Nous sommes tout près des fêtes de fin d’année, tant attendues par grands et – surtout – petits ! Après des événements tragiques, une actualité chargée, il est temps de se rendre compte que le décompte est bien avancé : J – 10, qu’on se le dise !
Il est un conte qui me tient particulièrement à cœur, lu et relu à mon frère, puis à mes petites sœurs, mes filles, mon fils… Ce conte est l’esprit même de Noël, au plus près des enfants, des animaux et de la Nature. Il paraît que c’est l’adaptation d’une histoire traditionnelle russe, ce que je veux bien croire, même si les informations à ce sujet sur internet sont très modestes.
Ce conte, c’est :
Marie Colmont est décédée de la tuberculose avant sa publication en 1941. J’imagine les premiers enfants à avoir lu cette histoire, évasion de l’esprit dans la noirceur de la guerre.
Je me souviens bien de la magie des illustrations aux traits pourtant déjà vieillots dans les années soixante. Le roitelet farceur, le renne au traîneau, les oies qui cancanent… tout est enchantement, jusqu’à l’évocation poignante de l’enfant malade. Et là, j’ai tout de suite aimé son dessus de lit, une couverture faite de nombreux carrés de tissus… Je ne connaissais pas encore le mot patchwork !
Les histoires les plus simples sont parfois les meilleures… L’ourson épris d’indépendance sera le cadeau de petit garçon malade et nous leur souhaitons une belle vie ensemble !
Vous souvenez-vous des jeux sans électronique ? Sans rien du tout ? L’un d’entre eux consistait à chuchoter une phrase à son voisin qui le répète à son tour… et au bout de la chaîne la phrase est bien souvent toute transformée, parfois de manière cocasse ! La délégation France Patchwork Suisse n’a pas oublié l’âme d’enfant qui sommeille en chacune en proposant ce principe à trois groupes de cinq à six quilteuses. La première reçoit une photo, elle l’interprète en mini-quilt, puis le passe (sans la photo) à la suivante. Chaque groupe prend des directions fort différentes et c’est un vrai amusement de traquer pourquoi et comment le thème a évolué.
Une photo de ce village a été donnée comme départ du jeu ! C’est un des beaux villages de Ligurie, en Italie, nommés Cinque Terre.
Nous avons exposé la Valise lors de la JA du 20 novembre, malheureusement seulement sur tables en raison du manque de grilles d’accrochage… L’état d’urgence mobilisait le personnel technique. Mais les 17 quilts ont été bien admirés, bravo aux créatrices !
Pour vous mettre l’eau à la bouche, en voici la première interprétation de chaque groupe :
Nous voyons ici comment les quilteuses ont été inspirées par le village. Mais la suite recèle beaucoup de changements de cap très étonnants !
Les Valises France Patchwork sont réservées au circuit des délégations de France Patchwork. C’est un réservoir de belles surprises, de poésie et de partage.
Ce n’est pas un secret : beaucoup de quilts recyclent les étoffes usagées… y compris les tee-shirts. Ils peuvent même devenir de très beaux ouvrages !
Natalie Chanin, fondatrice de Alabama Chanin, maison de couture et accessoires prônant les matériaux écolos, recyclés, ainsi que le travail à la main… La matière première reste le jersey de coton (=maille de tee-shirt)
Au fin fond de l’Alabama, l’Etat le plus pauvre des Etats-Unis, là même où se trouve le hameau Gee’s Bend, une jeune femme a commencé à utiliser des tee-shirts usagés pour en faire « autre chose ». De fil en aiguille, elle a créé un style à la fois brut et raffiné. C’est la belle Success Story de Natalie Chanin ! Le travail pour réaliser un vêtement (car elle fait des défilés de mode) est souvent énorme, le prix aussi ! Mais elle partage généreusement sa manière de travailler dans ses livres et on comprend la somme de travail que peut représenter une seule pièce… Elle a hérité de l’adresse de ses grand-mères, toutes deux excellentes couturières, et de techniques utilisées durant la Grande Dépression des années 1930. Tout est fait à la main, y compris les longues coutures, les bords sont laissés à cru (le jersey de coton fin ne s’effiloche pas !) et les techniques sont principalement l’appliqué, l’appliqué inversé, ornés de perles ou de broderies, de bordures en maille jersey…
Etonnant, non ?…
Les techniques d’Alabama Chanin sont un peu connues en France : je vous invite à aller voir en particulier Théa Oz et sa superbe robe !
Voici un aperçu des réalisations Alabama Chanin :
Elle garde aussi le goût des quilts, omniprésents dans sa vie. Maintenant elle les conçoit tous en tee-shirts comme ceux-ci :
Natalie Chanin est maintenant très connue aux Etats-Unis, certaines stars de la musique ou du cinéma lui font de la pub en portant ses vêtements, tous faits dans un atelier, en Alabama.
Pour donner l’idée d’utiliser cette matière inhabituelle et pourtant si commune et contribuer à faire connaître Alabama Chanin, nous avons fait un atelier utilisant du jersey de coton vendredi dernier en Journée de l’Amitié France Patchwork 31 à Pibrac (31). C’était l’après-midi, après la présentation de quilts traditionnels faits par Will Vidinic.
Trois livres d’Alabama Chanin étaient à disposition pour donner des idées, ainsi que quelques travaux déjà réalisés. Kristine l’Abeille a conçu une pochette à faire et des stencils pour que chacune dessine « son » dessin sur le jersey. Le travail n’est pas difficile et les résultats ne se sont pas fait attendre !
Découpage de bouts de tee-shirts pour ajouter de la couleur aux jerseys de base distribués en kit.Exemple : une écharpe faite par Kristine. Les bords sont des bandes tortillées et appliquées au point avant.
Merci à toutes les participantes qui ont terminé leur pochette de m’adresser une photo, je les publierai en décembre ! Déjà j’ai reçu celles de Florence, pochette vue recto-verso :
Appliqué inversé coupé laissé « à cru », jolis points avant bien visibles, des perles en déco : c’est tout l’esprit Alabama Chanin, bravo Florence !
De nouveau la couverture Simply Moderne me séduit, avec son sapin de Noël que je qualifierais volontiers de scandinave… s’il n’était d’Australie ! Il est gai, harmonieux et donne irrésistiblement envie d’ouvrir le magazine… Alors, allons-y !
Avant la rubrique des modèles, on voyage au gré d’expos et d’interviews dans les tendances modernes du patchwork. La maquette très aérée me fait presque penser au nouveau magazine FLOW, cet ovni de l’édition avec de douces pensées réconfortantes, des dessins naïfs et des invitations à penser autrement…
La grande vague et vogue du slow stitching est expliquée par son créateur, Mark Lipinski. Vous faites peut-être partie de ce mouvement sans le savoir ! En forçant le trait, on nous encourage à être « à fond » dans ce qu’on fait : quand on fait du patch, plus rien d’autre n’existe ! Ainsi notre travail créatif devient une forme de thérapie.
Illustration Flow Magazine France
Viennent ensuite divers reportages montrant que le patch moderne sous toutes ses formes – sans être ce qu’on nomme en France Art Textile, même si la nuance est parfois subtile – devient majeur. Que de belles photos inspirantes ! On voit beaucoup de portraits, des têtes toujours souriantes et finalement pas mal d’hommes !
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Ensuite, ce sont deux rencontres.
LeeAnn et quelques-uns de ses quilts ! Les mots piécés sont inspirés du livre de Tonya Ricucci Word Play Quilts.
J’attendais cette rubrique avec grande impatience car y figure mon amie LeeAnn ! On la voit derrière une tonne de quilts aux couleurs gaies qui caractérisent si bien ses ouvrages. Je la reconnais bien dans ce reportage : au fil des 6 pages, vous apprendrez comment LeeAnn a commencé le patchwork et surtout ce qui la distingue : le goût de l’improvisation, hérité de ses stages avec Gwen Marston et – qui se ressemble s’assemble – son amitié avec les Rebels, Sujata Shah, Victoria Findlay Wolfe, Sherri Lynn Wood… et tant d’autres que j’évoque parfois dans ce blog. Ses quilts sont évidemment modernes, mais aussi libres, déjantés, intuitifs… C’est ma famille de cœur !
Autre rencontre, autre style, voici Lee Heinrich et ses quilts « fresh », aux blocs réguliers et maîtrisés, aux blocs simples et minimalistes mais aux effets maximalistes ! J’ai vite acheté son livre (fait avec 2 autres personnes) lors de sa parution, il est bien épais, plein de belles idées, de modèles en couture sur papier notamment et de samplers modernisés.
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Et les modèles ? Enthousiasmants ! Comme je l’ai dit, j’aime beaucoup le sapin de Noël scandinave – oups pardon, australien ! – et sur les 12, seuls 2 ne me parlent pas. Un record, croyez-moi ! Je remarque un nombre important de magnifiques quilts aux coutures courbes, à maîtriser à la machine (à apprendre, oui c’est facile!), beaucoup de quilts « scrappy »… Que du bonheur !
Deux quilts jouent avec les carrés et les gris, tous deux sont très réussis. Celui de Cosabeth Parriaud, toujours talentueuse, me rappelle l’exercice que nous avons proposé en stage (FP31) avec des fonds gris unis et des imprimés rouges ; celui de Zen Chic peut déboucher sur une infinité de jeux de couleurs et d’illusions d’optique… Amusez-vous !
Maquette de présentation des modèles très aérée, jolies photos… Cela donne envie de s’y mettre !
Et comme d’habitude les quilts de Pamela Goecke Dinndorf me font de l’œil. Avant de regarder son nom, j’aurais parié sur Michèle Beugnon, elle aussi très inventive dans les jeux de couleurs ! C’est là un long travail tout en triangles, mais il n’est pas lassant car il faut le faire très scrappy. Autre travail de triangles à la limite du traditionnel, les jolis moulins de Nathalie Delarge raviront les plus sages !
C’est donc un numéro très gai et instructif qui fait du bien et aide à entrer dans la période des fêtes qui se doit d’être féérique, même cette année.
En vente en maison de la presse début décembre probablement, déjà distribué aux abonnés !
La délégation France Patchwork 31 a fait un immense plaisir à ses adhérentes : une matinée entièrement consacrée aux quilts traditionnels ! C’est Will Vidinicqui nous a ouvert ses deux malles aux trésors, avec deux quilts puis d’innombrables tops, tous très différents, nous offrant une grande leçon de liberté ! Cela peut sembler contraire au traditionnel, mais c’est parce que nous méconnaissons souvent en France l’inventivité, le « make-do » (faire avec ce qu’on a) des quilteuses d’antan !
Deux quilts accrochés au mur et plus d’une vingtaine de tops ont été admirés, photographiés, applaudis…
Nous subissons tant de tragédies en ce moment que nous avons d’autant plus apprécié la parenthèse de bonheur procurée par notre invitée. Nous avons déplié et admiré une grosse pile de tops, autant que Will a pu en mettre dans ses deux lourdes valises. Elle nous a transportées dans le monde des tissus anciens, beaucoup de merveilles d’origine hollandaise, française, des reproductions de tissus américains (eux-mêmes issus de traditions européennes : à lire en français Quilts Traditionnels et tissus anciens, Barbara Brackman, Editions de Saxe), étoffes précieuses mais aussi des tissus « de ménage », ces tissus dont on faisait les vêtements usuels et linges de maison.
Deux précieux livres sur l’histoire des tissus et des quilts, dont un a été traduit.
Les quilts et tops de Will sont tels qu’elle les aime, traditionnels aux mille et une inspirations, allant du quilt « country » en pilou, chemises, lainages ou en mouchoirs français jusqu’aux reproductions les plus raffinées de médaillons aux tissus précieux. Souvent ils surprennent par leur non-conformisme, par l’alliance de certaines couleurs, mais on reconnaît que ça fonctionne, ça se met mutuellement en valeur !
C’est ainsi que s’est déroulé le « Show & Tell » (montre et raconte), Kristine et moi tenions les tops tandis que Will les commentait. Ce quilt est mis en valeur par sa bordure bleue inattendue !On ose rarement mettre autant de jaune dans un quilt, n’est-ce pas ? Et pourtant, n’est-il pas éclatant de joie ?Le maître mot de beaucoup d’ouvrages anciens, ainsi que leurs descendants comme celui-ci, est : simplicité. Un bloc tout simple fait des merveilles, ici mis en valeur par un tissu dont personne ne voulait, trop grisâtre, trop fade. C’est pourtant un écrin pour les autres couleurs ! En deux images, nous avons compris l’étendue de notre liberté…Ceci vous semble-t-il bien complexe ? Ce ne sont pourtant que des carrés bicolores !Will sait aussi être virtuose !
Reconnaissez-vous le quilt mystère Quiltmania de Di Ford, transformé par un tout autre choix de couleurs ? Une belle & large bordure encadre le top. C’est ici un tissu de « colonnade » d’une ancienne collection de Barbara Brackman. Le motif est coupé en deux pour mieux encadrer ce superbe médaillon.
En voulez-vous quelques autres ? En voici !
Nous ne nous lassons pas des étoiles !Voici un top bien sage. Mais approchons-nous…Chaque bloc est unique, en tissus de chemises récupérées. Quant au tissu de base, c’est un beau drap !Superbe modèle d’Edyta Sitar
C’est une vue proche d’un top que Will a fait d’après un modèle de Bonnie Hunter (Quiltville). Si vous ne la connaissez pas encore, allez voir son blog ! Un quilt mystère commencera le 27 novembre et à l’onglet Allietare, vous avez les gammes de tissus à préparer. Amusez-vous bien !Ceci a suscité de nombreux commentaires : les hexagones sont suffisamment grands pour avoir été assemblés à l’américaine, au point avant, une découverte pour beaucoup ! L’agencement aléatoire des grands imprimés (de très beaux tissus anciens français) a également ouvert de nouvelles perspectives quand on croit ne pouvoir faire que des rosettes. Quant à la bordure, elle est somptueuse…Nearly Insane, le sampler qui rend presque fou/folle… d’admiration !Ces adorables mini-paniers rappellent à Will les échanges de tissus avec son groupe de copines !Will a choisi d’utiliser un croquet pour faire les anses : futé et joli !
Vous n’avez pas tout vu, les 90 adhérentes présentes ont eu la chance d’en voir à peu près le double, mais j’arrête ici la galerie… Allez voir le blog de Will, Not-so-zen-quilts, pour mieux la connaître !
Après le Show & Tell, chacune a pu poser toutes ses questions à Will, toucher les ouvrages, regarder les dos… Une vraie leçon pour chacune.
Merci à toi Will, tu sais que tu seras toujours la bienvenue dans la Ville Rose !
Et bientôt, nous partagerons le thème de l’atelier de cette JA aux accents très différents, mais ayant un point commun : on fait encore du neuf à partir du vieux ! Recyclage encouragé, encore et toujours…
A bientôt !
Ce fut un immense plaisir d’accueillir Willemke Vidinic (qu’on appelle Will et prononce Vill) à Toulouse ! Le titre de ce post est un clin d’œil à son blog Not so zen quilts – Will’s quilts in Paris. Pourquoi ce titre ? Parce que des années durant, elle travaillait à plein temps, gérait sa vie de famille… et ce n’était alors pas très facile de dégager un moment pour le patchwork.
Cette femme vit en tenant compte de ses passions. Par amour pour un artiste peintre, elle quitta son pays natal, les Pays-Bas, pour s’installer à Paris. Dans la foulée paraissait le n° 1 des 100 Idées et elle s’y est découvert la passion du patchwork. Plus de 35 ans après, ces deux amours durent toujours !
Je l’admire depuis des décennies, grâce aux quilts régulièrement publiés dans la presse française (100 Idées, Les Nouvelles de France Patchwork, Marie-Claire Idées, Quiltmania…) et les livres spécialisés. Un de ses quilts est présenté par exemple dans ce bouquin que j’ai plusieurs fois recommandé, Scrap Quilts de Roberta Horton (en français aux Editions de Saxe). Sa place est évidente, Will a l’esprit du scrap ancré en elle, restant au plus proche de générations de quilteuses qui nous ont précédées, faisant du beau et de l’utile avec les tissus qu’elles avaient sous la main.
Quilt de poupée aux mini-bandes irrégulières, accompagnées d’une jolie frise fleurie. L’ensemble est réveillé par un tissu ancien jaune chrome (paru dans Quiltmania)
Sans vouloir jouer au name-dropping (balancer des noms pour la frime), Will connaît « tout le monde » dans l’univers du patchwork traditionnel et libéré. Elle ne s’en vante pas, mais son talent, sa gentillesse l’ont conduite à rencontrer maintes personnalités ; elle en garde de fidèles et solides amitiés. Elle en parle avec bienveillance, respectant les tendances artistiques de chacune. Son éducation aux Pays-Bas lui donne une très précieuse qualité : enfant, elle a appris à la fois l’anglais, l’allemand et le français, un sacré atout quand on aime rencontrer les gens !
Elle fit partie du petit groupe de copines qui inventa France Patchwork en 1984. Elle travailla 12 ans dans le mythique Rouvray, magasin parisien maintenant disparu, première boutique de patchwork de France créée par Diane de Obaldia. Ce fut elle, Will (j’avais repéré son origine à son accent charmant !), qui me conseilla bien gentiment lors de l’achat de mon premier cutter rotatif, me recommandant d’acheter en même temps une plaque de coupe et une règle. En effet, qu’aurais-je fait sans un de ces outils parfaitement complémentaires ?… Je l’ai toujours, mon cutter OLFA première génération, parfaitement opérationnel après tant de kilomètres de coupes… Je vous rassure, je change la lame très régulièrement !
Will fut aussi la première Européenne à coudre un Dear Jane qu’elle commença dès 1996, année de sortie du livre de Brenda Papadakis, accompagnée de copines (parmi lesquelles Marie Claude Tsuruya) tout autant passionnées par ce challenge !
Et puis Will nous enchante avec ses modèles parus dans plusieurs Quiltmanias. En toute simplicité, elle est à la fois pourvoyeuse de modèles et avide utilisatrice des modèles des autres ! Un de ceux qu’elle nous a présentés hier est une reproduction d’un quilt hollandais de 1835, dont les explications sont parues dans le numéro 86.
Comment ai-je osé inviter Will à Toulouse ? C’est mon ange gardien LeeAnn de Nifty Quilts, qui m’a assurée que je pouvais la contacter… et voilà, Will et moi nous sommes vite mises d’accord pour sa participation à une Journée de l’Amitié des adhérentes de France Patchwork qui a eu lieu hier à Pibrac. C’est ce que je vous raconterai très prochainement !
Peace for Paris, dessiné par Jean Jullien, graphiste français vivant à Londres.
Mes chéries adorées – mes filles, mes sœurs, ma nièce – étaient réunies le 13 au soir dans le 18e arrondissement de Paris, en sécurité. Tant d’autres sont dans la peine extrême après le Vendredi de Cauchemar, toutes mes pensées vont vers les victimes, leurs proches, les témoins… Dans le monde entier, des témoignages montrent l’indignation face à ces attaques ignobles.
Expression de Sujata Shah
Le post suivant, écrit il y a quelques jours pour vous amuser, peut paraître indécent, mais je choisis de l’éditer malgré tout parce qu’ils ne doivent pas réussir à nous terroriser.
Drôle de Signe : xoxo
XOXO = gros bisous !
Affectueux les xoxo !
Longtemps je me suis demandée d’où venaient ces signes, ce qu’ils signifiaient. Je voyais bien que c’était gentil… Ils me rappelaient les croix de mes penpals (correspondantes anglophones) de mon adolescence, quand j’échangeais des lettres avec des Anglaises pour le plaisir de la découverte et de l’amitié… Par exemple, en fin de lettre, je lisais :
Allison xxx
Amitié Trois Etoiles, me disais-je. Pas mal, un hôtel *** est plutôt confortable et même luxueux, n’est-ce pas ? Devais-je surenchérir, jusqu’au 5 étoiles ? Je n’ai pas osé, ne connaissant pas les codes !
Les xoxo sont arrivés plus tard aux USA. Une bébête qui veut dire « Hugs & Kisses », « je te serre dans mes bras et t’embrasse ». Cela reste populaire dans l’écriture à la main, s’écrit aussi maintenant en fin d’e-mail pour une personne qu’on aime bien.
Le X a une longue histoire en Europe, d’abord religieuse. La croix symbolise le Christ non seulement en raison de la crucifixion mais aussi en tant que première lettre du mot christ, ΧΡΙΣΤΟΣ en grec. Le X est donc une lettre qui suggère respect, amitié et amour. C’est d’ailleurs ce X qu’on retrouve dans l’abréviation de Christmas (Noël) en anglais, communément écrit Xmas, faussement utilisé parfois pour laïciser Christmas.
Le X servait aussi de signature, dès le Moyen-Âge, pour les gens analphabètes. Signer X engageait la personne, car c’était un signe « sacré ». Cette croix – ou la signature pour les personnes sachant écrire – était ensuite symboliquement scellée avec un baiser, tout comme les croyants embrassent (font un baiser sur) les livres sacrés. Le baiser est signe d’allégeance, de vénération, d’amour, de contrat scellé… Il en reste par exemple le baiser échangé au mariage, qui scellait le contrat d’union du temps des Romains. Et puis, si on a l’âme romantique, on peut embrasser une lettre destinée à un être cher avant de la confier à la Poste… Sealed with a Kiss (Scellée par un baiser, chanté ici par Brian Hyland, 1962) est d’ailleurs une chanson très connue… mais si, mais si, vous la connaissez, écoutez-là iciaussi dans une plus récente version (Jason Donovan)!!!
Toujours est-il que X et baiser sont intimement liés depuis des siècles en Europe. Beaucoup plus récent est l’ajout du O. Il est possible que cela vienne de la signature des immigrants juifs qui ne voulaient pas utiliser une croix. On suggère aussi l’influence du jeu du morpion (tic-tac-toe game) !
Hug
Quoi qu’il en soit, O signifie maintenant le hug américain, O étant la forme des bras quand on embrasse quelqu’un littéralement, qu’on l’entoure de ses bras. Hugs & Kisses pourrait se traduire par embrassades et baisers, mais le glissement d’embrasser vers le sens de donner un baiser complique un peu les choses… et en français le second sens de baiser en verbe ne simplifie rien, ni la connotation de X pour les films censurés…
Dans l’art épistolaire anglais, xx sont depuis longtemps marque d’affection, d’amour, qui étaient utilisés par exemple par Winston Churchill. Les xo, plus récents, se sont épanouis dans les années 80-90 et sont considérés comme un langage plutôt féminin. La plupart des quilteuses américaines les ont donc largement utilisés dans leur vie et on retrouve ces signes pleins d’amour dans leurs ouvrages !
Ce tissu Moda (First Crush, Sweetwater) donne le ton Tout d’abord, ce joli coussin plein de bisous !Des blocs venus du monde entier pour soutenir une quilteuse souffrant d’un cancer (Confort Stitching)Regardez bien ici : x et o se suivent, s’imbriquent… Une tessellation toute simple mais bien jolie !Modèle en vidéo ici.Très beau et classe, ce quilt pour la Saint-Valentin !
Gros bisous,
XOXO,
Katell
Pour revenir à la terrible actualité, les dessins aident à s’exprimer.
C’est toujours un plaisir de constater la créativité des quilteuses ! Une Valise France patchwork permet aux adhérents d’un département de s’obliger à créer plutôt que copier et garantit une diffusion sympathique dans le réseau des délégations ! Nous avons déjà eu l’occasion de vous montrer des Valises France Patchwork (récapitulatif ici) et récemment nous en avons exposé 3 en Haute-Garonne.
Deux venaient du Nord-Est, complémentaires car toutes deux sont constituées de mini-quilts de 20 cm de côté, présentés cousus sur un drap noir. Un bel écrin pour deux thèmes, la Mer et la Lumière.
Elles ont été accrochées lors de certains stages de piqué libre en octobre dernier.
La Valise MER, venue de Haute-Marne, 22 ouvrages de 20 cm (très faciles à accrocher en un clin d’œil !) :
Du même département et avec cette même présentation sur tissu noir, le thème de la LUMIERE :
Et enfin OMBRE & LUMIERE, élaboré par les adhérentes des Yvelines ! les 31 ouvrages ont été très appréciés parles stagiaires vendredi dernier, avec leur grande inventivité : Nous espérons que vous aurez l’occasion de voir toutes ces Valises en vrai, elles le valent bien et les photos ne rendent pas justice à ces œuvres !
BRAVO à toutes les participantes des Valises et merci d’illustrer ainsi la variété du patchwork et des arts textiles en France !
Hashtag, ce croisillon signalant un mot-clé dans notre monde moderne informatisé, devient peu à peu connu de tous. Il a été question de le franciser… mais c’est déjà peine perdue, les habitudes sont prises. Au Québec dans cette utilisation, il s’appelle pourtant mot-clic ou mot-dièse ! Ce croisillon s’appelle hash car il ressemble à du hachage (une coupe en petits morceaux avec de multiples entailles).
Do dièse en clé de sol
J’aurais aimé qu’on dise plutôt dièse, mais ce n’est pas si simple ! Le dièse, signe musical signalant l’altération d’un ton vers le haut (qui se dit sharp en anglais), n’est pas tout-à-fait le même signe :
Moi qui suis gauchère, je suis sûre que je ferais le signe spontanément dans un autre sens encore si je l’écrivais à la main ! Tout aussi parlant, ce tableau :
A noter que la touche « dièse » du téléphone est un hashtag 😉 Ce croisillon des réseaux sociaux rejoint l’histoire de l’arobase inusité du clavier, mais pour # il y a surdose d’utilisations maintenant !
En anglais, si on veut écrire n° 1, on le figure ainsi : #1, il s’appelle alors sign number, signe de nombre.
Mais ce croisillon vient de bien plus loin et, le croirez-vous ? encore du latin ! Il vient du systèmeavoirdupois. Mais non, le ciel ne m’est pas tombé sur la tête, c’est bien le nom du système de poids anglophone avec les livres, les onces, les grains (pound env. 453 g, ounce env. 28 g, grain env. 65 mg) et autres divisions qui nous sont inconnues… Cela vient du vieux français avoir de peis/pois (selon les régions), quand on pesait tout avec des poids. Le pound (= la livre) vient de libra pondo, « le poids d’une livre », abrévié lb (LiBra). Pour singulariser cette unité, on lui a souvent ajouté une barre et à force de mal l’écrire, c’est devenu #. Ce # symbolise donc très souvent l’unité de poids « pound » dans le système avoirdupois et a mérité ainsi une place sur le clavier de machine à écrire. Vous suivez encore ? Bravo ! Encore une petite précision : même origine « libra » pour la livre (Pound) £, unité de monnaie britannique (on pesait 12 deniers pour une livre). Si vous avez lâché en cours de route, je ne vous en voudrai pas…
Vitrail de la cathédrale de Chartres, montrant la pesée de pièces (baie 41)… sur fond de bleu de Chartres…
# est source de confusion même pour les Anglophones qui l’utilisent encore pour d’autres cas, comme la valeur calorique d’un aliment ! Alors, un peu plus ou un peu moins, on a pris # pour de nobles causes informatiques… A quoi pourra servir un jour notre signe °, qui marque les degrés Celcius et les numéros (n°) ? Et § (paragraphe) ?…On aura peut-être un jour la surprise de les voir débarquer dans le nouveau monde informatique… ###
En patchwork, ce sont des croisillons bien droits qui ont la cote :
Il y a quelques jours, alors que je préparais cette rubrique « drôle de signe », j’ai bien apprécié l’article des Conteuses (Il était une fois les points contés) faisant en coussins de beaux exercices de style tridimensionnels :
Ce bloc est bien plus sophistiqué qu’il n’y paraît, bravo mesdames ! L’effet tridimensionnel est saisissant.
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Comme le patchwork nous fait toujours voyager, comment ne pas penser au signe 井, si proche du hashtag mais venant de la si lointaine Asie ?
Bloc igeta de Susan Briscoe, vu sur son blog et dans plusieurs de ses livres.Armoirie familiale igeta
井 est un signe commun au chinois et au japonais ; ce caractère kanji signifie source d’eau et c’est un des dessins les plus populaires en ikat japonais (appelé kasuri), associé ou non avec d’autres motifs. Susan Briscoe le nomme igeta , qui est plus précisément le croisillon de la margelle en bois entourant un puits :
Dans les campagnes japonaises, il était très commun de trouver cette construction au cadre de bois nommé igeta.
Notre chère Andrée a une magnifique collection de tissus qu’elle veut utiliser au mieux. Tout comme moi elle apprécie beaucoup ce livre de Susan Briscoe ci-contre, plein de belles idées sur le thème du Japon.
Andrée a choisi le bloc igeta pour s’amuser à mixer différents tissus, avec la base d’un beau batik aux feuilles de ginko.
L’ensemble fait automnal avec ses couleurs chaudes et Andrée réfléchit à une bordure pour faire chanter ses blocs ! Nous avons une petite idée… alors à bientôt pour le quilt fini !
Le top, bientôt encadré d’une bordure, puis quilté !
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Prochainement, rendez-vous avec un signe très affectueux…
En octobre dernier lors du Salon des Loisirs Créatifs d Toulouse, nous avons eu la chance d’avoir comme voisines deux grandes artistes, Lucile Calvez (dont nous parlerons un autre jour) et Dijanne Cevaal.
Voici quelques photos prises dans la galerie de Dijanne, qui teint et imprime ses tissus elle-même. Elle est spécialiste depuis longtemps du piqué libre mais aime tout autant broder à la main, selon les lieux et les circonstances :
Ne manquez pas les expositions de Dijanne ! Son actualité est sur son blog.
Kristine avait craqué l’année dernière, à Ste-Marie-aux-Mines, pour deux Sentinelles dessinées et imprimées par Dijanne, ces reproductions de statues de la Cathédrale de Chartres. Kristine étant de cette région, elle était d’autant plus intéressée par ce thème ! Elle a donc créé sa propre version, Dijanne donnant la trame, le contour, Kristine donnant vie au dessin. Cela donne un panneau de toute beauté, plein de détails rebrodés, discrètement perlés, quiltés sur un divin fond Bleu de Chartres :
L’utilisation du tissu de fond, un ancien tissu imprimé Kaffe Fassett, est absolument parfait, rappelant les rosaces des vitraux de la Cathédrale de Chartres, avec ce bleu si beau…