Une idée du paradis

Chacun a son idée du paradis.

Katsuhiko Sakiyama, ancien directeur japonais d’une maison d’édition de livres de voyage, trouva son paradis un jour de 1986, lors de vacances aux Philippines consacrées à la plongée sous-marine. Une île aux 2 km de plages, vierge de toute pollution, était en vente. Désireux de conserver ce bijou, il l’acheta.

L’interminable plage de sable blanc permet de longues baignades. C’est l’île de Caohagan (ou Khao Hagan), dans un archipel corallien des Philippines.

Cette île était habitée, 330 personnes y vivaient en quasi-autarcie, presque sans monnaie. Les premiers contacts entre les habitants et M. Sakiyama se firent dans la simplicité et un immense respect  commun pour la vie telle qu’elle est organisée dans cette petite île, complètement en symbiose avec la nature. Lui-même évoque la puissance de Kami dans ce lieu privilégié. Kami, c’est l’esprit divin, les forces de la Nature dans la religion shintoïste, base de la mythologie japonaise. Si, d’après les statistiques, les gens de cette île sont parmi les plus pauvres de la planète, ils ne sont certainement pas les plus malheureux. Il y règne une idée simple, vivre heureux en étant une part de la Nature, tout simplement.

Les maisons sont faites avec les matériaux qu’on a sous la main… comme naguère chez nous.

Il ne fallait surtout pas casser cette symbiose, mais il fallait tout de même apporter des possibilités de soins, d’éducation pour la population. De même tout a été fait pour protéger les récifs coralliens, la pérennité de la pêche locale qui nourrit les habitants. Le couple Sakiyama y a fait un remarquable travail de conservation de la nature avec des ONG, en concertation avec la population naturellement.

Le tourisme raisonné est une des ressources de l’île, mais aussi, pour le tiers, la vente de… quilts ! C’est bien sûr la raison de ma présentation de cette île…

A Caohagan, la population est montée à environ 600 personnes parmi lesquelles 120 quiltent 

M. Sakiyama est marié à une styliste et quilteuse, Junko Yoshikowa. J’ai eu le grand honneur de discuter avec eux à Sitges, où étaient exposés de nombreux quilts venus de l’île de Caohagan.

Photo prise par LeeAnn dans d’autres circonstances, car j’ai rencontré ces deux charmantes personnes, Junko Yoshikowa-Sakiyama et Katsuhiko Sakiyama  séparément… A chacun son tour de permanence à Sitges !

Au début dans les années 1990, Junko montra à quelques femmes le travail de patchwork avec des gabarits. Peine perdue, cela n’intéressa pas grand monde. Mais elle avait laissé les tissus et lors d’une autre visite, elle se rendit compte que certaines avaient commencé à couper des formes spontanées issues des modèles qu’elles avaient autour d’elles : les arbres, les fleurs, les poissons, les maisons, les chats, les chiens… Junko les encouragea à poursuivre, les aida techniquement… et les quilts de Caohagan sont nés !

(photo de ce blog)

Chacun de ces quilts est unique au monde, il est fait sans plan ni gabarit et toujours à la main. Seul le biais de finition est cousu à la machine, puis fermé comme nous à la main. La plupart des tissus proviennent de Cebu, la 2e plus grande ville des Philippines (après Manille), lieu d’arrimage de Magellan en 1521.

Ces quilts sont créés artistiquement, avec audace, dans un esprit de représentation de leur environnement, avec un sens naturel d’association des couleurs, tel qu’on l’apprend en observant la nature. Les quilts ne sont pas droits ? Et alors ? La nature est-elle faite de lignes droites ?

Les quilts de l’île Caohagan présentés à Sitges cette année m’ont enthousiasmée. Je n’avais pas eu la chance de voir l’exposition de Nantes en 2012, c’était donc une découverte.

A Caohagan, des hommes quiltent également.
A peine finis, les quilts sont lavés dans l’eau de mer : le sel fixe les couleurs. C’est un geste important, une sorte de baptême du quilt fini. Ensuite ils sont rincés à l’eau claire. On peut laver les quilts de Caohagan à la machine à laver.

Ils m’ont rappelé les quilts afro-américains, si libres, mais aussi les quilts européens et américains du passé, ceux dont parle avec talent Christiane Billard dans Les Nouvelles n°136, celui qui vient de sortir.

Quilt anglais du 19e siècle : la quilteuse (inconnue) y a appliqué tout ce que son imagination lui dictait, avec les tissus qu’elle avait. Musée V&A, Londres.
Ce quilt d’Harriet Power est un important témoignage de la culture afro-américaine. Il a été acheté par le Museum of Fine Arts de Boston. En voici une description détaillée.

Junko et son mari sont devenus les ardents représentants des artistes de cette île, en exposant et vendant les quilts dans le monde entier. A l’exposition de Sitges, j’y ai trouvé mon bonheur, mon mari et moi avons acquis deux quilts présentant chacun un Arbre de Vie, un de mes thèmes préférés. Je serai ravie de les montrer à notre Journée de l’Amitié départementale la semaine prochaine (le 29 mars à Balma, organisé par la délégation France Patchwork 31 et le club de patchwork de Balma). L’un est fait par Narda, l’autre par Akang. Sans les connaître, j’ai tellement envie de les remercier ! Admirer leurs quilts est un pur bonheur. Je réserve la primeur à mes amis de Haute-Garonne, mais promis je les montrerai ensuite sur ce blog ! 

Photo Judy Schwender

Une île où l’on vit simplement tout en faisant des quilts, n’est-ce pas une idée du paradis ?

Les photos sans source sont du site Caohagan.com.

 

Le Jardin Secret en Occitanie

Ian Berry, l’artiste qui fait chanter et danser le denim, se prépare à une grande route vers Paducah avec son Jardin Secret, tout juste décroché de New-York.

Son agenda est difficile à gérer, vous vous en doutez. Il lui faut aussi du temps pour se reposer, pour créer…

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Ainsi, l’invitation de Patricia, lancée en automne pour que Ian vienne en Occitanie, restait en suspens… Nous l’espérions tellement fort que, oui, Ian vient à Labastide-Rouairoux (81) pour la Fête du Fil les 14 & 15 août 2018 ! Patricia avait été une aide précieuse et indispensable pour le succès du Secret Garden aux délais presque impossibles à tenir, la voici pleinement remerciée. Ian est une personne qui n’oublie pas ses amis !

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Ian, I’ll be so happy to meet you again!

Ce sera une édition vraiment exceptionnelle, allez voir le programme par ici. Comme c’est le moment où on commence à penser aux vacances d’été, je vous conseille de programmer un tour en Occitanie en août. Nous avons tout: la montagne, la mer, un riche passé, de charmants villages, de très belles villes… et un Jardin Secret !

 

C’est donc ainsi que Patricia annonce la venue du Printemps :

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Dites-le avec des fleurs !

 

Modern Quilts à Sitges (Catalogne espagnole)

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A peine le QuiltCon 2018 clôturé à Pasadena (Californie), une sélection de cette grande exposition a pris l’avion vers Sitges, ravissante station balnéaire située au sud de Barcelone, où est organisé chaque année un Festival International de quilts.

Nous avions donc la possibilité de voir une bonne vingtaine de quilts qui voyageront dans le monde pendant plusieurs mois, la Catalogne étant la première étape de leur long périple. 

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Jeudi, c’était le jour où il y avait le moins de monde. Les quilts modernes attiraient pourtant déjà un large public . Au centre en arrivant, on pouvait voir un petit mais remarquable quilt, celui de Sophie Zaugg de Lunalovequilts !
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Voici Orange Pop de plus près. Il vous dit « quelque chose » ? C’est normal, Sophie avait offert ce modèle au magazine des Nouvelles (France Patchwork). C’est d’ailleurs bien indiqué sur le cartel de présentation 🙂

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Hourglass quilt, Tara Faughnan. Cette quilteuse a eu la gentillesse de m’adresser des photos pour illustrer mon article sur les Modern Quilts dans Les Nouvelles n° 135. J’aime beaucoup ce qu’elle fait !

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Canterbury #2, Debbie Grifka. C’est la spécialiste de l’utilisation des biais, elle explique ses techniques dans son livre Lines by Design Quilts, que je vous recommande.
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Sliced Circles, Karen Lee
Cette petite phrase est devenue un slogan féministe, un hashtag qui fleurit pour contrer les tentatives de réduire les femmes au silence ainsi que notamment les propos sexistes de l’actuel président des USA. Ici la quilteuse Liz Harvatine reprend 60 fois la phrase en matelassage, d’après l’écriture de 60 différentes femmes, sur fond de drapeau américain, pour soutenir Elizabeth Warren en particulier, éminente femme politique appelée Pocahontas par Trump. C’est une appellation jugée raciste, dans le contexte actuel.
Aura, Nydia Kehnle

Clinging to the edge, Irene Roderick. Une brillante improvisation qui rappelle les jeux d’enfant.
Très mal photographié et pourtant si beau ! Pivoted Plaid de Cassandra Weaver. 

Cette sélection montre quelques nouvelles tendances, déjà amorcées les années précédentes. On y voit des quilts très minimalistes, mais aussi du patchwork aux formes traditionnelles et très colorées. Des tissus unis, mais le regain des imprimés. Des graphismes sobres, mais aussi de l’exubérance. Du quilting machine, mais aussi la résurgence du matelassage à la main, souvent à grands points, au coton perlé ou au fil doré… Les arrondis bien nets ont toujours la faveur de nombre de quilteuses modernes, mais aussi les structures improvisées.

Cette variété est la preuve de la vigueur des quilts modernes. La Modern Quilt Guild organise chaque année une grande exposition qui donne un panorama des tendances. Les prochains rendez-vous sont à Nashville, capitale de la country music, en 2019 puis à Austin, Texas pour 2020… Entre les deux, mon cœur balance !

PS : ces prochaines semaines, mes articles se feront un peu plus rares… Heureux événement à préparer, le mariage de ma fille 🙂 mais je continuerai à publier de temps en temps !
Katell
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Sitges : quilt-expo sous le soleil de la Catalogne

Sitges est une ville balnéaire dont les maires successifs ont eu la bonne idée de préserver le cachet, interdisant rla construction de bâtiments excessivement hauts.

Les plages sont superbes, le climat très doux et le petit village de pêcheurs n’a pas perdu son âme.

J’ai réservé un hôtel tout près de ce merveilleux patio de le rue Angel Vidal, qui existe depuis bien longtemps….

Quelques très belles maisons du XIXe siècle sont celles des Americanos, ces Espagnols partis en Amérique, revenus après avoir fait fortune. Elles diversifient l’architecture, parfois de style néo-classique ou Art Nouveau, et sont les preuves éclatantes de la réussite des enfants du pays !

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Sitges-Ruta-TerramarDSC_0359.jpgC’est aussi à Sitges qu’a longtemps vécu un de mes peintres espagnols préférés, Santiago Rusiñol, né à Barcelone en 1861. Il a fait évoluer la peinture impressionniste et symboliste, montrant la voie au tout jeune Picasso. Son âme de coloriste, sa maîtrise des ombres et des lumières me touchent :

Jardins du Generalife, 1909
Le cloître de Sant Benet de Bages
Jardin en terrasses à Majorque, 1911
 Villa Aldobrandini (Italie)
Vue de Gérone, ville à visiter absolument si vous allez en Catalogne ! Cela n’a presque pas changé…
La rivière Onyar à Gérone (Gerona, Catalogne)
Le Jardin de George Sand, 1905
Ce Patio aux Orangers (1904) est au Musée de Castres
Cour bleue, Arenys de Munt (en Catalogne), 1913
C’est le patio bleu de Sitges peint par Rusinol. 100 après il a subi des modifications, mais il est toujours bleu !

 Les tableaux ci-dessus semblent désertés, paysages, jardins et maisons se suffisent à eux-mêmes… C’est le style Rusiñol ! Je vous rassure, il savait aussi peindre des personnes, la plupart du temps isolées pour mieux les appréhender, cependant son grand ami Ramon Casas est à ce titre meilleur peintre (ses portraits féminins sont splendides !).

Mère en train de coudre, 1892
Maison de prêt sur gages, 1889 (à Paris). On sent le poids de la tristesse sur les épaules de cette femme.

Patio Azul, encore !! 1892

El Señor Bofill en Sitges, 1892. L’histoire de ce portrait et de cette famille est écrite par ici, à la suite de sérieuses recherches et témoignages des descendants.
Portrait d’Utrillo, 1891

Je me retiens d’en ajouter ! J’aime tant ses palettes de couleurs, jamais trop, juste ce qu’il faut… Il y aurait beaucoup à dire sur ce peintre, mais depuis que j’ai découvert ce blog : Coup d’Oeil, je me sens toute petite (blog de Sandrine, également quilteuse) !

Au vu des affiches, le Festival de quilts à Sitges sera formidable ! Et je sais déjà que je retrouverai France Patchwork et les Quilts de Légende à Sitges, pour le reste je me laisse le plaisir de la découverte.

A bientôt !

La B.I.A.T.

C’est la Biennale Internationale d’Art Textile, qu’on connaissait sous l’appellation Quilt en Beaujolais

Un grand rendez-vous ! L’espace commercial vous permettra de découvrir toutes les nouveautés, les expositions d’artistes talentueux vous inspireront et les stages vous permettront d’apprendre de nouvelles techniques… Claude Gilbert et ses amies vous accueilleront également sur le stand France Patchwork.

 

 

Trois Occitanes/3

La troisième Occitane, c’est Patricia Cathala, je la connais depuis peu, nous avions bien discuté sur le stand de Sheila Frampton-Cooper en octobre dernier, puis nous avons tissé des liens grâce à un Anglais, pas n’importe lequel, notre cher Ian Berry ! Patricia a en effet participé au Secret Garden, alors que moi j’avais dû décliner l’offre, faute de temps. Nous nous étions auparavant croisées plusieurs fois, mais toujours très brièvement. A présent je sais combien Patricia est chaleureuse et très sympathique !
Je suis allée bien souvent, le 15 août, à sa Fête du Fil ! C’est LA sortie textile dans la torpeur estivale, quand déjà on voit poindre la rentrée…  Je regrette encore une tapisserie des Tentmakers que j’ai eu la sagesse de ne pas acheter… Quelle idée d’écouter cette fichue sagesse, j’aurais dû être moins raisonnable !
Comme les deux autres manifestations, à Pexiora et à Lacaze, c’est la bonne ambiance occitane qui prévaut. On se balade tranquillement du parc à la salle des sports en passant par le magnifique Musée Départemental du Textile, on mange à la bonne franquette… et on ne voit pas le temps passer !
J’étais donc très intéressée de connaître un peu plus de cette manifestation et l’âme du projet. Vous allez le constater, comme toujours, c’est un noyau dur d’amis qui travaillent bénévolement avec ardeur.
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Sur le chemin en venant de Toulouse, on est frappé par le nombre d’usines textiles à l’abandon et voir l’animation de cette ville en plein mois d’août fait vraiment chaud au cœur !
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Patricia en élégante compagnie !

Patricia à Labastide-Rouairoux (81)

Je suis née à Labastide-Rouairoux et j’ai grandi dans la filature de mon père au milieu des ballots de laine, des machines, des échantillons de fils fantaisies…

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J’ai toujours aimé avoir du tissu, de la laine, du fil, des rubans entre les mains et « bricoler, bidouiller ». Je brode, couds, fais du patchwork, du boutis, et aussi un peu de tricot… J’aimerais avoir plus de temps pour pouvoir avancer tous mes ouvrages en cours et mener à bien tous mes projets !
 

Cette année ce sera la 19ème édition de la Fête du Fil.
Cette animation a été créée avec l’office de tourisme du village. J’y ai travaillé pendant une douzaine d’années avant de rejoindre la mairie.
Nous voulions créer une animation qui mette en valeur notre patrimoine textile et amène par le biais des loisirs créatifs une nouvelle clientèle aux entreprises locales et au Musée Départemental du Textile.

Visite du Musée Départemental du Textile, Labastide-Rouairoux (81)

En 2014, en raison de la nouvelle organisation du tourisme nous avons dû créer une nouvelle association pour pouvoir continuer la Fête du Fil : l’Office d’Animation Bastidien. Nous avons profité de cette occasion pour développer la fête avec deux jours d’animations sur le site du parc municipal et un salon des loisirs créatifs dans la salle des sports tout spécialement aménagée.

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L’expo des Tentmakers du Caire en 2016 était magnifique !
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Exposition de 2017 en partenariat avec le Carrefour Européen du Patchwork (concours 2016 sur le thème de la couleur).

Organiser et développer cette Fête du Fil n’est pas une chose facile.

C’est toute une année de travail bénévole pour deux jours d’animations !
Nous nous efforçons de conserver l’entrée gratuite pour le public. Il faut donc trouver d’autres sources de recettes en sachant que nous n’avons quasiment pas de subventions (certains  considèrent malheureusement que l’art textile n’est pas de l’Art…)
C’est ce côté finances que j’aime le moins : trouver le budget nécessaire pour pouvoir réaliser le programme envisagé.
N’oublions pas la programmation (pas facile de convaincre certains artistes), la  communication, la logistique, le côté administratif…. d’où l’importance d’avoir une équipe de bénévoles efficaces, disponibles, volontaires et sympathiques !
La programmation 2018 est en cours, vous pourrez la suivre ici : 
http://lafetedufil.jimdo.com/
Mais la Fête du Fil c’est surtout de belles rencontres avec les artistes, les exposants, le public. Un tout qui fait que même si le 15 au soir on est complètement épuisés…. on signe à nouveau pour l’année suivante !
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Tout se termine toujours autour de la table et on signe pour l’année prochaine !
Bien amicalement,
Patricia

Trois Occitanes/1

Trois Occitanes organisent chaque année une manifestation pour les passionnés du fil et des tissus, à quelques dizaines de kilomètres les unes des autres, au cœur de la région Occitanie. Ces trois Occitanes dépensent leur énergie sans compter pour notre plus grand plaisir, je voulais donc leur rendre hommage en ce début d’année.

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L’Occitanie est un nouveau territoire politique ayant réuni les régions Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon en 2016. C’est historiquement une entité linguistique et culturelle qui ne colle pas parfaitement avec ces nouvelles frontières, mais personnellement je suis très heureuse de cette dénomination.

Leurs manifestations sont différentes, vous allez le lire, mais elles ont des points communs très importants. Loin d’être concurrentes, elles agissent en synergie et entretiennent la vitalité artistique de notre petit coin de France.

Grâce à leur manifestation, chacune redonne du dynamisme à un ancien village ou petite ville. Les villages abandonnés sont des crève-cœurs et ces rendez-vous annuels sont des antidotes contre l’oubli et l’abandon.

Ces trois événements méritent les kilomètres qu’on doit faire pour y aller et cela se sait. Les Toulousaines et tant d’autres de toute la région de l’Occitanie n’hésitent pas à s’organiser pour y aller en groupe, elles savent avec certitude qu’elles passeront une belle journée 🙂

A chacun de ces rendez-vous, on sent la jovialité occitane, la chaleur humaine et la décontraction des personnes, même si en coulisses le travail est acharné ! Elles ont l’élégance de ne pas le montrer…

C’est pour toutes ces raisons que chaque rendez-vous est bien inscrit dans la tête des quilteuses de la région. En trois articles nous allons mieux faire connaître l’âme des manifestations de Pexiora, Lacaze et Labastide-Rouairoux, dans l’ordre de parution au fil de l’année.

Geneviève à Pexiora (Aude)

Me présenter en quelques lignes ? Difficile, je suis si bavarde ! Et puis Pexiora et son salon, ce n’est pas que moi !

Bon commençons par moi puisque c’est ce que tu proposes Katell.
Je suis Occitane dans l’âme même si hélas je ne parle pas notre « patois », j’adore ma région où j’ai toujours vécu et dont ma famille est originaire depuis plusieurs générations. Les immenses ciels bleus sans limite dans notre plaine du Lauragais, que j’aime la voir du haut de notre Montagne Noire. Et puis la vue magnifique que j’ai la chance d’admirer presque tous les jours sur nos Pyrénées, bleu sur bleu, bleu charrette, bleu pastel.

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Pexiora : entre Toulouse et Carcassonne, entre la Montagne Noire et les Pyrénées… Au loin le pic de Saint-Barthélémy (photo PascalCath11)

Je dirais aussi que depuis toute petite j’ai toujours eu une aiguille dans les mains grâce aux vacances chez Tatie Marcelle, avec qui j’ai habillé ma Barbie (quel souvenir), tricoté les pulls de mes poupées et aligné mes premiers petits points de tige et petites croix. Tout cela mélangé m’a donné l’amour des fils, des tissus, dont la soie que j’ai peinte pendant plusieurs années, et maintenant de la broderie, point de croix essentiellement.

Notre association, La Passion au Bout des Doigts, a démarré il y a plus de 20 ans avec une petite bande d’une dizaine d’amis après avoir constaté qu’il y avait dans notre village des personnes qui pratiquaient différents hobbys, tels que la peinture sur soie, le travail du cuivre, la fabrication de bijoux etc. Nous avons eu alors l’idée de mettre en avant ces savoir-faire en organisant une manifestation dans notre grande salle polyvalente de Pexiora. Pendant plusieurs années nous avons réuni les talents locaux, une première réussite.

Puis est venu Tissus et Lin en Pays d’Aude, titre officiel de notre salon depuis 9 ans maintenant, que beaucoup connaissent tout simplement comme le Salon de Pexiora.

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Moulin à Pexiora

Pourquoi ce salon et pourquoi chez nous ? Tout bêtement, au début, nous nous sommes dit, pourquoi pas ? Il n’existait rien de similaire au sud de la Loire à part quelques manifestations à Toulouse ou Montpellier, quelques expositions de clubs. Après tout nous avions un savoir-faire acquis avec notre première manifestation qui durait toujours, nous avions une belle salle qui pouvait accueillir facilement pas mal d’exposants et de visiteurs et tout le matériel nécessaire.

Avant de nous lancer, nous avons quand même contacté différentes organisatrices de ce type de salon, nous nous y sommes même déplacées pour voir sur place les bonnes idées que nous pourrions appliquer, etc. Chacune nous a conseillé au mieux, nous évitant certaines erreurs de jeunesse, et je les en remercie encore. Et nous nous sommes lancés, sans aucun soutien financier (ce qui dure toujours), avec seulement pour pécule de départ le petit bénéfice engrangé par nos précédentes manifestations. Le principe étant que si notre idée était bonne, elle devait pouvoir s’autofinancer et même dégager des bénéfices ! On ne doute de rien dans notre midi….
La mairie du village nous a soutenus par le prêt de la salle et du matériel nécessaire, et nous avons démarré avec des appels auprès de créateurs qui ont bien voulu tenter cette expérience osée : un nouveau salon dans le midi dans un petit petit village inconnu de tout le monde. Je me souviens que la première appelée fut Marie-Thérèse Saint-Aubin qui a tout de suite dit oui à mon grand étonnement !

                           Un blog fort sympathique où, cher lecteur, on t’informe et te divertit ! Et jusqu’au 10 février tu peux participer au concours du sac à jouets (voir articles ici)

J’ai en même temps ouvert notre blog : http://lapassionauboutdesdoigts.fr/ et pour soutenir la manifestation, nous avons fait une grosse publicité sur le salon de Toulouse précédent avec tracts, contacts directs des visiteuses à leur arrivée, n’hésitant pas à nous faire remarquer en jouant les femmes sandwich Domi et moi pour la bonne cause, etc. Edition d’une belle affiche accrocheuse et envoi de courriers aussi à tous les clubs concernés dont nous avions pu trouver les adresses.

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Domi & Gene, femmes sandwich au Salon de Toulouse en 2010, pour faire connaître le Salon de Pexiora ! Le ton est donné, de la décontraction et de la bonne humeur cachent le travail en coulisses…

La pub, c’est le nerf de la guerre : se faire connaître, faire savoir, où et quand.

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Chaque édition est un succès : photo de Vava

Le succès espéré a été au rendez-vous, 1 200 personnes pendant deux jours pour la première édition, des visiteurs heureux et des exposants qui l’ont été tout autant. Que demander de plus ? Depuis nous sommes passés à 3 jours de manifestation, nous avons doublé le nombre d’entrées, nous avons ajouté la vente de nos traditionnels fils spéciaux créés par Atalie, et nous avons comme nous l’espérions augmenté nos bénéfices.

Cet argent récolté chaque année est intégralement reversé à d’autres associations locales ayant un lien avec les enfants malades ou en difficulté. Tout ceci est expliqué et montré en détail sur le blog.

La Passion au Bout des Doigts a démontré notre capacité à travailler ensemble, à dépasser nos différends parfois, à vouloir toujours faire mieux et tout cela a permis de sortir notre village de l’anonymat, de faire travailler nos commerçants locaux ce qui n’est pas rien, de lier de belles amitiés avec des exposants, des visiteurs réguliers du salon ou du blog, de permettre aux amoureuses du fil de notre région sud-ouest (et plus) de trouver pas trop loin de chez elles ce qu’elles souhaitaient pour réaliser leurs ouvrages.

Partage, solidarité, bonne humeur, voilà quelques uns des mots qui résument notre action.

Geneviève
http://lapassionauboutdesdoigts.fr/

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Rendez-vous dans moins d’un mois à Pexiora, à seulement 65 km de Toulouse en direction de Carcassonne ! Trente exposants nous attendront. Il vous reste juste quelques jours pour participer au concours du sac à jouets, voir les articles sur le blog par ici.

Betty à Naples

Régulièrement, je vous donne des nouvelles de mon amie Betty de Floride, cette historienne et quilteuse érudite qui protège de l’oubli le savoir-faire du Pine-Cone quilt dans le grand Sud-Est des Etats-Unis et en particulier en Floride.

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Le week-end dernier Betty se trouvait à Naples, non pas en Italie mais tout au sud de la Floride, au nord des Everglades (zone humide sub-tropicale du sud de la Floride). Ses pères fondateurs en 1880 trouvaient cet endroit  magnifique « surpassant la beauté de Naples en Italie » mais cet endroit ne commença à être prospère qu’avec l’arrivée -tardive, dans les années 1920- du chemin de fer et de la route est-ouest du sud de la péninsule, le Tamiami Trail (de Tampa jusqu’à Miami, en passant par Naples). Cette route est spectaculaire, on longe une nature encore sauvage, on y voit beaucoup d’animaux… par exemple, des alligators… Naples est aujourd’hui une superbe station balnéaire peuplée de retraités et de touristes. Bien sûr, on chérit l’histoire et, non loin du centre de la ville, le musée en plein air du Comté célébrait le week-end dernier le passé de cette région sous forme d’un grand festival de deux jours.

Cette maison, construite en 1926, était la première maison qu’on voyait quand on entrait dans la ville. Menacée de destruction, elle a été déplacée pour être conservée dans ce musée de plein air. Les murs sont de bois local, une sorte de pin, et les fondations étaient faites de sable de la plage et de coquilles d’huîtres pilées et brûlées. Lors de la reconstruction, cela a été fait un peu plus solidement !


Dans une des maisons historiques datant de 1928, Betty avait toute la place pour accueillir les visiteurs et montrer son savoir-faire :

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Ce nouveau quilt noir et blanc avec des touches de rouge est une idée de son mari. Il est presque fini !

Les nouvelles recherches de Betty sont sur les vêtements portés par les quilteuses dans la période 1890-1930. Vous avez déjà vu les robes incroyables portées par Miss Sue jusqu’au début du XXIe siècle ! Alors Betty va tenter de se faire des tenues aussi proches que possible de ces femmes qui ne jetaient rien, réutilisaient le moindre bout de tissu pour des résultats toujours uniques. Pour ce Festival, elle n’avait pas encore de matériel historique, elle s’est donc confectionné une robe à mi-chemin entre une de Miss Sue et une de Namibie. Sa tenue a été faite de chemises et jupes de l’Armée du Salut. La prochaine fois, elle espère en savoir plus sur les vêtements des femmes africano-américaines de la période 1890 à la veille de la Seconde Guerre Mondiale.

Betty a par ailleurs acheté le livre sur les yukatas car tout ce qui est textile ancien réutilisé la passionne. Et elle va suivre avec attention, m’a-t-elle confié, le résultat des robes de princesse pour Lacaze ! Ce projet lui plaît beaucoup car on va faire du neuf, et même du féerique, avec des bouts de tissus de récupération.

Naples est aussi sur le territoire des indiens Seminole, c’est l’occasion de rappeler leur histoire que j’avais écrite ici.

La vie a repris après le passage des ouragans, et la passion reprend ses droits !

Merci Betty pour ton amitié indéfectible, je t’embrasse,
Katell

 

 

 

Ouverture du Quilt Festival de Houston

 

Fin août, en raison de Harvey (pas Weinstein mais l’ouragan) nous nous demandions si ce Festival, le plus grand du monde du patchwork & quilting, aurait lieu. Le Convention Center était alors rempli de réfugiés dont le logement était devenu inhabitable. Mais oui, Houston se relève et est capable de recevoir deux mois après le drame les milliers d’exposants et visiteurs !

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Les abords du Convention Center sont décorés d’œuvres artistiques en tissus recyclés, avec d’infinis jeux de lumières. (photo Jeanne Hewell-Chambers)

La fête sera toujours aussi belle. Notre chère Emma nous fait envie en postant des photos et reportages sur son site et sur Facebook. Le Salon professionnel et les stages sont déjà très avancés, alors que le public déferlera dès demain soir et jusqu’à dimanche soir. C’est la grande vitrine pour les nouvelles gammes de tissus, les nouveaux livres et tout ce qui remplira prochainement nos magasins et magazines !

Dans cet immense Market, il y a aussi de la place pour des événements, des associations et des bonnes causes, ce sont les Special Exhibits. Cette année, le Projet 70273 qui me tient tant à cœur expose à Houston ! C’est une reconnaissance officielle du monde du patchwork de ce Projet visionnaire et complètement démesuré de Jeanne Hewell-Chambers. Voici la première photo de la mise en place de l’exposition :

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C’est juste le début de la mise en place. Il y aura plus de 30 quilts, dont plusieurs qui viennent directement de Lacaze (81).

Nous vous rappelons que France Patchwork a consacré 2 pages à ce Projet dans son numéro 134 et je peux vous annoncer que Jeanne est devenue membre de France Patchwork. Elle progresse bien en français et se régalera de lire nos prochains numéros Les Nouvelles !

Et bien sûr, l’association France Patchwork est présente et expose, grâce au sponsor Bohin, une sélection des quilts faits sur le thème de la Dernière Fugitive de Tracy Chevalier.  Si vous aussi vous êtes impatient(e) d’en voir des photos, surveillons le blog des News ! Voici en attendant les quilts gagnants de ce concours original et inspiré :

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Chemins de la liberté de Michèle Rotteneur, Prix du Public à Quilt en Sud, mai 2017.
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Quatre quilts pour bagage, Josette Monnois, Prix du Jury

Au Salon pour France Patchwork/4

Les Quilts Modernes

Les quilts modernes sont dans l’air du temps, mais sait-on ce que cela veut dire ? J’ai écrit une fiche de synthèse pour le Salon de Toulouse en accord avec la définition officielle de la Modern Quilt Guild en guise d’information générale. Cette petite fiche recense à la fois les racines et la diversité des quilts faits aujourd’hui.
Quilts modernes, quilts contemporains, appelez-les comme vous voulez ! Ce sont en tout cas les quilts de notre époque avec des tendances esthétiques qu’on ne voyait pas ou si peu il y a 20 ans — et c’est en constante évolution.

On ne sait pas du tout comment les quilts de notre période seront qualifiés dans 50 ans, Les vieux quilts du début du siècle ?… Tout est question de perspective, restons modestes !

En illustration pour le Salon, j’ai eu la chance d’avoir non seulement les quilts verts déjà montrés précédemment, mais aussi le quilt 100  blocs, 100 jours de Florence. Pour mieux connaître ce challenge, voir Les Nouvelles n° 134 (rubrique Modern Quilt). Je l’avais rapidement présenté ici aussi.

Le quilt de Florence est le plus grand, exposé parmi les charm quilts que je vous présenterai prochainement. Combien de personnes ont-elles mis leurs doigts dessus en 4 jours ? Il était si attractif que la police du patch a eu du travail !!

Ce quilt est moderne par sa conception (des blocs dessinés par Tula Pink, quilteuse moderne) mais brouille les cartes pour de nombreux visiteurs car il est quilté à la main ! Nous avons expliqué maintes fois que traditionnel n’est pas obligatoirement à la main et moderne à la machine… C’est un peu plus subtil !

La tendance Quilt Moderne est une chance pour nous, c’est un renouvellement profond et durable de l’art du patchwork. Il est souvent facile techniquement, mais avec des principes souvent nouveaux et différents du patchwork traditionnel. Le plus intéressant est qu’on peut aborder l’improvisation et la créativité en douceur, à partir de quelques règles et astuces. Ce qu’il faut aussi bien retenir, c’est que la tendance Quilt Moderne est en perpétuelle évolution et diversification !

Stage Quilt Moderne France Patchwork

J’en profite pour vous annoncer que j’aurai le grand plaisir d’être l’animatrice du stage Quilt Moderne au sein de l’Université France Patchwork les 3, 4 et 5 juin 2018 à Angers. L’annonce de trois stages (traditionnel, art textile, quilt moderne) a été faite dans Les Nouvelles n° 134. Le stage Quilt Moderne est principalement destiné aux personnes sachant déjà coudre à la machine et qui souhaitent faire un premier pas décisif dans le nouveau monde du Quilt Moderne ! En trois jours, la progression sera très rapide…

France Patchwork
Les Quilts Modernes

 

Un grand vent de modernité souffle sur le monde des quilts ! France Patchwork s’attache à favoriser la diffusion de ces nouvelles esthétiques inspirées des divers courants d’art contemporain, mais aussi attachées aux racines du patchwork populaire.

Déjà certains quilts du XIXe Siècle montraient un sens des couleurs et des lignes très avant-gardistes, en particulier chez les Amish : l’utilisation de couleurs unies les distinguait et, rétrospectivement, on compare leurs quilts à des peintures modernes du XXe siècle.

Les quilts utilitaires des Etats les plus pauvres des USA sont une autre source d’inspiration, avec leur spontanéité et l’utilisation intuitive des tissus. La perfection n’est pas toujours au rendez-vous, mais cela n’empêche nullement la transmission de l’émotion, moteur majeur d’une œuvre artistique.

Les quilts modernes sont aussi des modèles anciens remis au goût du jour avec des tissus contemporains et des maquettes élégantes.

Le courant minimaliste, très présent dans de nombreux domaines (habitat, courant écologique, attitude zen…) est une source inépuisable de quilts modernes, souvent proches de peintures contemporaines.

On peut toujours faire des dessus-de-lit ou des plaids en patchwork moderne, mais la tendance est de les accrocher au mur et leur offrir parfois le statut d’œuvre d’art.