Bravo Quiltmania !

Lectrice de Quiltmania depuis le premier numéro, je suis attentive aux orientations de ce magazine qui m’a tant apporté. Il témoigne de l’air du temps, mais bien plus, il nous influence, provoque des modes (ah les tissus taupe !)… Bien mieux que Marie-Claire Idées, Quiltmania a pris dans mon coeur la place qu’occupait le magazine 100 Idées de ma jeunesse. Je sais, c’est différent, beaucoup plus ciblé, mais après mes envies tous azimuts, c’est le patchwork que j’ai choisi « pour la vie », Quilteuse Forever je suis donc devenue…

Un magazine doit plaire à plusieurs catégories de lecteurs, nous avons de multiples attentes… Parfois l’équilibre entre ce qui enthousiasme, ce qui indiffère et ce qui déplaît est rompu et le lecteur est déçu. Le numéro 89 de Quiltmania penche, sur ma balance personnelle, nettement vers le positif !

Tout d’abord, les modèles proposés en 2e partie sont sympathiques, j’aime beaucoup « Pois versus Rayures » et surtout je retrouve avec plaisir un modèle de Michèle Beugnon comme je l’aime ! Elle excelle dans le mélange tradi / inspiration du Monde, que celle-ci vienne des Indiens d’Amérique du Nord, du Sud (ou d’Asie !), du Japon… J’aimais moins les quilts où elle utilisait de grands imprimés à fleurs en guise de bordure, ils étaient moins harmonieux à mon goût et ne correspondaient pas à son style de prédilection.

C’est la première partie qui détermine chez moi si la balance penche du bon ou du mauvais côté. J’ai tant appris grâce à Quiltmania que je deviens très exigente ! Cette fois-ci, le nombre de très beaux quilts en grandes photos, issus de récentes expos internationales, est impressionnant. Que d’inspiration ! Et puis deux articles m’ont passionnée et font étrangement écho à mon petit article précédent ; Je pensais précisément à la découverte de Janine Jannière quand je parlais de patchworks faits en France dans les siècles précédents. Cette historienne (non quilteuse, mais toujours passionnée !) a fait une recherche remarquable sur les patchworks d’hexagones dans le monde. Page 32, « Hexagon, Eternal Piece » est un article qui complète fort bien cette étude.

Mais aujourd’hui j’ai envie de rendre hommage à Quiltmania surtout pour son long article « La Beauté de l’usuel », superbe titre, et de l’exposition Boro. A lire attentivement ! Du peu que je connais de la fierté japonaise, je ne suis pas sûre que ce genre d’expo plaise, mais elle est si riche d’enseignements… C’est un véritable article de fond sur l’économie frugale d’un peuple, qu’on peut facilement extrapoler sur tous les continents. Je le répète, ne passez pas à côté de cet article. 

Il me rappelle un film qui m’a bouleversée en 1984 « La Ballade de Narayama », palme d’or à Cannes en 1983. Je me souviens d’avoir eu un peu de mal à traîner mon copain au ciné pour voir un film de plus de 2 heures en japonais ! On y découvre la rude -très rude- vie de paysans japonais du centre du Japon ; c’est un des films les plus bouleversants qu’il m’ait été donné de voir.

Une fois de plus, le monde du quilt éveille en moi des correspondances vers d’autres arts.
J’espère que je ne vous ennuie pas avec mes préférences affichées, vous pouvez réagir en laissant un commentaire !

-=-=-=-

Le vieillissement des quilts

Ici en France, il est rare de découvrir des quilts anciens, même si l’assemblage de pièces de tissus fut une nécessité naturelle, comme dans toute société frugale et économe. Je suis sûre que beaucoup de très belles couvertures furent faites en France aussi, mais on ne les a jamais mises en valeur, sauf exception. Et puis le temps faisant son oeuvre, elles disparaissent incognito… On peut d’ailleurs dire qu’en France, on faisait souvent du patchwork non matelassé… et des édredons, couvertures, plaids noués, matelassés, cordés, « boutissés »… et pas « patchworkés ».

Celles qui commencèrent à quilter dans les années 70-80 ou 90 voient déjà les effets du temps sur leurs ouvrages : couleurs affadies par les lavages et/ou la lumière à cause de la mauvaise tenue des teintures, quelques coutures qui ont craqué à cause de la marge de couture si étroite de 5 mm préconisée dans les années 80 quand on a commencé à coudre en cm… Je parle en connaissance de cause ! On s’en désole, mais cela donne le prétexte d’en coudre d’autres 😉

Comment prendre soin de ses quilts ?    

Mon premier conseil serait… de les laver le moins possible, et quand on les lave, choisir un produit doux. Si je peux vous donner un truc, c’est d’utiliser  une cuillerée à soupe de savon noir liquide à la place d’une lessive (mais si vous préférez, du produit spécial lainage, c’est bien aussi) et comme assouplissant, du vinaigre blanc est suffisant.

Si vous avez une machine-sécheuse de linge (appareil fréquent aux Etats-Unis), le programme 1/4h à air froid est parfait pour bien dépoussiérer un quilt. Sinon, emmaillotez un petit embout de votre aspirateur d’un tissu fin (mouchoir en tissu ou autre) pour aspirer profondément les saletés. C’est une précaution utile quand le quilt est mis sur le lit d’une chambre d’amis par exemple. Les quilts sont bien sur un lit, mais c’est mieux de les secouer régulièrement !

Rangés, il faut absolument les mettre hors de portée des rongeurs, mais aussi des insectes avec des sachets de lavande. Ce qui attire particulièrement les mites, c’est souvent : les restes d’amidon, les molletons de laine, de soie… Patchwork de coton avec molleton synthétique sont moins attaqués. Il faudrait les déplier régulièrement et les replier d’une autre façon pour ne pas créer de plis définitifs. Et pour les protéger de la poussière et de la lumière, l’idéal est que chaque quilt ait son sac en forme de taie d’oreiller… Mais une armoire pleine de beaux quilts pliés bien visibles, c’est si beau…
Bon, il est évident que je vais effrayer les citadines avec mes rongeurs, mais à la campagne c’est un risque réel !

La grande période des vide-greniers et brocantes commence. On n’y trouve pas, comme aux Etats-Unis, pléthore de tops ou quilts anciens ; cela viendra bien un jour, rien que mes UFO (= quilts non finis) pourraient déjà remplir un stand !
Je reste toujours très émue devant d’anciens quilts qui ont visiblement été utilisés par plusieurs générations… Alors quel plaisir de rencontrer une restauratrice de quilts américains tout près de chez moi ! Many Puech a des amies américaines qui connaissent ses passions et son talent, elles lui réservent leurs trouvailles. A charge de Many de donner une nouvelle vie à ces trésors ! Les tops sont évidemment des aubaines : non terminés, ils ne sont pas élimés par l’usage et les lavages ; parfois pourtant il faut changer des tissus grignotés ou brûlés par la teinture, le soleil, ou de qualité médiocre. Mais quel plaisir de voir ces tissus anciens ! Elle achète ou se voit offrir des scrap-quilts le plus souvent, lesquels sont des leçons d’harmonie spontanée : des juxtapositions de certains tissus qu’on éviterait donnent justement du charme à ces ouvrages.

En voici un très bel exemple :

Many a reçu ce top endommagé, quelques tissus ont été remplacés, elle l’a minutieusement quilté et a utilisé un beau tissu rouge pour la bordure. C’est une belle rénovation, respectueuse de l’ouvrage.

En revanche, ce quilt restera en l’état :

Celui-ci restera tel quel, chaque tissu étant trop usé pour pouvoir le sauver. Il tombe littéralement « en lambeaux ».

C’est le tissu marron qui a le plus souffert, nous supposons que la teinture était plus agressive… Mais c’est la bordure qui a le plus souffert.

Donc rappelez-vous : c’est la bordure qui sera la partie la plus soumise au stress de l’usure, soignez-la avec un tissu de bonne qualité et un quilting assez dense ! Je ferai un autre jour un point sur la bordure de finition, si souvent usée en premier.

String quilts, anciens et nouveaux

Pour éviter toute confusion, laissez-moi traduire tout de suite ce titre qui peut sembler bizarre en français : nous n’allons parler ici que de quilts réalisés avec des bandes de tissus ! Le mot string veut dire ficelle, chaîne, corde… ou, comme ici, bande étroite.

Ces bandes sont si petites qu’on ne peut rien faire d’autre avec…
(quilt des années 1900, héritée par Wanda Pinter)
mais on note le soin de l’alternance entre les tissus clairs et foncés
pour un résultat harmonieux.

Même si les Log Cabin sont les quilts de bandes les plus connus, les string quilts ont aux Etats-Unis une connotation un peu différente car ils renvoient principalement à la première moitié du XXe siècle, avec des quilts utilitaires, presque de survie.

Quelles sont les principales caractéristiques de ces quilts anciens ?

C’est la nécessité d’utiliser chaque bout de tissu en perdant le moins de temps possible qui conduit à ces string quilts. Ainsi, les plus petites bandes de tissus seront sauvées. C’est aussi l’affranchissement des règles qui concernent les « beaux » quilts, dont les Log Cabin même, lesquels requièrent des bandes de hauteur régulière et de longueurs assorties et des centres bien carrés.

Agencement très populaire : des carrés couverts de bandes de tissus divers sont montés avec des bandes intermédiaires ; ici le montage est raffiné, observez les détails !

Pour ne pas perdre de tissu précieux ni de temps à recouper les tissus, une technique qui existait déjà a prévalu pendant les dures années de récession des années 30, surtout dans le Midwest et jusqu’à l’embouchure du Mississipi : la couture sur papier ou tissu. Non, elles ne s’amusaient pas à dessiner d’extraordinaires tableaux avec des animaux comme on peut l’apprendre avec Margaret Rolfe, mais elles utilisaient du papier journal, ou bien du tissu récupéré, pour avoir une surface à couvrir. Carré, rectangle, losange, tout est bon pour varier les modèles. Et donc, à la machine ou à la main, elles piquaient les bandes de tissus sur la fondation jusqu’à ce que cette dernière soit recouverte.

Pour rendre ce top plus chaud, on prenait parfois des quilts très élimés en guise de molleton. Pas question alors de quilter ceci avec de jolis petits points ; le matelassage se faisait le plus rapidement possible, parfois avec des noeuds  qui maintenaient simplement les couches ensemble.

On a redécouvert ces quilts témoignant de ces temps difficiles ; on sait ausi que des personnes continuent à faire des quilts utilitaires avec aussi peu de moyens, notamment en Alabama. Ils continuent d’inspirer des artistes américaines que j’aime beaucoup, comme LeeAnn de Nifty Quilts, Sujata à Root Connection,  Bonnie Hunter de Quiltville et tant d’autres… J’avais déjà écrit un article à ce sujet dans lequel on voit une époustoufflante étoile sur fond jaune conjointement faite par Victoria et Tonya Ricucci. Vous cherchez d’autres idées ? Rendez aussi visite à un blog de passionnées de string quilts

Superbe quilt  moderne dessiné par Denyse Schmidt

D’autres string quilts à la maquette souvent recherchée et au résultat parfois sophistiqué sont à votre disposition dans de nombreux livres ; allez, lancez-vous ! J’ai envie d’en faire plusieurs, mais le premier est presque fini avec des bandes particulières : des lisières. Oui, je récidive ! Promis, je vous le montre très bientôt.

-=-=-=-

Fumiko Nakayama, créatrice de Molas

Vous avez sans doute déjà admiré ces panneaux aux couleurs très vives dans des livres ou magazines ; les molas sont à l’origine des plastrons et dossards, faits par paire, cousus par des femmes indiennes Kuna (vivant sur les îlots au large du Panama).

L’origine en est un peu incertaine ; c’est un peuple qui vivait jadis buste nu, hommes et femmes, mais ces dernières s’ornaient de dessins géométriques à l’aide de teintures naturelles. J’ai lu un jour que des prêtres blancs les forcèrent à se vêtir, et par résistance ces femmes ont commencé à reproduire en tissu les dessins qu’elles faisaient auparavant sur leur peau désormais cachée… Origine vraie ou fausse, le résultat est devenu un art magnifique, glorifiant la Nature, leur vie quotidienne ou leurs croyances à l’aide de tissus vifs et unis. De nombreux livres passionnants ont été consacrés aux Molas, je n’essaierai pas de rivaliser ; sur internet, vous pouvez trouver un dossier francophone intéressant comme celui-ci dans lequel on croit aussi que ce sont des Blancs qui les ont fortement incitées à se vêtir… avec cette conséquence si inattendue !

On a aussi, ici par exemple, des explications  anthropologiques sur l’origine des Molas.

Mola incroyablement belle !

Quelles sont les caractéristiques d’une Mola traditionnelle ?

Elles sont tout d’abord cousues par paire, similaires, mais pas semblables, une pour le devant  (la plus réussie !) l’autre pour le dos de la blouse féminine. Leur dimension est de 30 à 35 par 35 à 40 cm  chacune. Les tissus choisis sont des tissus de coton uni, de couleur éclatante, y compris du noir, mais rarement du blanc et pas de couleurs pastel. Les toutes premières n’étaient que noires, rouges et orange. Les dessins sont symétriques, représentant leur mythologie, leur vie quotidienne, leur environnement ; les techniques utilisées sont principalement l’appliqué inversé, l’appliqué et plus récemment des embellissement en points de broderie (point de tige). Aucun espace n’est laissé libre !  C’est donc un panneau de tissus superposés, plus ou moins épais, jamais molletonné. Le matériel est simple : des cotonnades, du fil assorti, une aiguille fine et de petits ciseaux !

La Mola est donc, dans le monde des arts créatifs, un tableau qui utilise cette technique de superposition de tissus avec découpage, appelée appliqué inversé. Technique qu’on retrouve ailleurs dans le monde (notamment chez les Hmongs du Laos), mais jamais aussi coloré, aussi dense, aussi épais : cela peut devenir une vraie scupture avec 7 ou 8 tissus superposés ! Les Molas sont devenues objets de collection et souvenirs de vacances ! On peut trouver maintenant dans cet archipel des articles éloignés de la tradition, attention donc à vos choix ! Le travail est toujours bien cousu, mais le goût des jeunes couturières va parfois vers le synthétique, le lurex… Il faut souligner que ce revenu est vital pour leur économie locale et contribue souvent à l’indépendance financière des femmes, tandis que les hommes sont souvent pêcheurs.

J’avais déjà été émerveillée par les Molas présentées dans un 100 Idées de mon adolescence (n° 50), puis d’autres articles, des livres nous ont enseigné la technique pour reproduire  soi-même une Mola.

Puis un jour, un reportage dans le Quiltmania n° 60 éveille mon intérêt : une Japonaise fait des molas extraordinaires ! Il s’agit de Fumiko Nakayama, très connue au Japon. Elle fait des Molas depuis 40 ans maintenant et conserve des liens étroits avec des familles de cette partie du monde (cliquez sur ces deux photos ci-dessous pour agrandir)

 Elle a bien sûr commencé par des oeuvres très proches de celles du peuple Kuna, gardant les thèmes de la Nature tropicale, puis a diversifié peu à peu ses thèmes… et considérablement agrandi la taille de ses panneaux ! C’est sur Flickr sans doute que vous pourrez admirer le plus grand nombre de ses oeuvres récentes : elle expose en effet tous les ans au Festival International du Quilt à Tokyo et chaque année on peut admirer les albums-photos de Jan (son blog : be*mused) ou d’autres… Voici quelques références sur lesquelles vous pouvez cliquer :

Flowers of ForestTwinkling NowHappy Faces around the WorldWind of Mayet encore un… : photos de Jan, qui est également collectionneuse de Molas authentiques . A noter : pour éviter le pillage sans référencement des photos, Flickr permet de mettre des liens, mais plus de copier les photos. Prenez donc quand même le temps de découvrir ces merveilles ! Vous verrez l’évolution de son art, les derniers datant de 2011-2012.

Mais un chef-d’oeuvre trop peu connu de Fumiko Nakayama est une immense composition de 2 mètres sur 4 mètres :

Il fut offert par l’artiste en 2005  pour un centre chrétien de Londres, St Ethelburga (ici une meilleure photo sur Flickr : clic). Il est, paraît-il, en soie (à vérifier !), composé de 40 panneaux montrant 40 peuples du monde. J’aimerais tant le voir en détails ! Qui va bientôt à Londres pour nous faire de belles photos de cette tapisserie ?…

Fumiko Nakayama a écrit plusieurs livres sur son art ; l’un d’eux, édité la première fois en 2002, est actuellement disponible à la Couserie Créative. De nombreuses photos décrivent comment faire, mais comme le texte est en japonais il faut déjà avoir quelques notions de cette technique pour bien profiter des schémas ! On y trouve beaucoup de petits modèles, des coussins comme sur la couverture, des sacs, pochettes, tableaux… Mon modèle préféré est peut-être celui des trois femmes aux dominantes turquoise et chocolat car j’aime ces couleurs… mais tout est beau !

-=-=-=-

Le Rouge et le Blanc pour des quilts intemporels

Rarement une exposition a autant marqué les esprits : l’année dernière dans l’American Folk Art Museum de New York City furent exposés 650 quilts anciens bicolores rouge et blanc.

Aujourd’hui sur son blog, l’historienne Barbara Brackman nous relaie l’exposition magnifique de quilts rouge et blanc dans un magasin du Kansas : plus d’une soixantaine de petites merveilles réunies jusqu’à la fin du mois ! Certains d’entre eux sont mis en vente aux enchères et les fonds levés iront à une association pour la prévention des maladies cardiaques (voir le lien dans l’article)  :

http://barbarabrackman.blogspot.com/2012/02/red-and-white.html

-=-=-=-

Toujours en conséquence de cette exposition mémorable, des quilteuses proposent sur leur blog de les suivre dans leur aventure en rouge et blanc. Béatrice, d’Une Aiguille dans une Botte de Foin, est bien partie pour faire un superbe Sampler dont vous pouvez déjà admirer les débuts ici.

Et vous, aimez-vous la sobriété éclatante de ces quilts bicolores ?

-=-=-=-

D’autres Moulins…

En attendant les Moulins de la Ruche, j’ai envie de faire revivre des souvenirs aux quilteuses confirmées ; vous souvenez-vous du « Square Dance », qu’on pourrait peut-être traduire par notre mot ancien « Quadrille » ?

Ces quilts, petits ou grands, ont déferlé dans le monde du patchwork après la publication d’une drôle de méthode inventée par Martha Thomson (livre Square Dance – 1995). Ils ont été fort populaires en France grâce à Quiltmania qui nous expliquait, dès son n° 5, comment jouer avec les carrés cousus pour obtenir ces jolis moulins !

J’ai été enthousiaste en comprenant ce tour de passe-passe car j’avais admiré dans un livre (Useful Patchwork Gifts – Chuck Nohara – 1993) des petits sacs cousus par une Japonaise peu de temps avant avec ces mêmes blocs, mais réalisés à la main à l’aide d’un gabarit :

Le gabarit m’intriguait et donc m’intéressait, avec ses quatre côtés, deux angles droits… mais deux côtés coupés dans le biais ! J’ai fait une petite trousse pour m’amuser mais trouvais le montage embêtant avec tous ces biais qui n’en faisaient qu’à leur tête… d’où ensuite ma fascination pour l’ingéniosité de la méthode moderne. Celle-ci a pourtant le défaut de gâcher du tissu… Qu’à cela ne tienne, certaines faisaient un mini Square Dance avec les chutes !

Qui a aussi admiré l’ingéniosité du Square Dance Quilt parmi vous? Le plus étrange est que maintenant, mon plaisir serait plus vif de le coudre tranquillement à la main, moi la speedy-quilteuse 🙂

-=-=-=-

Comme j’aime beaucoup m’entourer de personnes sympas et efficaces, j’ai proposé à Béatrice d’Une Aiguille dans une Botte de Foin de présenter les Moulins de la Ruche conjointement sur nos deux blogs. Vous en saurez beaucoup plus le 30 janvier ! En attendant, vous pouvez choisir votre gamme de tissus : vous aurez besoin de contrastes ! Soit de beaux tissus assortis, soit vos restes de tissus partagés en « clairs » et « foncés ».  A bientôt !

-=-=-=-

A « Circle of Friends » pour Barbara Brackman

Martine, Karine, puis Isabelle sont des Abeilles qui ont beaucoup travaillé cette année sur un projet lancé par Barbara Brackman, le Civil War Quilt, un merveilleux sampler évoquant la Guerre Civile américaine : nous vous en avons déjà relaté la progression*.
Parallèlement, via le groupe Flickr, Becky et Dustin ont organisé un appel aux volontaires pour offrir un bloc en vue d’un quilt à offrir à Barbara Brackman, en remerciement pour son travail. Voici le résultat, absolument superbe :

C’est le fruit d’une collaboration internationale (d’Australie, Canada, France, Allemagne, Malaisie, Pays-Bas, Portugal et des Etats-Unis bien sûr)  dont fait partie Martine ; je reconnais son bloc au milieu de l’avant-dernière rangée…

Que ce « Circle of Friends » soit un exemple pour l’année 2012 ! Je vous souhaite beaucoup de joies partagées avec les quilteuses de votre entourage, votre club ou votre « ruche », mais aussi de belles rencontres réelles ou virtuelles, avec la constante envie de partager nos ressemblances et nos différences.

-=-=-=-

*Articles précédents  parus dans La Ruche des Quilteuses sur le Civil War Quilt :

-=-=-=-

Disparition d’un Musée Vintage

Dans les bonnes adresses à Lancaster du Simply Vintage n° 1, figure en premier le Musée abritant parmi les plus beaux quilts traditionnels Amish du fin XIXe – début XXe siècle.
J’apprends ce matin sur le blog de Bonnie Hunter, Quiltville en date du 21/11/11, que ce Musée va bientôt disparaître, l’établissement vendu, et que personne ne sait encore si cette collection sera encore visible par le public.

Un des magnifiques quilts visibles, encore pour quelques mois, au Lancaster Quilt & Textile Museum

Quand le Musée ouvrit en 2004, la viabilité de l’organisation était fixée avec  35 à 55 000 visiteurs par an ; or il n’y en a eu que 8 500 cette année… Dure réalité financière.

Si vous ne pouvez, pas plus que moi, vous précipiter à Lancaster (Pennsylvania), je vous propose de vous consoler en visionnant cette vidéo : http://www.thequiltshow.com/os/blog.php/blog_id/1869 .

Une partie des quilts de ce musée provient de cette collection ESPRIT (oui,  la marque de vêtements) faite par  le fondateur de l’entreprise californienne.

-=-=-=-

Un projet commun / A work in common : The Civil War Quilt

Une nouvelle plume aujourd’hui : c’est Karine qui nous raconte, avec sa fougue habituelle, l’ouvrage qu’elle a commencé en début d’année avec Martine. Les articles précédents à ce sujet furent édités le 23 mai 2011, puis le 2 juin 2011, et enfin le 13 septembre 2011.

Par égard pour les lectrices anglophones, elle offre sa traduction « home made », tout juste retouchée par notre American Bee Anne-Marie et tellement mieux que le résultat automatique… Enjoy !

Martine et moi sommes assidues parce que très motivées par notre grand ouvrage de l’année 2011 : le Civil War Quilt  (CWQ). Ce fut un choix commun de :

  • réaliser un grand ouvrage
  • travailler ensemble, nous motiver mutuellement
  • très important à nos yeux, progresser de concert techniquement, mais aussi en matière de choix des coloris et d’appariement des tissus dans les différents blocs
  • et enfin (clin d’oeil à Anne-Marie, notre American Bee) se souvenir d’un grand moment de l’histoire de son pays : les 150 ans du déclenchement de la guerre de Sécession américaine (Civil War en anglais).     

J’imagine nombre d’entre vous  lever le sourcil, incrédules. Pourquoi ce sampler sur la guerre de Sécession ?  Martine et moi avons tout de suite été séduites par les blocs proposés. Nous aimons le patchwork traditionnel, son travail simple, parfois épuré mais technique, son pur style 19ème et ses tissus de reproduction (n’est-ce pas Martine ?).

Martine and I are working hard because we are very motivated by our big project for 2011 : the Civil War Quilt. It was a mutual choice:

  • to complete a big work
  • to work together, to motivate each other,
  • to progress technically and also in the choice of fabrics and colors inside each block (very important for us)
  • and finally  (allusion to Anne-Marie, our American bee) to remember a great moment in the history of her country : the beginning of the Civil War 150 years ago.

I guess you might be surprised  by our choice : why  remember the American Civil War? There are several reasons that Martine and I were  immediately attracted to these blocks. We like traditional patchwork, its’ simple but technical work, the typical 19th century style and its’ reproduction fabrics (don’t you Martine?).

Enfin, parce que pour des raisons différentes, ce quilt nous a parlé : Martine y voit un bel hommage au travail des femmes anonymes dans la guerre : si important et si peu valorisé. J’ai envie, pour ma part, d’y souligner l’extraordinaire mais rude aventure vécue par les colons, pour beaucoup originaires de nos vieux pays européens et qui a connu son apogée lors de cette terrible guerre. Si comme moi, leur histoire vous passionne, je vous invite à lire l’excellente saga de l’émigration américaine écrite par l’historien suédois Vilhelm Moberg sous le titre « La saga des émigrants ». C’est très bien écrit et surtout très documenté, un must en matière de roman sur le sujet.

Barbara Brackman a l’intention de publier 52 blocs (1 par semaine jusqu’à la fin de l’année), nous avons déjà réalisé environ 40 blocs sur 52.  A ce stade, nous voyons déjà les effets de notre travail .

Le plus frappant , les choix et assortiments des tissus. Pour paraphraser Katell : nous osons enfin ! Notre travail nous ressemble de plus en plus, ce qui croyez-moi est extrêmement gratifiant ! Nous maîtrisons désormais de nombreuses techniques et quand nous peinons (cela arrive encore !) nous avons la grande chance de bénéficier des conseils de Katell. Enfin, nous prenons grand plaisir à nous retrouver et à faire le point sur l’avancement de notre ouvrage.

Finally, for different reasons, this quilt meant different things for us : Martine sees in it  an occasion to celebrate anonymous women’s work during the war : so important and yet  undervalued. As far as I am concerned, I would like a constant reminder of the extraordinary adventure lived by the pioneers (a lot of whom were native of the European continent) which was at its height during the war.

Barbara Brackman intends to publish 52 blocks (1 every Saturday until the end of the year). We’ve done about 40 blocks. At this point,  we already see the effects of our work. The most striking effect concerns the choice of fabrics. According to Katell, at last we’re getting daring! And our work reflects who we are more and more which is, believe me, really rewarding ! We  have now mastered  many techniques and if we are in trouble (it still happens) we are really lucky to have Katell to advise us.
Finally, we take  a lot of pleasure in working together and seeing how things progress.

Ci-dessus la grille des blocs de Martine, avec une dominante rouge-brun-bleu. Vous avez son album, bloc par bloc, dans sa galerie Flickr. Elle n’utilise que des tissus de reproduction XIXe siècle. This is a sketch with Martine’s blocks, which are mainly red-brown-blue. You can see each block on her Flickr album. She only uses repro fabrics.

Voici la mienne. Ma palette de couleurs  est plus chaude que celle de Martine (même si nous échangeons des tissus !), je me donne un peu plus de liberté dans le choix des couleurs. This is mine. Even if we share some fabrics, my colors are warmer than Martine’s and I choose a bigger array of colors.

Notre plaisir est certainement communicatif puisque nous venons d’enrôler Isabelle dans notre projet. Elle démarre une partie des blocs du CWQ à la main.  Welcome on board Isa !

Our pleasure is certainly communicative because Isabelle has just joined us. She has started to sew by hand some blocks of the CWQ. Welcome on board Isa !

Les premiers blocs d’Isa – Isa’s first blocks

Notre ouvrage est loin d’être achevé mais quel plaisir  déjà ! Aussi, si d’aventure vous hésitez à vous lancer dans un ouvrage d‘envergure, pourquoi ne pas  sauter le pas avec un(e) ami(e) ? Notre aventure américaine est déjà largement positive, alors « why not you ? »

Our CWQ is still far from finished, but what a pleasure already ! So if you’re not sure that you want to start a big work, why not try with a friend of yours ? Our American adventure is really positive, so why not you ?

Karine (with Anne-Marie !)

-=-=-=-

J’ai parfois des questions au sujet des Abeilles… J’ai donné des cours de patchwork pendant plusieurs années et beaucoup de mes anciennes « élèves » sont devenues des amies. Nous formons actuellement un groupe d’une bonne quinzaine de quilteuses dont la ruche se trouve dans l’ouest toulousain, mais quelques Abeilles viennent de loin : deux habitent en Ariège, deux dans l’Aude, une dans le Lot… L’amitié leur a effectivement fait pousser des ailes !

Katell

-=-=-=-

Tradition chérie, expression libérée

Que de styles différents au sein de notre communauté de quilteuses ! Il suffit de naviguer un peu de blog en blog pour en mesurer la diversité : quelle chance nous avons ! N’oublions pas de nous déplacer voir les expositions, discuter, échanger… Cela nous enrichit infiniment.

Certaines s’épanouissent dans un seul style, ce qui leur permet de devenir expertes dans leur domaine, d’autres, dont je fais partie, sont passionnées par toute l’histoire des quilts et des femmes qui les ont créés. C’est ainsi que je m’intéresse particulièrement aux quilteuses qui ont allègrement balancé aux orties les règles de base du patchwork traditionnel comme la concordance des coutures, les angles bien respectés… Mais surprise, ces femmes ayant lancé le populaire mouvement du Liberated Quiltmaking ont de solides bases classiques, un amour de la tradition et une fine connaissance de divers mouvements artistiques.

Liberated Log Cabin Medaillon, de Gwen Marston (2009). Admirez les couleurs et le minutieux quilting à la main, témoins de son attirance infinie pour les quilts Amish.

Ainsi la première, Gwen Marston, s’est d’abord investie dans les quilts anciens mais remarqua vite que ses préférés étaient ceux de tendance populaire, souvent très scrappy, qui accrochaient le regard avec leurs « défauts » de construction, leurs couleurs réparties bizarrement,  bref l’audace d’oser se moquer des règles établies. C’étaient souvent des contraintes qui menaient à ces audaces, comme un manque de tissu ou la redécoupe d’un quilt dans un précédent partiellement usagé, non une attitude artistique volontaire. Mais quel charme dans ces ouvrages ! De plus, la redécouverte et la valorisation des quilts Amish dans les années 1980 mit à jour non seulement les plus académiques, mais aussi beaucoup de quilts follement modernes. Enfin, la plus récente influence vient des quilts de la mouvance des Gee’s Bend, quilts réalisés par les plus pauvres Afro-Américaines d’Alabama, avec les restes de nos vêtements modernes (aussi bien des chemises en polyester que des jeans). L’inventivité de ces femmes actuelles, avec simplement ce qu’elles ont de disponible, éclaire sur la longue histoire cachée des quilts « spontanés » tout au long des siècles derniers, en particulier dans les campagnes. On constate que, d’une façon générale, les personnes oppressées survivent grâce à leur inventivité, et moins dramatiquement que le manque engendre la créativité ; c’est ce qui a eu lieu, aussi bien chez les femmes blanches avançant vers l’Ouest américain que chez les femmes noires, d’abord esclaves puis en situation à peine plus enviable pour la plupart dans les états du Sud.

Quilts de la communauté des Gee’s Bend, Alabama, avec un souci d’économie et de beauté.

Ainsi, à côté des quilts traditionnels à la beauté intemporelle, j’aime aussi ces quilts touchants au style informel. Les plus nombreux sont les quilts de bandes, faciles à monter (parfois sur un tissu de base). C’est en ce moment très tendance mais nullement récent !

Voyez ici l’article de Tonya Ricucci à propos de cette étoile faite de petites bandes de récupération ! Celui-ci ne fait pas partie des quilts à bandes les plus « faciles »…

Et ici, une étoile Amish de la collection Brown, date probable vers 1920, belle parenté :

Dans le mouvement du « liberated quiltmaking » ou des « unruly quilters »*, les quilteuses ne font pas tout-à-fait n’importe quoi quand même, sinon elles n’auraient pas cet impact durable. Evidemment elles ne découdront pas une couture qui a « mangé » un angle, oseront ajouter une pièce au bout d’une bande trop courte, mais regardez objectivement leurs ouvrages : les plus réussis sont harmonieux malgré leur côté bancal, une vraie expression artistique s’en dégage. Et pour cause ! Quand on décide de faire un quilt sans règles (double sens aussi bien en anglais qu’en français, avec la liberté qu’on s’accorde et la possibilité de laisser nos instruments de mesure au placard) chaque avancée se fait après réflexion puisqu’il n’y a aucun plan à suivre. Il s’ensuit parfois du découragement quand rien ne marche, mais d’autres fois un drôle de sentiment d’exaltation et de vrai bonheur, une impression d’expression jubilatoire ! Je dois avouer par exemple que mon crumb quilt en cours me donne mille satisfactions, et tant pis si le résultat est bizarre, j’aurai passé grâce à lui des journées formidables !

* quilteuses sans règles

-=-=-=-

Si cette orientation vous intéresse, voici deux artistes pour commencer vos recherches :

http://niftyquilts.blogspot.com/

http://lazygalquilting.blogspot.com/

-=-=-=-