Quilts traditionnels et contemporains au PAF 2022

Je ne choquerai personne en disant que la majorité des quilts exposés à Nantes étaient traditionnels – mais quelle beauté ! Traditionnel ne veut pas dire sombre ni ennuyeux ni attendu ni terne ni fade, et ces quilteuses de haut vol qui aiment créer avec des tissus de reproduction ou de récupération, comme avant, acceptent aussi avec intelligence qu’on ne fasse pas comme elles 😊 : il y a de la place pour tout le monde !

Tolérance est le maître-mot, avec l’amour des arts textiles sous tous ses aspects, et toujours l’hommage aux femmes qui nous ont précédé. Le nouveau collectif Quilts en Rêve exposait, montrant l’amour pour la tradition revisitée avec la personnalité de chacune. J’y ai retrouvé Dominique Husson, Aline Joulin, Gabrielle Paquin, Michèle Beugnon, Christiane Billard avec grand plaisir, des femmes de cœur et d’esprit.

Monique Philippe, Dominique Husson et Michelle Braun ne sont pas du tout dans les mêmes catégories d’inspiration textile, mais que de joie de se retrouver toutes à Nantes !
Dominique Husson devant son splendide quilt intemporel.

La plupart des quilteuses australiennes à l’honneur montrent des quilts traditionnels époustouflants, mais je laisse d’autres blogs vous les commenter en détails (Cécile https://patchworkinspirations.fr/ par exemple). Je préfère vous parler de celles qui sont sur des chemins moins fréquentés. Commençons néanmoins par celle qui a suscité l’admiration de tous : Amy Pabst.

Une admiratrice avait un chemisier aux couleurs correspondant parfaitement au quilt d’Amy !
Chaque quilt d’Amy mérite qu’on s’y attarde, suscite l’admiration de près comme de loin.

Sa passion est le log cabin, ce bloc déclinable à l’infini, dont le nom rappelle la maison de rondins et le foyer au centre, jouant avec les ombres et les lumières. C’est une structure d’assemblage logique inscrite, je crois, au plus profond de notre mémoire collective. Amy Pabst nous éblouit en cousant des bandes très étroites, dont on ne voit que quelques millimètres une fois assemblées. Je ne vois pas cet exercice pour la première fois (ici en Irlande, ici à Toulouse), mais celles qui le font sont toujours dans l’excellence. Amy partage volontiers ses secrets de fabrication en atelier et dans son livre édité par Quiltmania.

Ramble On, un carré de 63,5 cm en tout et pour tout pour 100 blocs !!

Voici un autre exemple, Dizzy Log Cabin, 72 x 88 cm :

L’épure sophistiquée de Brigitte Heitland, quilteuse allemande, plaît de plus en plus. Ses quilts sont à la fois reposants et dynamiques. Le nom de sa boutique, Zen Chic, lui correspond parfaitement et ce design contemporain gagne en popularité. Je ne peux que m’en réjouir !

Zen et Chic !

Son premier livre, que j’avais présenté ici, fut édité en anglais ; à présent son art est accessible en français avec son nouveau livre édité par Quiltmania, sans oublier les nombreux modèles dans Simply Moderne ! Instagram : @zenchicmoda

Quant à Carolina Oneto, une des étoiles montantes du Modern Quilting mondial, déjà connue par ses photos sur Instagram @carolina_oneto, elle se trouvait auprès de Wonderfil, son sponsor. Ses quilts sont éclatants de joie, tout comme elle ! C’est aussi très moderne, mais sous une autre forme que Brigitte Heitland, laissant plus de place aux formes harmoniques, ou bien aux compositions rappelant des peintres abstraits. On peut y déceler des séquences répétitives comme en musique, des progressions comme en mathématiques… et inversement. Carolina, comme bien d’autres aujourd’hui, s’autorise le quilting machine associé à des points de coton perlé à la main, ajoutant une touche texturée différente. Vive le droit de faire comme on veut ! La liberté progresse dans le monde du patchwork 😊.

Mes amies Abeilles qui étaient allées en mars dernier à Sitges me l’avaient bien dit : tu vas aimer l’exposition de Chris Jurd ! Cette artiste aime les impressions vives, les mélanges audacieux qu’on a pris l’habitude d’aimer avec d’autres Australiennes comme Kathy Doughty.

Ses blocs originaux sont cousus à la perfection et on remarque que l’équilibre se fait grâce à son utilisation des noirs, blancs et gris. C’est pourquoi parfois, même sans la structure d’un vitrail, on pense quand même à cet art du cloisonnement.

Retrouvez Chris sur Instagram @patchworkfun et dans son livre édité par Quiltmania.

Autre artiste découverte à Nantes : Jessica Wheelahan ! En fait, j’étais déjà abonnée à son profil Instagram, mais elle se cache sous le pseudo @birdie_beetle.

Jessica est jeune, joyeuse, sympathique et son art est entièrement dédié au patchwork improvisé, celui que j’aime enseigner en France depuis plusieurs années. Alors nous parlons le même langage, issu de Gwen Marston, des quilteuses de Gee’s Bend, celui de Victoria Findlay Wolfe, Sujata Shah et de LeeAnn Decker… Une famille inspirée à la fois par les traditions et le modernisme.

Parfaitement imparfait, ce quilt attire le sourire ! Skie’s Wagga, par Jessica Wheelahan

Tous les tissus – d’ameublement, de linge de maison, de vêtements – sont susceptibles de trouver leur place dans les quilts de Jess, lesquels sont parfois bancals et dérangent, mais au moins ils ont de la personnalité !

Récup’ et broderies improvisées, un air de country ou art primitif revisité ! C’est Maker’s Map, fait en voyage, avec des souvenirs accrochés en déco, des boutons, des perles, du mat, du brillant, du sobre et du clinquant… Ainsi va la vie !
Colors of Australia, Jessica Wheelahan
Voici notre chère artiste, devant Stargazing, un quilt apparemment sage mais aussi extravagant que les autres, un faux-bicolore où la part foncée est de velours côtelé, marine et quasi-noir, et les blancs et écrus sont des récup’ deci delà.

Et bien sûr, Jess a écrit un livre édité par Quiltmania que je recommande chaleureusement ! Si les quilts sont « sauvages », les explications vous donnent des solutions « en douceur », avec des blocs en couture sur papier, de nombreux gabarits. Ensuite, vous pourrez vous en passer et improviser vos propres créations ! C’est un des rares livres sur l’improvisation édité en français, ne le manquez pas. J’avais abordé cet état d’esprit dans BeeBook, mais il est épuisé !

Avec autant de turquoise, ce quilt ne peut que m’enchanter ! Sur la commode, le livre de Jessica, dépêchez-vous avant qu’il ne soit épuisé lui aussi !… (photo Michelle Braun)

Encore une petite place pour présenter Megan Manwaring : Australienne vivant à Londres, avec deux quilts à la belle présentation et l’utilisation renouvelée de tissus Liberty of London, so chic ! Deux bijoux qui, j’en suis sûre, inspireront de nombreuses quilteuses. Modèles disponibles chez Quiltmania, en brochure. Instagram : @meganmanwaring

Vous voyez, cette édition Pour l’Amour du Fil fut comme toujours internationale, variée, enthousiasmante, mais je n’ai pas fini, je reviendrai bientôt avec quelques artistes françaises modernes…
Katell

Au coin des blogueuses le 20 avril 2022 (photo Geneviève)

36 commentaires sur « Quilts traditionnels et contemporains au PAF 2022 »

  1. un retour sur Nantes de beaux quilts inspirant er pour tous les goûts !! beau salon
    a refaire c’était si bon de rire ! bonne journée bises

    J’aime

  2. Que c’est intéressant, que c’est riche, Ça titille les yeux et les sens. Ça donne envie de faire, de tester, de bidouiller. J’ai découvert dans un Simply récent (je ne sais plus si c’est le moderne ou le vintage) Racheldaisy qui fait des créations saisissantes avec des bouts de jeans.
    Merci Katell pour cette expo virtuelle

    J’aime

  3. bonjour quel bel article. Comme j’aurais aimé et voir cette exposition et vous rencontrer. Une autre année. Merci merci

    J’aime

  4. Merci merci Katell! Quelles merveilles… Et ça m’a fait plaisir de revoir Dominique Husson que je n’ai pas vue depuis des années. C’est un bonheur de se réveiller en regardant tout ça. A bientôt peut-être Je t’embrasse Janine

    J’aime

    1. Coucou Janine,
      Heureuse de te retrouver, il ne manquait plus que toi à ce magnifique salon. Nous serons au Carrefour européen, avec Quilt en rêve.
      Amitiés Dominique

      J’aime

    2. Ma chère Janine, j’imagine bien que ces quelques photos réveillent chez toi de formidables souvenirs! On m’a récemment rendu ton livre Mosaïques d’étoffes. Alors je l’ai relu… Il est tellement riche !!
      Je cours après le temps en ce moment, mais cet été, si tu es à Toulouse, je te proposerai de passer une journée ensemble. A bientôt Janine !

      J’aime

  5. J’ai adoré ce salon que je venais visiter pour la première fois .
    Émerveillement assuré que le travail soit improvisé ou dirigé.

    J’aime

  6. Quel beau reportage, j’y découvre d’autres détails et avec tes explications, une autre façon de voir ces magnifiques ouvrages qui m’ont tous enthousiasmé.

    J’aime

    1. Tu as du mérite Gene, car tu ne fais pas de patchwork mais tu as supporté pendant 4 jours des conversations tournant presque uniquement autour des arts textiles !! Mais tu comprends que c’est notre passion… et tu sais aussi t’intéresser à cette expression artistique.
      Et merci pour la photo, tu vois je lui ai trouvé une petite place 😀

      J’aime

  7. J’y étais et j’ai eu le plaisir de te rencontrer au Coin des Blogueuses avec Cécile D.,mais je ne me lasse pas de voir et revoir tout cela…. donc un grand merci pour ton reportage et tes commentaires éclairés. Très belle journée.

    J’aime

    1. Nous avons eu, une fois de plus, un très, très beau Salon. L’année prochaine, nous serons avec les amies quilteuses des Pays-Bas, ce sera formidable également !
      Le Coin des Blogueuses : je ne m’y suis pas ennuyée une minute ! Cécile y était présente chaque jour, elle est formidable 💗

      J’aime

  8. Je n’y etais pas et je le regrette, l’an prochain, promis juré je ne le manque pas ce salon.!! Jessica Wheelalan, j’adore!!!Et merci pour ce reportage.

    J’aime

    1. Jess a bousculé les plus traditionnelles, mais je crois bien que les quilteuses râleuses n’existent presque plus, celles qui faisaient la police dès qu’un point était trop long… Je me réjouis de cette tolérance et de l’appréciation de chaque style. On peut aimer Vermeer ET Van Gogh, Mozart ET Bowie et ainsi de suite !

      Aimé par 1 personne

  9. Bonjour Katell, très beau salon , très beaux quils de toute part . Merci pour ce beau reportage . Je ne t’ ai pas vu au coin des blogueuses , quel dommage mais j’ ai rencontré Cécile et Muriel , heureuse d’ avoir mis un visage sur leurs noms . j’ ai craqué pour la fiche Quiltmania du quilt de Megan Manwaring, je le trouve beau , très riche , Je suis une fan de l’ appliqué . Cela va être long à réaliser mais on va prendre le temps . A bientôt pour un nouvel article . Bises bretonnes

    J’aime

    1. Ah Martine, j’étais mise au Coin seulement mercredi 🙃😅 et c’était à ma demande, pour la première participation, une journée c’était bien. Les rencontres sont toujours intéressantes, on prend le temps de se poser et discuter…
      J’aime beaucoup les quilts de Megan aussi, as-tu choisi le vert ou le bleu-blanc ? J’aurais du mal à choisir… les deux sont très intéressants.
      Samedi, dernier article sur les artistes rencontrées à Nantes…

      J’aime

      1. Coucou Katell j’ ai pris le kit vert avec ses bandes blanches , j’ ai hésité longtemps entre les deux .Je suis passée le jeudi au salon , on se verra peut-être à SMM ou sur Toulouse , j’ y vais en Juillet , mes enfants reviennent des USA pour l’ été . Au plaisir de te lire . bises

        J’aime

  10. Merci pour le partage,c’est vraiment un beau salon j’ai eu la chance d’y aller avant le covid bonne journée

    J’aime

  11. Ohhh figure-toi que j’ai bien discuté avec Dominique et Michèle (Beugnon), Aline et j’ai raté Christiane… Je vais lui écrire un petit mot. Ils sont merveilleux leurs quilts !! Un enchantement ! Gros xoxo Katell !

    J’aime

  12. Chère Katell, merci pour ce blog passionnant et très documenté. On y apprend constamment de nouvelles choses. Je souhaite revenir sur les quilts de Jessica Wheelahan qui font appel à l’improvisation. J’appellerai cela plutôt de la déconstruction. Ceci entraîne des réflexions de ma part. J’ai tout de suite eu un coup de foudre pour le petit dominante noire avec de gros pois blancs sur fond rouge et celui qui est noir et blanc.
    Tous ses quilts sont à base de blocs géométriques connus et comment faire lorsqu’on a dans nos gènes les règles de géométrie apprises dans l’enfance (la rigueur, le détail) et une panoplie d’outils tels que règles, compas, rapporteur, … pour parvenir à dériver ? Il faut donc des-apprendre et tout oublier ! En revoyant les anciens quilts 1920 1930 des Gee’ s band dont le résultat est le même (la déconstruction), alors je me dis que la démarche est inverse : les Gee’s de ces années-là n’avaient pas été à l’école, puisque esclaves, n’avaient pas appris la géométrie et n’avaient pas à leur disposition les outils que nous avons. C’était donc un travail à l’opposé de celui de Jessica et complètement spontané. Bravo à Jessica pour torturer ses neurones et parvenir à ce résultat.

    J’aime

    1. Ma chère Gabrielle, désormais je t’emprunterai ce mot déconstruction, car il correspond parfaitement au parti pris des quilteuses de ce mouvement. L’improvisation est quand on invente la maquette au fur et à mesure de l’avancement, la déconstruction quand on fait exprès de ne pas suivre les règles de l’exactitude. C’est beaucoup plus juste ainsi.

      Dans le Vieux Sud, les esclaves travaillant dans les belles demeures cousaient à 4 mains les beaux quilts, avec leur « Mistress ». Est-ce la réalité ou une mythologie ? Elles avaient ensuite le droit de récupérer les précieux restes de tissus pour en faire des quilts vite faits pour leur propre famille. Là elles n’avaient pas le temps de faire aussi précis et beau que dans la journée pour les lits des maîtres. Mais elles avaient en elles le sens de la beauté, la connaissance des blocs, d’où l’art du patchwork afro-américain déstructuré et le partage de ces blocs dans la communauté… Finalement, ces deux mondes étaient peut-être également plus reliés qu’on ne l’imagine. Puis, les générations se succédant, les quilts utilitaires sont restés vite faits dans les classes populaires, les tissus déchirés pour couper les bandes, les gabarits approximatifs, mais avec cette culture bien américaine des blocs connus de tous.

      J’ajoute que, lorsque je pratique à la fois l’improvisation et la coupe à main levée et donc déconstruite, j’ai un sentiment de joie et de liberté ! Parfois le résultat est déconcertant, mais le processus est très libérateur. Et après quelques quilts déconstruits, j’aime revenir à un quilt qui exige plus d’attention…
      L’art du patchwork a tant de visages, c’est aussi pour cela qu’il est passionnant ! Merci infiniment pour ton intervention Gabrielle 💗

      J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.