Mystère autour d’un top

A la dernière Journée de l’Amitié France Patchwork de notre département, Liane m’a montré un top trouvé dans une maison de famille. Elle voulait en savoir un peu plus sur ce bel ouvrage. C’est un top fait de blocs avec des appliqués variés et une mignonne bordure de triangle que nous appelons point de prairie. Du beau travail, même si son état le rend délicat à manipuler. Les couleurs restent vives et très contrastées. On voit bien que ce sont des teintures naturelles, faites à partir de végétaux ou autres matières naturelles. Le coton est légèrement irrégulier, certainement pas traité industriellement. Le fil utilisé pour l’appliqué est tout blanc, comme souvent pour les quilts anciens de toutes origines.

Je le soupçonnais venir du nord-ouest d’Inde mais sans certitude. De petites recherches sur internet confirment mon intuition, ce top fait partie des Ralli quilts faits par les peuples du nord-ouest de l’Inde et du sud du Pakistan, à l’est du fleuve Indus. Curieuse, je me suis acheté LE livre des Ralli quilts et je suis heureuse d’en connaître un peu plus à présent !

Dans cet immense territoire, on fait des quilts depuis la nuit des temps. Ils servent de couverture de lit, de tapis de sol, d’emballage et de protection d’objets, de coussin, de selle de cheval ou de chameau… Les tissus n’ont pas une longue durée de vie, mais on en trouve la trace sur diverses gravures. Les mêmes motifs se retrouvent sur d’antiques poteries et autres objets, et même sur des tombes.

Naguère les quilts n’étaient faits que pour la famille et constituaient une bonne part de la dot. A présent il existe des marchés et coopératives pour que les femmes puissent les vendre. Les convictions religieuses différentes, hindoues et musulmanes, ne semblent pas apporter de différences aux quilts.

Par la vente de leurs quilts, les femmes se prennent en main et des aides comme l’alphabétisation sont organisées.

On distingue trois familles de quilts mais souvent on trouve l’association des différentes techniques. La plupart sont de tissus unis, ce qui les rend à nos yeux très modernes !

Ceux en patchwork, faits de recyclage de tissus, ont des motifs géométriques qu’on retrouve identiques en Amérique. On peut les nommer Vol d’oie, Étoile de l’Ohio ou Sablier, mais nul doute qu’ils portent d’autres noms au Pakistan 🙂

Ceux en broderie sont souvent sur fond noir, ils sont faits par le peuple nomade du nord de cette région. Ils comportent souvent des miroirs appelés shishas, donnant un éclat incomparable.

Ceux en appliqué ont souvent des formes de flocons de neige dans un carré et les bordures sont parfois en appliqué inversé, produisant les mêmes dessins que des gravures sur bois de la région.

Allez voir sur ce blog de très belles photos de divers Ralli quilts.

Cette belle photo de femme vient du site Ralli Quilts, tenu par l’auteure du livre éponyme.

La vallée de l’Indus abritait une ancienne civilisation brillante avant JC qui garde encore beaucoup de ses mystères… Comment lire leur écriture ? Pas de pierre de Rosette pour aider cette fois-ci.

A l’Âge de bronze, ils construisirent de grandes villes au meilleur système de drainage, de distribution et de conservation d’eau de l’époque. C’étaient de grands commerçants et constructeurs, plutôt pacifiques. Un déclin en 1700 avant JC est évident sans qu’on en trouve la cause jusqu’à présent. C’est peut-être une guerre, mais plus probablement un changement climatique, avec des crues dévastatrices, des famines ou épidémies qui précipitèrent la chute de cette civilisation qui fut redécouverte seulement au XIXe siècle. 

Voici des détails du beau top de Liane :

Cela me donne une furieuse envie de refaire de l’appliqué !

Détail de la bordure :

Très intéressant : on voit le changement de couleurs des triangles au gré de l’envie… et une marque presque effacée sur l’écru : …RATION et dessous : …ACHI. Opération Karachi ??? Seul un spécialiste pourrait donner la réponse !
Voici l’envers du décor : les triangles « point de prairie » sont fixés par une piqûre à la machine à coudre, tout comme l’assemblage des bandes, alors que l’appliqué est à la main. Les teintures ne tiennent pas, en particulier le turquoise.

Ma chère Liane, merci pour ta confiance, j’ai bien aimé partir à la recherche de l’origine de ce beau top ! A toi maintenant de chercher dans ta famille qui est allé dans cette région… ou bien est-ce simplement un coup de cœur chez un antiquaire ? Le mystère ne se lèvera pas nécessairement et cet ouvrage restera alors source de rêverie…

Gwen Marston

Gwen Marston nous a quittés il y a quelques heures, à son domicile de Beaver Island, une île du Michigan Lake. 

Gwen Marston en 2011 (photo de Kathy)

Dans les blogs de quilteuses américaines se trouvent d’innombrables photos de cette dame à l’élégance naturelle et un humour vif qu’on devine dans cette mosaïque de photos :

C’était en 2016, sa dernière année professionnelle, à Sisters en Oregon. Gwen donne de sa personne pour expliquer une technique ! Photo de ce blog.

Gwen eut des milliers de stagiaires, et heureusement pour les autres, écrivit une trentaine de livres. Ses premiers sont très proches de l’art amish, avec des gabarits en carton. Puis dans les années 1990, elle voulut trouver l’essence des blocs, les simplifier, utiliser le cutter rotatif, puis libérer les quilteuses des « il faut » et « il ne faut pas »…

Gwen utilisait surtout les unis et quiltait de préférence à la main, un lien maintenu avec la tradition amish qu’elle admirait. Photo de Kristin Shields

En septembre dernier, LeeAnn m’a longuement parlé de la santé de Gwen qui faiblissait. Nous espérions pourtant qu’elle puisse profiter encore quelques années de sa retraite prise à… 80 ans.

Je l’avais invitée chez moi pour un stage informel en France en 2018, mais sa santé ne le permettait plus. Un exemplaire de BeeBook lui était réservé, elle m’a un jour appelée sa représentante officielle en France… J’essaierai toujours d’en rester digne.

Gwen chez elle tout sourire, lors d’une visite de Sujata Shah à Beaver Island.

Gwen Marston a montré la voie d’un patchwork contemporain, très joyeux, qui chante à mes yeux. Comme toutes les Gwennie Girls, j’ai perdu mon mentor et je pleure.

Photo Carol Vandenberg

 

 

Surprise à Chatou

Caroline, une fidèle amie de Bee Kristine, aime chiner. Toutes deux ont une connaissance encyclopédique des tissus et des fils, des ouvrages anciens, des broderies et des dentelles… Même si Caroline ne fait pas de patchwork elle-même, elle a sa maison remplie de quilts, cadeaux de Kristine ou achats comme celui qu’elle s’est offert à l’AEF au stand de Cosabeth Parriaud :

Fané mais si beau, ce quilt est originaire du Québec. Acheté d’abord par la célèbre Catherine Legrand (j’adore ses livres !), il passe dans la collection de Caroline, pour sa maison familiale.

Dimanche dernier, Caro était à la Foire des Antiquaires de Chatou (78). Elle y fit quantité de belles découvertes, mais elle est tombée en arrêt devant un tableau textile qui lui rappelle furieusement les Pine cone quilts :

On peut le constater, il est ancien, certains tissus sont abîmés, mais qu’il est beau ! Les carrés pliés en 3 font des triangles plus pointus que la technique de Betty. Cela rappelle les tapis des Russes qui font souvent des rosaces extraordinaires avec cette technique. Est-il de France ? C’est vraisemblable, les tissus semblent très français et on voit, dans la collection de Michel Perrier (ses Mosaïques d’Étoffes seront exposées à Brouage du 22 au 28 avril 2019), nombre d’ouvrages faits de languettes, de carrés pliés, faits dans nos campagnes… 

Spectaculaire !

Il était en vente à 1 100 euros. A-t-il déjà fait le bonheur d’un collectionneur dimanche dernier ?…

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Si cela vous intéresse, vous avez le contact.

Nous dédions cet article à Betty
qui fait revivre la tradition presque oubliée
des Pine cone quilts
et qui compte tant pour nous :
Happy Birthday dear Betty !

 

Des Arbres de Vie d’une île paradisiaque

Les Abeilles font un vrai petit village de maisons à offrir aux quilteuses de Paradise, nous nous donnons encore une semaine avant d’expédier le tout à Cécile (Patchwork Inspirations). Kristine, Maïté, Evelyne, Christophe, Eliane, Andrée, Simone et moi avons déjà fait des blocs, d’autres arriveront vendredi prochain ! Toutes sont à 27 cm, c’est l’équerrage des photos qui fait paraître les deux dernières plus grandes 🙂

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Autre idée du paradis, Caohagan, une petite île des Philippines où la vente de quilts joue pour un tiers dans l’économie locale. C’est une histoire racontée sur ce blog il y a plusieurs mois, que j’ai eu envie de raconter de nouveau à l’auditoire attentif des Bouches-du-Rhône la semaine dernière, vous pouvez la retrouver ici.

En relisant l’article, je me suis aperçue que je n’avais jamais publié les quilts promis !

Alors voici ces Arbres de vie que j’ai choisis parmi des dizaines de quilts aux thèmes variés, parce que le symbole me plaît tout simplement. Je ne m’en lasse pas, ils sont intemporels comme les Arts Premiers, gais comme des quilts modernes d’aujourd’hui, spontanés comme des quilts afro-américains… Bref je les aime, les beaux cadeaux de mon mari❤️!

Le premier est fait par NARDA, il a la couleur de l’année en fond principal (voir la nuance corail vivant de Pantone ici).

Sous le doux soleil hivernal les couleurs font bien plus pâles qu’en réalité.

Comme tous les autres quilts, tout est cousu main hormis le biais rouge qui ferme le sandwich. Des broderies au coton perlé enrichissent le dessin, les tissus sont choisis avec beaucoup de liberté. Tous ne me semblent pas être 100% coton, mais l’ensemble est extrêmement harmonieux et très bien fait.

Le second a été créé par AKANG, un des hommes quilteurs de l’île.

Ici le fond principal est jaune pâle. Même si le patchwork est de guingois, élément décoratif sympathique, le quilt est parfaitement équerré et les manchons sont cousus. On a affaire à des connaisseurs !

A l’évidence le quilteur a l’œil artistique, l’harmonie des bandes d’encadrement l’atteste et les appliqués sont vraiment réussis.

Vous le remarquez, tous les quiltings sont faits de la même façon, des lignes parallèles de 1 cm d’écart. C’est justement le nouveau quilting à la mode chez les artistes américaines mais… à la machine à coudre !

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Les liens parfois mystérieux de l’inspiration

Ma chère amie Sujata Shah vit à présent en Californie, non loin de San Diego, elle a fort heureusement été épargnée par les incendies de l’automne dernier. Elle vient de terminer un quilt que j’adore, inspiré directement d’un ouvrage du XXe siècle venant d’Alabama, du hameau de Gee’s Bend (voir la petite histoire ici). Quand on tombe amoureuse d’un quilt, on a tellement envie de se l’approprier, mais c’est dur de trouver la bonne idée ! Sujata a utilisé une gamme de couleurs différente et a choisi de faire son quilt aux coutures régulières mais cela reste un véritable hommage à la quilteuse Magdalene Wilson, qui vécut 103 ans !

Le nouveau quilt de Sujata Shah
Le quilt de Magdalene Wilson qui l’a inspirée.

Sujata préfère l’original, mais le sien a beaucoup de peps également !

Dans cet esprit, si vous êtes intéressée par un Quilt Along très souple, juste motivé par l’envie de suivre un exemple de quilteuses de Gee’s Bend ou des anonymes qui quiltèrent les quilts de la collection de Roderick Kiracofe, cela a commencé hier sur le blog de Sujata par ici ! La couverture du livre montrant la collection de Roderick est ci-contre.

Le Quilt Along s’appelle U and U, Unconventional and Unexpected (non conventionnel et inattendu). En toute confidence, j’en ai commencé un l’année dernière, belle coïncidence, le top est fait et je vous le montrerai bientôt… Ce sera un U and U très typique que je pourrai vous montrer plus tard.

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Parfois les liens de l’inspiration sont bien plus mystérieux et improbables. Ainsi deux quilts se répondent au-delà des années et des océans. Voyez plutôt, le thème est le meilleur ami de la femme d’après Marylin Monroe (video ici).

Depuis que j’ai vu le film Blood Diamond j’en suis moins sûre…

Dans ce magazine sorti des oubliettes il y a quelques jours se trouve un diamant…

Voici le Diamant de Nadine Rogeret paru en 1985 :

Et, surprise l’année dernière, quand j’ai vu un des quilts vedettes du QuiltCon 2018, une merveille tout en économie de couleurs et pourtant si lumineux, cousu sur papier : 

Bling de Katherine Jones, de Tasmanie (Australie)

Chaque oeuvre a sa propre brillance et le quilt australien est à couper le souffle, mais je dois dire que j’ai un faible pour celui de la Française, avec ses touches de bleu-glacier et de jaune… Son livre, Ma vie en patchwork, édité en 1991, fut un grand succès, puis elle a disparu du devant de la scène. Aux dernières nouvelles, Nadine vit à présent dans le Sud-Est et se consacre au boutis. Mais peut-être en savez-vous un peu plus ? 

Une idée du paradis

Chacun a son idée du paradis.

Katsuhiko Sakiyama, ancien directeur japonais d’une maison d’édition de livres de voyage, trouva son paradis un jour de 1986, lors de vacances aux Philippines consacrées à la plongée sous-marine. Une île aux 2 km de plages, vierge de toute pollution, était en vente. Désireux de conserver ce bijou, il l’acheta.

L’interminable plage de sable blanc permet de longues baignades. C’est l’île de Caohagan (ou Khao Hagan), dans un archipel corallien des Philippines.

Cette île était habitée, 330 personnes y vivaient en quasi-autarcie, presque sans monnaie. Les premiers contacts entre les habitants et M. Sakiyama se firent dans la simplicité et un immense respect  commun pour la vie telle qu’elle est organisée dans cette petite île, complètement en symbiose avec la nature. Lui-même évoque la puissance de Kami dans ce lieu privilégié. Kami, c’est l’esprit divin, les forces de la Nature dans la religion shintoïste, base de la mythologie japonaise. Si, d’après les statistiques, les gens de cette île sont parmi les plus pauvres de la planète, ils ne sont certainement pas les plus malheureux. Il y règne une idée simple, vivre heureux en étant une part de la Nature, tout simplement.

Les maisons sont faites avec les matériaux qu’on a sous la main… comme naguère chez nous.

Il ne fallait surtout pas casser cette symbiose, mais il fallait tout de même apporter des possibilités de soins, d’éducation pour la population. De même tout a été fait pour protéger les récifs coralliens, la pérennité de la pêche locale qui nourrit les habitants. Le couple Sakiyama y a fait un remarquable travail de conservation de la nature avec des ONG, en concertation avec la population naturellement.

Le tourisme raisonné est une des ressources de l’île, mais aussi, pour le tiers, la vente de… quilts ! C’est bien sûr la raison de ma présentation de cette île…

A Caohagan, la population est montée à environ 600 personnes parmi lesquelles 120 quiltent 

M. Sakiyama est marié à une styliste et quilteuse, Junko Yoshikowa. J’ai eu le grand honneur de discuter avec eux à Sitges, où étaient exposés de nombreux quilts venus de l’île de Caohagan.

Photo prise par LeeAnn dans d’autres circonstances, car j’ai rencontré ces deux charmantes personnes, Junko Yoshikowa-Sakiyama et Katsuhiko Sakiyama  séparément… A chacun son tour de permanence à Sitges !

Au début dans les années 1990, Junko montra à quelques femmes le travail de patchwork avec des gabarits. Peine perdue, cela n’intéressa pas grand monde. Mais elle avait laissé les tissus et lors d’une autre visite, elle se rendit compte que certaines avaient commencé à couper des formes spontanées issues des modèles qu’elles avaient autour d’elles : les arbres, les fleurs, les poissons, les maisons, les chats, les chiens… Junko les encouragea à poursuivre, les aida techniquement… et les quilts de Caohagan sont nés !

(photo de ce blog)

Chacun de ces quilts est unique au monde, il est fait sans plan ni gabarit et toujours à la main. Seul le biais de finition est cousu à la machine, puis fermé comme nous à la main. La plupart des tissus proviennent de Cebu, la 2e plus grande ville des Philippines (après Manille), lieu d’arrimage de Magellan en 1521.

Ces quilts sont créés artistiquement, avec audace, dans un esprit de représentation de leur environnement, avec un sens naturel d’association des couleurs, tel qu’on l’apprend en observant la nature. Les quilts ne sont pas droits ? Et alors ? La nature est-elle faite de lignes droites ?

Les quilts de l’île Caohagan présentés à Sitges cette année m’ont enthousiasmée. Je n’avais pas eu la chance de voir l’exposition de Nantes en 2012, c’était donc une découverte.

A Caohagan, des hommes quiltent également.
A peine finis, les quilts sont lavés dans l’eau de mer : le sel fixe les couleurs. C’est un geste important, une sorte de baptême du quilt fini. Ensuite ils sont rincés à l’eau claire. On peut laver les quilts de Caohagan à la machine à laver.

Ils m’ont rappelé les quilts afro-américains, si libres, mais aussi les quilts européens et américains du passé, ceux dont parle avec talent Christiane Billard dans Les Nouvelles n°136, celui qui vient de sortir.

Quilt anglais du 19e siècle : la quilteuse (inconnue) y a appliqué tout ce que son imagination lui dictait, avec les tissus qu’elle avait. Musée V&A, Londres.
Ce quilt d’Harriet Power est un important témoignage de la culture afro-américaine. Il a été acheté par le Museum of Fine Arts de Boston. En voici une description détaillée.

Junko et son mari sont devenus les ardents représentants des artistes de cette île, en exposant et vendant les quilts dans le monde entier. A l’exposition de Sitges, j’y ai trouvé mon bonheur, mon mari et moi avons acquis deux quilts présentant chacun un Arbre de Vie, un de mes thèmes préférés. Je serai ravie de les montrer à notre Journée de l’Amitié départementale la semaine prochaine (le 29 mars à Balma, organisé par la délégation France Patchwork 31 et le club de patchwork de Balma). L’un est fait par Narda, l’autre par Akang. Sans les connaître, j’ai tellement envie de les remercier ! Admirer leurs quilts est un pur bonheur. Je réserve la primeur à mes amis de Haute-Garonne, mais promis je les montrerai ensuite sur ce blog ! 

Photo Judy Schwender

Une île où l’on vit simplement tout en faisant des quilts, n’est-ce pas une idée du paradis ?

Les photos sans source sont du site Caohagan.com.

 

Un Pine Cone Quilt exquis

Betty a acquis, vous l’avez lu, un quilt issu de la Grande Dépression, fait de restes d’autres quilts. Aujourd’hui, c’est un quilt qui a eu beaucoup de chance que je vous montre, Betty me l’a signalé et rêverait de l’acquérir !

Il a passé les décennies sans broncher, protégé chez une famille d’antiquaires conscients de sa valeur ! Rendez-vous compte, ce quilt a presque 100 ans, fait pendant les années folles, juste avant la Grande Dépression. Il est remarquable par sa fraîcheur, mais aussi par sa composition : il est fait à l’envers, c’est à dire commencé par les bordures et continué jusqu’au centre.

L’immense variété de tissus le rend encore plus précieux. Le centre est un autre sujet d’émerveillement, oh une rose ! 

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Vous pouvez aussi y voir un nénuphar, une pivoine… En tout cas c’est superbe !
On voit bien ici les changements de direction, décidément ce quilt est unique !

Ce merveilleux quilt est en vente à près de 4 000 €,  il est digne d’un musée…

Une petite pause pour les Abeilles… A bientôt !

Le courage des femmes dans la Grande Dépression

La Mère Migrante est LE visage de la Grande Dépression, photo mythique de Dorothea Lange prise en 1936 :

Femme longtemps anonyme dont on ne connaissait que l’âge -32 ans seulement- et qu’on supposait fermière blanche chassée de ses terres devenues incultes en raison de la crise et du dust bowl, sur la route avec ses enfants mourant de faim… Un symbole poignant.

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Dans les grandes plaines, là où naguère des herbes aux puissantes racines fixaient le sol, les nouveaux Américains labourèrent des milliers d’hectares… Un mauvais alignement des étoiles et voilà la bonne terre soumise à des sécheresses, des vents… La bonne terre s’envole en énormes nuages, le dust bowl, qui tue et met sur la route des milliers de familles qui n’ont plus rien… en pleine récession économique.
Cette peinture de Rebecca Barker (Quiltscapes) rappelle que les Grandes Plaines étaient naturellement plantées d’herbes que broutaient les bisons… Sur ce territoire poussaient quelque 3 000 espèces de plantes qui étaient le garde-manger et le réservoir médicinal des Indiens.

On a longtemps parlé de la puissance de la photo de Migrant Mother, le regard courageux malgré le poids de la misère.  Effectivement, en plein dans la période décrite dans Les Raisins de la Colère de Steinbeck, cette femme souffrait comme des millions de personnes de pauvreté mais elle n’était pas celle qu’on croyait…  Des suppositions erronées font de ce portrait un malentendu que la protagoniste Florence Owens racontera bien plus tard. Pour des détails, voir par exemple cet article en français.

En 1979, Florence Owens entourée de ses filles qu’on voit sur la photo mythique. Elle aura en tout 10 enfants.

Dans tous les Etats-Unis, les 10 ans de Grande Dépression sont restés dans les mémoires comme une vilaine cicatrice mais aussi, rétrospectivement, comme la preuve du pouvoir de résilience et de rebond des Américains. Florence Owens en est malgré tout un bon exemple, avec ses sept enfants à 32 ans, déjà veuve, remariée, soucieuse de l’avenir de ses enfants et surtout de leur présent, c’était une femme courageuse.

Pour survivre on s’inquiète toujours de la nourriture, mais dormir au chaud est une autre nécessité de la vie. Que vous inspire ce quilt ?

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Un quilt unique et bizarre…

On n’en connaît pas l’origine mais, avec toutes les précautions d’usage, on peut essayer d’en deviner une bonne partie. Mon amie Betty, devenue collectionneuse de quilts anciens utilisant la technique de la pomme de pin, l’a acheté à une spécialiste chevronnée du Nouveau-Mexique qui en fit une appréciation et estimation. 

Il est certain que ce quilt est du Vieux-Sud américain, d’origine afro-américaine. On peut voir qu’il est fait de morceaux très différents : des portions en pine-cone : trois longues bandes verticales ininterrompues et plusieurs plus petits morceaux constituant une quatrième bande.  Parfois en lignes droites, parfois en courbes, les carrés pliés n’ont pas la même taille. En encadrement sur trois côtés, de larges pièces de tissus ainsi que des string blocks (blocs faits de bandes de tissus cousus) agrandissent ce quilt un peu bancal (12 cm d’écart entre les côtés). Ce qui est en pine-cone n’a pas de molleton, juste un tissu de fond, alors que l’encadrement est molletonné. Le quilt est matelassé de manière lâche, à grands points.

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A gauche on voit la partie en bandes, un des blocs les plus populaires de la Grande Dépression : couture rapide, utilisation de toutes les chutes. 
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Les trois bandes de pine-cone ont une certaine unité, car ils étaient faits des tissus recyclés disponibles venant de vêtements et linge de maison : on y voit de la diversité mais des dominantes fortes de ce qu’on avait sous la main dans chaque foyer.
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Cette partie avec beaucoup de rouges est très jolie !

Le dos est constitué principalement de feed sacks, ces sacs ayant contenu des denrées alimentaires. Des coutures d’assemblage ont lâché.

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Cette partie du dos montre un sac de sel  utilisé comme doublure.
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Ce sac contenait du sucre de canne. Quelques taches sont visibles sur le dos.
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Couture entre deux bandes de pine cone
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Dos du quilt

Comment rester indifférent devant un tel quilt ? Certes, il ne gagnera aucun concours d’élégance. Mais son examen suggère fortement qu’il est fait de restes d’autres quilts, peut-être de pine cone quilts trop tachés ou usagés pour les garder tels quels, faits des années plus tôt par la mère ou la grand-mère de la quilteuse… Les parties en pine-cone ne sont pas molletonnées, simplement parce qu’elles sont déjà très chaudes, avec les multi-couches de tissus qui emprisonnent l’air ! Ce quilt est pour moi une poignante évocation du courage des femmes de l’époque qui savaient à quel point il fallait se battre pour survivre. 

Enrichie par mes lectures et les témoignages de Betty, je ne peux m’empêcher d’imaginer une mère de nombreux enfants devant, en pleine Grande Dépression, fournir le plus vite possible des couvertures pour sa famille avant l’hiver…

Bien sûr je peux me tromper, comme la photographe, mais ce quilt semble me parler…

La grand-mère de Jeanne était quilteuse…

(pinterest)

Comme beaucoup d’entre vous je suis très sensible à la connaissance de l’histoire du patchwork. Les bons livres sont indispensables, mais avoir accès à l’armoire d’une quilteuse est un enseignement sans pareil ! Je ne peux mieux commencer l’année : vous montrer une partie de la production d’une Américaine du XXe siècle, une parmi tant d’autres, qui fit des quilts toute sa vie. Cette personne n’est pas n’importe qui, c’est la grand-mère de Jeanne Hewell-Chambers du Projet 70273.

En recevant un mail de Jeanne le mois dernier, je me suis rendu compte une fois de plus que les quilts font partie de la vie et de l’histoire de presque chaque famille américaine. Sa grand-mère a d’abord fait des quilts pour chez elle, pour assurer à sa famille d’être bien au chaud, puis la vie avançant, les enfants quittant le foyer, elle en fit pour les offrir. Ainsi chacun de ses 5 enfants reçut deux quilts et les 14 petits-enfants, dont Jeanne, en eurent un. Pour réunir ces trésors familiaux, Jeanne invita un jour sa famille avec la demande expresse d’apporter son ou ses quilts faits par Grand-Mère Ballard. Elle s’est rendu compte qu’à part elle — et des passants qui jetaient un coup d’œil en passant, attirés par la beauté des quilts —  personne de sa famille n’en mesure la richesse…

« Here are photos of some of the quilts made by my maternal Grandmother Ballard. None of her 5 children or 14 grandchildren are the least bit interested in her quilts . . . except for me! She made each child 2 quilts and each grandchild 1 quilt. She embroidered our names in a corner of the quilt (I’ve included a photo of mine). I held a family reunion in my backyard one year, specifically to get these photos, and only when they were held up and people looked at them from across the yard did many of them say aloud, « She really was an artist, wasn’t she? » (I suppose that is a good reason to build a design wall, right?!) With big love to you always – Your forever friend, Jeanne »

Jeanne m’a donc adressé ces quelques photos, pensant à juste titre que les lecteurs de la Ruche y trouveraient de l’intérêt. C’est un témoignage qu’on ne peut avoir en France, car ce n’est pas notre tradition séculaire !

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Celui destiné à Jeanne, comme tous les autres, a le nom de la destinataire brodé dessus. Oui, on voit qu’un quilt peut être fait de velours ou autres tissus de recyclage !

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Cette diversité de styles, cette liberté de choix des tissus me rappellent les racines des quilts populaires : avec ce qu’on a sous la main, faire des beaux quilts pour avoir chaud ! Ce qu’on catégorise maintenant (scrap-quilt, quilt improvisé, quilt traditionnel, quilt moderne…), ce qu’on nomme maintenant (les noms de chaque bloc, de chaque technique) n’avait pas lieu alors et je reste sûre que, parmi les 22 millions* de quilters actifs actuels (hommes et femmes) des USA, beaucoup continuent de suivre juste leur envie au gré de leur inspiration.

*Edit : estimation de 2003, malheureusement les chiffres ont baissé depuis.

Jeanne m’a confié que l’année 2018 la verrait faire des quilts elle-même… et pas que des croix rouges pour le Projet 70273. Elle a besoin à juste titre de varier les plaisirs et les liens qu’elle a créés avec tant de quilteuses du monde entier lui donnent des fourmis dans les doigts 🙂

Souvenir de l’exposition de Lacaze le 25 juin 2017 qui s’est faite grâce à de nombreuses volontés, en particulier Cécile Milhau et ses amies tarnaises.
Nuage de mots pour nous souvenir des quilteuses ayant le plus contribué à cette journée extraordinaire ! Nous n’oublions pas la Mairie de Lacaze qui nous a si bien accueillis  🙂
Sur un Middling de Viviane Paupert de Narbonne qui commémore 331 victimes, ce dé que m’a offert Jeanne est un précieux souvenir de l’exposition 2017 à Houston.  Parmi les quilts exposés, plusieurs viennent d’Occitanie 🙂 et étaient exposés auparavant à Lacaze (81).

Souhaitons donc à Jeanne un grand avancement du Projet 70273 tout au long de l’année mais aussi beaucoup de plaisir dans la création de ses nouveaux quilts ! 

Participation d’une Ecole britannique au Projet 70273. Les uniformes font un beau contraste avec les quilts ! Bravo Lucy Iles Horner pour ton infatigable engagement ! En fin de mois de janvier, je parlerai de l’avancement du Projet avec une grande exposition en Angleterre, à Rochester. Mon amie Annie (Des Tulipes et des Coeurs) fait le déplacement et sera notre ambassadrice française !

Merci infiniment pour ta confiance Jeanne, c’est tellement gentil de partager ton album familial avec nous ! Tu as entièrement raison de chérir les quilts de ta grand-mère : elle était une excellente quilteuse, nous en avons la preuve ! 

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Au Salon pour France Patchwork/5

Les Charm Quilts

Les Charm Quilts étaient en vogue déjà il y a plus d’un siècle et périodiquement ce petit jeu reprend quelque part dans le monde. En France, Smaranda Bourgery et ses amies avaient suscité la création de dizaines, voire de centaines de quilts dans les années 1990 ; j’ai plusieurs fois parlé de ce joli défi autour de moi et Florence l’a relevé (Les Nouvelles n° 130 page 16). L’occasion était belle pour relancer ce thème au niveau départemental, puis Marie-Christine en a fait un événement national via internet.

Au Salon de Toulouse, nous avons exposé 6 Charm quilts faits récemment en Haute-Garonne (de Marion, Gisèle, Danielle, Simone, Evelyne et Kristine). Chacun est unique et le jeu des échanges a bien intéressé le grand public ! Une expo plus élargie sera réservée aux adhérents FP le 17 novembre lors d’un Quilt Day à Balma et il est envisagé une exposition nationale publique fin juin à Lacaze (Tarn).

Quilt de Marion
Quilt de Danielle… Désolée, l’éclairage est trop fort !
Quilt de Gisèle
Quilt de Kristine

Evelyne et Simone, veuillez accepter mes excuses, mes photos ne rendent pas justice à votre quilt, je les montrerai une autre fois…

Edit 9h30 : Kristine vient de m’adresser une photo pour combler le manque :

Le Cop de Danielle, le Quilt moderne à l’homme seul d’Evelyne (il faut voir les détails du quilting…) et l’Etoile à sept branches de Simone.

Voici donc la fiche explicative qui explique rapidement ce qu’est un Charm Quilt. Vous pouvez trouver plus de détails dans Les Nouvelles n° 131.

France Patchwork
Les Charm Quilts

Il était un jeu chez les jeunes filles de l’époque victorienne : collectionner des boutons offerts par des amies, les enfiler sur un fil jusqu’à en avoir 999, tous différents… c’était alors la promesse de rencontrer son Prince Charmant ! Cette charmante tradition renaît de nos jours avec les breloques de bracelet nommées charms. Les jeunes filles firent ensuite de même avec des bouts de tissus, plus faciles à trouver que des boutons… et elles en firent des Charm quilts, pleins de souvenirs des tissus patiemment collectés auprès de leur entourage.

Au sein de France Patchwork, nous avons relancé cette ancienne tradition en organisant des échanges de carrés de tissus de 5 cm. On a ainsi favorisé la joie du don et du partage, créé des liens d’amitié…
Le but parfait est de réaliser un quilt fait de pièces de tissus de forme identique, tissus échangés ou offerts, aucun tissu ne se répétant. L’idéal est de réussir à faire un quilt de 999 pièces, comme les jeunes filles d’antan !
Les pièces peuvent être disposées en « watercolor », c’est-à-dire en dégradés, mais ce n’est pas une obligation.

Nous préparons l’exposition de l’ensemble des Charm Quilts France Patchwork pour l’année prochaine, voici en primeur les premiers quilts terminés.