Le projet 70273

image-drole-rentree
Le Chat de Philippe Geluck

En dépit du plaisir de nous retrouver après un été plutôt chaud et actif pour ma part et qui, je l’espère, fut beau pour vous tous, nous allons commencer par un sujet grave mais aussi un projet exaltant. Cécile, une fois de plus, a été la première en France à faire connaître sur son blog un challenge lancé pour commémorer une page fort sombre de l’Histoire. C’est donc avec ce projet hors norme que commence l’année – car je reste comme les enfants et les enseignants, l’année commence en septembre – fou pour l’organisatrice, inconcevable par l’évocation du thème, mais si raisonnable à suivre pour nous…

Participer à un quilt « pour une cause » est affaire courante aux Etats-Unis. Seul on est impuissant, ensemble on est si fort… Ici le but est de réunir 70 273 blocs. Non, je ne me trompe pas, malheureusement…

12742848_789849177826365_552970591777898728_n

Jeanne Hewell-Chambers a un jour découvert une des horreurs de la seconde guerre mondiale, en 1940-41 : 70 273 personnes, adultes, ados et enfants, furent exécutées lorsque deux docteurs les désignaient handicapés (moteur ou mental) au vu de leur fiche médicale ; il s’agissait de se débarrasser de gens « qui ne méritaient pas de vivre », « des fardeaux inutiles pour la société ». Une horreur de normalisation concrétisée par une croix rouge sur la feuille. Deux croix signaient l’arrêt de mort. Cette absurde haine de l’autre différent, orchestrée par les Nazis, fait partie du passé, mais l’homme ne change pas et notre présent est rempli de toutes sortes de risques d’embrasements, ici et ailleurs.

Block88CatherineHill-copy
Bloc de Catherine Hill, Royaume-Uni.

Pour des infos historiques détaillées, vous pouvez voir la présentation sur ce blog. C’est le quotidien avec sa belle-sœur handicapée qui a sensibilisé Jeanne à cette horreur, mais je ne connais personne qui puisse rester indifférent à la monstruosité de ces faits historiques.

project_badge

Le but du projet est de faire 70 273 blocs représentant chaque mort.

OUI,  Jeanne se rend compte de l’énormité du travail ! C’est pourquoi elle fait appel au monde entier pour l’aider à réaliser ce rêve fou. Pas besoin d’être quilteuse accomplie, il faut juste, sur un tissu blanc de la dimension choisie entre les trois données et d’y appliquer deux croix. Toute liberté ou presque est laissée pour le choix des matériaux. Cela peut faire l’objet d’un atelier, autant avec des enfants qu’en maison de retraite, et bien sûr en club de patchwork !

Block1b

Ici sont les informations pratiques résumées ainsi :

  • couper un tissu blanc (blanc comme la feuille de papier) d’une de ces 3 tailles :  3.5″ x 6.5″  ou 6.5″ x 9.5″ ou 9.5″ x 12.5″. Ces mesures ne tombant pas juste en centimètres, je ne les convertis pas (convertisseur sur le site France Patchwork). Les fantaisies sont permises : tissus de récup’ appréciés, tant qu’ils sont blancs, aux bonnes dimensions et pas trop épais.
13434688_863767803767835_2075752329116077865_n
Des napperons anciens pour tissu de fond chargé d’histoire…
  • appliquer dessus 2 croix rouges, de la couleur de l’encre qui condamnait (en tissu découpé, en broderie, en ruban, feutrine ou autre, même en peinture si vous voulez) en laissant un cadre blanc d’au minimum 7 mm libres tout autour pour la couture d’assemblage. Cela peut être rustique ou sophistiqué.
  • on nous demande de ne pas signer sur le bloc, mais d’épingler la feuille de participation remplie (ce PDF) au bloc.
  • adresse d’envoi : sur le PDF, à Jeanne Hewell-Chambers, en Caroline du Nord, USA.

EDIT : suite à la demande en commentaire, je suis donc à la recherche d’une personne qui pourrait traduire en français le PDF de Jeanne. Merci de me laisser un message si cela vous semble possible de réaliser ce travail de traduction bénévole ! Notez la couleur verte, couleur de l’espoir…

mj kinman
Sophistication extrême : un texte a été écrit en piqué libre pour former les croix. Fait par MJ Kinman. Photo FB
brenda shimshick
Brenda Shimshick a habilement mêlé ruban et bordure de dentelle. Photo FB
12993329_825613954249887_4688037201834745725_n
Autre participation : chaque bloc est important ! Photo FB
the70273projectquilt1top
Le début du premier top. Les 70 273 blocs seront assemblés par des volontaires en plusieurs quilts bien sûr, qui seront exposés un peu partout. Un jour peut-être en France ?… Si nous sommes nombreuses en Europe à y participer, pourquoi pas à  Sainte-Marie-aux-Mines ?… Jeanne attend également vos témoignages et dédicaces, le cas échéant (voir le PDF,  pour le moment uniquement en anglais). Outre l’expo itinérante, ce grand projet aboutira aussi à un livre.

Ici la page du groupe Facebook constitué :
https://www.facebook.com/the70723project/?fref=ts

Tous les volontaires sont les bienvenus !

Bien sûr, j’y participerai et espère récolter dans mon entourage quelques blocs… Je vous les montrerai avant leur envoi !

Kitty Sorgen et MJ Kinman
Les bénévoles Kitty Sorgen et MJ Kinman avec le premier top, espoir de la réussite du projet 70273. Photo FB. Admirons le quilt du mur, invraisemblable scrap-quilt de récup’ !!! C’est un quilt de MJ Kinman, à droite. Avec de telles quilteuses, on comprend qu’un projet aussi fou et grandiose puisse aboutir un jour… avec l’aide de nous tous.
Quilting 70273
Le quilting du premier top commence. Tant de bonnes volontés pour ce projet… Je souhaite une participation massive de la France et des amies francophones !

xx

De cette tragédie du milieu du XXe siècle, Jeanne veut en faire une oeuvre d’art collective pour ne pas oublier.

Démarche assez similaire finalement, en 2014 un artiste a entièrement recouvert de miroirs un bunker édifié par les Allemands en 1944 sur une plage des Flandres.

fresque-mystere-blockhaus-mers-les-bains-10
Un bunker parmi d’autres, vestige de la 2e Guerre mondiale, avant sa transformation extraordinaire par un artiste anonyme.

D’une grosse verrue hideuse de béton mais qui finissait pas devenir invisible aux yeux de tous, l’artiste en a fait une oeuvre énigmatique et poétique nommée « Réfléchir » :

Crédit photo : Laurent Dubus
Crédit photo : Laurent Dubus
Crédit photo : Arnaud Hélary
Crédit photo : Arnaud Hélary
Crédit photo : Laurent Dubus
Crédit photo : Laurent Dubus

Anonyme (c’est ainsi que se fait appeler l’artiste qui reste justement anonyme, voir son site ici) explique sa démarche :

« Réfléchir renvoie à un aspect plus politique du blockhaus, on ne peut ignorer que sur cette terre, il y a plus de 70 ans une guerre a eu lieu, des hommes se sont affrontés. Par son projet, Anonyme nous questionne sur le contexte social et politique actuel, la montée de l’extrémisme. Le passé est-il réellement révolu ? Saurons-nous tirer les enseignements de l’Histoire ? »
« Entre les mains de l’artiste, le bunker ainsi indéfinissable, universel, nous transporte loin, très loin de Dunkerque, vers un ailleurs, une terre inconnue. »
Crédit photo : Laurent Dubus
Crédit photo : Laurent Dubus

D’autres belles photos et détails sur ce site.

Avec des tissus ou des miroirs, n’oublions pas le passé pour aller de l’avant dans la bonne direction !

Echos du passé : la baratte à beurre

J’aime regarder les photos anciennes qui sont autant de témoignages directs de la vie d’antan. En ce qui concerne les clichés d’Amérique du Nord montrant les conditions de vie des pionniers, je traque toujours ce qui a inspiré les femmes dans leur création de blocs de patchwork… On ne se refait pas !

L’économie domestique, tout comme en Europe, était basée sur le troc avec les voisins ou les colporteurs. Tant de choses se faisaient à la maison et on échangeait ce qu’on savait faire, avec les matières premières disponibles.

Churning & Daydreaming
Le beurre se préparait à la maison quand on avait du lait à la ferme. 

En voyant cette baratte (pour faire du beurre), je ne vois pas le rapport avec le fameux bloc « Churn Dash » alias palette de baratte à beurre, le plus souvent traduite simplement par baratte. C’est que je n’ai pas vu ce qui agite la crème fraîche à l’intérieur ! Parmi les très nombreuses palettes ingénieuses qui toutes permettent d’agiter la crème, de l’oxygéner et ainsi de précipiter d’un côté les matières grasses, de l’autre côté de petit-lait (ou babeurre), j’ai trouvé la photo de celle-ci :

img_0802
On comprend ici comment un jour, une femme a eu l’idée d’appeler son bloc du nom de cet objet ! Photo de ce blog.
etfdy9
Cette baratte en grès et bois est du XVIIIe siècle.
tibetanchurn
Le beurre se fait un peu partout ! Ici, au Tibet.

Ces barattes sont les plus rudimentaires et réclament beaucoup d’énergie et de patience ! Les femmes chantaient souvent des chansons consacrées au barattage, pour les aider à tenir le rythme. barattenormandexPlus sophistiquée, la baratte normande est plus rapide pour séparer le beurre du petit-lait, nous en avions un bel exemplaire dans la salle d’exposition de Fibre Occitane à Roques-sur-Garonne.

Le bloc Churn Dash est un des plus simples, mais pas le moins beau, il permet tant de variations de couleurs et valeurs ! Il faisait partie des tout premiers blocs appris par les petites filles. Si populaire, il est appelé de toutes sortes de façons : baratte à beurre, mais aussi trou dans la porte de la grange, assiette cassée, tête de dragon, poules et poussins, marteau de Lincoln, nœud d’amour et tant d’autres… N’est-ce pas poétique tout ça ?

ccs
Un quilt antique de 1890 environ, trouvé dans le comté de Lancaster. Son lumineux fond « cheddar » était très à la mode.
Churn-Dash-quilts-1
Quatre variations classiques vues ici.

Intemporel en rouge et blanc :

96ca4581789b9b176595857d10a2b41f

La beauté des quilts traditionnels est infinie.
Plus modernes et toujours attractifs :

FlatChurnDash
Très beau quilt de Marianne Fons (vu ici)
9ba2f6ea33fcbe15a2ff6520705e68ff
Impressionnante perspective de ce quilt fait par Patricia Nordmark : Shoo, fly!
Joelle Vétillard
De Joëlle Vétillard, 30 ans, 30 blocs, en hommage à France Patchwork en 2014.
Brigitte Didier
Toujours pour les 30 ans de France Patchwork, l’interprétation de Brigitte Didier.
sassafras
Un bloc unique est très beau aussi ! 
SheddingSomeLightsm
Un rayon de lumière sur des blocs ! Lisa Ellis Quilts
NestedChurnDashTitle
Mise en abîme du bloc par Quilt Jane, Australie.
barn
Barn Dance, Denise Russart
Les barattes libérées et distordues de Fresh Lemon Quilts
Les barattes libérées et distordues de Fresh Lemon Quilts

Et le beurre dans tout ça ? Il est possible de le faire à la maison (voir ici ou ici) : drôle à faire, un peu magique pour les gens du XXIe siècle, à essayer avec des enfants !… Mais je préfère faire du patchwork.

DSCN2686
Dans le beau livre d’images Quiltscape II de Rebecca Barker, une illustration du quilt « Hole in the Barn Door » devant une scène de ferme, avec un trou dans la porte de la grange (traduction littérale du nom du bloc).
farmers wife tute 233
Pour finir, un très joli bloc de Lori Holt du blog Bee in my Bonnet !

Gabriel Fauré, illlustre Ariégeois

Une quilteuse ariégeoise, Anne-Marie Esteban, n’a pas oublié de rendre hommage à un illustre musicien de son beau pays pyrénéen :

Fibre Occitane 37
Au Pays de Gabriel Fauré, A-M Esteban

Le voici, peint par John Singer Sargent en 1889, l’époque de la création de La Pavane :800px-John_Singer_Sargent_-_Gabriel_Fauré

La Pavane est une musique aérienne composée pour célébrer la grande beauté de la Comtesse Elisabeth Greffuhle, sa muse, « Madame la Fée », une femme au cœur de la vie artistique européenne durant sa longue vie (1860 – 1952).

Élisabeth_de_Caraman-Chimay_(1860-1952)_A
Photographie Paul Nadar, Elisabeth à l’âge de 35 ans (1895).

Pour entendre cette divine musique… et voir de bien belles choses, allez visionner le cadeau que nous fait Liliane Buda (descendez, cliquez sur diaporama Fibre Occitane… et montez le son).

Ces entreprises qui travaillent pour nous : visite d’une rubanerie en Belgique

Aujourd’hui, c’est Frédérique, quilteuse investie dans la délégation France Patchwork de l’Hérault, qui s’exprime ici aujourd’hui ! Suivons-la pas-à-pas pour visiter une rubanerie…

CAM07583A la limite de la France et de la Belgique se trouve la petite ville de Comines. Une rivière partage la ville de chaque côté de la frontière.
Dès le Moyen Âge, Comines acquiert un précieux savoir faire textile puis s’y installe une manufacture de rubans sur la rive droite de la Lys.

Au début du XXème, Comines devient même la capitale du ruban utilitaire mais la guerre de 14-18 détruira les usines.
CAM07594Aujourd’hui, il reste quelques fabricants de rubans de haute technologie mais aussi un musée qui retrace toute cette évolution de plus de 800 ans, avec des métiers et des machines en état de marche. On y est très bien reçu, le personnel fait l’ effort de parler dans différentes langues et n’ hésite pas à faire fonctionner les machines pour bien expliquer.
Ce soir, je pense à cette gentille dame, à ce monsieur passionné mais aussi à tous ceux que je connais en Belgique. J’ai envie de partager cette petite rubrique pour dire qu’à travers le temps et l’espace des gens sont capables de vivre ensemble malgré leurs différences, leur langue, et de partager .

CAM07570Tout d’abord le ruban est un tissage de quelques millimètres à 30 cm maximum, au delà c’est du tissu. Le tissage consiste à croiser deux types de fils : ceux de la chaîne, dans la longueur et ceux de la trame qui passent à l’ aide des navettes. La navette est une pièce de bois pointue qui contient une bobine de fil. Elle se déplace d’une lisière à l’ autre alternativement.
CAM07580Les côtés d’une fermeture éclair, les ceintures de sécurité, les élastiques des chaussettes, les marques tissées avec ou sans dessins, la laisse du chien, la gaine des fils électriques, le câble d’amarrage du porte avions Charles-de-Gaulle… sont des rubans.

CAM07602Loin des métiers du Néolithique, dont une maquette montre le fonctionnement avec les poids constitués de gros cailloux, les premiers métiers manuels fonctionnent avec une simple barre de bois qui soulève les fils de chaîne.
En 1200, c’ est le début du tissage en Flandres, mais la ville d’Ypres arrive à éliminer Comines de cette production. Comines organise alors la production du ruban. A l’époque on travaille avec du lin et de la laine anglaise, c’est toujours la même personne qui produit. On appelait alors la Lys la Golden river car en permettant le rouissage du lin, elle prenait une couleur jaune doré. Dans un bruit d’ enfer, d’autant que les métiers étaient dans les maisons, commence alors la danse des navettes.

CAM07575Puis vers 1719 arrive un métier à tisser 5 rubans simultanément, c’est un métier à barre. Il fallait une heure pour fabriquer 20 cm de ruban. Pour toucher 20 sous, il fallait 5 rubans de 30 m,  en comparaison à l’époque, un pain valait 2 sous ! Les métiers sont alors regroupés dans des manufactures.

Ensuite, avec la révolution liée à la machine à vapeur, les tisserands intègrent les usines et travaillent à côté de plusieurs dizaines d’autres.

CAM07593J’ai découvert une chaudière qui faisait fonctionner un métier à vapeur. Sous l’énorme porte noire par laquelle on enfournait le charbon, il y a un tuyau, brûlant, bien sûr. Les enfants se glissaient dedans pour nettoyer la chaudière. Je frémis en pensant à la terreur qu’ ils devaient ressentir à devoir se glisser là-dedans…

Arrive en 1900, un nouveau métier, le « progrès » permettait à un ouvrier de gérer 5 métiers à tisser. C’est à ce moment que Comines est considérée comme la capitale mondiale du ruban utilitaire (à Lyon ou à St-Etienne c’est le ruban fantaisie). Pendant la 1ère Guerre Mondiale, la ligne de front est dans la ville, les usines servent de dortoirs, les métiers sont démontés ou détruits.
Les usines seront reconstruites et les navettes tisseront à nouveau !
CAM07598En 1933, le métier en demi-lune permet alors de tisser 20 rubans à la fois. Le nom vient d’une pièce en bois sur laquelle le ruban se déroule qui est en forme de poignée. Ce système de propulsion des navettes sera breveté mais surtout permettra à la ville de se relever après les destructions de la guerre. Il permet en effet de tisser deux fois plus de rubans sur la même surface d’usine car la course horizontale de la navette est remplacée un mouvement semi circulaire ( en demi lune).
CAM07606Puis vers 1950, les métiers porteront 2 étages de navettes, une personne sera alors responsable de 25 métiers. Dans cette machine, on utilise le nœud du tisserand , très fin.
Vers 1970, les métiers en bois disparaissent au profit des métiers à aiguilles, plus compacts et surtout plus rapides : on produit 2 mètres à la minute.

CAM07651Dans ce musée on peut aussi voir quelques représentations de personnages locaux : le géant Simon le rubanier et Luc, le marmouset. Des machines : ourdissoirs, canetières, tresseuses. On découvre un « piano » pour créer les cartons Jacquard comme ceux utilisés pour la dentelle, un baudet, machine permettant la mise sur carton du ruban pour la vente. On peut aussi découvrir ce qui se cache dans la fermeture éclair. Une jeep bâchée montre les premières fermetures éclairs, métalliques et énormes, arrivées avec les américains à la 2ème guerre mondiale !

Aujourd’hui à Comines, a été créé un ruban médical pour suppléer les carences osseuses de vertèbres. Le ruban remplace et consolide la partie osseuse malade.

Voilà, c’était ma façon de montrer ma solidarité à ce pays touché à son tour si durement,

Frédérique Proust

Petite histoire de l’utilisation des lisières

Vous faites peut-être partie des quilteuses folles de récupération, préservant même les lisières des tissus pour les utiliser ensemble à part entière, comme on le ferait de n’importe quelle bande de récupération.

Mais savez-vous qu’indépendamment du patchwork, les lisières étaient réutilisées dans l’économie ménagère des siècles précédents ?

Auparavant, il n’y avait pas de normes concernant la largeur des tissus, la limite physique était imposée par le métier à tisser. On tissait la largeur juste nécessaire pour faire le linge de maison, du drap au torchon : deux ourlets à faire, c’est mieux que quatre ! Ces bordures droites, ces lisières étaient si possible utilisées aussi en confection, le long des boutonnières par exemple. Et puis on peut même évoquer les rubans, qui sont finalement des tissus d’une largeur variant de quelques centimètres à quelques millimètres, avec leurs deux lisières bien mises en évidence.

A chaque fin de vie de drap, on récupérait les bords (moins usés que le centre) et on conservait toutes les lisières qui étaient restées bien solides. L’usage en était tellement banal qu’il est difficile d’en trouver des traces écrites. Mais les langes de bébé, ces carcans invraisemblables, étaient la plupart du temps des lisières de draps. Seuls les bébés nés dans des familles aisées avaient droit à de la dentelle sur les langes, mais ils étaient tout autant entravés… et rarement changés.

bébé_1

800px-Louis_XIV_and_his_nurse
Le futur Louis XIV et sa nourrice, Dame Longuet de La Giraudière. Peinture de C. Beaubrun.
47 Luxe enft Emmaillotement 19e
Jusqu’au début du 20e siècle, les enfants sont emmaillotés dans les campagnes. Voir ici Dans plusieurs régions la coutume était de les accrocher à un clou, ou les mettre dans un sac suspendu. JJ Rousseau a longuement traité de  l’éducation des enfants dans son livre l’Emile, un traité révolutionnaire sur l’éducation, et recommande notamment de vêtir les bébés de manière plus libre. Comme le monde n’est jamais parfait, ses excellentes visions n’ont pas fait de lui un bon père, mais c’est une autre histoire… Voir le blog  les Petites Mains, très documenté  sur ce vaste sujet.
800px-Der-Winter-Giuseppe-Gambarini
Emmaillotage d’un bébé – Hiver,  de Giuseppe Gambarini, 1721.

Les lisières étroites avaient aussi le rôle de ficelle. Toujours pour les bébés, elles maintenaient le bébé dans le berceau :Famille au seuil de la ferme avec bébé @

bébé_5

On garde en mémoire, dans la littérature ou la peinture, trace de l’utilisation des lisières comme brides pour tenir les enfants en laisse lors de leurs premiers pas.

rubenshfmet
Tableau de Rubens : sa femme tient leur enfant en lisière, qui porte aussi un bourrelet autour de la tête.

Pour prévenir les dangers d’une chute, on confectionnait également une sorte de casque en chutes de tissus appelé bourrelet.

Emile n’aura ni bourrelets, ni paniers roulants, ni chariots, ni lisières ; ou du moins, dès qu’il commencera de savoir mettre un pied devant l’autre, on ne le soutiendra que sur les lieux pavés,  et l’on ne fera qu’y passer en hâte*. Au lieu de le laisser croupir dans sa chambre, qu’on le mène journellement au milieu d’un pré. Là, qu’il coure, qu’il s’ébatte, qu’il tombe cent fois le jour, tant mieux : il en apprendra plutôt (sic) à se relever.

* Il n’y a rien de plus ridicule et de plus mal assuré que la démarche des gens qu’on a trop menés par la lisière étant petits : c’est encore ici une de ces observations triviales à force d’être justes, et qui sont juste en plus d’un sens.

L’Emile, livre II.

La lisière est, de manière figurative, ce qui sert à guider :

Nous sommes de vieux enfants ; nos erreurs sont nos lisières, et les vanités légères nous bercent en cheveux blancs.

Voltaire, Epître 88.

Une expression, « tenir quelqu’un en lisières », signifiait « tenir quelqu’un sous sa coupe ».

Nous avons oublié l’existence des chaussons en lisière, si communs des siècles durant et pourtant encore portés au XXe siècle. Il s’en faisait dans de nombreux ateliers. Il nous en reste juste les espadrilles du pays basque !

743_001

chausson 2

Les romans regorgent de citations comme :

Je n’avais que mes chaussons de lisière à mes pauvres pieds.

Eugène Sue, Mystères de Paris II (1842)I

Il distingua soudain un bruit assez difficile à exprimer et qui devait être produit par des hommes en chaussons de lisière montant l’escalier.

 Honoré de Balzac, le Père Goriot (1835)

J’ajoute le commentaire que je viens de recevoir :

Ces chaussons étaient traditionnellement tressés dans des ateliers de prison et « tresser des chaussons en lisière » était synonyme, dans l’argot des voleurs, d’être en prison !

Le pis qui pouvait arriver, c’était que Raboliot se fît cueillir par les gendarmes. Alors, il tirerait un mois à Sancerre, chauffé, nourri pour rien, fabriquerait des chaussons de lisière, et reviendrait la mine florissante, avec un pécule dans sa poche.

Genevoix, Raboliot,1925

539_001
Illustration Gournay : Vous n’avez pas de chaussures, v’nez par ici… vous allez faire des chaussons de lisière.

… Mais c’était aussi une occupation pour les aliénés ou les aveugles. Louis Braille fut nommé « contremaître de l’atelier de chaussons de lisière et de tresse » à l’Institution Royale des Jeunes Aveugles de Paris, alors qu’il mettait au point son alphabet, à l’âge de 14 ans… La valeur n’attend pas le nombre des années !

Alors les quilteuses d’aujourd’hui sont les héritières de cette longue tradition ! Si les lisières se réutilisent depuis la nuit des temps, certaines en font vraiment des quilts formidables  :

Save Your Selvages by Riel Nason_1
Sauvez vos lisières ! C’est l’appel de Riel Nason qui publie son livre très bientôt ! Ce quilt est vu ici.

Pour en savoir plus, lisez le dossier « Modern Quilt » des Nouvelles n°128, magazine de France Patchwork, qui va arriver dans les boîtes aux lettres des adhérents dans quelques jours ! J’ai essayé de vous inciter à vous amuser avec ces petites bandes de rien du tout…

Quant à l’Arbre de Vie dans la rubrique des Modèles, vous verrez le quilt qui me l’a inspiré, de Karen Griska, par ici !

Amazing Amish Grace

Même si vous n’avez jamais mis les pieds dans un temple ou une église, vous connaissez certainement ce chant religieux, Amazing Grace. Il fut même chanté a capella par le Président Obama en hommage aux victimes de la fusillade survenue voilà 7 mois à Charleston (Caroline du Sud), dans une église. Le tueur voulait démontrer la suprématie blanche, il a donc tué 9 personnes noires. Tel est notre monde, avec un certain nombre d’éléments bien foireux. Nous en avons malheureusement bien trop d’exemples récents.

La mélodie est prenante, gracieuse, et en voici le texte traduit :

Grâce étonnante, au son si doux,
Qui sauva le misérable que j’étais ;
J’étais perdu mais je suis retrouvé,
J’étais aveugle, maintenant je vois.
C’est la grâce qui m’a enseigné la crainte,
Et la grâce a soulagé mes craintes.
Combien précieuse cette grâce m’est apparue
À l’heure où pour la première fois j’ai cru.
De nombreux dangers, filets et pièges
J’ai déjà traversés.
C’est la grâce qui m’a protégé jusqu’ici,
Et la grâce me mènera à bon port.
Le Seigneur m’a fait une promesse,
Sa parole affermit mon espoir;
Il sera mon bouclier et mon partage,
Tant que durera ma vie.
Oui, quand cette chair et ce cœur auront péri
Et que la vie mortelle aura cessé,
Je posséderai, dans l’au-delà,
Une vie de joie et de paix.
La Terre fondra bientôt comme de la neige,
Le Soleil cessera de briller,
Mais Dieu, qui m’a appelé ici-bas,
Sera toujours avec moi.

Ce chant a une belle histoire, à l’américaine. Il était une fois, au milieu du 18e siècle, un capitaine britannique de navire négrier, paillard et débauché. Après avoir survécu à une terrible tempête en mer il a reçu la grâce, s’est converti, est devenu prêtre anglican et militant contre l’esclavage ! John Newton écrivit ce texte plein de références au Nouveau Testament en 1760, mais la mélodie que nous connaissons, écrite en 1835 par William Walker, provient du mélange de plusieurs chants anglo-celtiques.

amazinggrace

Ce bijou est devenu à part entière un trésor du patrimoine culturel américain populaire, chanté avec ferveur bien au-delà de considérations religieuses. Les peuples celtiques le revendiquent toujours, les Noirs américains le chantent en gospel, c’est un monument musical apprécié de tous. A chaque mouvement racial, à chaque revendication pacifique, quelqu’un lance cet hymne au rassemblement pour la paix et l’espoir malgré les épreuves. Il est joué, chanté 10 millions de fois… par an !

-oOo-

AmishGraceLg

Amish Grace, tel est le nom de ce quilt présenté par Simply Moderne (n° 3). Je n’ai pas pu m’empêcher de rapprocher ce titre de celui du chant ! Amish par l’utilisation d’unis denses, gracieux par son élégance, il attire l’œil avec ses tons chauds réconfortants. Contrairement à ce que j’imaginais, les quarts de rond ne sont pas piécés comme pour un Chemin de l’Ivrogne, mais appliqués. Toutes les explications sont dans le magazine, mais si vous souhaitez un coup de pouce pour le réaliser, rejoignez mes copines Béa et Cécile ! Elles vont commencer ce quilt en février et proposent de le faire en « quilt along » (quiltons ensemble), avec des rendez-vous à chaque étape. Excellente initiative !

Béa : Une Aiguille dans une Botte de foin
Cécile : Patchwork Inspirations

il_570xN.647579028_mein
Photo montrant un détail du quilt avec d’autres nuances de couleurs : est-ce le même, ou son frère ?

51i-H5ubB2L

 

amish grace
Amish Grace, c’est aussi un film reprenant un terrible fait divers… Encore une tuerie sur fond d’intolérance de la différence.

5d47adb3-129a-44d5-8cb4-f544bba6f953

Le Voilier de la Tolérance

Depuis des mois, depuis même des années, des bateaux traversant la Méditerranée causent beaucoup de soucis, à la fois humanitaires et politiques. On parlait de Boat People il fut un temps, dans les années 1970-1980, pour traiter de l’exode des Vietnamiens qui voulaient une vie meilleure.

35_Vietnamese_boat_people_2.JPEG
1984 – Boat People vietnamiens- Photo Phil Eggman

 

Dans le désespoir, ces gens fuyant coûte que coûte une douloureuse vie vers un avenir meilleur ne peuvent laisser indifférents ; prendre la mer est un moyen d’exil utilisé depuis la nuit des temps.

Cover book Sweden
Couverture de livre (voir aussi ici) montrant un navire allant d’Europe vers l’Amérique.

 

Pour l’espoir, des voyages en bateau véhiculent le rêve de nouvelles terres, l’envie de grandes explorations, d’aventures ou le commerce d’un continent à l’autre… De l’Antiquité jusqu’au milieu du XXe siècle, les voies fluviales et maritimes étaient le majeur moyen pour transporter de nombreuses personnes et/ou marchandises à la fois, jusqu’à l’arrivée des lignes aériennes.

navires-guillaume-le-conquerant
La tapisserie de Bayeux, brodée sur lin, raconte comme une bande dessinée la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Normand, devenu le Conquérant en 1066… surnommé le Bâtard par les Anglais. Les navires étaient issus directement de l’expertise Viking.  

Addendum : je viens de tomber sur un article écrit par une habituée de ce blog, Caryatides, à propos de la tapisserie de Bayeux : à lire ici !

 

Ce n’est donc pas étonnant que tant de quilts montrent des thèmes marins ! Il suffit d’une Rose des Vents pour évoquer la traversée d’un océan…

any vieussens
Extraordinaire quilt de notre amie Any Vieussens, ayant nécessité des milliers d’heures de travail tout à la main ! Modèle américain magistralement interprété évoquant de longs voyages entre ciel et mer…

La population actuelle de l’ensemble du continent américain descend en grande partie de boat people des siècles passés, venant d’Angleterre ou de Russie, de Pologne ou de Chine, d’Irlande ou d’Afrique, d’Espagne ou du Portugal, d’Italie ou de France… Volontaires ou contraints, leurs descendants sont maintenant les Américains d’aujourd’hui.

Un des bateaux mythiques de l’Histoire des Etats-Unis est le Mayflower, qui le premier amena des personnes qui s’établirent sur ces terres « indiennes » (nous l’évoquions ici).

Comment ne pas avoir un petit mot ici pour « la frégate de la liberté », l’Hermione, dont la réplique vient de prendre le chemin de l’Amérique ? C’est un fameux Trois-Mâts fin comme un oiseau Hissez haut…, sorti de l’Arsenal de Rochefort (non loin de Brouage, info spécial quilteuses), passé à la postérité principalement pour avoir transporté le Marquis de La Fayette en 1780 vers les Etats-Unis en guerre. Le traité d’Indépendance (vis-à-vis de la Grande-Bretagne) avait été signé le 4 juillet 1776 mais la guerre entre Anglais et nouveaux Américains, menés par Washington, dura jusqu’en 1783. La France, ennemie des Britanniques, fut du côté des Indépendants. La magnifique frégate l’Hermione vient d’être répliquée et vogue vers l’Amérique : vous avez ici le blog de ce voyage qui se poursuit actuellement. Voici un quilt réalisé par un groupe de quilteuses françaises il y a déjà quelques années :

hermione
J’ai déjà montré ce quilt ici, mais je n’en sais pas plus sur les personnes ayant fait ce sampler-médaillon !

 

Au XIXe siècle, les échanges entre l’Europe et l’Amérique sont intenses et les quilteuses de la côte Est sont nombreuses à faire figurer des bateaux sur leurs ouvrages, en particulier dans les blocs de style Baltimore, nommé d’après la grande ville portuaire (malheureusement dans l’actualité en ce moment). Cherchez le bateau !!

1993-61BaltimoreQuilt
Il est amusant de voir tant de blocs de fleurs encadrer quelques blocs plus symboliques (voilier, personnage, la Bible…). Ce quilt est au Musée de la Marine en Virginie. Description détaillée de ce quilt ici !
Quilt de 1845 environ
Quilt de 1845 environ
baship
Si vous comprenez l’anglais, un excellent article sur les quilts Baltimore est disponible ici.
030614 Pride of Baltimore
« Pride of Baltimore », quilt contemporain de Barbara Burnham (2011). Cette spécialiste du Baltimore vient d’exposer et donner des cours pendant le Salon de Paducah.

Du côté de la Gironde, plusieurs personnes se sont lancées ensemble dans un modèle de Baltimore d’Ellen Sienkiewicz. Michel (Le Thé à Coudre) a terminé le sien :

Baltimore Michel

carrément crazy baltimore
Superbe navire de Marie-Christine Chasseraud !  Ton quilt est-il fini Marie-Christine ? Si oui, donne-nous le lien vers une photo !

-oOo-

Un couple d’artistes conceptuels fort renommés, les Kabakov, russes ukrainiens d’origine mais vivant aux Etats-Unis, créent des événements marquants comme le « Ship of Tolerance ». Plusieurs sont faits au fil des ans à des fins pédagoqigues, bateaux éphémères aux voiles piécées de dessins d’enfants :

ship of tolerance

Le concept est de demander à des enfants d’une ville de dessiner leur conception de la tolérance. A New-York en 2013 par exemple, près de mille enfants des cinq arrondissements (Manhattan, Brooklyn, Queens, Bronx et Staten Island) âgés de 5 à 13 ans et provenant de multiples communautés à l’image de la population de cette ville, ont offert leur vision de la tolérance. 150 peintures ont été sélectionnées pour faire la voile du bateau, les autres ont été exposés dans divers lieux de la ville. Expérience menée dans divers pays pour diffuser l’espoir d’un monde meilleur, la connaissance et le respect de l’autre par l’art.

DSC_0143
(photo d’ici) 

Nifty Tulips/1

long bleu ArtNouveauartnouveau1Nifty… C’est un mot que je ne connaissais pas avant de tomber sur ce blog : Nifty Quilts… C’est un mot très positif puisqu’il signifie à la fois « qui a du chic, de la classe », mais aussi « sympa, malin, astucieux, chouette ». LeeAnn, qui écrit ce blog, mérite les deux interprétations du mot ! Vous saurez bientôt pourquoi ce titre de post…

barcelone

La tulipe est une fleur très graphique, symbole de la Hollande où en ce moment, les champs explosent de couleurs. Son nom signifie « fleur-turban ». Elle se prête si bien à des interprétations artistiques !

keukenhof-22
Hollande en avril, c’est une explosion de couleurs ! Je vous conseille la visite du parc de Keukenhof… J’en ai un souvenir ébloui !

 

Art Nouveau TileLes tulipes ont une histoire folle. La tulipomanie, vous connaissez ?ArtNouveau gold

Au début du XVIIe siècle, ce qui deviendra les Pays-Bas était certes en guerre d’indépendance contre l’Espagne (pendant 80 ans…) mais aussi en pleine gloire coloniale très rentable avec la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales : les valeureux navigateurs rapportaient toutes sortes de denrées d’Asie : soies, porcelaines, épices… les Hollandais colonisaient aussi de nouvelles terres en Amérique, parmi lesquelles un territoire baptisé Nouvelle-Amsterdam en 1625 qui deviendra New-York… Max Weber (en 1905) attribuera les valeurs du protestantisme (la valorisation du travail) à la création du capitalisme en Europe du Nord, ce n’est sans doute pas le facteur unique mais il règne en Hollande, en ce début de XVIIe siècle, un sentiment de modernité, une effervescence tous azimuts… et les tulipes auront leur place dans cette histoire !

Hans Bollongier, Bouquet de tulipes, 1639,
Hans Bollongier, Bouquet de tulipes, 1639, Rijksmuseum Amsterdam. Bel exemple de l’âge d’or des natures mortes flamandes.

De l’Empire Ottoman, des bulbes furent introduits en Hollande à la fin du XVIe siècle. Les fleurs de tulipes prospérèrent dans ce climat européen humide et devinrent si populaires que les oignons se volaient en pleine terre ! Mais ce qui mit le feu aux poudres, c’est un virus de l’oignon. Je m’explique : les tulipes sont d’une seule couleur éclatante quand tout va bien. Un virus transmis par les pucerons peut les rendre bicolores de manière flamboyante mais très aléatoire, et à l’époque ces transformations étaient bien mystérieuses… C’est ce virus la cause partielle, pendant l’hiver 1636-37, d’une forte spéculation puis de l’effondrement de la valeur des bulbes.

800px-Jean-Léon_Gérôme_-_The_Tulip_Folly_-_Walters_372612
La Folie Tulipière, Jean-Léon Gérôme, 1882 (Musée Walters, Baltimore, Maryland, USA). Ce peintre français très académique du XIXe siècle illustre la tulipomania du 17e siècle : un Noble protège son précieux exemplaire de tulipe bicolore tandis que les soldats piétinent les tulipes du champ, afin de lutter contre la spéculation. 

En fait, la tulipomania a marqué les esprits car il s’agissait d’une simple fleur mais d’après les dernières recherches, elle a été amplifiée a posteriori, symbolisant les errements du capitalisme. Les délires du marché de la tulipe, bien réels, n’ont pas touché tant de monde que cela et n’ont pas anéanti l’économie hollandaise… Si cela vous intéresse, vous pouvez lire quelques articles :
Quand les bulbes dégénèrent en bulles

Et krach la tulipe
La tulipe… interprétation de l’Histoire !

4231_1
Tulipe Reine de la Nuit, photo du catalogue Meilland

En littérature, on ne peut pas oublier La Tulipe Noire d’Alexandre Dumas, dont l’inspiration est tirée de cette spéculation, mais avec aussi des troubles socio-politiques violents, de l’amour fleur bleue pour une jeune Rosa… Un roman très fleuri !

RO70104955
J’ai lu ce livre enfant, pas vous ?…

Attention, aucun rapport avec le film de cape et d’épée de Christian-Jaque de 1964  avec Alain Delon et Virna Lisi, leur histoire se passe à la Révolution Française !

la-tulipe-noire-6300

Vous pouvez admirer des céramiques de style Art Nouveau illustrant cet article : la tulipe convient si bien à ce style… Sacrées nifty tulips (les tulipes ont la classe) !

ArtNouveau pourpre
Elégance de l’Art Nouveau…

De même, dans les peintures paysannes traditionnelles sur bois, coeurs et tulipes sont souvent à la fête ! Occasion rêvée pour faire un coucou à ce blog : des tulipes et des coeurs !

La fleur de tulipe, si ronde et élancée, se plie facilement à toutes les interprétations textiles ; piécées ou appliquées, elles se prêtent à tous les jeux. Entrons donc dans la danse des tulipes…

blocs appliquésLes quilts de style Baltimore ont souvent des tulipes. Réminiscence du pays d’origine de tant de personnes de ce coin des Etats-Unis ? Très certainement ! Barbara Brackman a répertorié un nombre impressionnant de blocs aux tulipes dans son encyclopédie des blocs appliqués.

Voici donc quelques photos de quilts anciens et récents avec des tulipes… A vous ensuite d’aller vers d’autres découvertes !

XIXe siècle
Quilt du XIXe siècle
Années 1930
Quilt années 1930
appliqué tulips
Sans date, XXe siècle 
93817332
Ce quilt, comme vous le voyez, est extrêmement raffiné et merveilleusement exécuté. C’est l’oeuvre de Michel Galan… qui souhaitait « juste » s’initier à l »art de l’appliqué ! Quel phénomène !! Vous pouvez voir quelques tulipes en bordure. Le modèle est de la papesse du Baltimore, Ellen Sienkiewisz. Voir détails sur son blog !

 

Un modèle dans Quiltmania (n° 76, venant de Lucy des Pays-Bas… naturellement !) m’avait vraiment tapé dans l’oeil, Beatrice de l’Aiguille dans une botte de foin l’a fait :

 

Tulipes Béatrice
Quel dynamisme dans ces couleurs ! Le Cheddar, cette couleur orange, me fascine et me fait peur à la fois !…

 

Patsy Moreland
Ce petit quilt de Pasty Moreland montre une des possibilités de faire une tulipe avec un bloc de log cabin…

 

bloc tulip
Ce bloc est proposé avec d’infinies variantes de dispositions… Super pour utiliser beaucoup de petits restes de tissus vifs !
theresas-tulips-lisa-bongean-e1378852883183
Lisa Bonjean a repris un bloc des années 1930, réinterprété avec ses tissus, pour faire ce magnifique quilt dédié à sa mère (détail, voir aussi ici).

 

bouquet masterwan blog r
J’ai un gros faible pour ce tableau du blog Des Tulipes et des Coeurs…

 

Les merveilleuses Queens of the Night d'Emily Parson
… et aussi pour les merveilleuses Queens of the Night d’Emily Parson !

En attendant de vous parler des Nifty Tulips, voici un dernier quilt de tulipes :

Superbe Tulipmania 2009 d'Allison Wilbur et son groupe (First Place for Group Quilt category in the National Quilting Association Show in 2010).
Superbe Tulipmania 2009 d’Allison Wilbur et son groupe (First Place for Group Quilt category in the National Quilting Association Show in 2010).  

Des bijoux de Natalia !

Après la belle Marilyn d’Ana Perna en Espagne, allons découvrir une oeuvre de Natalia qui a puisé dans le folklore russe l’inspiration d’un quilt unique que j’adore…

IMG_1549
La jeune et jolie Natalia, quilteuse à Novossibirsk (en Sibérie)

 

L’histoire des Trois Royaumes est racontée de génération en génération partout en Russie et fait partie des contes fantastiques où princesses et dragons, gentils et méchants s’affrontent… Les Trois Royaumes sont ceux des montagnes, gardés par des dragons, où sont enfermées trois princesses. Ivan le héros, à la recherche d’Anastasia sa mère la Tsarine, doit se battre contre les dragons mais aussi l’ouragan et bien d’autres ennemis pour retrouver sa maman et délivrer les princesses enfermées dans les Royaumes de Cuivre, d’Argent et d’Or… mais le conte est bien plus long et complexe, tellement raconté qu’il paraît qu’il comporte 144 versions russes, une version dans les Contes des Mille et Une Nuits… et même une dans le folklore breton ! (source Wikipedia)

Natalia a représenté ces trois princesses dans une petite oeuvre par la taille (60 cm de côté)… mais fascinante dans sa réalisation, s’éloignant du conte pour faire un tableau textile vraiment original. Au cours de sa préparation, elle s’est documentée et mentionne notamment un tableau de Victor Vasnetsov, peintre spécialisé dans les représentations mythologiques et historiques.

Три_царевны_подземного_царства
Les princesses des Trois Royaumes, Victor Vasnetsov (1848-1926). A gauche, la princesse d’Or, au centre la princesse de Cuivre, à droite la princesse d’Argent. 

Elle a aussi cherché des références dans les contes réécrits par Pavel Bazhov (1879-1950) qui, tel Perrault ou les frères Grimm, a couché sur papier de nombreuses histoires de la tradition orale où l’on parlait incessamment de montagnes, de mines et de reines des montagnes… Il a écrit notamment « La Boîte de Malachite », connue de tous les Russes.

Voici les Trois Princesses enfermées dans un monde souterrain, celui des mines, des minerais et des pierres précieuses.

IMG_6013

 La princesse la plus sage, la plus discrète, est la Princesse d’Argent, représentée par Natalia en religieuse, en guérisseuse, car l’argent a un pouvoir de guérison assure-t-elle. Admirez les détails… les yeux sont en yoyos !

IMG_6017

La princesse d’Or est celle que Natalia a eu le plus de mal à dessiner. Elle s’est inspirée de l’Oiseau de Feu de la Russie éternelle, qui procure une chaleur rayonnante et bienfaisante. Elle porte un immense kokoschnik, sorte de serre-tête traditionnel russe. Natalia lui a fermé les yeux, tout comme sur le tableau de Vanetsov ci-dessus.

IMG_6011

Pour la Princesse de Cuivre, la plus brave, la plus belle dans le conte de Bashov, Natalia a préféré la parer de pierres semi-précieuses… qui ne manquent pas non plus dans le sous-sol russe ! Cette princesse dessinée par Natalia est un bijou elle-même…

Vous brûlez d’envie de voir l’ensemble ? Voici donc ce quilt issu de l’imaginaire de Natalia :

IMG_6025 (1)
Les trois Princesses du Monde Souterrain, Natalia Muraveva, 60 x 60 cm.

…Et allez voir d’autres photos de détails sur son blog : строчки-стежочки

Mille bravos Natalia !

-oOo-

Autre bijou où on retrouve bien le style de Natalia, même si c’est un travail collectif cette fois :

IMG_9174
Les Enfants, Fleurs de la Vie, 98 x 98 cm

Ce tableau présente des enfants de 4 continents auprès desquels poussent des fleurs de leur environnement. Au centre, notre planète que Natalia espère qu’elle restera toujours fleurie… Les appliqués main sont enrichis de nombreux détails en 3D et le quilting machine est partie intégrante du dessin. Les fleurs disposées sur la planète forment les continents… vus du Pôle Nord, pas si loin de Novossibirsk ! Une fois encore, je vous engage à aller voir tous les détails ici. Avec ce quilt, c’est un message d’espoir pour que les enfants de différentes nations vivent dans un monde fleuri rempli de belles personnes…

 

Miss Sue cousait de drôles de robes !

Miss Sue était une voisine de Betty. Elles se sont rencontrées alors que Miss Sue avait déjà 92 ans, mais que leurs conversations et leurs échanges furent riches ! Jusqu’aux derniers jours de sa vie de 98 années bien remplies, cette sacrée petite bonne femme vaquait toujours à ses occupations : coudre, quilter, cuisiner, jardiner, faire les courses et, toujours, réunir tous les bouts de tissus qu’elle pouvait trouver !

Collection Betty Ford-Smith
Vous reconnaissez Betty à gauche, chez Miss Sue, entourée des objets de toute sa vie. Le quilt ? Oui, nous en parlerons la prochaine fois 🙂

Sa vie mériterait un film. Celui-ci serait, croyez-moi, mouvementé. Elle devait avoir un ange gardien car elle a survécu à un grave accident de voiture, à un coup de foudre (un de ceux dont on ne se remet pas forcément, lors d’un orage 😉 mais à quoi pensiez-vous donc ?…), à plusieurs opérations chirurgicales… et à une tentative de meurtre au cours de laquelle elle tua son agresseur ! Une sacrée petite bonne femme, vous dis-je !

Elle naquit voilà 102 ans dans une ferme de Quincy, unique fille autour de neuf frères. Sa famille déménagea en Géorgie quand elle était petite.

Pour la petite histoire, cette ville de Quincy, bourgade de Floride près de la frontière de la Géorgie, mérite tout de même qu’on s’y attarde, même si Miss Sue la quitta enfant. Elle était naguère connue pour ses champs de tabac, mais aussi, pendant la grande Dépression des années 1930, pour la ville la plus riche par habitant ! Grâce au tabac ? Non, au Coca !

quicys-coke-legacy
Mur publicitaire récemment repeint à Quincy, où on vénère cette boisson !

C’est une folle histoire que celle d’un banquier de la ville qui, en 1922, recommanda à tous ses amis fermiers bénéficiaires d’une excellente récolte de tabac, d’acheter des parts de la jeune société d’Atlanta. Il avait deviné que c’était un excellent investissement : il remarquait que les gens dépensaient jusqu’à leur dernier cent pour s’offrir un Coca-Cola bien frais… Au cours de la Grande Dépression des années 30, Quincy comptait bien des millionnaires car le banquier avait vu juste ! A Quincy, la devise est restée : acheter et conserver, ce qui n’est pas à la mode dans le monde des boursiers, mais les familles ayant conservé leurs parts jusqu’à ce jour en sont ravis !!

cq5dam.resized.450.256
Petite usine d’embouteillage de Coca-Cola au début du XXe siècle à Quincy.

Revenons à Miss Sue, officiellement Arlene Denis, mais allez savoir pourquoi, on l’appelait Miss Sue. Ses parents ne faisaient pas partie des heureux bénéficiaires des gains de Coca-Cola. Elle grandit donc dans la ferme de ses parents, sa mère lui apprit la couture et le quilting, son père la distillation d’alcool. On enseigne ce qu’on sait faire ! Sa mère la gardait auprès d’elle pour l’aider, cela lui épargna le travail harassant dans les champs. Puis elle se maria et eut 12 enfants. On n’imagine pas la vie qu’elle eut, à nourrir sa famille, à la vêtir et lui procurer de la chaleur pour dormir, en pleine Grande Dépression… Après, heureusement, sa situation économique s’est améliorée, mais on ne perd pas certaines habitudes. De la nécessité à mettre au chaud sa famille, de l’horreur de jeter le moindre tissu, Miss Sue a fait des quilts utilitaires toute sa vie :

Collection Betty Ford-Smith Collection Betty Ford-Smith rack de quilts Miss Sue Collection Betty Ford-Smith

Ses quilts utilitaires sont les témoins du style « patchwork improvisé », pour lequel toute erreur éventuelle devient un nouveau style. On fait avec ce qu’on a, sans perdre de temps, et on trouve toujours moyen d’arranger ce qui ne va pas.
Ensuite, a
voir chaud pour dormir, c’est bien, mais s’habiller pour pas cher c’est tout aussi nécessaire ! Miss Sue fréquentait les boutiques de fripes, on lui offrait aussi les vieux tissus et vêtements du quartier ; elle leur donnait une nouvelle vie en démontant les habits usagés pour les reconstruire à sa manière.

Collection Betty Ford-SmithCollection Betty Ford-Smith

Miss Sue avait son patron de robe qui lui convenait pour tous les jours. Les couleurs qui claquent ne lui font pas peur, les carreaux, les fleurs et les unis peuvent bien se retrouver sur le même vêtement, mais oui pourquoi pas ?… J’aime l’omniprésence des deux poches de devant, c’est effectivement si pratique ! Le col quant à lui, aux formes variables, ajoute de la féminité au modèle. Elle s’était forgé ainsi une identité reconnaissable de loin avec ses robes faites à la maison (à la main), en tissus de récupération, mais néanmoins seyantes et virevoltantes avec leur petit volant ! Elle avait inventé son propre style.

Robert Butler Collection Betty Ford-Smith
Il fait frais l’hiver, même dans le Vieux Sud, alors Miss Sue ajoute simplement un pull sur sa robe. Vous pouvez remarquer que la cheminée est ornée de papier adhésif en Vinyl formant un patchwork très coloré !
Collection Betty Ford-Smith
Autour d’elle, tout est couleurs, gaieté et profusion d’objets qui ont tous une histoire.
Collection Betty Ford-Smith
On la devine coquette, Miss Sue, avec ses robes multicolores, ses bagues et son immense sourire ! Qui peut imaginer qu’elle a, sur cette photo, plus de 92 ans ?… On dirait une gamine 🙂
miss sue sewing Collection Betty Ford-Smith
J’aime particulièrement cette photo sur laquelle Miss Sue est plongée dans son occupation favorite : la couture. Inlassablement, elle cousit jusqu’à la fin de sa vie.

Dans ce Vieux Sud, Miss Sue ne faisait pas partie du célèbre groupe de Gee’s Bend, mais elle a vécu les mêmes nécessités, d’où la ressemblance.

Collection Betty Ford-Smith
Ici je crois qu’une chemise a servi de haut de robe !

Betty me confia qu’au long des six années de leur amitié, elle alla rendre visite à Miss Sue quasiment tous les jours, et tous les jours celle-ci cousait quelque chose. Elles étaient devenues aussi proches que deux personnes de la même famille qui se connaissent depuis toujours.
Le dimanche, Miss Sue lisait la Bible, écoutait quelques Gospels à la radio et faisait des mots croisés, assise sur son porche (terrasse couverte devant les maisons américaines). Toutes deux s’installaient ensemble quelques heures et se racontaient leurs histoires. Miss Sue se souvenait de sa vie en Géorgie, de la vie de ses douze enfants, tous décédés sauf un avant elle… Pendant la conversation, Miss Sue cousait, cousait… Elle faisait donc des robes, mais aussi les slips, les chemises de nuit, les nappes, les sets de table, les rideaux, des vêtements de bébé… Tout à la main par goût, même si elle savait utiliser une machine à coudre. Dans le quartier, on savait à qui confier ses ouvrages de couture !

collection Betty Ford-Smith
Les deux amies, Miss Sue et Betty

 Nous retrouverons Betty et Miss Sue avec des quilts très spéciaux prochainement !

-oOo-

L’exubérance affichée des vêtements de Miss Sue n’est pas sans rappeler les célèbres boubous africains, que les femmes continuent de porter quand leur travail ou leur goût ne les mènent pas à s’habiller à l’occidentale. Les Occidentaux, aptes à se dévêtir quand il fait chaud, sont toujours étonnés de voir les couches de tissus sur les gens du cru qui, eux, se protègent de la morsure du soleil !

357x471xVictorianNamibia13-e1343075362869.jpg.pagespeed.ic.QDRn9y1zQjY8xtqalskU

En parallèle avec les joyeuses robes de Miss Sue, Betty m’a indiqué une bien singulière histoire de vêtements qui remonte à une centaine d’années. Cela se passe en Afrique, très au sud, en Namibie. Ce pays était une colonie allemande depuis 1892. A force de se voir confisquer leurs terres et leurs troupeaux, les Hereros se rebellèrent. La riposte allemande fut abominable. Copiant les Britanniques qui venaient d’inventer les camps de concentration pendant la Guerre des Boers en Afrique du Sud (120 000 descendants de Hollandais et autant d’Africains noirs en camps), les Allemands parquèrent les Hereros à partir de 1904. Ils massacrèrent ce peuple et on parle là du premier génocide du 20e siècle. On estime que, de 80 000 personnes, les Hereros ne furent plus que 15 000 en 1915 à la fin de l’occupation allemande. En 2004, 100 ans après le début de cette tragédie, le gouvernement allemand reconnut la responsabilité morale et historique de leur peuple, offrant ses excuses au peuple Herero.

hereros enchaines
Hereros enchaînés

 Dans le désert de Namibie et contrairement à celui du Sahara par exemple, les gens vivaient à peu près nus avant l’arrivée des missionnaires et des colons allemands. Pour la bienséance, ceux vivant à leur contact durent se vêtir, mais leurs habits n’avaient sans doute pas grande allure. Après la guerre, que firent les survivants Hereros pour marquer leur victoire finale ? Contre toute attente, ils s’approprièrent la plus belle mode de leurs oppresseurs, en souvenir de ce que leur peuple avait traversé comme épreuves, les portant comme des cicatrices visibles du passé ; ils clament ainsi leur propre victoire et indépendance. Les hommes s’habillent en tenue coloniale militaire et les femmes ont opté pour les robes à crinoline de la mode victorienne des Allemandes d’alors. C’est encore actuellement leur manière de s’habiller avec de sublimes variantes en patchwork, une mode joyeuse et élégante… mais aussi, quand on connaît l’histoire, une implacable manière de rappeler au monde le génocide dont les Hereros furent victimes.

herero-women Sally Watson
Photo de Sally Watson.
148702698_b4b26c6534_z
Ce chapeau unique, en forme de cornes, honore les troupeaux, richesse de leur peuple. Il est soit assorti à la robe, soit en tissu contrasté.
3.1254658975.herero
Sublime robe de patchwork !
herero woman
Photo Martha de Jong-Lantink
herero woman7
Photo Elmarie Mostert. Les modèles de robes utilisent parfois jusqu’à 12 mètres de tissu, à porter sous un soleil de plomb… Cette jeune Africaine conserve pourtant l’allure altière et féminine à la mode victorienne.
533x800xherrorladies.jpg.pagespeed.ic.2yPn_QRPsXujOh6y3-gD
Deux jeunes beautés prolongent la tradition héritée de leurs aïeules.

f392f4432a4970a4e471864a145f8d2c

5490540986_349deb47b6_b
Belle élégance pour une tenue quotidienne. 
86779edbc310ab7994e35bfccbf41d7f
Photo Jim Naughten (voir livre ci-dessous)
Photos Jim Naughten
Photos Jim Naughten
jnhereros131
Les hommes aussi portent souvent des vêtements dérivés des costumes des Allemands. Photo Jim Naughten 
jnherero24
Ne dirait-on pas des amies couturières de Miss Sue ? (Photo Jim Naughten)
293bffc2405b4be32265389b6cd739e1
C’est peut-être ici ma robe préférée ! Photo Jim Naughten.

 

efeddb32ffb97938bd49f9881bb724ed
Photo Jim Naughten – Le petit volant du bas rappelle celui des robes de Miss Sue !

 

Photo Jim Naughton
Photo Jim Naughten
Photo Jim Naughten
Photo Jim Naughten

 

Photo Jim Naughten
Photos Jim Naughten
livre herero
Outre l’histoire de ce peuple, ce livre n’a QUE des photos exceptionnelles de personnes de la tribu Herero vêtues à leur manière, sur un fond de désert namibien à la lumière aveuglante… Disponible notamment ici.

 -ooOoo-