Ce n’est sans doute pas un titre qui fait rêver, surtout quand on pratique le patchwork depuis des (dizaines d’) années. Et pourtant, nous nous sommes bien amusées hier à Balma, dans le cadre d’un stage inédit. Quand, comment et par qui a été inventé notre objet familier, le cutter rotatif, comment l’utiliser et même simplement le tenir, c’était le jour pour mettre nos pendules à l’heure et nos connaissances à niveau ! Nous avons bien sûr raconté la belle histoire de la société OLFA, de Marti Michell (oui, celle des gabarits de Nathalie Delarge !) et Mary Ellen Hopkins qui ont lancé ensemble la Révolution du Patchwork…
Cette introduction faite, place aux ateliers pour confirmer la coupe avec une règle puis découvrir le monde de la coupe à main levée. Trois livres illustraient le message du jour :
Auprès d’un mini-quilt de Sujata Shah, voici les livres du jour : Cultural Fusion Quilts (Sujata Shah), Liberated Quiltmaking II (Gwen Marston) et Sunday Morning Quilts (Amanda Jean Nyberg & Cheryl Arkison), trois livres montrant comment utiliser des chutes de tissus et comment se libérer des formes géométriques parfaites, sans nuire à la beauté du quilt.
C’est toute une philosophie du quilting libéré, initié par Gwen Marston et suivi par des quilteuses enthousiastes dont je m’inspire avec ferveur. J’ai été très heureuse de partager pendant toute une journée mon goût de l’imparfait… et les stagiaires ont fait des centaines de superbes blocs tirés ensuite au sort… Trois ateliers, trois gagnantes qui nous montreront un jour le quilt terminé… j’espère !
48 blocs ont été montés, tout en nuances de gris et de rouges, roses et orange.70 blocs inspirés d’un quilt de LeeAnnfigurant dans le livre de Sujata Shah ont été fait en coupant au coup d’œil et à main levée. Une découverte pour la plupart des stagiaires !158 carrés de 8 cm ont été ornés d’un triangle, jamais tout-à-fait les mêmes… Inspiré de Up, Up and Away, dans le livre Sunday Morning Quilts.
Et pour rendre cette journée encore plus festive, nous avions une Valise accrochée, Ombre et Lumière, du département des Yvelines. Les mini-quilts ont bien attiré l’attention des quilteuses, tant par la qualité du travail que la diversité des tableaux. Bravo à toutes les quilteuses qui y ont participé !
Valise France Patchwork 78
C’était un stage de la délégation France Patchwork 31 rendu possible grâce au Club de patchwork de Balma qui nous a accueillies. Devant l’enthousiasme des stagiaires, d’autres thèmes de stages seront proposés à l’avenir !
Après l’esperluette, voici un autre signe qu’on croit très récent, symbole de la modernité liée à internet et les emails : @. C’est pourtant encore un signe très, très ancien…
Tout comme &, sa première écriture viendrait de l’écriture onciale qui lie a+d, ad en latin, qui signifie « à, chez » (il nous reste notamment l’expression peu réjouissante envoyer quelqu’un ad patres ou mieux ad libitum, à volonté).
Ecriture cursive du VIe siècle, nouveauté du siècle avec des lettres de différentes hauteurs. Les lettres d sont bouclées vers la gauche et non droites comme aujourd’hui. Il ne reste pas de très ancien manuscrit latin avec ce signe @, mais son dessin vient très probablement de là pour écrire à ou chez, d’un seul trait de plume. D’après certains linguistes, @ (ad latin) daterait du VIe siècle – tout comme & (l’esperluette).
Dans toute l’Europe latine à partir de la Renaissance, ce signe déjà connu est utilisé pour signifier « à », tout autant « chez » que le prix unitaire, mais aussi des unités de mesure… Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que le monde anglophone utilise @ pour at. En tout cas, au XIXe siècle aux Etats-Unis, @ était très fréquemment utilisé chez les commerçants : on écrivait à la main par exemple sur une pancarte 3 apples @ 2 ¢ (on vend les pommes par 3, le prix unitaire est 2 cents). On le voit parfois dans les westerns bien reconstitués ! Alors ce signe comptable utilisé et connu a été ajouté à partir de 1883 sur certains claviers de machine à écrire aux lettres, chiffres et autres signes. Puis @ tomba peu à peu en désuétude, mais resta sur les claviers.
La Sholes & Glidden type writer, devenue après rachat du brevet la Remington #1, est la première machine à écrire commercialisée avec succès. Elle n’avait pas le signe @ sur le clavier, ni même des lettres minuscules.Cette superbe FORD de 1895 a bien une arobase avec la lettre Z ! Les premiers claviers avec l’@ datent de 1883. Allez voir de très belles photos de machines à écrire anciennes, aux incroyables diversités techniques, sur ce blog.
C’est en 1971, il y a déjà 44 ans, que l’informaticien Ray Tomlison cherche un signe de séparation entre le nom du destinataire et le nom de l’ordinateur pour un premier message expédié à l’ordinateur d’à côté. Ce signe désuet @, qui par chance signifie chez, à, at en anglais, est sur son clavier… L’adresse-mail spécifique est née !
@@@
Signe devenu universel, il a un petit nom parfois bien folklorique dans diverses langues : queue de singe, escargot, rollmops, pâtisserie roulée, trompe d’éléphant… Chez nous, le mot arobase fait l’objet de plusieurs hypothèses quant à son origine, mais la plus fréquente est celle de l’unité de mesure arroba. Cette interprétation et d’autres continuent d’agiter de nombreux blogs ! Il semble pourtant acquis que, parallèlement au ad latin, ce même signe était utilisé localement pour différentes mesures de masse ou de volume, de l’ordre de 10 à 15 kg ou de 10 à 15 litres. Ainsi chez les Florentins c’était l’amfora, en Espagne et au Portugal, l’arroba (pluriel arrobas, de l’arabe ar-rub, signifiant le quart – ici le quart d’un quintal). Le commerce d’envergure européenne favorisait la circulation de ce signe ! Actuellement dans quelques régions espagnoles, on parle encore d’arrobes de vin ou d’huile, dont le signe est toujours @.
Toujours dans le monde hispanophone et aussi lusophone, on a trouvé une utilisation bien futée de l’@ : la nouvelle solution jeune et sympathique d’écrire un mot masculin et féminin, par exemple amigos y amigas, ami(e)s, est d’écrire amig@s, avec à la fois le o et le a compris dans le signe @.
@ 🙂 , les symboles ont une vie surprenante et bien agitée !
Je n’ai pas trouvé de quilt mettant le signe @ en valeur, en connaissez-vous ? A la place, pour célébrer malgré tout l’esprit scientifique, voici quelques quilts :
Nous avons un alphabet et quelques signes qui s’y ajoutent. Notre français est un défi pour les étrangers qui souhaitent apprendre notre langue avec ses spécificités comme la cédille (ç, qu’on partage avec le portugais), les voyelles a et o qui embrassent un e ( œ et æ), les accents et trémas de toutes sortes é, è, ê, ë, à, â, ù, û, ü, ô, î, ï… Aidez-moi, j’en oublie sûrement !
Et puis il y a des signes qui sont anciens et communs à plusieurs langues, comme &. J’adore son nom en français, l’esperluette ! Rime avec pirouette, cacahuète… chanson de mon répertoire de berceuses…
Certaines polices rendent l’esperluette plus « lisible ».
& date de l’époque mérovingienne, union du e et du t pour écrire et (qui se prononce ette en latin), c’était même jusqu’au XIXe siècle la vingt-septième lettre de l’alphabet : après Z, on disait « et, per se, et » ce qui signifie en français « et, en soi, et » , dit pour plus de compréhension en franco-latin « et, per lui, et » … déformé en esperluette. Pareil en anglais, « and, per se, and » donne le mot ampersand.
Curieusement bien plus utilisé en anglais, ce signe donne lieu à de bien beaux ouvrages:
Fan de scrap quilts, j’adore l’Ampersand de Thomas Knauer, visible dans son livre Modern Quilt Perspectives et sur son blog.
Tout comme Willyne Hammerstein qui a dédié la Passacaglia au mathématicien Roger Penrose, vous êtes peut-être fascinée par les formes géométriques qui s’épousent, s’emboîtent et se complètent. C’est d’ailleurs la base même du patchwork ! A la suite de l’article précédent, Pascale Genevée a très opportunément cité en commentaire le Néerlandais Maurits Escher, connu pour tant de dessins extraordinaires, des visions impossibles de maisons aux escaliers dans tous les sens, des imbrications de formes, et tout particulièrement d’animaux, qu’on appelle tessellations… De très nombreuses quilteuses s’en sont inspirées, en voici un très bel exemple :
Sky and Water II – Dessin d’Escher, 1938Escher quilt, 1997, par Ineke Poort (compatriote d’Escher !). Voyez-vous les oiseaux et les poissons qui s’imbriquent ? C’est fascinant !
D’après la conception de son ami Roger Penrose, Escher a dessiné le triangle de Penrose, figure « impossible », repris avec brio notamment ici en tissus :
Triangle de Penrose (dans le lien, erreur d’attribution, ce n’est pas le triangle de Möbius)Trina de Karen Combs, 2000.
La même Karen Combs a fait un livre sur les illusions d’optique que j’aime beaucoup :
Edité en 1997, il est encore disponible d’occasion à un prix raisonnable sur Amazon.fr.
Si ce thème vous intéresse, France Patchwork publie sur plusieurs numéros un passionnant dossier sur les pavages de toutes sortes, écrit de manière très pédagogique. Tout d’abord, on regarde d’un autre œil des blocs très traditionnels qui s’imbriquent, se répondent et forment des figures géométriques secondaires : de petits efforts pour de grands effets ! Puis, peu à peu, s’appuyant sur des mathématiciens comme Penrose, Nicole Dewitz et Monique Lopez-Velasco donnent des idées plus singulières, des dessins avec lesquels on peut jouer à l’infini… C’est la rencontre du travail traditionnel* et le plaisir de la nouveauté. Et par la magie des couleurs et des valeurs, dans ces puzzles apparaissent un cerf-volant, un masque africain, des parterres de fleurs, le cosmos plein d’étoiles… Comme dans les taches de Rorschach, on y voit ce qu’on veut ! Ne manquez pas les superbes créations de Michelle Braun expliquées dans chacun de ces numéros, qui illustrent parfaitement le dossier. Ils vous donnent le goût de cette aventure dans la géométrie des pavages, avec de nombreuses possibilités de déclinaisons. Le dossier sur les pavages a commencé dans le n° 125 (été 2015), se poursuit dans le n° 126… Que nous réserve le prochain numéro ? Sans doute encore d’autres belles surprises !
Si vous n’êtes pas abonné(e), les revues sont disponibles uniquement lors de Salons, au stand France Patchwork. Il n’est jamais trop tard pour adhérer ! Sur le site France Patchwork, cliquez sur l’onglet « L’adhésion » pour tout renseignement. Ne vous trompez pas, prenez bien l’adhésion code 1 incluant l’abonnement, sinon vous manqueriez les magazines Les Nouvelles… Ce serait trop dommage !
Memories of the Titanic (Pamela Quilts, 2000), allie deux motifs traditionnels qui forment des dessins secondaires : Storm at Sea et Snail Trail.
*Rappelons ici les deux grandes catégories de l’art du patchwork traditionnel :
Le patchwork à l’anglaise, avec autant de gabarits de papier que de pièces. Les tissus sont « emballés » autour du papier et maintenus par un faufil ; les pièces sont ensuite assemblées par point de surjet. Cette technique de patchwork a été créée pour utiliser la moindre chute des précieux tissus (des soies en général) qui faisaient les beaux vêtements des nobles et bourgeois. C’était un loisir de femme de la haute société.
C’est le plus ancien patchwork daté d’Angleterre, fait de soies assemblées à l’anglaise (1718). Voir aussi ici et dans Les Nouvelles n° 126.
Le patchwork à l’américaine : un seul gabarit par forme. Avec lui, on trace sur l’envers du tissu les lignes de couture et on assemble au point avant ou arrière. Il s’est développé aux Etats-Unis, avec la création de milliers de blocs !
Un magnifique ouvrage réalisé « à l’ancienne », faisant partie des Quilts de Légende cuvée 2013 : 1865 Passion Sampler, de France Aubert.
Il a toujours existé cependant le patchwork utilitaire, sans doute dans le monde entier, assemblage des pièces de tissus moins usagées pour la réutilisation, pièces coupées et assemblées sans gabarit ni règle. Les mesures étaient -et sont toujours parfois- à l’œil ou avec le pouce, le doigt, la main, la coudée… N’oublions pas l’appliqué (ou rapiéçage),ajout d’une pièce sur un endroit troué, loin du raffinement qu’on connaît aujourd’hui. Mais le goût du beau menait bien souvent les femmes à faire de leur mieux, créant ainsi sûrement mille et un ouvrages magnifiques tombés depuis en miettes…
En mai dernier, j’ai choisi de préparer un article sur le « piéçage sur papier à l’anglaise » pour le magazine France Patchwork. Il est paru en septembre (Les Nouvelles n° 126).
Je sentais bien que l’EPP prenait de la place chez les quilteuses ! EPP, mais qu’est-ce ? C’est l’élégante abréviation anglaise de notre « piéçage sur papier à l’anglaise », comme par exemple l’hexagone, faufilé sur papier puis assemblé au point glissé. EPP signifie English Paper Piecing. Ce qu’il faut savoir, c’est que cette technique d’emballage de tissu sur papier n’est pas réservé aux hexagones, même s’ils gardent la vedette.
Justement, depuis la rédaction de cet article, cette technique ne cesse de prendre de l’ampleur. Non, pas pour sa facilité ou rapidité je vous assure ! A vrai dire, ce qui enthousiasme un nombre extraordinaire de quilteuses, c’est de faire d’époustouflantes mosaïques !
Les Millefiori Quilts de Willyne Hammerstein (quilteuse hollandaise présentée dans Quiltmania n° 69, puis édition de ses modèles de quilts en 2 tomes par la même maison d’édition) connaissent un engouement extraordinaire. Cette Juge au Conseil d’Etat découvrit le patchwork en 1986 mais c’est après plusieurs tentatives tous azimuts qu’elle a trouvé son bonheur dans le patchwork à la main, la détressant de son travail extrêmement prenant.
La quilteuse Willyne Hammerstein engendre un immense engouement pour le travail à la main !
Linda Franz, quilteuse canadienne qui a inventé l’Inklinko, utilisation de notre imprimante domestique pour éditer toutes sortes de gabarits, s’est investie dans l’aide à la réalisation d’un de ces quilts. Elle propose l’impression directe des gabarits d’un des quilts préférés, La Passacaglia with Mr. Penrose. Ils sont à utiliser comme on veut, en EPP ou en assemblage au point droit, c’est-à-dire à l’américaine. Voir son offre ici.Cela soulage la fabrication des multiples gabarits, surtout en EPP !
Car oui, la grande vedette de ces livres est le quilt le plus complexe, La Passacaglia !
Au lieu de faufiler chaque pièce sur papier, certaines quilteuses collent temporairement leur tissu sur papier. Un gain de temps sans doute, mais la beauté du geste traditionnel n’est plus ! A chacun de choisir son mode d’assemblage. Sur le blog Very Berry (UK), on peut voir les débuts et l’organisation de la quilteuse qui fait ce fameux quilt en tissus Liberty, of course ! Mais en Australie aussi, la fièvre de la Passacaglia fait de nombreuses victimes…
C’est un mathématicien et physicien britannique toujours vivant qui écrivit en 1974 un livre sur les pavages… Le lien entre les mosaïques de tissus, de dessins ou de carrelage est direct !
Roger Penrose sur un carrelage illustrant ses recherches, au Texas.
Lasse du patchwork à la machine ? Pensez Millefiori Quilts ! Près de 4000 membres inscrits au groupe Facebook La Passacaglia…
Addendum : après le commentaire de Pascale Genevée, j’ajoute avec plaisir le groupe FB New Hexagon de plus de 7000 membres !!
Il y a quelques semaines, Maïté l’Abeille nous ravissait avec les quilts faits pour ses petits-enfants et petits-neveux. L’histoire n’était pas complète, je lui laisse donc volontiers la place pour nous présenter les autres quilts de la même veine !
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Ma grande amie quilteuse Marie-Michèle est venue me demander au printemps un modèle simple de maisons à assembler à la machine pour un bébé à venir. Nous avons opté pour un modèle simplissime.
Toi, toi mon Toit, Marie-Michèle pour Morgane.
Peu de temps après le chirurgien m’interdit de coudre à la main, ce qui fut une grande frustration dont je me relevai très vite. Pourquoi ne pas coudre ces petites maisons toutes simples pour plusieurs de mes petites-nièces ? Et voilà comment nous nous sommes retrouvées à coudre ensemble ces petites maisons ! Marie-Michèle les a interprétées à sa façon et matelassées très joliment à la main pour MORGANE .
J’ai réalisé 3 panneaux pour JEANNE , LOU puis SOPHIE et les ai tous matelassés à la machine, une première pour moi. Nécessité oblige !
De multiples jolis imprimés pour LOU !
Et voici pour JEANNE un quilt en rose et vert.
Couleurs tendres pour SOPHIE, à la demande de sa grand-mère, ma soeur aînée.
Quelques mois plus tard, je décidai de coudre un patchwork pour ARTHUR , un troisième cousin germain d’ EMILE (la Coccinelle) et de GASTON (l’avion)sur le même principe : un tableau central , la 2CV en appliqué et broderie, entouré de multiples petits rectangles taillés dans des chutes uniquement.
Le panneau a été matelassé à la machine…
… mais les broderies sont quand même à la main. « L’amoureuse du travail à la main », (dixit Katell) a pris goût au travail à la machine. Il ne faut jamais dire : » Fontaine, je ne boirai pas de ton eau ! «
Maïté l’Abeille
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Lors de réunions d’Abeilles chez Maïté, Marie-Michèle est venue plusieurs fois. Elle nous apporte toujours de magnifiques quilts à admirer :
Interprétation d’un quilt de Kristel Salgarollo, Cosy Blues, paru dans Quiltmania (n° 49 ). Un faux classique dont je ne me lasse pas !Détail de la bordure de ce quilt aux belles nuances bleues et marron.Superbe quilt d’inspiration Amish au matelassage main magnifique, avec une bordure blanche qu’on peut estimer imparfaite aux angles mais qui, pour moi, ajoute de l’intérêt ! C’est une finition comme ça tombe, et pour Gwen Marston cette constatation d’acceptation de l’imparfait fut le point de départ de la réflexion qui la conduira au patchwork libéré. Bravo Marie-Michèle !
Après la naissance de la photographie, quelques artistes peintres s’éloignèrent de la reproduction d’une vision académique, réaliste ou romantique. L’Impressionnisme, cette nouveauté majeure, entraînera à sa suite une ébullition artistique dans tous les sens, sautant rapidement du pointillisme (oh les beaux pixels 😀 ) au fauvisme, au cloisonnisme, puis à l’Art Nouveau, au cubisme et aux mouvances de l’art moderne du XXe siècle.
Estampe japonaise – On remarque ici un discret trait noir cernant les éléments du paysage, mais pas le reflet dans l’eau. Vue du Mont Fuji, Hokusaï
Suivons aujourd’hui Émile Bernard, post-impressionniste entouré par Paul Gauguin, Vincent Van Gogh et quelques autres… Réunis en Bretagne à Pont-Aven, ces peintres eurent comme sujets privilégiés les beaux paysages, l’exotisme (mais oui, quand on vient d’ailleurs 😉 ) des costumes bretons, ainsi que les coutumes de la religion catholique qui jalonnaient la vie d’antan. Avec ces thèmes ils se lancèrent dans l’aventure artistique du cernage, du cloisonnage et du synthétisme, inspirés par les estampes japonaises aux dessins cernés, aux aplats de couleurs, à la perspective non travaillée.
Restons en Armorique pour effleurer le monde de la BD dans lequel, tout naturellement, on trouve un trait noir délimitant les couleurs.
Célébrons ici la sortie mondiale du 36e album d’Astérix ! Il semble respecter la meilleure tradition de Goscinny et Uderzo, se référant étroitement au livre de la Guerre des Gaules de Jules César. Une BD, c’est beaucoup de crayonnage avant de mettre le dessin en couleurs. Typiquement, nous retrouvons le trait noir dans la planche finale :
Les nouveaux auteur & dessinateur sont Jean-Yves Ferri et Didier Conrad. Je lirai ce livre ces jours-ci, par Toutatis !
Demain donc, sortie mondiale du Papyrus de César !
La broderie noire
La broderie au fil noir sur tissu blanc est fort ancienne. Importée par les Maures, la broderie de laine noire sur lin blanc était prisée très tôt par les Espagnoles. Sa variante la plus raffinée, au fil de soie et réversible, fut exportée en Angleterre avec Catherine d’Aragon (1485-1536), fine brodeuse. Vous pouvez trouver ici chez nos amies québécoises un résumé historique très intéressant.
Livre en français édité en 2003, grilles de « blackwork » à points comptés.
Pour les brodeuses en quête de nouveauté et de liberté, je peux vous conseiller d’acheter auprès de Dijanne Cevaal un tissu teint et imprimé par ses soins. Cela laisse un espace de création très amusant ! A la fin, les traits noirs sont recouverts de fil de couleurs.
Arbre de Vie en cours de broderie, Dijanne Cevaal
Le trait noir en fil raconte…
Nadine Levé a créé ce quilt que j’aime beaucoup, fait d’hexagones brodés ensuite de mots, de fourmis, suivant un chemin de vagabonde :
Quilt aux couleurs de son jardin, avec des fleurs et des oiseaux. Au fil noir, un poème de Verlaine brodé à la main. Photo de détail dans Les Nouvelles n° 126 p. 35, le magazine de France Patchwork.
Après trois ans
Ayant poussé la porte étroite qui chancelle, Je me suis promené dans le petit jardin Qu’éclairait doucement le soleil du matin, Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle.
Rien n’a changé. J’ai tout revu : l’humble tonnelle De vigne folle avec les chaises de rotin… Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.
Les roses comme avant palpitent ; comme avant, Les grands lys orgueilleux se balancent au vent, Chaque alouette qui va et vient m’est connue.
Même j’ai retrouvé debout la Velléda, Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue, – Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.
Poèmes Saturniens, Paul Verlaine
Un peu de poésie ne peut pas faire de mal !
Le trait noir autour des appliqués
C’est une finition très « country » que le point de feston autour des pièces appliquées à cru.
Le point de feston était utilisé également pour les appliqués des années 1920-1930. Le noir est très décoratif et rehausse toutes les formes, tout en renforçant l’appliqué.
Vintage Butterfly Quilt, années 1930.
Le point droit, en maintien de pièces appliquées ou en matelassage, a une présence décorative tout aussi marquante :
Avec le piqué libre qui fait de plus en plus d’adeptes, on voit des tableaux textiles de toutes sortes utilisant le fil noir qui fixe des pièces appliquées à cru :
Coral Bells – Nadia, de Multicolored Pieces, mélange broderie main et machine au fil noir notamment, pour servir son expression.Extrait d’un livre textile de Nadia, Multicolored Pieces : évocation d’une tempête de grêle qui détruisit en quelques minutes sa production de citrons.Ciao Bella – Maryline Collioud-Robert, talentueuse quilteuse suisse, a utilisé un fil noir pour rehausser toutes les pièces colorées.
Une quilteuse tarnaise, Sylvie Philippart, a exposé au printemps à Fayssac (exposition annuelle organisée par Josie Patch). Son quilt était mon coup de coeur :
A la manière de Charley Harper, grand illustrateur américain, la quilteuse a réalisé un superbe quilt d’oiseaux !Tout comme les dessins de Charley Harper, de nombreux détails sont au trait noir fin et vif… ici en point piqué et fil noir !
Revenons à Nadine Levé qui utilise également ici le piqué libre, tel un trait d’encre :
Bonjour Mademoiselle Rose ! Comme les autres appliqués de cette série, Nadine Levé a utilisé le fil noir pour souligner le dessin.
Nadine Levé évolue dans son monde bien à elle, fait de livres textiles, de broderies charmantes pleines de féminité, de rêverie… En ce moment, elle met la touche finale à l’album photo de Mademoiselle Rose.Allez tourner les pages chez elle en cliquant ici !
Au fil noir ou gris foncé, à la main ou à la machine, l’appliqué surligné est une tendance internationale qu’on trouve notamment dans ces livres :
Le fil noir s’arrête ici pour aujourd’hui, en souhaitant qu’il vous aura diverti !
Quiltmania réédite le livre de la regrettée Jacqueline Morel, artiste si talentueuse, spécialiste du patchwork à la française et du bel appliqué. Si vous ne l’avez pas déjà, vous vous ferez plaisir et ferez également un geste pour les malades de l’Association Mieux-Être à Saint-Jean, car tous les droits d’auteur leur sont reversés. C’est une très louable décision ! De plus, ce livre peut devenir un cadeau de Noël, vous en serez très heureuse !
Les envois se feront à partir du 16 octobre. Vous pouvez le commander directement dès aujourd’hui sur le site deQuiltmania en cliquant ici.
Une Valise France Patchwork, ce sont des mini-quilts faits par des adhérentes d’un département à partir d’un thème donné qui voyagent pendant deux ans… dans une valise ou un carton. Celle que nous avons lancée sur le thème des lisières en Haute-Garonne est au bout de son voyage et les quilteuses vont retrouver leur bébé. Elle a été baptisée la Valisière, contraction de Valise et Lisières (idée de Maïté) et a beaucoup voyagé durant 2 ans ! Pour le plaisir et pour toutes celles/ceux qui ne l’ont pas vue, en voici des photos.
Merci infiniment à toutes ces quilteuses qui se sont prêtées au jeu des lisières avec enthousiasme !
Mais attention, cette passion des lisières a des chances de repartir avec le livre très attendu de Riel Nason :
Un peu de patience est nécessaire, il ne sort aux USA qu’en avril 2016 ! En attendant, collectez, encore et toujours, vos lisières et celles des copines qui les jettent ! Et allez voir son blog : The Q and the U, elle travaille beaucoup aussi avec les couleurs de l’arc-en-ciel… et c’est une fan absolue de la couleur orange, et donc des décos d’Halloween !