Unforgettable, inoubliable, c’est le nom donné à l’exposition cuvée 2016 de quilts historiques au Welsh Quilt Center (le Centre des Quilts Gallois) créé et toujours dirigé par Jen Jones. Cette exposition est à voir à Lampeter du 5 mars au 5 novembre, du mardi au samedi (11 h – 16 h 30 sauf jours fériés).
Pour mémoire : le Pays de Galles (Wales) est une partie du Royaume-Uni, ici avec un dessin de dame au chapeau haut. Ce territoire conserve beaucoup de particularités celtiques, comme sa langue gaélique encore vivace de nos jours. Lampeter est du côté du S de Wales !
D’inoubliables quilts anciens gallois, souvent récupérés au fin fond des granges et des étables, sont exposés et montrent des couvertures finement matelassées.
Le quilting très complexe, fort décoratif qui ne suit pas les dessins faits par le patchwork sont typiques de cette terre celtique. (photo)
Je ne peux m’empêcher de me rappeler que plusieurs spécialistes, parmi lesquels Jen Jones, soupçonnent que ce sont ces quilts gallois qui inspirèrent le style Amish… J’avais déjà évoqué ces fortes présomptions ici et mon amour des quilts gallois par là.
Parfois parfaitement piécés, souvent de guingois comme tant de quilts anciens, ils sont tous quiltés étroitement pour contenir le remplissage fait de chutes de laine : nous sommes dans un pays riche en moutons et on utilise ce qu’on a sous la main !
Peinture de Valériane Leblond qui évoque la proximité des moutons et des quilts au Pays de Galles. Comme à l’accoutumée, Valériane a peint un quilt de la collection de Jen Jones ! Valériane fut la première artiste à exposer temporairement cette année, d’autres se succèdent tout au long de l’été.Paysage automnal aux moutons, Valériane LeblondL’heure de la tonte, Valériane Leblond.
Les tableaux disponibles de Valériane Leblond se trouvent dans sa galerie.
Richesse des scrap-quilts… Il arrive que ces quilts soient assemblés à la machine à coudre, mais ils sont toujours quiltés à la main (photo)
Cette exposition inoubliable fait le lien du savoir-faire gallois en matière textile, montrant également une collection de costumes anciens, souvent faits des mêmes tissus que les quilts, ainsi que des chapeaux, marque distinctive de la femme galloise du XIXe siècle.
Documents montrant des femmes du Pays de Galles avec leur chapeau si caractéristique.
Pourquoi ces chapeaux ? Le spécialiste Michael Freeman convient que son origine reste quelque peu mystérieuse. Ce chapeau de feutre faisait partie des vêtements de sortie ou du dimanche et sa forme était peut-être copiée des chapeaux hauts portés par les cavalières fortunées, mais pourquoi ?… Il n’en reste pas moins que le chapeau gallois féminin reste très populaire dans les mémoires, symbole de fierté et d’appartenance au pays. Sa production est limitée dans le temps, apparemment des années 1830 aux années 1880. Ensuite, le port du chapeau s’est limité à des manifestations exceptionnelles et ils étaient donc précieusement conservés.
Les jupes, les tabliers, les châles à carreaux ou à rayures, couronnés du fameux chapeau, constituent le costume traditionnel du XIXe siècle du Pays de Galles. (photo)Femmes filant la laine et prenant le théLes sœurs Modryb en 1872 (Martha, Nelly et Gwenno). Nous notons la présence d’un bonnet blanc sous le chapeau.Nous voyons bien ici l’association des rayures, des carreaux, des imprimés fleuris… base de quilts à venir !Photo du site Welsh Quilt Center
Des stages, ainsi que des œuvres d’artistes contemporains complètent cette exposition inoubliable :
Bedtime Blues, détail, Wendy Greene, une exposante parmi beaucoup d’autres !
Le Challenge Jen Jones 2016 : faire un quilt inspiré d’un de ceux de la collection de Jen Jones… C’est faire un peu comme Valériane Leblond, prolonger la beauté des quilts créés naguère en leur donnant une autre vie ! Tout renseignement complémentaire par ici . Vous serez peut-être tenté(e), à votre tour, de faire un quilt inoubliable…
Après la naissance de la photographie, quelques artistes peintres s’éloignèrent de la reproduction d’une vision académique, réaliste ou romantique. L’Impressionnisme, cette nouveauté majeure, entraînera à sa suite une ébullition artistique dans tous les sens, sautant rapidement du pointillisme (oh les beaux pixels 😀 ) au fauvisme, au cloisonnisme, puis à l’Art Nouveau, au cubisme et aux mouvances de l’art moderne du XXe siècle.
Estampe japonaise – On remarque ici un discret trait noir cernant les éléments du paysage, mais pas le reflet dans l’eau. Vue du Mont Fuji, Hokusaï
Suivons aujourd’hui Émile Bernard, post-impressionniste entouré par Paul Gauguin, Vincent Van Gogh et quelques autres… Réunis en Bretagne à Pont-Aven, ces peintres eurent comme sujets privilégiés les beaux paysages, l’exotisme (mais oui, quand on vient d’ailleurs 😉 ) des costumes bretons, ainsi que les coutumes de la religion catholique qui jalonnaient la vie d’antan. Avec ces thèmes ils se lancèrent dans l’aventure artistique du cernage, du cloisonnage et du synthétisme, inspirés par les estampes japonaises aux dessins cernés, aux aplats de couleurs, à la perspective non travaillée.
Restons en Armorique pour effleurer le monde de la BD dans lequel, tout naturellement, on trouve un trait noir délimitant les couleurs.
Célébrons ici la sortie mondiale du 36e album d’Astérix ! Il semble respecter la meilleure tradition de Goscinny et Uderzo, se référant étroitement au livre de la Guerre des Gaules de Jules César. Une BD, c’est beaucoup de crayonnage avant de mettre le dessin en couleurs. Typiquement, nous retrouvons le trait noir dans la planche finale :
Les nouveaux auteur & dessinateur sont Jean-Yves Ferri et Didier Conrad. Je lirai ce livre ces jours-ci, par Toutatis !
Demain donc, sortie mondiale du Papyrus de César !
La broderie noire
La broderie au fil noir sur tissu blanc est fort ancienne. Importée par les Maures, la broderie de laine noire sur lin blanc était prisée très tôt par les Espagnoles. Sa variante la plus raffinée, au fil de soie et réversible, fut exportée en Angleterre avec Catherine d’Aragon (1485-1536), fine brodeuse. Vous pouvez trouver ici chez nos amies québécoises un résumé historique très intéressant.
Livre en français édité en 2003, grilles de « blackwork » à points comptés.
Pour les brodeuses en quête de nouveauté et de liberté, je peux vous conseiller d’acheter auprès de Dijanne Cevaal un tissu teint et imprimé par ses soins. Cela laisse un espace de création très amusant ! A la fin, les traits noirs sont recouverts de fil de couleurs.
Arbre de Vie en cours de broderie, Dijanne Cevaal
Le trait noir en fil raconte…
Nadine Levé a créé ce quilt que j’aime beaucoup, fait d’hexagones brodés ensuite de mots, de fourmis, suivant un chemin de vagabonde :
Quilt aux couleurs de son jardin, avec des fleurs et des oiseaux. Au fil noir, un poème de Verlaine brodé à la main. Photo de détail dans Les Nouvelles n° 126 p. 35, le magazine de France Patchwork.
Après trois ans
Ayant poussé la porte étroite qui chancelle, Je me suis promené dans le petit jardin Qu’éclairait doucement le soleil du matin, Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle.
Rien n’a changé. J’ai tout revu : l’humble tonnelle De vigne folle avec les chaises de rotin… Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.
Les roses comme avant palpitent ; comme avant, Les grands lys orgueilleux se balancent au vent, Chaque alouette qui va et vient m’est connue.
Même j’ai retrouvé debout la Velléda, Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue, – Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.
Poèmes Saturniens, Paul Verlaine
Un peu de poésie ne peut pas faire de mal !
Le trait noir autour des appliqués
C’est une finition très « country » que le point de feston autour des pièces appliquées à cru.
Le point de feston était utilisé également pour les appliqués des années 1920-1930. Le noir est très décoratif et rehausse toutes les formes, tout en renforçant l’appliqué.
Vintage Butterfly Quilt, années 1930.
Le point droit, en maintien de pièces appliquées ou en matelassage, a une présence décorative tout aussi marquante :
Avec le piqué libre qui fait de plus en plus d’adeptes, on voit des tableaux textiles de toutes sortes utilisant le fil noir qui fixe des pièces appliquées à cru :
Coral Bells – Nadia, de Multicolored Pieces, mélange broderie main et machine au fil noir notamment, pour servir son expression.Extrait d’un livre textile de Nadia, Multicolored Pieces : évocation d’une tempête de grêle qui détruisit en quelques minutes sa production de citrons.Ciao Bella – Maryline Collioud-Robert, talentueuse quilteuse suisse, a utilisé un fil noir pour rehausser toutes les pièces colorées.
Une quilteuse tarnaise, Sylvie Philippart, a exposé au printemps à Fayssac (exposition annuelle organisée par Josie Patch). Son quilt était mon coup de coeur :
A la manière de Charley Harper, grand illustrateur américain, la quilteuse a réalisé un superbe quilt d’oiseaux !Tout comme les dessins de Charley Harper, de nombreux détails sont au trait noir fin et vif… ici en point piqué et fil noir !
Revenons à Nadine Levé qui utilise également ici le piqué libre, tel un trait d’encre :
Bonjour Mademoiselle Rose ! Comme les autres appliqués de cette série, Nadine Levé a utilisé le fil noir pour souligner le dessin.
Nadine Levé évolue dans son monde bien à elle, fait de livres textiles, de broderies charmantes pleines de féminité, de rêverie… En ce moment, elle met la touche finale à l’album photo de Mademoiselle Rose.Allez tourner les pages chez elle en cliquant ici !
Au fil noir ou gris foncé, à la main ou à la machine, l’appliqué surligné est une tendance internationale qu’on trouve notamment dans ces livres :
Le fil noir s’arrête ici pour aujourd’hui, en souhaitant qu’il vous aura diverti !
Pour toutes les mamans quilteuses, un sourire pour commencer :
« N’est-ce pas adorable… Notre petite quilteuse m’a envoyé un panier de fleurs pour la fête des mères ! » – Dessin de Julia Icenogle pour Kansas City Star Quilts.
Pour nos amies non Françaises : c’est aujourd’hui la Fête des Mères en France, nous ne faisons jamais rien comme tout le monde ! Dans la plupart des pays, c’était début mai…
Monique A-V a reçu de sa fille, il y a quelques années, un très beau livre célébrant le couple mère-enfant en peinture :
Le sujet est très riche, merci Monique ! Juste pour le plaisir, pour illustrer ce thème, voici quelques peintures :
Mary Cassatt – Petit déjeuner au litMary Cassatt – Jeune mère cousant
Mary Cassatt – Mère jouant avec son enfantBerthe Morisot, Femme et enfant sur un balcon – 1872 – Huile sur toile, 60 × 50 cm, collection particulière. Le tableau représente la sœur de Berthe, Yves Gobillard, avec sa fille Paule. Elles sont placées sur le balcon de la maison des parents Morisot, rue Franklin, à Paris. On aperçoit le Dôme des Invalides à l’horizon. En savoir plus sur Rivages de Bohème.
Berthe Morisot, Cache-cache – 1873 – Huile sur toile, 45 × 55 cm, collection particulière. Ce tableau fait partie de ceux que Berthe Morisot présenta au premier salon impressionniste de 1874. Les principales caractéristiques du courant impressionniste sont ici réunies : couleurs claires, lumière, scène de genre dans un paysage, dilution des formes. La jeune artiste a trouvé sa voie et quitté la nécessaire mais pesante influence d’Édouard Manet. Rivages de BohèmeBerthe Morisot, le berceau – 1874 – Huile sur toile, 56 × 46 cm, musée d’Orsay, Paris. Ce tableau fut également exposé au premier salon impressionniste de 1874. « Sans conteste le tableau le plus célèbre de Berthe Morisot, Le berceau a été peint en 1872 à Paris. L’artiste y représente l’une de ses sœurs, Edma, veillant sur le sommeil de sa fille, Blanche. C’est la première apparition d’une image de maternité dans l’œuvre de Morisot, sujet qui deviendra l’un de ses thèmes de prédilection. Rivages de Bohème
Seulement deux peintres femmes ici, toutes deux de la même époque (fin XIXe siècle), sélection rapide et forcément injuste pour les centaines d’autres tableaux tout aussi touchants…
J’aime aussi les livres sur les femmes dangereuses, même s’il ne faut pas confondre femme et mère :
Ils me rappellent la célèbre phrase de Virginia Woolf qui disait, parlant de la place des femmes dans l’Histoire : Anonymous is a Woman. Si c’est signé « anonyme », c’est que c’est une femme ! Les femmes feraient donc peur aux hommes qui ont fait l’Histoire…
Les mentalités changent, mais très lentement…
De tout cœur :
Heureuse fête à toutes les mamans !
Un petit bouquet à la maman de Rose, pour qui c’est la première fête des mères !
En janvier dernier, je vous avais intrigués avec le stage proposé par Kristine au club de Colomiers : La Nature en Fil et en Peinture. Comme promis, la plupart d’entre eux sont exposés en ce moment à Colomiers, en voici quelques photos :
Les 21 quilts terminés forment une belle harmonie très douce.
Les détails, peints et brodés, sont difficiles à mettre en valeur en photo. mais voici quelques clichés à agrandir en cliquant dessus :
Certains, à droite, ont été encadrés, la classe !
Ils sont tous plus beaux les uns que les autres, ensemble ils se mettent mutuellement en valeur quand on prend le temps de détailler toutes ces belles broderies. Dire que plusieurs disaient qu’elles ne savaient ni peindre ni broder ! Vous pouvez cliquer sur la photo pour bien l’agrandir et profiter des détails.Un parmi d’autres, celui de Marie-Jo Dimas (photo piquée à notre copain Christolchuk!) La seule ayant travaillé à l’horizontale est Evelyne, avec un champ de pissenlits ! Réminiscence de quilts d’Elsbeth Nusser-Lampe que nous avions tant aimés en septembre dernier, en Alsace… Comment ne pas s’émerveiller devant la richesse des broderies de Christophe ? Son imagination et la qualité de son travail nous laissent bouche bée ! Cliquez ci-desssus sur son prénom et vous lirez tout son processus de création !
La Ruche a la chance d’avoir quelques lectrices russes. Elles font des quilts tout comme nous, suivant les mêmes modes, les mêmes thèmes, grâce à internet. J’aime beaucoup le blog de Natalia de Novossibirsk, capitale de la Sibérie ! C’est drôle de penser que nos vies doivent être fort différentes mais que nous sommes proches par notre passion commune… Parfois aussi on peut admirer chez nous, comme l’année dernière à Ste-Marie-aux-Mines, d’exceptionnels ouvrages aux accents slaves.
Pour les quilteuses russes et pour le plaisir de nous toutes, voici donc un tableau que vient d’éditer Lori Kennedy, une des reines du quilting machine, qui nous régale souvent de belles peintures de femmes à l’ouvrage :
J’ai été extrêmement séduite par la fraîcheur des couleurs, l’attention des jeunes filles toutes à leur ouvrage, ainsi que la belle forêt de bouleaux en arrière-plan… Tableau de Nikolai Bogdanov-Lelsky (1868-1945)
Il fait mauvais un peu partout, alors un peu de poésie picturale nous aide à passer ces sombres journées :
Retrouvez l’univers enchanteur (même par mauvais temps !) de Valériane Leblond sur son site !
Et puis fin janvier à Tokyo, c’est la grande fête des quilts. Cette année, il y avait un thème très porteur, la Petite Maison dans la Prairie ! Je suis impatiente d’en voir des photos. En attendant, voici un retour sur les Maisons Minka du Japon :
Quand on habite à la campagne, on voit mieux la Lune :
Voyez-vous les reflets du clair de lune sur les vagues ?
Nouvelle peinture sur bois de Valériane Leblond aux accents japonais, à la fois par son format et par ses vagues !
Motif japonais depuis plus de mille ans, le seigaiha, « océan aux vagues bleues », avec ses cercles concentriques, est d’une rare élégance. D’abord symbole de la mer sur les anciennes cartes chinoises, il se trouve depuis mille ans au Japon brodé ou imprimé sur les tissus, gravé dans la pierre ou le bois, dessiné sur le papier, la céramique ou encore en mosaïque…
Son graphisme peut aussi suggérer des toits de tuile, des éventails ou des coquillages… Outre-atlantique, on décline ce motif depuis le XIXe siècle à la fois en patchwork, appliqué et quilting. Ce fut aussi un motif très prisé en art déco !
Il m’a inspiré mon logo de blog :
Alors vous comprenez combien j’aime cette nouvelle peinture de Valériane !
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Autre Vague japonaise : dans l’actualité parisienne, l’exposition des estampes d’Hokusai au Grand Palais est bondée, le public se rue sur la fameuse Vague : elle n’est pourtant pas plus grande que les autres estampes, donc à chacun son tour !
La Grande Vague de Kanagawa (1831) a longtemps été accrochée dans ma chambre, je la connais par coeur et l’aime toujours autant ! L’estampe originale surprend par sa modeste taille ( environ 25 cm sur 37 cm), alors qu’on a l’habitude de la voir en grande affiche.
Une estampe est le résultat d’une série de travaux : le dessin sur la matrice (ici du bois), la gravure en suivant le dessin, puis l’encrage et l’impression… Il existe donc plusieurs originaux dont les couleurs diffèrent, les traits sont plus ou moins nets en fonction de l’ordre d’impression… Elles ne sont pourtant pas numérotées comme des lithographies actuelles. La qualité du papier joue une importance primordiale également ; certains spécialistes pensent que près de 5 000 estampes originales de cette Vague furent tirées, dont une est toujours à Giverny, chez Monet ! L’ordre de tirage peut grosso modo être établi par les spécialistes en fonction de la netteté des traits (qui s’estompe avec l’usure de la matrice originale).
Cette première vue du Mont Fuji d’une série de 36 est fascinante et de nombreux essais décortiquent les raisons du succès.
La composition géométrique peut expliquer la beauté de l’oeuvre.
L’exposition ne se limite absoument pas à cette Vague, vous y ferez beaucoup d’autres découvertes si vous avez la chance d’y aller… un jour sans trop d’affluence !
Au Grand Palais à Paris, du 1er octobre au 18 janvier, avec une interruption du 21 au 30 novembre.
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Merci Valériane de nous offrir de si belles vues au clair de Lune :
… des vagues menaçantes portant peut-être un message d’espoir :
Trouvez-vous la bouteille à la mer ?…
… des vagues bien plus douces dans un monde idyllique :
… et tant d’autres scènes de la campagne et du littoral gallois que vous pouvez admirer et vous procurer sur son site ici !
Le Baiser de Klimt (1908-1909), tant admiré, tant interprété… Il est visible au Grand Belvédère de Vienne. Certains spécialistes disent que Klimt s’est dessiné avec sa muse, Emilie Flöge.
Avant la pause estivale je voudrais, pour ceux et celles qui vont à Vienne cet été (Véronique !), vous donner envie d’aller visiter une maison récemment ouverte au public : le dernier atelier de KLIMT.
Vienne est une ville qui baigne dans son passé tumultueux et il y a tant à visiter… Ainsi, des tableaux de Klimt sont-ils disséminés dans plusieurs lieux, mais on peut admirer aussi de nombreuses fresques murales dans divers édifices viennois, lesquelles furent parfois des commandes de l’Empereur… mari de Sissi. Eh oui, Klimt a pu rencontrer Elisabeth d’Autriche mais seule sa rencontre avec Franz Joseph est attestée selon les sources que j’ai pu trouver (le peintre reçut des mains de l’Empereur la Croix d’Or du Mérite Artistique en 1888). Klimt symbolise la modernité, l’Empereur un monde ancien évanoui, mais ils étaient pourtant contemporains.
A 3 stations de métro de Schönbrunn se trouve le lieu du dernier atelier du peintre (Feldmühlengasse, 11, métro Unter St.Veit, U4). C’était alors une petite maison campagnarde et tranquille, où Klimt peignit de 1911 à 1918 ses derniers chefs d’oeuvre.
La maison du temps de Klimt. Dès les années 20, après la mort du peintre survenue en 1918, la maison fut agrandie et transformée.Klimt en sarrau de lin dans le jardin.
Des passionnés ont pris conscience de l’importance de faire revivre un lieu de vie de cet artiste. En effet, sa maison natale fut détruite en 1967 et ses différents domiciles viennois tous disparus, à part ce lieu : même si la maison a été profondément rénovée au fil du XXe siècle après la mort de Klimt en 1918, des recherches ont été entreprises pour retrouver les caractéristiques et l’atmosphère des pièces où vivait le peintre, grâce notamment aux photos d’époque. Une association, aidée par l’Etat autrichien, entreprit donc de gros travaux en 2011-2012.
C’est d’après cette photo qu’a été recréé l’atelier du peintre. Les fenêtres ont été repercées, le mobilier mis aux places exactes, et même les blouses du peintre sont étalées de même sur le lit !
Deux des célèbres blouses de Klimt sont sur le lit : une neuve et une usée, avec deux dessins de broderie différents en épaulette. Ces vêtements sont le pendant masculin des robes modernes, en rupture avec la mode traditionnelle, créées par sa compagne.
C’est maintenant une magnifique maison, bien plus luxueuse que celle du peintre, mais deux pièces sont reconstituées fidèlement : la salle à manger, avec des reproductions du mobilier 1900 de Hoffmann, et surtout son atelier, avec notamment les repros de ses derniers tableaux sur chevalet, des dessins, deux célèbres sarraus que portait le peintre : ils sont de lin, teints en indigo, avec les épaules brodées… J’aurais bien emporté ces robes confortables !
La salle à manger a été également reproduite d’après une photo de Moriz Nähr (archives nationales) jusqu’aux moindres détails.
Dans cette maison, on sent la présence de l’amie, la muse, l’inspiratrice, Emilie Flöge. Leur rencontre a coïncidé avec l’abandon de l’académisme chez le peintre et la progression vers la « sécession », dont le moto est : « À chaque époque son art, à tout art sa liberté ».
Au centre de Vienne se trouve le Palais de la Sécession, avec le fameux » À chaque âge son art, à chaque art sa liberté », lieu d’exposition des arts modernes 1900. Moins floral, moins voluté que l’art nouveau français, plus géométrique, l’Art Nouveau viennois mené par Klimt révolutionne la conception de l’art. La coupole du Palais est une somptueuse sculpture de feuilles de laurier, alliée à un bâtiment très géométrique et droit.
Dans la Villa Klimt sur des mannequins, on voit des reproductions de magnifiques robes cousues par l’amie de Klimt, ou l’une de ses soeurs. Elles tenaient, à trois, une maison de couture très renommée au coeur de la ville.
Cette robe est incroyablement moderne, datant des années… 1910 ! C’était une robe de bain… Est-elle d’Emilie ou d’une de ses soeurs ? Etait-ce un modèle de Gustav ? Oui, le peintre, grand séducteur, conçut lui aussi plusieurs robes fluides libérant la femme !
On pourrait croire cette robe signée Chanel !
Une des lectrices de ce blog a attiré mon attention sur le talent de cette dame, compagne au long cours du peintre. Elle était effectivement elle aussi fascinante et novatrice ! Leurs relations sont étonnantes, les spécialistes étudient toujours leurs liens particuliers… A savoir que Klimt eut au moins 14 enfants attestés d’autres femmes pendant qu’Emilie et lui « étaient ensemble », amis pour la vie… Et le dernier mot du peintre fut son prénom, Emilie…Cette robe datant d’environ 1910 appartenait à Emilie, mais nous ne savons pas qui précisément la créa. En France, c’est Paul Poiret à la même époque qui libérait la femme ; il vint à Vienne en 1910 s’inspirer de l’ambiance de la Sécession et acheter des tissus produits par Hoffmann et Moser, des amis de Klimt.Logo de la Maison des soeurs Flöge (qui exista de 1904 à 1938). Emilie en était la chef, à la fois femme d’affaires et créatrice de génie. Une de ses soeurs était l’épouse d’Ernst, frère de Gustav.Les amis Emilie et Gustav, elle en robe de style « sécession viennoise », mouvement artistique apparenté à l’art nouveau français, lui en robe de lin indigo. Après la mort de Klimt, elle continua son ascension de créatrice. Sa société fut dissoute à cause de l’Anschluss (annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie) en raison de la perte de ses principaux clients et, à la fin de la guerre, toutes ses possessions, dont de nombreux souvenirs de Klimt, partirent en feu.Emilie Flöge, 1902. Peinture de Gustav Klimt bien sûr. C’était une femme innovante, élégante, talentueuse, intervenant probablement dans l’évolution artistique de Klimt… Je crois toujours à l’influence féminine sur les grands hommes !
Je voulais donc ici informer sur l’existence de cette Maison inaugurée en 2012 pour les 150 ans de la naissance du peintre car elle n’est pas encore répertoriée dans tous les guides (mais heureusement pour moi, elle l’est dans le Routard 2014 !). Tant de choses seraient à dire sur ce peintre qui vécut dans la Vienne du tournant du siècle vers 1900, le coeur battant de l’Europe, où se mêlaient la grandeur déclinante d’un empire, le triomphe du conformisme bourgeois issu du « Biedermeier », la gloire de l’innovation des arts et des sciences, mais aussi le germe poison de l’antisémitisme…
La repro d’un des derniers tableaux de Klimt se trouve dans son atelier : la Dame à l’éventail. J’ai longuement discuté avec le charmant monsieur de la Villa, spécialiste passionné du peintre, au sujet de cette réussite absolue… C’est un tableau rarement exposé au public, car il fait partie d’une collection particulière… Il y a des chanceux !!
2018 : ce sera le centenaire de la mort de Klimt (crise d’apoplexie), ainsi qu’une liste impressionnante de ses amis sécessionnistes, victimes, eux, de la terrible grippe espagnole. Ce sera certainement l’occasion de riches expositions ; nul doute que 2018 sera une année culturellement passionnante à Vienne !
Emilie et Gustav, très chics, en 1893. Ils sont encore vêtus traditionnellement, ils viennent de se rencontrer… Elle est de 12 ans sa cadette.L’allure d’Emilie… Elle mourut à Vienne en 1952.
A noter qu’un roman sur la relation entre Emilie et Gustav est sorti en 2005, dans la veine de « La Jeune Fille à la Perle » de Tracy Chevalier. Il fut traduit en allemand, en espagnol, mais à ma connaissance pas en français. Si je réussis à me le procurer, je vous en parlerai un jour…
Pour plonger dans la Vienne de 1900, j’ai suivi les conseils de la même lectrice de la Ruche et ai commencé la lecture des Carnets de Max Liebermann (6 tomes à ce jour) de Frank Tallis : des polars où les énigmes sont résolues grâce à un psychiatre qui côtoie les personnalités de ce temps, Mahler et Freud, Klimt et l’Empereur.. Absolument passionnant et addictif ! Merci à Griseldis pour ses conseils avisés ! Je vais ainsi continuer cet été à voyager dans le temps et l’espace…
Claude Monet est un peintre qui a gagné le coeur de tous, après avoir subi tout comme ses camarades pendant des lustres critiques, moqueries ou indifférence. Un de ses tableaux, « Impression soleil levant », donna en 1874 le nom à un mouvement artistique majeur, l’impressionnisme, terme moqueur ayant gagné ses lettres de noblesse !
Cette vue du port du Havre au petit jour (peint en 1872) évoque la révolution industrielle, avec les grues, les cheminées qui se confondent avec les mâts des navires. Les barques au premier plan aident à donner du sens au tableau déjà presque abstrait. Le vol de ce tableau en 1985 suscita beaucoup d’émoi (dont le mien…) mais fut heureusement retrouvé chez un malfrat corse en 90… Il a donc retrouvé sa place au Musée Marmottan à Paris. Son titre définitif, Impression soleil levant, est glorieusement passé à la postérité !
Alors je n’ai pas manqué de remarquer, dans le N°1 de Pratique du Patchwork, l’utilisation d’un tableau de ce peintre pour introduire une nouvelle technique de coupe (« reflets-vibrations ») :
A partir de 4 panneaux identiques édités sur tissu, on peut faire un bel effet de vibration grâce à une technique de coupe expliquée dans le magazine.
Voici deux autres pistes pour passer quelques belles heures avec Monet : deux polars bien troussés ! Je n’en fais pas ici une critique littéraire pour ne pas déflorer votre découverte, juste une mise en bouche… Quand la Monetmania donne de la lecture de cette qualité, je m’en réjouis !
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Intrigue à Giverny, Adrien Goetz (2014)
Que dire de ce roman sinon qu’il offre une bien séduisante explication à quelques mystères dans la vie de notre peintre ? Qu’il fut ami proche et sincère de Clemenceau n’est pas une révélation, mais un espion international au service de la République est bien plus intrigant !
L’auteur, Adrien Goetz, a la plume élégante, un rien élitiste de par sa connaissance intime de l’intelligentsia française. J’aime sa série « Intrigue à… », dont les petits défauts sont largement compensés par le plaisir d’apprendre avec lui beaucoup de choses sur le monde de l’art ! A égalité avec ce dernier opus, c’est son premier qui a ma faveur, « Intrigue à l’Anglaise », dont le sujet principal est la tapisserie de Bayeux.
ooOoo
Nymphéas noirs, Michel Bussi (2011)
Quel roman ! On égrène des journées du mois de mai 2010 pour tenter d’avancer dans l’élucidation d’un meurtre survenu à Giverny, tout près de la propriété de Monet.
Maison de Monet à Giverny (Eure)
Non, je ne gâcherai pas votre plaisir en vous dévoilant quoi que ce soit ! Sachez seulement que la seconde et courte partie de l’histoire vous rassurera sur quelques anomalies que vous pourriez détecter dans l’histoire… Tout s’explique magistralement ! Je l’ai fini hier et vais me précipiter sur d’autres romans du même auteur, en espérant autant de bonheur.
En 30 ans, Monet peignit environ 250 tableaux représentant les nénuphars de son jardin (nymphea en latin). Commençant par des représentations de style impressionniste, Claude Monet ira de plus en plus vers l’abstraction au fil du temps.