Je ne peux pas respirer

Au cœur de ce week-end prolongé et ensoleillé, on a envie de respirer profondément et accorder son souffle à la nature.

Canopée dans les Pyrénées où je respire à fond !

 I can’t breathe, je ne peux pas respirer, répéta George Floyd, filmé pendant 7 interminables minutes. Le 25 mai dernier, il fut maintenu allongé, non armé, menotté, complètement inoffensif, pour l’utilisation supposée d’un faux billet de 20 dollars. Il ne pouvait plus respirer parce que le genou du policier appuyait sur sa gorge. Il en est mort lentement, devant témoins, devant caméra. Cette tragédie n’a d’autre origine que le racisme ordinaire et crasse de certains Blancs, toujours persuadés de leur supériorité sur un territoire gagné en massacrant inutilement les indigènes. Quant à la venue des Noirs, on sait qu’on ne leur a pas demandé leur avis. Il manque cruellement d’éducation et simplement d’humanité dans certaines cervelles. Un article rapide à lire ici peut vous aider à mieux connaître ce tragique événement, si vous n’avez pas suivi pourquoi les émeutes se succèdent depuis quelques jours aux USA.

A maintes reprises, on a cru que plus jamais ça, les Noirs, les Indiens, les Latinos et autres gagneraient une place digne dans leur société multicolore, le fameux melting pot dont s’enorgueillissent les Américains. Hélas, Rosa Parks, Martin Luther King ou Obama, prônant des actions pacifiques, n’ont toujours pas réussi à faire changer les mentalités de certains irréductibles, encore bien trop nombreux.

L’espoir est la conviction que le destin ne sera pas écrit
pour nous mais par nous,
par les hommes et les femmes
qui ne se contentent pas du monde tel qu’il est,
mais qui ont le courage
de refaire le monde tel qu’il devrait être.

Barack Obama

On n’y est pas encore… Des « bavures » se succèdent au fil des ans et ces faits divers font l’histoire.

I can’t breathe, je ne peux pas respirer, c’était déjà le symbole d’une autre tragédie du même genre, ci-dessous des photos de 2014 après la mort d’Eric Garner :

Malheureusement, on peut ressortir les tee-shirts…

Pour revenir un peu dans le passé, l’assassinat de Martin Luther King dans le Tennessee par un ségrégationniste blanc (sans doute n’a-t-il pas agi seul) en avril 1968, mit le feu aux poudres dans les quartiers noirs de nombreuses villes américaines. Quelques jours après à Chicago, onze morts (tous noirs) et des milliers de blessés furent déplorés, les policiers ayant été chauffés à blanc par l’injonction terrible du Maire, Shoot to kill, tirer pour tuer. Ensuite, il y eut mai 68… Ce terrible épisode est raconté en détails dans le nouveau livre de Gaëlle Nohant, La Femme révélée.

 

Chawne Kimber est prof de maths, mais aussi quilteuse, brodeuse, tricoteuse… C’est une des voix les plus fortes dans le monde artistique des arts textiles et je suis son blog depuis des années, séduite par ses couleurs, ses maquettes, et aussi ses messages. Elle créa son quilt le plus puissant après cet autre drame de 2015 (un parmi bien d’autres), tellement proche de celui de la semaine dernière à Minneapolis, que cette répétition donne envie de pleurer. Eric Garner était un petit délinquant de 44 ans, en charge de 6 enfants, connu pour vendre des cigarettes à la sauvette. Un jour funeste de 2014, alors qu’il était assis tranquillement sur un banc, il a été reconnu et pris à partie par des policiers qui l’ont immobilisé par une technique d’étranglement interdite et il en est mort, après avoir répété « I can’t breathe ». Inutile d’ajouter que Eric Garner était noir et les policiers blancs.

C’est l’expression très forte de Chawne Kimber, The One for Eric G., 2015. Photos de The Plaid Portico.
Ce quilt a été acheté par le Michigan State University Museum en 2016.

Chawne utilise souvent des mots, des phrases qui donnent du sens à ses quilts.

Il me manque de l’espoir. Photo de son blog Completely Cauchy
Je ne suis toujours pas libre, photo Completely Cauchy
Love is Love is Love, photo de son blog Completely Cauchy
Manifeste féministe/humaniste, photo de son blog.
Cacophony, photo de son blog

Shawne aime par-dessus tout la récupération de tissus, le quilting improvisé, héritage du quilting de ses ancêtres. Et chaque bout de tissu trouve sa place un jour. Et Gwen Marston tout comme les quilteuses de Gee’s Bend l’inspirent. Et toutes ces lettres piécées sont inspirées du livre Word Play Quilt de Tonya Ricucci. Je me sens de cette famille, toute petite parmi les grandes !

Chawne est une participante régulière du QuiltCon, le grand festival de quilts modernes. Ici en 2016, photo d’ici.

 

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Le quilt I can’t Breathe a marqué les esprits en 2016 au QuiltCon, à juste titre, les projecteurs du Los Angeles Times se sont dirigés sur Chawne.

Une autre particularité de cette artiste, c’est qu’elle a fait son autoportrait à plusieurs reprises, tout comme Frida Kahlo, mais en textile ou en broderie. Une démarche résolument différente des selfies à la mode ! C’est bien plus une recherche de sa propre identité, et pour Chawne c’est sans doute un questionnement sans fin sur la place de la femme et le racisme. Elle dit répondre, en plusieurs facettes, à qui je crois que tu crois que je suis…

Self Study #1, Completely Cauchy
Self Study #6 – Son frère était « le petit génie », sa sœur était « la toute mignonne », et elle… Tout le questionnement de l’identité de l’enfant dans la fratrie… Article ici.

Ce ne sont que quelques facettes de cette artiste, visitez sa galerie de quilts ici sur Flickr, lisez son blog Completely Cauchy.

En te levant le matin, rappelle-toi combien précieux est
le privilège de vivre, de respirer, d’être heureux.
Marc Aurèle

Respirons. Les anciens malades les plus graves du COVID19 semblent garder des séquelles irréversibles aux poumons. D’autre part, de nombreuses pathologies contemporaines sont dues au stress, au manque d’activation de notre nerf vague, c’est pourquoi je viens de m’acheter ce livre pour redevenir ZEN :

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Portez-vous bien, respirez !
Avec toute mon amitié,
Katell

 

 

J’applaudis…

Dans les villes et les villages, en France et ailleurs pendant le confinement, des millions de personnes se sont mis à la fenêtre, au balcon ou dans leur rue pour applaudir tous les personnels qui travaillent pour nous, malgré tout : en premier lieu les personnels des hôpitaux, les soignants ainsi que tous les autres maillons indispensables de la chaîne de soins, mais aussi tous ceux qui ont continué à travailler en côtoyant d’autres personnes, alors que le risque était élevé et les protections souvent insuffisantes. Ce mouvement s’est amplifié, petits et grands ont eu à cœur de poursuivre les applaudissements jusqu’au dernier jour du confinement.

Applaudir à tout rompre, que ça fait du bien !

Être applaudi, c’est l’ultime récompense pour ceux qui ont réussi à toucher leur public, c’est la magie des spectacles vivants depuis la nuit des temps. Ces dernières semaines, les applaudissements sont la manifestation de notre reconnaissance, notre respect, notre admiration pour des personnes habituellement « invisibles ».

Dessin de presse : Frédéric Deligne

A Londres, le jeune Elliott, 6 ans, et son père Ian applaudissent tous les jeudis soirs à 20 h, tant que le déconfinement n’est pas prononcé. Presque chaque jour, le petit demande : est-ce qu’on est jeudi aujourd’hui ? tellement le rendez-vous hebdomadaire lui semble trop rare… Pour prolonger ce précieux moment, Elliott a pris en photo les mains de son père en train d’applaudir. Une photo suffit à donner l’impulsion pour une idée, des heures la transforment en tableaux… Car oui, si le fils a des idées, le papa a du talent…

Elliott et Ian Berry

Il s’agit bien sûr de Ian Berry et son fils, Ian qui utilise des blue jeans pour créer des œuvres d’art.

« Cela fait 15 ans que j’évite de faire des mains… « dit Ian. Sujet difficile ! Mais il n’a pas su résister à la reproduction de la photo de son fils…

Le jeune Elliott fait l’école à la maison en ce moment, mais il a droit de se détendre aussi… Après avoir vu un film de Disney, il demande à son père : peux-tu projeter tes tableaux de mains sur l’écran ?

Voici ce que cela donne, un applaudissement aussi vrai que nature :

L’effet est saisissant. Cet applaudissement aux personnels soignants mérite d’être vu… Grâce à Instagram et sa communauté d’amis, la double image se répand comme une traînée de poudre. L’idée est vite venue d’en faire une sorte d’hymne pictural.

Montrez ces mains entre amis, au fin fond d’une impasse ou sur le plus emblématique bâtiment de votre ville ! C’est une animation pleine de sens et bienvenue, pour ne pas oublier ce temps de profonde gratitude envers le personnel soignant et les autres professions-clé.

Ian donne ici le téléchargement en 3 définitions différentes pour que chacun puisse le projeter et, en retour, envoyez-lui des photos de l’événement à mail@ianberry.art ou postez-les directement sur les réseaux sociaux avec le label #IClapFor

I clap for = j’applaudis pour…

Depuis fin avril, le clappement de mains de Ian Berry a été projeté dans des dizaines de lieux, la majorité en Angleterre et en Écosse, mais aussi à la Nouvelle-Orléans comme au Brésil, au Mexique comme en Californie, en Italie comme en Suède… Faisons qu’en France aussi, on applaudisse, comme dirait Elliott, pour nos super-héros qui prennent soin de nous pendant la crise sanitaire.

Et si vous souhaitez honorer une personne en particulier, vous pouvez l’écrire par ici sur le site dédié. Une émotion, un beau geste ne sont pas perdus, consignés parmi d’autres…

Voici quelques-unes des projections :

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A Greenwich, où passe le fameux méridien, le 27 mai.

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Celle-ci me fait particulièrement rêver :

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Nous sommes sur les bords du Loch Ness, les applaudissements vont-ils réveiller le monstre endormi ?

Un site a été créé par Ian Berry pour garder une trace structurée de l’événement, et au quotidien c’est sur Instagram @ianberry.art. Fin 2020 et en 2021, des expositions auront lieu en Europe avec à la fois des œuvres de Ian, des photos artistiques de personnes confinées, des photos des projections #IClapFor… Aurons-nous la chance d’accueillir Ian Berry de nouveau en France ?

Si vous en avez la possibilité, faites vibrer vos amis, vos voisins, votre commune avec cet applaudissement !

 

Voici venu le temps des cerises

C’est la belle saison des cerises !

Quand on a la chance d’avoir un cerisier, on guette les première rougeurs de ces billes juteuses, et quand les oiseaux ne leur ont pas fait un sort en une nuit, on prend un jour son panier pour les cueillir, mûres à point… Bonheur simple !

Le panier, accessoire modeste mais indispensable. Depuis la nuit des temps, il est utilisé pour transporter les récoltes, quand les mains ne suffisent pas, pour trier et ranger… et mille autres usages. Pendant des millénaires, il fut fabriqué avec les matières premières locales longues et souples, qu’on tisse. Qu’est-ce qui fut inventé en premier, le panier ou le tissu ? C’est en tout cas le même principe.

En général, un panier n’est pas un récipient étanche, il laisse passer l’air et la récolte s’en trouve bien, évitant de macérer trop vite.

L’harmonie du fait main

Dans l’État Navajo, j’ai eu la chance de discuter avec Pauline, une dame Navajo qui connaît les techniques ancestrales de la confection de paniers, et le goût de les faire. Dans le désert aride où nous nous sommes rencontrées, il ne semblait rien y avoir de bon à utiliser en vannerie, et pourtant… Elle gardait dans des sacs humidifiés dans une bassine quantité d’écorces et de branches fines de plusieurs couleurs naturelles, tissant, au gré de son envie, des dessins traditionnels, colorés par Dame Nature… En général, dans ce coin aride de l’Arizona, le sumac est la plante qui donne ces longues et plates fibres, mais on y utilise aussi le saule, le yucca et autres.

Ce panier est un panier de mariage navajo. L’ouverture claire dans le motif se met toujours à l’Est, au soleil levant. Les pointes noires figurent les montagnes sacrées. C’est une figuration de l’univers. Photo d’ici.

71Be4X-V0BLQuand une personne fait de la vannerie, elle s’efforce de joindre l’utile à l’agréable, en couleurs et en forme. Mais plus intimement, en terre navajo elle cultive l’essence de la beauté, de l’harmonie, de l’équilibre, le Hózhó. Tout est lié, l’esprit du créateur du panier, la matière naturelle utilisée et la Terre Mère qui donne vie. Ce principe central du Hózhó dans la vie des Navajos est bien expliqué dans le livre Sagesses d’Ailleurs, de Frederika van Ingen.

J’espère que dans le fameux monde d’après, je retournerai chez les Navajos qui m’ont si bien accueillie et tant marquée. Si vous y allez, vous pourrez trouver le livre ci-dessous qui explique les artisanats de tissage et de vannerie, si proches, intégrés à la vision du monde de ce peuple encore en harmonie avec la nature, malgré tout.

J’ai acheté ce livre au Navajo National Monument (entre Tuba et Kayenta), un endroit en retrait et peu connu qui mérite pourtant le détour, avec les ruines d’un des nombreux villages d’un peuple éteint appelé communément anasazi, un parcours botanique qui démontre à quel point les Indiens savent utiliser la moindre plante, et un Visitor center bien agréable. Le quilt est un chemin de table que j’ai fait avec des tissus achetés chez Blossom Quilts & Crafts, chez Alice.

 

J’adore les paniers artisanaux. J’en ai acheté plusieurs à La P’tite Grisette, qui avait son espace sur la place de Villefranche-de-Rouergue le jeudi matin, jour de marché ; et puis un jour, je ne l’ai plus vue. Elle utilisait 4 sortes d’osier, ce qui lui permettait de varier épaisseurs et couleurs.

Ah que j’aime l’ambiance des marchés ! Celui de Villefranche-de-Rouergue est un de mes préférés. Prochainement, je vais aller à celui de Mirepoix en Ariège, pile à la limite des 100 km autorisés… 

Vous connaissez les nombreux blocs traditionnels qui montrent des paniers – ou baskets.
Ils sont partout, pour qui veut bien les voir ! Vous avez certainement vos modèles préférés.

Kristine a fait un tableau textile mêlant tradition et modernité, mais oui, un panier de cerises ! Je lui laisse la parole pour vous le présenter.

Voici venu le temps des cerises…

Faire plaisir à une amie qui a une passion dévorante pour les cerises, l’idée d’un quilt sur ce thème s’est imposée.

L’idée était d’utiliser des tissus anciens, de récupération, « recycling » très à la mode en ce moment, ce n’est pas nouveau pour moi, mon éducation a bénéficié de cette pratique, il fallait faire avec ce que l’on avait !

Quelques  morceaux de torchons à liseré rouge, du vichy, du croquet, des chutes de tissus,  des chutes de molleton (tombées d’ouvrages précédents) et deux entorses à la règle avec des matières neuves : la frise d’épis de blé, un achat compulsif qui n’avait jamais trouvé son utilisation, et  le tissu du panier dont l’imprimé épis de blé correspondait à ce que je voulais réaliser.

Pour tresser ce panier, j’ai utilisé la méthode proposée par Victoria Findlay Wolfe dans son livre Modern Quilt Magic, qui consiste à coudre des bandes en chevrons qui s’entrelacent, j’ai modifié la façon de couper les bandes pour le faire à main levée. Pour symboliser une vannerie, cette méthode était toute indiquée.

Le temps est venu de prendre le panier et partir cueillir les cerises, puis se mettre en cuisine pour cuisiner les clafoutis, les tartes et  les confitures… 

Kristine🐝

Frida, Laura & Betty

Si vous me lisez depuis un certain temps, vous connaissez bien Betty, la reine des Pine cone quilts. Elle s’est bien remise de ses soucis de santé et, pour s’occuper l’esprit pendant le confinement (oui, le même que nous en Floride…), elle a concrétisé un projet qui avait germé lors de sa visite en France. Elle m’a adressé une belle lettre pour me décrire les raisons de son premier quilt « traditionnel », pour qui elle l’a fait, comment elle s’en est sorti toute seule…

Vous l’avez sans doute deviné, il s’agit d’un quilt sur Frida Kahlo, sujet de mon précédent article. Merci Betty de partager cette naissance avec nous !

Chère Katell, 

Mon séjour en France, en juin 2018, reste un de mes plus chers souvenirs. Depuis le jour où nous avons rendu visite à Christine Meynier à Penne dans le Tarn, j’ai en tête les magnifiques quilts qu’on a admirés au milieu des rires et de la pure joie d’être ensemble, Christine, Joëlle de Baillencourt, toi et moi. Le splendide top créé par Joëlle, dédié à Frida Kahlo, a particulièrement résonné dans mon cœur, t’en souviens-tu ?

Et voici un top de Joelle !
Luxuriance des étoffes
Il est beau, il est grand…
Une merveille dont on ne se lasse pas, aux imprimés dédiés à Frida Kahlo, ou bien rappelant son univers*.

* Ce quilt sera exposé en 2021, je vous en donnerai des nouvelles… Katell

T’ai-je déjà parlé de mon amie Laura ? Elle est venue un jour avec son mari, en 2012, dans mon magasin d’antiquités. Nous nous sommes découvertes, nous nous sommes revues, souvent. Facile, elle habite aussi à Sebring ! Elle est originaire d’Argentine et voue une passion pour Frida Kahlo. Elle sait d’ailleurs se donner un petit style à son image :

Laura s’est un jour vêtue et maquillée en hommage à Frida. Pas de cigarette pour elle, mais un pinceau ! Le collier est une création de Laura, elle fabrique des bijoux et bien d’autres choses, des sacs, des vêtements…

Ce jour-là, c’était pour que Zack, son beau-fils, s’exerce au portrait, à sa manière. C’était il y a quelques années. Depuis, il a fait des études dans une École de design réputée à New-York. Son père Ronnie est designer, sa sœur photographe… Une belle famille d’artistes !

Laura est prête pour la séance de pose. Pas de sourire, tout comme Frida qui n’aimait pas sa dentition imparfaite.
On aperçoit que leur maison est… bleue, une autre casa azul ! (voir l’article consacré à Frida Kahlo)
Quel précieux moment, ¡Viva la Vida!

Zack peut être fier de ce qu’il a peint, avec talent et toute sa sensibilité :

Au-delà de l’apparence et de la spontanée attirance vers Frida, Laura a beaucoup souffert du dos et a subi, elle aussi, une intervention chirurgicale. Mais toujours, elle aussi, elle sourit à la vie ¡Viva la Vida!

Figure-toi que, depuis plusieurs années, nous fêtons nos anniversaires ensemble, car je suis née un 27 mars et Laura un 29 mars… mais cette année, pour ses 50 ans, Ronnie et elle avaient organisé un beau voyage de 3 semaines, à Paris puis au Brésil… Tu devines la suite, le virus a mis fin à tous les projets y compris les leurs, nous nous sommes tous trouvés privés de rencontres, de voyages, de restaurants et de shopping à part pour l’épicerie et la pharmacie.

En secret, je voulais donc faire un Frida quilt pour Laura depuis presque deux ans. C’est le confinement contre le Corona Virus qui m’a donné l’impulsion pour concrétiser mon rêve, avec ma convalescence après 3 mois de maladie, pendant laquelle je ne dois pas rester longtemps assise (ce qui est le cas quand je couds un pine cone quilt).

Depuis mon retour de France, j’achète tous les tissus sur Frida que je trouve, mais j’en avais déjà offert beaucoup à Laura… Alors le 27 mars, je me suis mise à étaler ce que j’avais et j’ai complété avec quelques achats vite faits sur ebay et Etsy. Heureusement, la Poste fonctionne toujours.

Et puis ce fut le grand étalage, le grand bazar envahissant la cuisine, le sol, le canapé (ne ris pas !), c’est la fièvre de la créativité pour créer un puzzle… Sais-tu que je n’ai jamais fait de quilt traditionnel auparavant, uniquement des pine cone quilts ?

J’apprends sur le tas, c’est le cas de le dire !

Comme je dois bouger et ne pas rester assise, je couds et repasse debout, sur un coin du comptoir de la cuisine :

Et puis, ça commence à prendre forme :

Quel bonheur de jouer avec de si belles étoffes !

J’ai trouvé de nombreuses inspirations de quilts sur Frida Kahlo, mais j’ai fait avec ce que j’avais, créant au fur et à mesure. J’avais cherché sur Pinterest et trouvé notamment ceci, chaque ouvrage a son charme :

Panneau de Ritacor
Quilt de Jan Holman
Homage to Frida, Sue Ross, 2012
Un modèle de Simply Vintage n° 32 (Quiltmania)
Frida in Paris, fait par Charlotte Wirfs, 42 cm x 52 cm
Un superbe portrait créé par Letty Kop, exposé au Festival de Birmingham 2018.

Une fois le top fait… il faut quilter, ce que je ne fais jamais pour un Pine cone ! J’ai encore cherché sur internet, je me suis inspirée des quilts afro-américains que j’ai dans ma collection… Les points de quilting seront en fil rouge, ce qui va bien avec le top d’une part, et qui a une signification particulière pour Rachaeldaisy que je finirai bien par rencontrer un jour (notre Journée organisée par Jen, du Red Thread Studio, a été reportée, toujours en raison de Mr. Corona).

Pour le quilting, un bon éclairage est primordial ! Un copain m’a offert une bonne lampe qu’il avait dans son garage. Je suis tout de même assise longtemps pour cette étape. Mon mari dit que j’ai l’air d’un savant fou !

Katell, je te montre plein de photos du quilting en cours, tu verras ainsi la beauté des imprimés et l’assemblage en puzzle :

Rien n’est absolu. Tout change. Tout bouge, tout évolue. Tout vole et s’en va. Frida Kahlo

J’ai ajouté un imprimé de Paris, la ville où Laura aurait dû fêter ses 50 ans :

Et voici le quilt terminé !

Je le tiens du haut de la mezzanine pour une photo d’ensemble. Pour bien couvrir le lit, il mesure 2,50 x 2,35 cm.

Je ne savais pas où mettre le mini pine-cone, mon logo pour servir de signature au quilt ; j’ai fini par le mettre dans un cadre, ainsi Laura aura le quilt sur son lit et le pine cone sur le mur. J’ai donc ajouté un label écrit au feutre, fixé au coton rouge à crocheter, comme les quilteuses afro-américaines traditionnelles : c’est du fil qui résiste à tout !

Je n’arrive pas à me rendre compte que j’ai fait un quilt en 38 jours ! Un pine cone me prend 3 à 5 mois. Mais pour moi, rien ne vaut la couture à la main et la lente élaboration du pine cone quilt. J’étais relativement insatisfaite du résultat, jusqu’à ce que je voie la joie sur le visage de Laura et les larmes dans ses yeux, lorsque je le lui ai offert.

Oh, mais où as-tu trouvé cette merveille ? a dit Laura.

C’est encore le confinement, alors nous nous sommes donné rendez-vous sur une pelouse, avec la complicité du mari de Laura, et j’ai lu mon petit discours. Laura était encore plus émue d’apprendre que je l’avais fait moi-même.

Nous conservons les 2 yards de distanciation (1,80 m) !
Laura, émue et si heureuse…
Et voici le quilt en place, pour faire de beaux rêves…

Je l’ai fini le 3 mai mais je l’ai signé le 5 mai 2020, el Cinco de Mayo, grand jour de fête au Mexique, célébrant à l’origine la victoire des Mexicains contre les Français en 1862 !!

Chaque 5 mai, des fêtes mexicaines sont organisées un peu partout sur le continent américain, on entend des chansons mexicaines, on danse, on mange… mexicain, bien sûr !

Mais nous faisons fi des anciennes querelles entre peuples, nous les quilteuses formons une belle communauté sincère, et je garde le symbole du fil rouge qui nous unit !

Side by side or miles apart we are sisters connected by the heart.

Have a great day and stay well,
With Love,
Betty

Frida Kahlo, icône féminine

¡Viva la Vida!

Connaissez-vous Frida Kahlo ? Sans doute savez-vous qu’elle fut une peintre mexicaine à l’oeuvre marquée par ses autoportraits. Cet exercice, se peindre, existe depuis la Renaissance (avec la disponibilité de miroirs). L’artiste est-il désespérément amoureux de son reflet, comme Narcisse ?  C’est bien plus souvent un exercice d’introspection. Voici donc une évocation de Frida Kahlo (1907-1954) avec quelques peintures, mais aussi des photos et des extraits de son journal intime ou sa correspondance.

Autoportrait aux papillons, Frida Kahlo.

Je me peins moi-même parce que je suis la personne que je connais le mieux.
Je suis ma propre muse. Je suis la personne que je veux améliorer.
Frida

Frida peignit 55 autoportraits sur 143 tableaux, exprimant la quête de soi, sa lutte contre la souffrance et, bien présente, son identité mexicaine (vêtement, faune, flore, couleurs). 

On peut voir cet autoportrait très coloré, daté de 1938, au Centre Pompidou à Paris.

Je peins des fleurs afin qu’elles ne meurent pas.
Frida

En Europe, hormis les admiratrices inconditionnelles, toujours plus nombreuses, on connaît mal Frida Kahlo, sauf si on a vu le film de sa vie, inoubliable, interprété et produit par Salma Hayek…

Née au Mexique comme Frida, l’actrice Salma Hayek portait en elle le projet de ce film depuis longtemps. Il est sorti en 2002. C’est seulement lors de l’explosion de #MeToo en 2017 que Salma osa dévoiler les turpitudes de Harvey Weinstein à son égard : il tenta notamment de faire planter le film parce qu’elle refusa ses avances…

Admiratrice de Frida et amoureuse du Mexique, mon amie Suzy Bignau m’a prêté le DVD il y a quelque temps déjà, j’ai alors compris pourquoi on pouvait tant s’intéresser à Frida Kahlo. A mon tour, je me suis mise à l’aimer, cette femme belle, intelligente, passionnée.

Photo credit: Nickolas Muray

 

Expression de ses souffrances

Dans le film, il est clairement montré que son art l’aidait à supporter ses souffrances. Elle peignait pour exprimer la violence de ses émotions, ses sensations, d’où de trop nombreux tableaux difficiles à supporter… Pauvre Frida, au corps martyrisé. Elle eut une vie de douleurs, à la suite d’une poliomyélite à l’âge de 6 ans, puis d’un accident de bus à 18 ans, dont elle gardera les graves séquelles à vie.

Je ne peins jamais mes rêves ou mes cauchemars. Je peins ma propre réalité.
Frida

La colonne brisée, 1944, 40 x 35 cm. Frida représente sa colonne vertébrale par une colonne grecque, sectionnée en 6 endroits. Les 56 clous symbolisent l’infinie douleur qu’elle endure, conséquence d’un accident à ses 18 ans (elle fut très gravement blessée lors d’une collision entre un bus et un tramway, à Mexico).

 Je ne suis pas malade. Je suis brisée.
Mais je me sens heureuse de continuer à vivre,
tant qu’il me sera possible de peindre.
Frida

Frida-Kahlo-Henry-Ford-Hospital-1932
L’hôpital Henry Ford, 1932, 32 x 40 cm. Frida sait, sur son lit d’hôpital, qu’elle ne pourra jamais avoir d’enfant. Lors de l’accident, elle fut littéralement transpercée par une tige métallique, de l’abdomen au vagin. Un tableau qui rappelle Dali, même si elle affirme ne pas aimer le surréalisme.

Je ne saurais dire si mes tableaux sont surréalistes ou pas, mais je sais qu’ils sont la plus franche expression de moi-même, sans jamais tenir compte des jugements et des préjugés de quiconque.
Frida

Sans espoir, 1945, 28 x 36 cm. Frida était devenue si maigre qu’on la forçait à manger.

J’ai essayé de noyer mes peines, mais elles ont appris à nager les bougres.
Frida

Son histoire est résumée sur ce blog par exemple, mais je vous encourage à voir le film Frida, tourné dans sa maison, la Casa Azul, devenue musée.

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Une icône de la mode 

Frida ne s’habillait que très rarement à l’occidentale.

En visite à New-York, 1933 © Lucienne Bloch
Rare portrait de Frida vêtue en femme occidentale du XXe siècle, photo de Gisèle Freund en 1951.
Toute jeune, elle a déjà le goût de la tenue des femmes mexicaines de la campagne. Quel chic ! Elle adopte les robes longues pour cacher son pied déformé par la polio et la différence de longueur de ses jambes. Photo Imogen Cunningham, 1931.
Sa mère Matilda était descendante de généraux espagnols par sa mère et d’un photographe indien de Morelia (Mexique) par son père ; son père Karl Wilhem (devenu Guillermo) Kahlo était d’origine allemande.

A la fois pour rendre hommage à la culture mexicaine et pour masquer par de l’ampleur, des plis, des couleurs, son corps martyrisé, Frida a développé une garde-robe unique.

Sa maison natale, où elle a vécu presque toute sa vie, est devenu le musée Frida Kahlo. On peut y admirer quelques unes de ses tenues « indiennes ».

Les tenues traditionnelles Tehuana lui permettaient d’affirmer son héritage. La région de Tehuantepec a, en outre, la particularité d’être matriarcale, les femmes y sont à la fois féminines et puissantes. En s’habillant de leur manière,  Frida fait avec son corps, exprime sa différence et rend hommage à la mexicanité, son identité culturelle. Et partout en Amérique centrale, on porte encore des huilpils, ces hauts à forme très simple, auxquels elle donne des lettres de noblesse. Les broderies, les couleurs, les dessins, concentrés sur la partie supérieure, invitent les personnes à ne pas regarder le bas de son corps déformé.

Photos de Nickolas Muray (de gauche à droite : 1946, 1939, 1939)
La styliste Alice&Co a conçu deux patrons de huilpil pour se mettre à la mode Frida, l’un à encolure ronde, l’autre à encolure carrée : patrons à charger dans les liens de cet article.
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Photo de 1939, par Nickolas Muray, un de ses fidèles amis.

On la voit presque toujours avec des ongles manucurés, des bijoux volumineux ethniques, et souvent, comme ci-dessus, un élégant châle savamment noué : encore un héritage mexicain, le fameux rebozo. Elle continue d’inspirer les femmes, ainsi que les couturiers comme Jean-Paul Gaultier (ses corsets…).

On admire la richesse de sa garde-robe, ses bijoux, ses coiffures… Ici un large ruban est tressé avec ses cheveux. « L’art de Frida Kahlo de Rivera est un ruban autour d’une bombe », a dit André Breton. Photo Nickolas Muray en 1939.
Et, la plupart du temps, des fleurs fraîches piquées dans sa coiffure…

 

Engagement politique et liberté assumée

Généreux et utopistes, Frida et son mari Diego Rivera voulaient changer le monde ! A l’époque, le marxisme semblait être la solution contre le monde belliqueux en place qui broyait les pauvres. Pour Frida, c’était avant tout pour faire avancer la condition des femmes dans un monde machiste. Épisode rocambolesque, le couple abrita Léon Trotski et sa femme, chassés de l’URSS par Staline,  pendant deux ans dans la Casa Azul, de 1937 à 1939. Léon Trotski sera assassiné l’année suivante, dans le même quartier où il continuait d’habiter après avoir été viré par Diego.

Frida Kahlo_Entre las cortinas_para Trotski
Ce tableau, plus grand que la plupart des autres peintures de Frida (87 cm x 70 cm) s’appelle Entre les rideaux, pour Léon Trotsky (1937). Elle s’est faite bien jolie, maquillée, confiante et séductrice. La mise en scène, entre deux rideaux blancs, rappelle les retables mexicains en triptyque. La lettre qu’elle tient dans la main est la dédicace : Pour Leon Trotski, avec toute mon affection, je dédie cette peinture le 07 novembre 1937 – Frida Kahlo à San Angel, Mexico. C’est elle qui se lassera du grand homme et lui, amoureux comme un adolescent, lui écrivit qu’elle fut « sa seule et authentique Révolution… »
Son mari Diego Rivera, peintre célèbre plus âgé qu’elle, fut l’homme de sa vie, même s’il commença rapidement à la tromper… Elle ne fut pas de reste, elle eut de nombreux amants et quelques amantes. Les invités témoignaient des disputes épiques, des assiettes qui volaient… 

Amour de la vie :
Frida
s’entourait de plantes et d’animaux,
Frida aimait la vie, même si elle lui en faisait baver… 

Il y en a qui naissent avec une étoile qui brille haut et d’autres comme des étoiles tombées par terre, écrasées, pleines de coups, et même si vous ne le croyez pas, je fais partie de celles qui sont bien tombées par terre.
Frida

Frida avec son singe Fulang Chang,1944, Mexico City,  © Bettmann/CORBIS
Frida et son faon en 1940, photo Nickolas Muray
Frida avec ses chiens, photo Gisèle Freund
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Frida nourrissant ses canards dans son jardin de la Casa Azul, photo de Gisèle Freund – 1948

Bien trop souvent allongée sur un lit de douleurs, elle s’imagine oiseau, une image qui vient de loin (à son mariage, sa mère dit c’est le mariage d’une colombe et d’un éléphant) et proclame son amour de la vie, malgré tout, après l’amputation de sa jambe droite :

 Des pieds, pourquoi en voudrais-je, si j’ai des ailes pour voler ?
Frida

 Et :

Est-ce que les verbes peuvent s’inventer?
Je veux t’en dire un : je te ciel, et ainsi mes ailes s’étirent, énormes, pour t’aimer sans limites.
Frida 

N’est-ce pas follement fort et touchant ?

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Héritage

Frida est partout en Amérique centrale, c’est une héroïne, une inspiratrice. Les excès mercantiles font même parfois mal au cœur… Mais bien plus noblement, elle continue d’inspirer les femmes d’aujourd’hui.

Une artiste textile française, Anne Gailhbaud alias ArtisAnne, lui a rendu maintes fois hommage, ressentant intimement dans ses fibres la sensibilité de Frida. Anne a lu TOUT au sujet de Frida et j’apprécie l’influence de sa muse mexicaine.

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Deux broches faites pour des amies par ArtisAnne. Lisez ses articles sur Frida Kahlo !

Mon prochain article sera consacré à un quilt sur Frida… pas de moi ! Vous aurez la surprise…

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Nos cœurs battent en souvenir de Frida.

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Elle avait la rage de vivre.

Les nuages ne durent qu’un moment et le soleil toute la vie.
Frida

Son dernier tableau, en 1954, n’est pas un autoportrait, mais une ode aux couleurs et aux choses simples de la vie :

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¡Viva la Vida!

La terre est bleue comme une orange

La terre est bleue comme une orange

C’est le premier vers intrigant d’un poème de Paul Éluard datant de 1929. A l’absurdité de la phrase répond la finesse des rêveries qu’elle enclenche, laissez-vous emporter, rebondissez sur les images qui vous viennent…

Mais oui, la Terre a la forme d’une orange, une balle, une sphère, symbole de la plénitude. 

Ce fruit a puisé la vitalité dans la lumière du soleil, a concentré l’énergie en zeste, jus et pulpe, comme l’essence de la vie— VAlekStudio / Shutterstock.com.

Or, la terre est effectivement brune, ocre, beige… ou orange.

Une vue du Bryce Canyon, en septembre 2018, où l’orange de la terre se marie au bleu du ciel.

En 1929, nul humain n’avait pu contempler ni photographier la Terre vue de l’espace, et on avait bien moins conscience de la prédominance des océans sur la terre ferme. Avant les missions dans l’espace, personne ne l’appelait la planète bleue. Et peut-être était-ce alors la terre bleue qui intriguait les lecteurs, plus que la terre comme une orange… Tout est question de perspective.

On nomme l’overview effect, le choc qu’ont ressenti de nombreux spationautes en voyant la Terre de l’espace. Après avoir contemplé leur Maison de loin, ils veulent plus que jamais la protéger : elle est belle, elle est unique, elle est fragile.

overview
L’écrivain Jean-Pierre Goux mise sur la diffusion massive de photos et vidéos de la Terre vue de l’espace pour inspirer un amour profond pour notre Maison, susciter un sentiment d’appartenance à ce monde unique, fini et isolé comprenant toute la nature, dont nous faisons partie. OneHome.org. Si vous comprenez l’anglais, voici 14 citations d’astronautes ayant expérimenté l’overview effect. Tous sont émus, souvent jusqu’aux larmes.

C’est assez surréaliste de savoir ce qu’il se passe sur la planète en dessous de nous. La Terre a toujours l’air aussi éblouissante, vue d’ici, donc c’est difficile de croire tous les changements qui se sont produits depuis qu’on est ici.
Jessica Meir, le 10 avril 2020

L’astronaute Jessica Meir vient de rentrer sur terre le 17 avril, après 7 mois en station spatiale, elle expérimente à présent un confinement auquel elle était bien moins préparée…

Fragile

Jamais je crois je n’ai autant lu que durant ces semaines de confinement, et j’ai découvert plusieurs romans de science-fiction où sont projetées les craintes des auteurs dans un avenir plus ou moins lointain. Je vous assure qu’à la lumière de ces possibilités, on n’a, encore moins que jamais, pas envie de vieillir, aucune projection n’étant réjouissante… Quelle désespérance. Que ce soit Valentin Auwercx dans 500 ans (Le temps d’une Étoile) ou Tatiana de Rosnay dans 15 ans (Les Fleurs de l’ombre), l’avenir a de bien tristes couleurs. Et quand certains s’arrogent le droit de faire « ce qu’il faut » pour régler les problèmes comme dans Le Parfum d’Adam de Jean-Christophe Rufin, j’en frémis encore.

L’équilibre qui convient à l’humanité est fragile : quelques degrés de plus et nos côtes seront englouties, nos organismes flancheront à la chaleur, nos jardins seront grillés. Grâce à l’ingéniosité des hommes, nous avons bénéficié de tant de bienfaits, mais la balance penche dangereusement vers les douloureuses contreparties. La pollution tue la biodiversité comme les abeilles et autres insectes pollinisateurs, bienfaiteurs de notre alimentation saine. La nature que nous domptons s’épuise, tant de décisions étant prises pour le court terme. Je ne me lancerai pas sur une longue liste, vous la devinez. Et si nous lisons l’histoire de notre genre humain, Sapiens, une brève histoire de l’humanité de Yuval Noah Harari, on se rend compte à quel point nous sommes, nous et nos civilisations, arrogants et pourtant minuscules et fragiles.

Un fichu virus et voilà notre vie d’avant, si imparfaite, déjà considérée comme un paradis perdu…

Audace

La vie est une aventure, ose-la.
Mère Teresa.

Je crois au miracle, je suis un optimiste de la volonté et je professais qu’à moins d’être totalement mort, rien n’est grave.
Sylvain Tesson

Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles.
Sénèque

La couleur orange symbolise l’énergie, la vitalité, l’optimisme, l’audace et donc, nous incite à croire malgré tout en l’avenir. Il en faut, de l’audace, pour proclamer que la terre est bleue comme une orange. Oser l’audace, c’est un pléonasme que les artistes comme les meilleurs scientifiques savent manier, pour créer un monde meilleur, souhaitons-le. Car il faut agir ! Alors, vous ne serez pas surpris par mon second carré orange du challenge Ensemble malgré tout de France Patchwork :

Stay at Home, ou le confinement résilient

En plein week-end de Pâques, j’avais le moral en berne, les enfants étant habituellement autour de moi à cette occasion. Alors j’ai fait une immersion dans mon atelier. J’ai ainsi fait un beau trou dans mes p’tits bouts de tissus, les assemblant en bandes interminables de 6 cm de large, m’inspirant fortement d’un quilt d’une quilteuse australienne, publié sur Instagram. Pour rythmer ces bandes, j’ai découpé les unis en carrés de 12 cm, du prune/aubergine au jaune d’or, en passant par de nombreux rouges, roses et orange. J’ai mis le turbo et fait un top qui n’était vraiment pas prévu.

Je crois bien que ce top sera expédié à une quilteuse long arm professionnelle dans une dizaine de jours ! Je suis en plein quilting à la main de l’ouvrage que vous voyez en tête de blog…

Faire ce top m’a redonné le sourire ! Il s’appelle #StayAtHome, l’un des hashtags les plus utilisés au monde ces dernières semaines…

La fin du confinement ne signifiera pas la fin de la pandémie, nous le savons à présent. Il faudra du courage et de l’audace pour établir de nouveaux équilibres. Pour terminer avec de l’espoir, voici les deux dernières strophes d’un autre poème de Paul Éluard qu’on aimerait tellement voir coller à l’actualité de ce mois de mai :

[…]

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Paul Eluard

Malgré notre fragilité, ayons de l’audace pour créer un meilleur avenir que celui qu’on nous promet.

Avec confiance, allons de l’avant, ensemble malgré tout,
Katell

 

De Vous à moi

Bonjour, en ce 1er mai complètement inédit !

Même dans la région toulousaine, le muguet pousse, du moins chez notre amie Vive, déjà bien fleuri il y a 10 jours :

 

 

Permettez-moi de relayer la demande de la rédactrice en chef des Nouvelles, Sylvie Bedu : envoyez-lui, le plus rapidement possible, une photo de votre ouvrage en cours du Challenge #ensemblemalgretout, pour une parution éventuelle dans les Nouvelles de juin. Personne n’a fini bien sûr, mais certaines peuvent déjà montrer un beau bout d’ouvrage. La photo doit être en excellente définition, vérifiez le réglage de votre appareil photo. Envoi par email à : revue.fp@orange.fr

Je suis presque sûre qu’il y aura un suivi de ce magnifique challenge, alors une fois le confinement terminé, terminez votre ouvrage et faites-en de belles photos ! Et n’oubliez pas d’adhérer à France Patchwork en code 1 pour recevoir la revue, détails par ici.

 

Boîte aux lettres d’emails ou boîte aux lettres du bout du chemin, la communication continue de plus belle entre quilteuses !

Annie Paire suit le challenge et m’adresse des photos de ses créations, souvent bicolores, deux semaines à la fois. J’admire son art, moi qui ne fais pas d’art textile… Voici le dernier, horizon violet et mer glaz :

Maïté, elle aussi, continue son sampler « balade dans la nature » :

Et un merci ému à mes correspondantes de la semaine :

laure liberty
Une superbe carte textile en tissus Neelam, une réalisation parfaite et que des mots doux… Merci infiniment Laure Liberty !
huguette judes
L’incroyable Corona-carte d’Huguette Judes, qui n’arrive malheureusement plus à poster des commentaires sur ce blog… mais qui continue de quilter tout en confectionnant des masques, comme nombre d’entre nous.

Elles comme nous avons le virus du patch, et attention nous le partageons volontiers !

A très vite, prenez bien soin de vous,
Katell