Confins 2020

2020 oblige, nous sommes devenues des Abeilles Masquées, mais la créativité ne tarit pas ! Après Maïté, c’est Evelyne qui nous montre un de ses ouvrages faits récemment.

Je suis abonnée à Télérama et dans l’hebdomadaire du 21 mars 2020, à la rubrique Arts, l’illustration du texte sur Otto FREUNDLICH, un tableau de 1938, m’a troublée, attirée, les couleurs, les formes géométriques, un univers lumineux et un obscur – une sensation étrange.

Composition, Otto Freundlich, 1938

J’ai aussitôt décidé d’avoir pour moi, un patchwork inspiré de l’œuvre de ce peintre, moi qui ne sais ni dessiner, ni peindre !!

L’exposition parisienne au Musée Montmartre-Jardins Renoir venait d’être suspendue par le Covid 19.

J’ai d’abord beaucoup appris sur la vie tragique du peintre (1878-1943) déporté et mort au camp de concentration de Lublin-Majdanek ou de Sobibor (il reste un doute) en Pologne, assassiné en tant que juif allemand, militant antifasciste, après avoir été stigmatisé en 1937 comme producteur d’« art dégénéré » par le régime nazi.

L’Art dégénéré – die entartete Kunst, était l’expression officielle des nazis pour l’art moderne abstrait. Cela commença par une exposition organisée par les nazis à Munich en 1937. Ils firent se côtoyer 730 œuvres d’une centaine de peintres, parmi lesquels Otto Freundlich, Picasso, Kandinsky, Kokoshka, Chagall, Nolde, Kirchner, etc. avec des tableaux de malades mentaux, pour jeter l’opprobre sur les artistes modernes. Le franc succès des peintres provoqua l’ire des organisateurs… Le terme d’art dégénéré est ensuite étendu à certains styles de musique, de littérature, de cinéma. Une des conséquences fut la destruction de nombre de tableaux, le pillage des collections privées et publiques, et tant de morts… 

Sur le sujet, un grand film :


Otto Freundlich était un grand artiste peintre, sculpteur, pionnier de l’abstraction, engagé dans les arts, la politique, la philosophie, c’était un humaniste et pacifiste, avec une vie riche et constructive partagée avec d’autres grands artistes. Son nom Freundlich, qui signifie Amical, lui allait bien. Dès 1909, il vécut à plusieurs reprises la vie de bohème à Paris, ses amis étaient Picasso, Apollinaire, Braque… Avant l’été 1914, il passa 5 mois à rénover la cathédrale de Chartres, mais à la déclaration de la guerre, il dut évidemment rentrer en Allemagne. Les vitraux marquèrent son art, on le devine dans la Composition de 1938 qui me fascine.

Européen pacifiste, il déploya ses multiples talents pendant l’Entre-deux-guerres en France et en Allemagne, malgré la diabolique propagande nazie.

J’ai choisi des tissus dans ma réserve – confinement oblige ! – et ai monté l’arc central lumineux, coloré, puis un univers bleu où mon regard s’échappe et un espace sombre, inquiétant… Peut-être un écho des inquiétudes de l’Entre-deux-guerres avec les soucis sanitaires que nous vivons.

J’ai quilté à la machine en suivant la courbe de l’arc , puis disposé des lignes droites de part et d’autre.



Je l’ai nommé Confins 2020, l’ai accroché et le regarde chaque jour avec la même émotion qu’en découvrant l’artiste pour la 1ère fois dans l’article du magazine.



 L’exposition a lieu à Paris jusqu’au 31 janvier 2021. J’en rêve ! Aurai-je la possibilité d’y aller ?

Évelyne

Au Musée de Montmartre-Jardins de Renoir, un charmant lieu au 12, rue Cortot (18e)

The notorious RBG, la Simone Veil américaine

La célèbre Ruth Bader Ginsburg, c’est ainsi qu’on nomme cette femme qui vient de mourir à l’âge de 87 ans. C’était une des farouches opposantes du Président actuel des USA. Parmi tant d’autres médias, le Huffington Post fait aujourd’hui son portrait pour nous qui la connaissons moins bien que le peuple américain. Rendons hommage à cette femme éclairée dont le rayonnement, les actions peuvent se comparer à ceux de Simone Veil.

Une quilteuse notamment spécialisée dans les portraits pixelisés a fait l’année dernière son portrait textile. Aujourd’hui, Sandra Bruce le partage sur les réseaux sociaux :

The Notorious RBG, 127 cm x 190 cm, 2019, quilt de Sandra Bruce @sbruce1955

Son remplacement à la Cour Suprême sera crucial pour la fin de la campagne présidentielle. Elle était une voix décisive contre, notamment, la révision de la loi sur l’avortement. Attention, les Conservateurs risquent de prendre la majorité dans cette institution décisive dans la vie politique des USA.

A demain pour la rencontre avec une quilteuse qui a du cœur et du courage,
Katell

Voici venu le temps des cerises

C’est la belle saison des cerises !

Quand on a la chance d’avoir un cerisier, on guette les première rougeurs de ces billes juteuses, et quand les oiseaux ne leur ont pas fait un sort en une nuit, on prend un jour son panier pour les cueillir, mûres à point… Bonheur simple !

Le panier, accessoire modeste mais indispensable. Depuis la nuit des temps, il est utilisé pour transporter les récoltes, quand les mains ne suffisent pas, pour trier et ranger… et mille autres usages. Pendant des millénaires, il fut fabriqué avec les matières premières locales longues et souples, qu’on tisse. Qu’est-ce qui fut inventé en premier, le panier ou le tissu ? C’est en tout cas le même principe.

En général, un panier n’est pas un récipient étanche, il laisse passer l’air et la récolte s’en trouve bien, évitant de macérer trop vite.

L’harmonie du fait main

Dans l’État Navajo, j’ai eu la chance de discuter avec Pauline, une dame Navajo qui connaît les techniques ancestrales de la confection de paniers, et le goût de les faire. Dans le désert aride où nous nous sommes rencontrées, il ne semblait rien y avoir de bon à utiliser en vannerie, et pourtant… Elle gardait dans des sacs humidifiés dans une bassine quantité d’écorces et de branches fines de plusieurs couleurs naturelles, tissant, au gré de son envie, des dessins traditionnels, colorés par Dame Nature… En général, dans ce coin aride de l’Arizona, le sumac est la plante qui donne ces longues et plates fibres, mais on y utilise aussi le saule, le yucca et autres.

Ce panier est un panier de mariage navajo. L’ouverture claire dans le motif se met toujours à l’Est, au soleil levant. Les pointes noires figurent les montagnes sacrées. C’est une figuration de l’univers. Photo d’ici.

71Be4X-V0BLQuand une personne fait de la vannerie, elle s’efforce de joindre l’utile à l’agréable, en couleurs et en forme. Mais plus intimement, en terre navajo elle cultive l’essence de la beauté, de l’harmonie, de l’équilibre, le Hózhó. Tout est lié, l’esprit du créateur du panier, la matière naturelle utilisée et la Terre Mère qui donne vie. Ce principe central du Hózhó dans la vie des Navajos est bien expliqué dans le livre Sagesses d’Ailleurs, de Frederika van Ingen.

J’espère que dans le fameux monde d’après, je retournerai chez les Navajos qui m’ont si bien accueillie et tant marquée. Si vous y allez, vous pourrez trouver le livre ci-dessous qui explique les artisanats de tissage et de vannerie, si proches, intégrés à la vision du monde de ce peuple encore en harmonie avec la nature, malgré tout.

J’ai acheté ce livre au Navajo National Monument (entre Tuba et Kayenta), un endroit en retrait et peu connu qui mérite pourtant le détour, avec les ruines d’un des nombreux villages d’un peuple éteint appelé communément anasazi, un parcours botanique qui démontre à quel point les Indiens savent utiliser la moindre plante, et un Visitor center bien agréable. Le quilt est un chemin de table que j’ai fait avec des tissus achetés chez Blossom Quilts & Crafts, chez Alice.

 

J’adore les paniers artisanaux. J’en ai acheté plusieurs à La P’tite Grisette, qui avait son espace sur la place de Villefranche-de-Rouergue le jeudi matin, jour de marché ; et puis un jour, je ne l’ai plus vue. Elle utilisait 4 sortes d’osier, ce qui lui permettait de varier épaisseurs et couleurs.

Ah que j’aime l’ambiance des marchés ! Celui de Villefranche-de-Rouergue est un de mes préférés. Prochainement, je vais aller à celui de Mirepoix en Ariège, pile à la limite des 100 km autorisés… 

Vous connaissez les nombreux blocs traditionnels qui montrent des paniers – ou baskets.
Ils sont partout, pour qui veut bien les voir ! Vous avez certainement vos modèles préférés.

Kristine a fait un tableau textile mêlant tradition et modernité, mais oui, un panier de cerises ! Je lui laisse la parole pour vous le présenter.

Voici venu le temps des cerises…

Faire plaisir à une amie qui a une passion dévorante pour les cerises, l’idée d’un quilt sur ce thème s’est imposée.

L’idée était d’utiliser des tissus anciens, de récupération, « recycling » très à la mode en ce moment, ce n’est pas nouveau pour moi, mon éducation a bénéficié de cette pratique, il fallait faire avec ce que l’on avait !

Quelques  morceaux de torchons à liseré rouge, du vichy, du croquet, des chutes de tissus,  des chutes de molleton (tombées d’ouvrages précédents) et deux entorses à la règle avec des matières neuves : la frise d’épis de blé, un achat compulsif qui n’avait jamais trouvé son utilisation, et  le tissu du panier dont l’imprimé épis de blé correspondait à ce que je voulais réaliser.

Pour tresser ce panier, j’ai utilisé la méthode proposée par Victoria Findlay Wolfe dans son livre Modern Quilt Magic, qui consiste à coudre des bandes en chevrons qui s’entrelacent, j’ai modifié la façon de couper les bandes pour le faire à main levée. Pour symboliser une vannerie, cette méthode était toute indiquée.

Le temps est venu de prendre le panier et partir cueillir les cerises, puis se mettre en cuisine pour cuisiner les clafoutis, les tartes et  les confitures… 

Kristine🐝

Une histoire de papillons

Une création est faite d’inspirations, de convictions, d’hésitations… mais toujours le cœur parle. Écoutons donc aujourd’hui l’histoire du nouveau quilt de Nicole.

Voici le quilt de Nina, une fillette venue agrandir la famille cette année. Comme tous les petits autour de moi, elle devait donc recevoir un quilt. Prise par le travail, il a fallu un certain temps pour que l’idée mûrisse.

Ces viola cornuta ont provoqué un déclic ! Comment ne pas y voir un vol de papillons ?

Beebook et  un livre de Bernadette Mayr m’ont permis de me lancer dans un patch qui ne correspondait pas du tout à mes habitudes.

D’abord il devait être vert pour évoquer un vol de papillons au-dessus d’une prairie or le vert n’est vraiment pas ma couleur favorite.. Non seulement je ne sais pas l’utiliser mais, de plus, je croyais ne pas avoir de tels tissus en réserve. Faux, il restait quelques coupons destinés à un projet de panneau avec des champs de colza, projet tombé aux oubliettes.

Et puis, débuter la coupe libre, cela ne serait pas forcément facile. Je ne suis pas vraiment rigoureuse dans la coupe et la couture, mais savoir que je dois l’être représente un cadre rassurant. Il fallait donc aller à l’encontre de tout ce qui s’était installé dans ma tête depuis que j’avait découvert le patchwork en 1980.

Timidement, en coupant à main levée, j’ai réalisé deux papillons assez classiques que je trouvais très raides. Il fallait franchir un pas de plus en interprétant les méthodes de Bernadette Mayr.

Là encore, c’est une rencontre sous le parasol qui entre en résonance avec les « Motten » de Bernadette. Ce grand papillon, caractéristique d’un groupe très important de lépidoptères -dont les mites- replie ses ailes antérieures à plat et masque les ailes postérieures. Ses antennes plumeuses pouvaient être un détail brodé intéressant.

Le premier papillon révèle que je n’ai pas trop osé couper en courbe, ce sont presque des droites. Il a provoqué une réaction immédiate de ma petite-fille : affreux, il n’est pas symétrique. J’ai eu beau lui montrer que lorsqu’on photographiait un papillon, on était très rarement bien de face et qu’au contraire cela pouvait donner du dynamisme aux images. Rien à faire, elle veut des papillons bien droits, bien symétriques. Comme ceux de Bernadette !

Le suivant a été pire : j’ai choisi un tissu à grand motif qui me semblait intéressant. J’avais oublié les conséquences de la méthode de montage …

Il fallait couper le carré le long de la diagonale et faire pivoter l’une des pièces. Or mon motif n’avait rien de symétrique ! Tant pis. Ce papillon allait malgré tout être intégré dans le quilt.

Il y a eu, bien sûr, la même difficulté pour ce papillon dont les quatre ailes devaient être visibles mais j’ai osé couper des courbes un peu plus arrondies.

Le top, monté avec quelques coupons fleuris, restait très raide et les grands carrés verts trop vides. Frustrant…

Il fallait animer tout cela et, pourquoi pas, en faisant voler des papillons en origami au-dessus du quilt ?

Aux yeux de ma petite fille, je manquais de rapidité et d’efficacité, c’est donc elle qui, après avoir choisi les tissus, a préparé tout un vol de papillons et les a dispersés sur l’ouvrage.

Le quilting est essentiellement réalisé à la machine. Les antennes ont été brodées avec 2 brins de fil mouliné. Les papillons en origami sont solidement fixés par une série de points afin qu’ils résistent aux petites mains…

Pour préparer une étiquette pour ce quilt à 4 mains, il a suffi d’une chute de tissu fleuri, un papillon découpé dans un coupon, quelques points de broderie machine ; il ne reste plus qu’à signer de nos deux prénoms et à souhaiter à Nina de voir encore plein de papillons au fil des années…

 Nicole 🦋

SMAUGH

Une histoire de dragon au club des Can’canettes
(Castres, Tarn)

Septembre 2018 : les can’canettes commencent la saison, et nous proposons le concours RUBIS de France Patchwork : 3 sont partantes, et au final, ne donneront pas suite, et Aline, outsider, se lance dans le challenge, le 13 novembre 2018 :


Choix des tissus…   


…
et son idée, reproduire le dragon d’un napperon en dentelle !!


11 décembre, le projet se précise. Un petit bout est posé…..

On ne sait pas encore ce qu’elle mijote !!!!
8 janvier 2019 : Un bout de queue et là surprise !! Elle utilise la technique de Betty pour le Pine cone quilt, mais à l’envers : astucieuse, notre can’canette !!!

Le résultat est bluffant, on jurerait des écailles !!
22 janvier 2019, Aline en plein boulot !!


29 janvier, la queue prend forme.


5 février : Aline cherche déjà le tissu de fond et celui de bordure, bien entendu quelques can’canettes donnent leur avis !


19 mars, quelques détails de plus, pattes, tissu de fond !


Et grande discussion, sur le choix des tissus de bordures. Chacune y va de son petit commentaire…

16 avril : il prend forme, l’échéance approche, le dossier et  les photos doivent être envoyées pour le  25  mai, dernier délai.

Le tissu de la tête est trop proche de la bordure, il faut changer !

Un hic !!! Aline n’est pas adhérente France Patchwork, donc elle doit s’inscrire avant de pouvoir postuler pour le concours, nous la harcelons, lui préparons même le dossier…..mais de graves problèmes de santé pour son conjoint, l’éloignent  du sujet.


14 mai, elle peaufine la tête, la langue, l’œil, les dents…


… Les pattes et griffes…


21 mai le quilting ; on sait déjà qu’il ne participera pas au concours RUBIS de France Patchwork et en sommes navrées vu le travail accompli !!

Nous cherchons une solution……. Et demandons conseil à Katell : le délai est dépassé, donc pas question de le proposer au concours, aussi pour que ce dragon vive et soit reconnu, elle nous propose un article en septembre sur son blog de la Ruche des Quilteuses…

Toutes les can’canettes, et Aline, te disent : MERCI !!!


11 juin : terminé, il est flamboyant ! Mais il manque un détail important : comment va-t-elle l’appeler ???

Et là c’est son petit fils qui le baptisera :

SMAUGH 

Smaugh le doré occupe la montagne solitaire dans le célèbre roman de TOLKIEN, Le Hobbit.

Et une certaine ressemblance… Super, le petit-fils !


18 juin 2019 : Fête de la MJC, et exposition de nos œuvres : bien entendu SMAUGH  est présent et admiré comme il se doit.

Bravo à Aline et encore un grand merci à Katell.

Jo Drouet,
animatrice au club des Can’canettes, Les Salvages (Castres, 81)

 

La Fin du Monde

Kristine m’a signalé hier un quilt qui colle à l’actualité – pas la fin du monde, du moins je l’espère, mais la St-Valentin ! Tout le monde le sait, on n’y coupe pas, à moins de vivre en ermite sans aucun média ni réseau social…

La Fin du Monde est le titre de ce beau quilt qui renouvelle les modèles de cœurs :

Que de courbes, me direz-vous ! C’est justement la beauté de ce modèle. Celles qui ont suivi un stage avec moi savent qu’elles peuvent coudre les courbes à la machine sans effort avec 100% de réussite !

Le quilting en spirale à la machine est une épreuve pour les épaules, mais cela vaut l’effort… Je vous donnerai un jour tous les conseils pour vous lancer.

Le patron de ce quilt La Fin du Monde est en vente ici, c’est en PDF donc pas de frais de port, tout arrive instantanément dans votre boîte mail.

Pourquoi s’appelle-t-il la Fin du Monde ? La créatrice canadienne, Libs Elliott, explique que, parfois, on a besoin de se plonger dans un projet réconfortant pour se dire que, non ce n’est pas la fin du monde même si certains jours on en a l’impression…

Que vous fêtiez la St Valentin ou pas, faites du patchwork, vous aurez le moral !!

Libs Elliott, une artiste qui crée des quilts dits modernes en les considérant comme les quilts traditionnels de demain. Bien vu !

LE sprinter

L’homme le plus rapide du monde est Usain Bolt, ce Jamaïcain sympathique qui ne rate jamais une occasion pour faire le pitre et a inventé « sa » signature pour le Monde, « to di (the) World » :

Outre une préparation sans faille (ni dopage), c’est sa foulée extraordinaire qui le fait gagner devant tous les autres :

Juste au moment de sa dernière course en 2017 est apparu dans le monde de l’art un hommage à Usain :

The Sprinter, Birgit Schüller

Il est des quilts qui marquent leur époque. Pour moi Le Sprinter en est un. Il est minimaliste dans le sens où le sujet est sur un « espace négatif » (= fond) large, on a une économie de couleurs, une silhouette stylisée et, détail génial, une ombre grise surlignant la forme… Mais l’extraordinaire se trouve dans la grande surface blanche richement quiltée à la machine, à découvrir !

Je ne suis pas la seule à l’admirer, ce quilt rafle tous les prix ! Le dernier en date est celui du meilleur quilts hors USA du vénérable Quilt Festival du Vermont.

C’est le plus ancien grand festival de quilts (42 ans aujourd’hui), son adorable logo, très vintage, n’empêche pas d’avoir suivi l’évolution du monde des quilts ! Ici l’annonce du Meilleur Quilt innovant hors USA. Sur l’écran, on voit The Sprinter de Birgit Shüller (photo K. Einmo). C’était le 22 juin 2018.

Un immense bravo à Birgit Schüller !

Photo Heidi Merrill au Festival de Vermont.

Son site : https://creativebits.biz/  

Doodle quilting

Un jour j’ai écrit sur la broderie doodle et je me suis alors rendu compte de la vigueur des brodeuses connectées dans notre pays : cet article fait partie des plus populaires de ce blog ! Je crois que le blog de mon amie Gene y est pour quelque chose… J’ai rendu visite récemment à leur club de Pexiora, c’était formidable !
A la fin de l’article, je vous promettais une broderie doodle inspirée de Dijanne Cevaal et Els Gauchotte. Ce fut  une aventure collective proposée par l’ancienne délégation FP31 (France Patchwork Haute-Garonne) dans le cadre d’une exposition itinérante appelée Fibre Occitane
.

DSCN4763

Ce quilt en broderie doodle est très cher à mon cœur, presque 100 personnes y ont participé (100 blocs, mais quelques adhérents en firent plusieurs), le thème était simplement l’évocation d’une fleur, même imaginaire :

DSCN4765

 

DSCN4766 Le top est fait de blocs en blue jean recyclé, d’un bout de soie blanche (récupération de restes de robes de mariées, tissus offerts par notre amie Annick Subra de Salafa) et d’un assortiment de fils moulinés couleurs brique et pastel (les couleurs de Fibre Occitane). J’ai fait l’assemblage en « doodle patchwork », sans gabarit ni mesure exacte, juste pour voir comment cela rendrait… Personne n’a critiqué le manque de régularité des bandes d’assemblage, du moins ouvertement !

DSCN4767

Après la doodle-broderie et le doodle-patchwork, reste à évoquer le doodle-quilting. Comme pour la broderie et le patchwork, on abandonne les modèles, on se donne de la liberté. Il y a environ 12 ans, j’avais fait mon premier matelassage à main levée, c’est-à-dire que j’inventais mon dessin de quilting point après point. Le top était on ne peut plus simple, des carrés de très beaux tissus achetés chez Quilt & Patch (Toulouse) :

DSCN4768

C’est une nappe qu’on utilise en pique-nique ! Voici un détail  du quilting vu de dos :

DSCN4770.jpg
De tout petits points en fil de quilting YLI traditionnel avec un dessin inventé au fur et à mesure.

Aujourd’hui, je suis en train de doodle-quilter en écho, à la manière de Sherri Lynn Wood, un quilt très luxuriant, chargé d’imprimés et de courbes irrégulières. Si j’étais anglophone, je l’aurais appelé Organic, mot-clé qu’on utilise pour nos notions organique, biologique, écologique… Alors je l’appelle simplement Vivant & Naturel, bizarre pour un quilt, mais j’y revendique dans mes courbes le droit à la différence, le non-calibrage, et dans mes points de quilting la joie de voir grandir le dessin de manière unique, au fil de mon bon-vouloir. Ce quilt ne sera pas du goût de chacun, mais il sera unique pour rappeler l’absolue nécessité de protéger la biodiversité, le vivant et le naturel.

DSCN4772

Quelle est la technique du doodle quilting ? Simple, je vous assure !


Comme pour le quilting traditionnel à la main, on peut utiliser un cercle ou bien  un poids (comme de nombreuses quilteuses japonaises). En revanche, maintenant j’utilise un fil plus épais et ma préférence va vers le coton perlé n° 8 avec une aiguille à broder pointue n° 7. Le dessin peut suivre librement les coutures ou faire un tout autre motif, c’est votre choix ! Le geste est le même qu’avec de fines aiguilles between, mais les points sont plus longs. Ce quilting est apparenté aux traditions multiples qui utilisent le simple point avant, longuement évoqué ici. J’avoue avoir du mal à garder mes points aussi longs que j’aimerais, comme du sashiko. C’est pourtant plus adapté au style de ce matelassage. C’est peut-être mon 10e quilt quilté au coton perlé mais certainement pas le dernier !

DSCN4771
Dos du quilt en cours pour lequel je suis partie d’un petit oiseau imprimé que j’ai entouré d’un cercle, ce qu’on aperçoit sur la photo précédente, puis je continue en écho avec beaucoup de liberté.

Quant au plaisir de quilter à la main, il reste intact mais plus rapide ! Avez-vous envie d’essayer vous aussi le doodle quilting, ou matelassage vivant et naturel ?

 

Un Pine Cone Quilt exquis

Betty a acquis, vous l’avez lu, un quilt issu de la Grande Dépression, fait de restes d’autres quilts. Aujourd’hui, c’est un quilt qui a eu beaucoup de chance que je vous montre, Betty me l’a signalé et rêverait de l’acquérir !

Il a passé les décennies sans broncher, protégé chez une famille d’antiquaires conscients de sa valeur ! Rendez-vous compte, ce quilt a presque 100 ans, fait pendant les années folles, juste avant la Grande Dépression. Il est remarquable par sa fraîcheur, mais aussi par sa composition : il est fait à l’envers, c’est à dire commencé par les bordures et continué jusqu’au centre.

L’immense variété de tissus le rend encore plus précieux. Le centre est un autre sujet d’émerveillement, oh une rose ! 

il_570xN.1398529092_r91h
Vous pouvez aussi y voir un nénuphar, une pivoine… En tout cas c’est superbe !

On voit bien ici les changements de direction, décidément ce quilt est unique !

Ce merveilleux quilt est en vente à près de 4 000 €,  il est digne d’un musée…

Une petite pause pour les Abeilles… A bientôt !

Le courage des femmes dans la Grande Dépression

La Mère Migrante est LE visage de la Grande Dépression, photo mythique de Dorothea Lange prise en 1936 :

Femme longtemps anonyme dont on ne connaissait que l’âge -32 ans seulement- et qu’on supposait fermière blanche chassée de ses terres devenues incultes en raison de la crise et du dust bowl, sur la route avec ses enfants mourant de faim… Un symbole poignant.

1024px-Dust_Bowl_-_Dallas,_South_Dakota_1936.jpg
Dans les grandes plaines, là où naguère des herbes aux puissantes racines fixaient le sol, les nouveaux Américains labourèrent des milliers d’hectares… Un mauvais alignement des étoiles et voilà la bonne terre soumise à des sécheresses, des vents… La bonne terre s’envole en énormes nuages, le dust bowl, qui tue et met sur la route des milliers de familles qui n’ont plus rien… en pleine récession économique.

Cette peinture de Rebecca Barker (Quiltscapes) rappelle que les Grandes Plaines étaient naturellement plantées d’herbes que broutaient les bisons… Sur ce territoire poussaient quelque 3 000 espèces de plantes qui étaient le garde-manger et le réservoir médicinal des Indiens.

On a longtemps parlé de la puissance de la photo de Migrant Mother, le regard courageux malgré le poids de la misère.  Effectivement, en plein dans la période décrite dans Les Raisins de la Colère de Steinbeck, cette femme souffrait comme des millions de personnes de pauvreté mais elle n’était pas celle qu’on croyait…  Des suppositions erronées font de ce portrait un malentendu que la protagoniste Florence Owens racontera bien plus tard. Pour des détails, voir par exemple cet article en français.

En 1979, Florence Owens entourée de ses filles qu’on voit sur la photo mythique. Elle aura en tout 10 enfants.

Dans tous les Etats-Unis, les 10 ans de Grande Dépression sont restés dans les mémoires comme une vilaine cicatrice mais aussi, rétrospectivement, comme la preuve du pouvoir de résilience et de rebond des Américains. Florence Owens en est malgré tout un bon exemple, avec ses sept enfants à 32 ans, déjà veuve, remariée, soucieuse de l’avenir de ses enfants et surtout de leur présent, c’était une femme courageuse.

Pour survivre on s’inquiète toujours de la nourriture, mais dormir au chaud est une autre nécessité de la vie. Que vous inspire ce quilt ?

image[23].png
Un quilt unique et bizarre…

On n’en connaît pas l’origine mais, avec toutes les précautions d’usage, on peut essayer d’en deviner une bonne partie. Mon amie Betty, devenue collectionneuse de quilts anciens utilisant la technique de la pomme de pin, l’a acheté à une spécialiste chevronnée du Nouveau-Mexique qui en fit une appréciation et estimation. 

Il est certain que ce quilt est du Vieux-Sud américain, d’origine afro-américaine. On peut voir qu’il est fait de morceaux très différents : des portions en pine-cone : trois longues bandes verticales ininterrompues et plusieurs plus petits morceaux constituant une quatrième bande.  Parfois en lignes droites, parfois en courbes, les carrés pliés n’ont pas la même taille. En encadrement sur trois côtés, de larges pièces de tissus ainsi que des string blocks (blocs faits de bandes de tissus cousus) agrandissent ce quilt un peu bancal (12 cm d’écart entre les côtés). Ce qui est en pine-cone n’a pas de molleton, juste un tissu de fond, alors que l’encadrement est molletonné. Le quilt est matelassé de manière lâche, à grands points.

image[3].png
A gauche on voit la partie en bandes, un des blocs les plus populaires de la Grande Dépression : couture rapide, utilisation de toutes les chutes. 
vintage pine cone quilt 011[2].jpg
Les trois bandes de pine-cone ont une certaine unité, car ils étaient faits des tissus recyclés disponibles venant de vêtements et linge de maison : on y voit de la diversité mais des dominantes fortes de ce qu’on avait sous la main dans chaque foyer.
vintage pine cone quilt 023[2].jpg
Cette partie avec beaucoup de rouges est très jolie !

Le dos est constitué principalement de feed sacks, ces sacs ayant contenu des denrées alimentaires. Des coutures d’assemblage ont lâché.

vintage pine cone quilt 018[2].jpg
Cette partie du dos montre un sac de sel  utilisé comme doublure.
vintage pine cone quilt 020[2].jpg
Ce sac contenait du sucre de canne. Quelques taches sont visibles sur le dos.
vintage pine cone quilt 019[2].jpg
Couture entre deux bandes de pine cone
image[19].png
Dos du quilt

Comment rester indifférent devant un tel quilt ? Certes, il ne gagnera aucun concours d’élégance. Mais son examen suggère fortement qu’il est fait de restes d’autres quilts, peut-être de pine cone quilts trop tachés ou usagés pour les garder tels quels, faits des années plus tôt par la mère ou la grand-mère de la quilteuse… Les parties en pine-cone ne sont pas molletonnées, simplement parce qu’elles sont déjà très chaudes, avec les multi-couches de tissus qui emprisonnent l’air ! Ce quilt est pour moi une poignante évocation du courage des femmes de l’époque qui savaient à quel point il fallait se battre pour survivre. 

Enrichie par mes lectures et les témoignages de Betty, je ne peux m’empêcher d’imaginer une mère de nombreux enfants devant, en pleine Grande Dépression, fournir le plus vite possible des couvertures pour sa famille avant l’hiver…

Bien sûr je peux me tromper, comme la photographe, mais ce quilt semble me parler…