredon) ; les plumes, moins douces et moins calorifères, constituaient les couettes ou édredons de moindre qualité. Pour des raisons d’allergies et d’hygiène, on préfère maintenant des couettes synthétiques : coût inférieur, meilleure évacuation de l’humidité, facilité de lavage…
Quilt amish, 1925 – Collection Esprit
Les Amish, dont le mouvement fut créé en 1693 en Europe en dissidence des Anabaptistes, sont partis en plusieurs vagues à partir de 1737 vers le Pays de la Liberté, plus particulièrement vers Philadelphie et la Pennsylvanie, avec toutes leurs possessions. Tout comme les émigrants allemands et d’autres pays d’Europe du Nord, les Amish apportaient d’Europe leurs couettes nommées « sac de plumes » (feather-filled bags), ceci étant attesté dans les listes d’inventaires. Ils continuèrent d’en fabriquer en Amérique pour se tenir au chaud jusqu’au milieu du XIXe siècle.
Pourquoi les femmes Amish sont-elles passées de la couette au quilt ? C’est un des points de la recherche effectuée par Dorothy Osler dans ce livre remarquable Amish Quilts and the Welsh Connection.J’ai reçu ce livre à Noël, je l’étudie attentivement ! A ce sujet, il n’y a pas de raison définitivement arrêtée. Hormis de subtiles raisons religieuses ou idéalistes, on peut avancer que les Amish, pragmatiques comme leurs proches Allemands, quittèrent cette traditionnelle source de chaleur notamment pour des raisons pratiques : on ne peut plus imaginer la puanteur de ces sacs de plumes, surtout neufs, même après le meilleur soin de préparation (nettoyage, séchage au soleil), puis très vite, les moisissures dues à l’humidité… Les quilts de laine puis de coton, à la manière des English et des Gallois (nous y reviendrons un autre jour), sont des améliorations notables au point de vue hygiénique !
Quilt amish de 1925 – Collection Esprit
Savez-vous que pour évaluer la froideur d’un hiver, on disait : « c’est un hiver à 3 (ou 4, 5…) quilts » ? Combien de quilts superposés fallait-il pour dormir au chaud dans les « log cabins » ?… Et quand l’hiver glacial se déchaînait comme la semaine dernière, comment ont-ils pu survivre ?…
Si on n’avait pas de quilt, Amish ou pas on avait encore des plumes dans cette Amérique en mouvement :
Ici des cowboys itinérants avec leur sac de duvet roulé qui leur servait à la fois de matelas et de couverture. Trop volumineux pour être transportés sur le cheval, ils étaient réunis dans un chariot :
Le 11 novembre est une date que tout le monde a en mémoire pour honorer les morts de la première guerre mondiale, car c’est la date de la signature de l’armistice.
Quelques titres de la presse du 11 novembre 1918
Hasard du calendrier, le 11 novembre est la Saint-Martin, naguère grand symbole de la vie paysanne en Europe. C’était la date-repère de la fin des travaux dans les champs, au même titre que la Sainte-Catherine du 25 novembre était le repère des plantations, jour où « tout bois prend racine ». Le 11 novembre était un jour très festif avec pléthore de mets bien gras !
Saint-Martin (317-397) est un personnage à la vie incroyablement riche et surprenante ; impossible de démêler légende et réalité, toujours est-il qu’il a une grande place dans l’histoire populaire de notre continent. En France, au XXe siècle, on a beaucoup gommé les anciennes fêtes (par modernisme effréné ? par laïcisme ?) mais ici et là refleurissent les fêtes de la Saint-Martin dans de nombreux endroits. C’est près des frontières du nord et de l’est de la France qu’on a le plus conservé les traditions, à l’image des pays limitrophes comme la Suisse, la Belgique ou l’Allemagne.
Avec mes filles toutes petites en Allemagne, j’ai appris la légende allemande de la Saint-Martin, et surtout tous les ans je me promenais avec elles dans les rues de Hambourg, une ou deux fois par semaine pendant près d’un mois (fin octobre – mi-novembre), avec des lampions orange faits au Kindergarten éclairés d’une (vraie) bougie en chantant :
» Laterne, Laterne, Sonne Mond und Sterne… »
et autres chansons que j’avais toutes apprises par cœur.
Lors des grandes processions, nous avions un cavalier encapé qui ouvrait la marche, symbolisant Saint-Martin qui avait déchiré sa cape un jour de grand froid pour la partager avec un mendiant…
Si le prénom Martin vient de Mars, dieu de la guerre (le père du saint était un officier supérieur de l’armée romaine), Martin et sa cape ont enrichi notre lexique avec le mot chapelle, la dynastie des capétiens, le martin-pêcheur, l’été de la Saint-Martin… Savoureuses anecdotes que je vous laisse découvrir dans le long article de Wikipedia.
Bleu et orange, c’est toujours réussi !
*** *** ***
A propos du chemin de table posté hier : si vous le faites, je serais très heureuse de recevoir une photo de votre ouvrage que j’éditerai dans ce blog début décembre avec votre prénom et, le cas échéant, un lien vers votre blog.
A la suite de mon article sur la ville forte de Brouage, Lucie de Calgary (Alberta, Canada), a découvert l’existence de cet ancien port, lieu de naissance d’un grand homme ; dans son pays, Samuel de Champlain est un personnage incontournable de l’Histoire puisqu’il a notamment fondé la ville de Québec.
C’est grâce à lui qu’on parle français au Canada. Il s’est acharné à vouloir implanter des colons français en Amérique du Nord et on l’appelle le Père de la « Nouvelle France », immense territoire colonial français :
En bleu, c’était la France… en 1763 ! Du nord-est du Canada à la Nouvelle-Orléans, en passant par les Grands Lacs (découverts par Champlain), cet immense territoire était la conséquence des explorations et transactions entamées par Champlain 150 ans plus tôt.
Cet homme, méconnu en France contemporaine, fut un grand aventurier, explorateur, commerçant, géographe, négociateur auprès des Indiens (il fuma le calumet de la paix !)… Lucie m’a très gentiment envoyé cette photo pour témoigner de l’importance de Samuel de Champlain au Canada. C’est une statue du XIXe siècle, dont le sculpteur fut plus tard rescapé du Titanic ! Le socle est en pierre calcaire de Château-Landon (100 km au sud de Paris), qui a la particularité de blanchir au contact de l’air et l’eau de pluie, de la même carrière que les pierres de l’Arc-de-Triomphe et le Sacré-Coeur de Paris.
Cette statue est située devant le célèbre Château Fontenac à Québec. Une autre statue de Champlain fut érigée à Ottawa, là où il utilisa un astrolabe en 1615… mais le sculpteur, moins savant, mit l’instrument de mesure à l’envers !
Samuel de Champlain à Ottawa
Chère Lucie,
Merci de m’avoir incitée à me replonger dans notre histoire commune… et j’espère que ton intention de venir en France en 2015, afin de venir visiter la prochaine exposition de Brouage, se concrétisera !
Bien amicalement, Katell, quilteuse forever
-=-
De magnifiques photos de l’exposition de Brouage sont éditées sur ce blog, Tempus Fugit.
Martine a quilté jour et nuit (c’est vrai…) pour terminer à temps ce quilt à exposer à Colomiers… Il fut assemblé, semaine après semaine, en compagnie virtuelle de centaines de quilteurs/ses du monde entier. Grâce à Barbara Brackman, ils ont célébré ainsi les 150 ans de la guerre civile américaine en se remémorant avec chaque bloc un épisode de cette période terrible et décisive de l’histoire étasunienne. Martine, Karine et moi avions publié plusieurs articles à ce sujet (un, deux, trois, quatre, cinq).
Le voici dans toute sa splendeur :
Ici une vue de côté pour apprécier le matelassage en éventail, contemporain de cette époque évoquée :
Celui de Karine, tout aussi beau mais différent, sera bientôt quilté lui aussi… on le verra à une autre exposition !