Betty de Floride, que certaines d’entre vous eurent le bonheur de rencontrer en juin dernier, a toujours la fibre du partage. Dans son dernier mail, elle me signale un quilt qui effectivement aurait eu sa place dans la petite galerie consacrée aux mustangs, un quilt très moderne fait avec une technique d’origine ancienne :
Quilt de Rachael Daisy (Australie) de 2017 intitulé Gee Whiz!, que chacun traduira à sa manière : Mince alors ! Trop bien ! Génial ! Comme par magie, avec juste un imprimé aux chevaux, on imagine tout un monde autour du cheval, les brides et les rivets, les cocardes des concours hippiques… Encore une réussite de Rachael ! Il s’agit toujours de la technique du Pine Cone Quilt que je me plais à faire connaître en France depuis que Betty m’a appris sa technique et son histoire.
De plus, Rachael fait partie des gagnantes de Houston 2018avec ce quilt, Fair and Square ; Renée Ferré a également été distinguée à Houston avec un quilt virtuose, Porcelaine de chiffons, bravo les amies !
La Ford Mustang, au logo avec un cheval galopant, est une gamme de voitures américaines mythiques, fabriquées depuis 1964. Ford a inventé l’automobile à destination des baby-boomers, une petite voiture puissante et fun qui ne passe pas inaperçue, customisable, symbole avec sa concurrente, la Chevrolet Camarro, de l’Amérique moderne, jeune et insouciante, avide de liberté.
Ford fut bien inspiré de choisir pour leur voiture destinée à la jeunesse cet animal libre et sauvage et c’est bien du cheval que je souhaite te parler car son histoire est singulière et loin de ce qu’on croit savoir.
Il y a 10 000 ans en pleine préhistoire, on ne sait pas vraiment pourquoi, les équidés disparurent du continent américain (nord et sud). Les spécialistes avancent les attaques massives des tigres aux dents de sabre, des éruptions volcaniques, des maladies… Les mustangs ne sont donc pas une race de chevaux sauvages d’origine américaine. En 1519 Cortez débarqua chez les Incas (au Mexique actuel) avec 16 chevaux. Imagine la terreur des indigènes devant ces diables blancs et barbus juchés sur des animaux inconnus ! Les bateaux venus d’Europe continuèrent de faire venir des chevaux d’Espagne jusqu’à ce que la reproduction leur en fournisse suffisamment sur place. Dès 1540 les Espagnols étaient sur le territoire des Etats-Unis dans l’actuel Nouveau-Mexique, avec un gros troupeau de bovins et plus de 1 000 chevaux et mulets. Une tempête de grêle fit s’échapper nombre de chevaux. C’était le début des mustangs, ces mestengos, animaux errants. Les Indiens apprirent vite à capturer et re-domestiquer ces chevaux, ils les considéraient comme un don céleste, donnant un nouveau sens de liberté à leur vie, leur permettant de se déplacer plus vite, de mieux chasser… mais ils ne suffiront pas pour défendre leur territoire face aux Euro-américains.
Les mustangs ont des règles de clan qui évitent la consanguinité et sont particulièrement frugaux, d’où leur vigueur dans les immenses plaines souvent arides. Ils peuvent doubler leur population en 4 ans : tu connais le vertige des nombres, en peu de temps cela fait beaucoup de mustangs !
Depuis le 16e siècle donc ces chevaux ont changé la vie des Indiens, il y aurait mille anecdotes à raconter ! Ainsi en Espagne et plus largement en Europe on dépréciait les chevaux à plusieurs couleurs, alors ceux-ci, ayant moins de valeur marchande, étaient les premiers à partir vers le Nouveau-Monde. De leur côté, les Indiens trouvaient au contraire ces animaux particulièrement beaux et les capturaient en priorité ! Les Perce-nez (leur territoire était sur les Etats actuels de Washington et Idaho), à force de les sélectionner dans la nature, ont créé les Appaloosas, qui sont en fait un mélange de mustangs et de chevaux de trait bretons apportés au Canada. Eh oui, les Français et aussi les Anglais ont aussi apporté leurs chevaux sur la côte nord-est d’Amérique… Outre leur beauté, les Appaloosas ont une allure particulière (façon de marcher appelée Indian Shuffle) très confortable, qui permet de couvrir de très longues distances par jour.
Mais le monde change. On utilise bien plus les chevaux des moteurs de voiture que ceux à quatre pattes. Ni les Indiens ni les pionniers ne capturent désormais de mustangs. Les immensités qui paraissaient infinies se morcellent, on atomise les étendues naguère sauvages avec les constructions, l’agriculture, l’élevage. Les mustangs, qui furent une aubaine, deviennent un problème. A présent on ne sait plus comment gérer dignement le sort de ces animaux. Vous pouvez lire ces articles à ce sujet :
Madeleine Pickens, une milliardaire à la vie tumultueuse, consacre désormais une partie de sa vie et de sa fortune à la protection des mustangs. Son immense ranch dans le Nevada est un sanctuaire pour ces animaux qui symbolisent si bien l’esprit de liberté cher aux Américains. Une goutte d’eau, mais qui fait du bien ! Cependant, personne n’étant parfait, elle leva des fonds pour la campagne présidentielle de Donald Trump… mais ce n’est pas le sujet.
Des chiffres alarmants viennent d’être publiés : 60 % des animaux sauvages, toutes races confondues, ont disparu en 40 ans. Ces mustangs, descendants de chevaux domestiques, ont beaucoup de défenseurs mais ont-ils encore la possibilité de vivre en toute quiétude ?
Ce qui semblait être une bonne idée (apporter des chevaux en Amérique pour faciliter les transports) est devenu avec le temps un gros souci en Amérique. Le même phénomène est arrivé en Namibie mais avec un dénouement plus heureux : des chevaux apportés par des colons allemands pour le travail dans les mines ont pris également leur liberté mais ceux-ci ont bien plus de chance, la Namibie restant à ce jour un pays désert !
Nous n’avons pas vu de mustangs en liberté, mais nous avons visité un promontoire dominant le Colorado qui s’appelle Dead Horse Point. Un panorama à couper le souffle, dominant de 600 mètres une boucle du fleuve Colorado. Le nom m’a intriguée, l’endroit du cheval mort. On raconte que la forme du promontoire permettait de garder les mustangs facilement dans un corral (enclos) naturel, sans construire de coûteuses barrières. Mais à un moment l’eau manqua et les chevaux ne survécurent pas, ne pouvant se désaltérer avec l’eau du Colorado qu’ils sentaient et voyaient 600 mètres plus bas… Trop triste ! L’autre version n’est pas mieux : des cow-boys acculaient régulièrement les chevaux jusqu’au bout de ce plateau, ils ne pouvaient s’échapper, ils étaient capturés… et sans doute mangés… Cela faisait naguère partie de la régulation des hordes.
Non loin de ce Dead Horse Point se trouve l’un des plus beaux Parcs Nationaux : The Arches. Voici une parmi les plus belles arches formées par l’érosion du vent, the Delicate Arch, symbole qu’on retrouve sur les plaques d’immatriculation des voitures d’Utah :
Coucou oui la toute petite c’est moi !
Une autre boucle du Colorado s’appelle Horse Shoe Bend, la boucle en forme de fer à cheval. Cela se trouve au sud de la ville de Page, en amont du Grand Canyon. En voici une belle photo du blog Road Trippin, un de ceux que j’ai lus avec beaucoup d’intérêt avant notre départ :
L’eau émeraude est magnifique, mais pas ‘normale’, elle vient d’être filtrée au barrage près de Page.
Les noms de ces lieux naturels montrent la proximité des hommes et des chevaux. Et bien sûr beaucoup de quilts ont pour thème cet animal si beau et pacifique. Ci-dessous un quilt que j’ai fait il y a 10 ans, dédié à mon fils Erwan pour ses 11 ans, donc il y a 11 chevaux (ah-ha quelle subtilité…). Parallèlement, mon amie Madeleine en avait fait aussi un pour son petit-fils, nous avions partagé les tissus, les idées et ces deux quilts sont témoins de notre amitié, toujours aussi vivace aujourd’hui.Leur petite histoire est iciet le modèle des chevaux est de la regrettée Joan Colvin.
Le haras, Madeleine Fillola, 2008OK Corral, Katell, 2008. Comme je te le racontais ici, OK Corral fait référence à une fusillade ayant eu lieu à Tombstone. C’était un de mes rêves de visiter cette ville un jour et nous y sommes allés !… Je t’en parlerai un autre jour dans cette série Western Spirit.
Les chevaux sont un des thèmes qui font plaisir pour un cadeau, tant d’enfants et d’adultes les aiment ! Il en existe des milliers, en voici une toute petite sélection qui peut t’inspirer :
J’ai toujours plusieurs projets en cours, au contraire de plusieurs de mes amies qui détestent savoir qu’elles ont des tops en attente. Pour moi les pauses sont souvent essentielles car l’improvisation va chez moi de pair avec mûrissement, décantation, fermentation des idées, une vraie cuisine mentale qui me réveille parfois la nuit. Mon amie Annie raconte toujours en détails la genèse de chaque quilt sur son blogDes Tulipes et des Cœurset je retrouve bien dans ses articles les joies et les doutes de la création !
Alors sans entrer dans les détails techniques, voici d’où me vient l’inspiration de mon nouveau quilt, un petit panneau où rien n’est droit.
Je pars presque toujours d’un quilt ou d’une image de la nature qui m’inspire. Cette fois-ci, c’est un quilt de Jill qui m’a donné le point de départ :
Accentuate, Lady Pie Quilts. Comme j’aime les quilts avec des blocs irréguliers et une cohérence dans les couleurs, je suis toujours fan des quilts de cette artiste (Jill de Lady Pie Quilts) et, dans le même style, d’autres Américaines comme Debbie de Seattle (A Quilter’s Table) et bien sûr LeeAnn de Seattle aussi (Nifty Quilts). Décidément l’air de Seattle sied aux quilteuses !
J’ai donc décidé de faire ces blocs avec un centre rose vif imprimé ou pas, puis le souligner d’une bande unie marine et enfin terminer chaque bloc en log cabin irrégulier avec des tissus bleu-vert-turquoise, clairement inspiré du quilt de Jill. En avant pour l’aventure !
N’ayant pas fait de photos intermédiaires, je vais vous la faire courte : une petite dizaine de blocs faits, non équerrés, en attente pendant 6 mois. Et puis un jour, à vrai dire il y a 3 jours, l’envie de m’y remettre me saisit et en cherchant d’autres tissus roses dans mes boîtes je tombe sur des tissus offerts par LeeAnn, des grands coupons et de tout petits. LeeAnn n’achète presque jamais de tissus de patchwork car ils n’ont pas « vécu », elle se fournit dans les « thrift shops », boutiques de 2e main, vide-greniers et puces des couturières… Alors ses tissus sont étonnants ! J’y ai cherché du rose, j’y ai trouvé un petit rectangle de velours rouge. C’est décidé, ce sera mon focus !
Le petit rectangle de velours rouge m’inspire un encadrement de bandes, puis les blocs déjà faits prennent leur place tout autour. Au dernier moment, je décide d’ajouter du jaune orangé car l’ensemble se semblait trop froid malgré le vert acide, puis j’ajoute enfin des petits sourires, un tissu offert par une quilteuse de Williams, Arizona, que je présenterai un jour dans la série Western Spirit. En une journée j’ai terminé ce top qui s’agençait tout seul grâce au velours rouge de LeeAnn.
Et voilà, le quiting très simple commence en encadrant le velours rouge et continue en droites -pas toujours très droites !- et le quilt est coupé sans être équerré, pour garder l’esprit organique, vivant du projet.
La fierté d’être du Colorado (n’est-ce pas Anne-Marie ?) : le panneau proclame Le dernier meilleur endroit, le Colorado ! Deux jours seulement dans cet Etat, mais un vrai coup de cœur…Dans cet Etat naît le célèbre Colorado, un des fleuves les plus artificialisés au monde, rendez-vous dans 15 jours pour en reparler. Durango et Silverton se trouvent au sud-ouest de l’Etat.
Durango
Cette ville ne fut pour nous qu’une halte d’un soir mais on en garde un beau souvenir. C’est une ville universitaire, dynamique avec ses 17 000 habitants, qui a gardé un centre à l’ancienne, montrant une opulence certaine avec ses magasins d’antiquités qui me semblaient très européens et quelques bâtiments anciens soigneusement conservés dans leur jus… et peut-être plus beaux qu’à l’origine.
Cette boulangerie est très connue, j’ai pu en faire une photo ci-dessous juste avant qu’elle ne ferme ses portes :
Un quilt en devanture d’un magasin d’antiquités.
Superbe librairie aux décors rappelant la vie au grand air avec des objets anciens en bois : un canoë, une luge, des raquettes, des skis, etc.
Impensable en France, mais pas du tout rare aux USA : une herboristerie pour se soigner en suivant la médecine chinoise. Ici est écrit : Petite pharmacie – Utile depuis 5 000 ans – Médecine chinoise, ça marche.J’adore voir l’alignement des bocaux de plantes ! Nous aussi avons une tradition herboriste européenne ancienne et performante, souvent complément idéal de la médecine moderne. Mais beaucoup de ses secrets tombent dans l’oubli en France depuis qu’un certain Maréchal Pétain a interdit le diplôme d’herboriste en 1941. Il ne se passait probablement rien d’autre d’important à cette époque. Les sorciers lui faisaient-ils peur ?
Un établissement est le clou du spectacle à Durango :
Ce saloon-cabaret reste résolument à l’heure de la fin du 19e façon Lucky Luke avec ses serveuses en bas résille, ses velours rouges du style maison close… De la musique entraînante jouée sur le piano centenaire complète l’illusion d’avoir remonté le temps !
(photo Pinterest)
Surprise, une famille de racoons (ratons laveur) a élu domicile dans une bouche d’égout ! Nous étions un petit groupe à nous extasier sur les bébêtes, tout en nous demandant quel degré de nuisance ils pouvaient avoir en plein centre ville…
C’est ma seule photo montrable, les autres sont noires malheureusement. Nous en avons vu 3 !
Renseignements pris, ils sont maintenant fort nombreux en ville, profitant des poubelles. Ils sont intelligents et bien mignons et se laissent facilement apprivoiser, mais est-ce bien nécessaire ?… Les ratons laveurs font partie des animaux du Nouveau-Monde qu’on fit venir en Europe vers 1930 pour les élever pour leur fourrure. Erreur… ils font maintenant partie des animaux nuisibles dans bien des contrées, se développant ici sans prédateur…
Nous n’avons pas l’impression d’être à près de 2 000 m d’altitude, au pied des Rocheuses ; c’est le lendemain, en allant vers le Nord, que nous verrons un peu plus de ces somptueuses montagnes.
En route pour Silverton !
Durango et Silverton sont deux villes distantes de 70 km, une route superbe en cette mi-septembre. Ces villes sont nées à peu près en même temps, liées par un célébrissime chemin de fer touristique. Naguère ce train servait notamment de transport du minerai extrait des mines de Silverton vers Durango, où il était traité. Hier comme aujourd’hui il faut toujours lutter contre les éléments, ici une photo montrant les dégâts d’une pluie diluvienne en 1911 sur le chemin de fer qui longe la rivière Animas.
Sur le chemin, on passe devant une célèbre station de ski : une des pistes se termine juste au pied de la route ! Son nom n’est pourtant pas engageant : Purgatory ! Histoire de nous rappeler qu’on est en terre américaine, où Dieu est dans la Constitution…
Mais que la route est belle entre Durango et Silverton…
Silverton
Les habitants de Silverton, la Ville de l’Argent (le métal) bénéficient d’un paysage grandiose, ce haut plateau à 2 836 m d’altitude est entouré de majestueuses montagnes. Avaient-ils naguère le loisir d’admirer le paysage, alors que le travail de la mine était harassant et si dangereux ? Le climat est très rude en hiver. Quelle dure vie pour les pionniers, attirés par milliers par la richesse des sous-sols en argent mais aussi or et cuivre, alors que le confort n’existait pas…
Pour nous en septembre 2018, ce fut une ville dorée par le doux soleil presque automnal, une découverte très agréable, une plongée dans la vie rêvée des pionniers sans les dangers… et un charmant accueil dans un joli petit magasin tenu par une quilteuse !
Silverton : quelques rues se croisent à angle droit dans un écrin montagnard splendide.
Cette ville existe car on y trouva de l’or, de l’argent, du cuivre, c’était donc pour les Euro-américains une bonne raison de s’y installer après avoir viré manu militari les Indiens Ute, pourtant si combatifs, qui y vivaient depuis le 13e siècle. La dernière mine ferma en 1991, mais on parle toujours de réouverture un jour…
Au Visitor Center on apprend l’histoire de la ville et quelques pièces de musée nous plongent dans le passé.
Silverton devint une ville typique de l’Ouest, coupée en deux par sa rue principale, Greene Street. D’un côté, la bonne société respectant les codes de la morale avec les maisons d’habitation pour les familles, de l’autre la vie nocturne. Les hommes passaient d’une partie à l’autre, mais pas les femmes…
Les maisons sont presque toutes en bois, avec une grande diversité de taille, de style et de rang social aussi. Une jolie petite ville où l’espace ne manque pas !
Les écoles, ainsi que les sept lieux de culte (pour 700 habitants actuellement) sont tous du « bon » côté de la ville… Je reviendrai un jour sur les religions aux Etats-Unis, pour comprendre ce pays on ne peut pas esquiver cette donnée de liberté de culte. Elles sont toutes mignonnes, ces églises ! En voici quelques-unes :
Et voici Greene Street, la ligne de démarcation entre les deux mondes. Derrière cette rue jusqu’à la montagne, c’est le quartier résidentiel que nous venons de visiter et de ce côté, c’est le quartier mal famé, les lumières rouges, le paradis des joueurs bien avant Las Vegas, les bordellos (j’ai appris un nouveau mot d’anglais !!), les saloons et hôtels… Cette partie basse de la ville reste de nos jours encore la plus animée avec tous les magasins typiques et plutôt intéressants, ainsi que le terminus du train touristique Durango-Silverton.
Cette grande bâtisse est le Grand Imperial Hotel, principal établissement historique qui a gardé sa superbe à l’intérieur :
Et on a pris des forces au Brown Bear Cafe, le café de l’ours brun. Ici, ambiance chaleureuse, beaucoup de vieilles photos de Silverton… et une collection d’ours !
Dans plusieurs villes « western » nous avons admiré ces plafonds en étain. Ici on voit aussi une frise de papier peint d’ère victorienne, diverses photos et articles de collection.
Si tu visites Silverton un jour, tu pourras admirer les devantures de magasin à l’ancienne dont l’intérieur ne manque pas d’intérêt. Il y a beaucoup d’artisanat (et pas du made in China à longueur d’étalage comme parfois ailleurs).
Tchou-tchou ! Et voilà qu’arrive l’Express de Durango, tout le monde descend !
Grâce au tourisme, Silverton ne finit pas en ville-fantôme comme bien d’autres bourgs. Le train apporte pendant la belle saison sa cargaison de touristes venant de Durango.
Et puis dans un magasin en angle il y a… du patchwork !
Les ventes principales se concentrent sur des poteries, mais la passion de la charmante gérante remplit un coin ensoleillé de la boutique. Nous avons naturellement discuté fort amicalement et Shirlee m’a avoué que son grand rêve est d’aller en France, terre de ses grands-parents… Alors si elle réussit à vivre son rêve, elle viendra aussi du côté de Toulouse !
Je n’ai pas résisté devant ce tissu inspiré des bandanas.
Cette fois comme tant d’autres fois, le partage des passions ouvre les portes et les cœurs.
Après cette balade touristique, mardi prochain nous allons courir, crinière au vent…
Until later, Katell
Et quelle que soit l’actualité, les enfants américains se réjouissent de la fête d’Halloween qui aura lieu demain ! Malgré son origine européenne et celtique, elle n’est plus à la mode en France. Rien ne vous empêche cependant de célébrer l’automne avec une petite décoration… Je viens de sortir mes potirons en tissus, un modèle est toujours disponible ici.
Avant de rendre visite aux Patriarches au pied du Mont Rainier, je te présente cette montagne qu’on voit de Seattle dès que le temps est clément.
J’opte désormais pour le tutoiement dans la série Western Spirit tous les mardis, car c’est un partage d’idées, d’aventures et d’expériences qu’on partage entre amis !
Skyline (« silhouette urbaine ») de Seattle au coucher du soleil, avec la silhouette du Mont Rainier (photo d’ici)
Des 26 volcans de la chaîne, le Mont Rainier est l’un des plus dangereux. Non loin, l’éruption de Mont St-Helens en 1980 fit de gros dégâts et surtout 57 mortsdans une région peu peuplée. Le Mont Rainier est le plus haut sommet de la chaîne des Cascades qui s’étale du Canada à la Californie, le long du Pacifique. On sait que la faille San Andreas poursuit plus au sud les risques majeurs de séismes. La Terre est toujours en activité, c’est loin d’être un astre mort !En suivant ce lien, tu verras que plusieurs villes dans le monde sont menacées par un volcan actif, comme l’est Seattle.
Le Mont Rainier est néanmoins un but de randonnée privilégié, nous avons assisté avec émotion au dévoilement progressif du mastodonte au fil des heures dans la région du Sunrise en étant déjà à environ 2 000 m d’altitude :
Et les Patriarches ?
Ils se trouvent du côté de l’Ohanapecosh River, au pied sud-est du Mont-Rainier. Nous ne sommes plus qu’à environ 500 m d’altitude. Les Patriarches sont les héros de cette forêt primaire, plusieurs dizaines d’arbres millénaires qu’on peut approcher après avoir traversé un pont suspendu.
Traversée sécurisée de la rivière. On nous conseille de traverser le pont un par un car chaque pas engendre des vibrations. C’est pourtant drôle de s’amuser dessus à plusieurs ! Cela me rappelle des passerelles en lianes en Côte d’Ivoire dans la région de Man quand j’étais toute jeune, bien plus instables :Les racines spectaculaires de cet arbre tombé en 1970 permettent de photographier des enfants dans le centre de l’arbre, c’est ici le cliché habituel. N’ayant pas d’enfant sous la main, le creux reste vide, on ne se sent donc pas bien compte de l’échelle 😉
Les arbres tombés sont laissés car ils deviennent parfois des arbres-pépinière : les troncs morts en cours de décomposition, pleins d’insectes, de mousses et de champignons servent de support et de nourriture à de jeunes plants. La forêt primaire suit son cours complet.
Les arbres locaux sont des Douglas (appelés ainsi d’après David Douglas, un botaniste écossais qui fit 10 000 km en 1825-26, à pied et en canoë, pour découvrir la flore le long du Pacifique), des tsugas (autres conifères), et des cèdres rouges (thuyas géants). Ces derniers étaient de première importance pour les Indiens, procurant la matière première pour faire notamment des paniers ou même des capes imperméables avec l’écorce qu’on peut tisser. Ce bois quasi-imputrescible se travaille et se fend facilement ; on le creusait pour faire des canoës, on le sculptait pour faire des mâts totémiques*, on le coupait pour faire les maisons… De nos jours, il continue d’être exploité pour couvrir les maisons en bois traditionnellement sous forme de shingles (bardeaux), sert à l’industrie des meubles, repousse naturellement les insectes (en particulier les mites textiles)… et, merveille culinaire découverte chez LeeAnn et cuisinée par son mari, ce bois donne au saumon un goût incomparable quand on pose le poisson sur une planche de cèdre rouge et qu’on le cuit au barbecue !! Dans ces cas-là, j’adore la cuisine américaine !
*Les totems sont sur-représentés dans notre imaginaire sur les Indiens d’Amérique (la faute aux westerns !). En Amérique du Nord, les mâts totémiques n’existaient que chez les peuples qui s’étendaient de l’Alaska à l’Etat de Washington (en passant donc par la partie ouest du Canada), on les nomme les Indiens du Nord-Pacifique. Les mâts totémiques correspondaient, non pas à une religion, mais à un emblème clanique, un blason, un hommage à une personne décédée ou une commémoration (la victoire d’une guerre par exemple). Il y a donc confusion de termes avec d’autres civilisations utilisant des mâts vaguement similaires ayant une symbolique religieuse.
De même, jamais aucun Indien, à part devant les caméras, ne fit whoo-whoo-hoo en battant la main devant la bouche pour partir à la guerre… et je reviendrai un jour sur le mythe des cowboys, attention déceptions en vue !
Un cèdre rouge qui connut de plus beaux jours… mais sa décomposition enrichira le sol.
Une longue passerelle en bois est aménagée pour que nos pas ne tassent pas la terre, ne blessent pas les racines.
Nous découvrons ébahis de vénérables arbres de 1 000 ans, toujours vivants, appelés les Patriarches.
On les appelle les jumeaux Douglas, ils ont mille ans, malgré leur allure alerte seule une couronne d’environ 20 à 25 cm est encore vivante. LeeAnn et moi ne sommes pas jumelles mais nous sommes sœurs de cœur !
Quelle émotion de toucher ces arbres… Ils fournissent une force énergétique et je comprends les peuples qui les ont divinisés.
Rappelle-toi Pocahontas, dessin animé de Walt Disney (1995) où l’héroïne demande conseil à sa « grand-mère feuillage » qui est la voix de la sagesse…
Plus généralement, ce film est une ode à la tolérance entre les peuples ainsi que l’encouragement à écouter et protéger la nature. C’est bien ce que nous enseigne l’étude de la vie des Indiens qui vivaient en symbiose avec la nature il y a encore peu de temps. Nous sommes bien moins sages. Sans bouder des aspects formidables du progrès, il y a urgence à revoir notre mode de fonctionnement, nous reconnecter à la nature dont nous faisons partie et mieux la respecter, c’est tout notre intérêt.
Nous n’avons pas visité la péninsule d’Olympia, au sud-ouest de Seattle. C’est encore là un lieu exceptionnellement préservé, une forêt primaire extraordinaire. Je t’invite à rendre visite à ce blog, l’un de ceux qui m’ont aidée à organiser notre voyage. Il est écrit par un professeur de géographie de l’université d’Orléans. On y voit ici de magnifiques photos de la péninsule.
Au fil de notre périple dans l’Ouest américain, nous nous sommes posé une question : pourquoi, dans notre vieille Europe, n’avons-nous que peu de très grands arbres ? Nous avons des Arbres Remarquables dûment répertoriés, certes, mais justement pas de très vieux arbres en abondance. Malgré la violence des incendies, ouragans ou tornades qui balaient ce pays américain, nous avons vu tant de très vieux arbres à la circonférence étonnante, même au centre de San Francisco ! La réponse est dans l’histoire des hommes.
L’Europe est, depuis bien longtemps, bien plus densément peuplée que l’Amérique. Si à l’origine, les forêts recouvraient la plus grande partie des territoires européens, au 11e siècle (à partir de l’An 1000), une conjonction d’événements changea la donne. Le climat connut un épisode très doux, la population s’accrut, une meilleure stabilité politique s’instaurait en même temps induisant la sécurité, le développement de l’agriculture et de l’élevage et donc un besoin de gagner de la terre. Mais un défrichement massif sans discernement fut effectué, les forêts furent souvent brûlées, comme un reset, une mise à zéro, ce qui fait qu’on a peu d’arbres très anciens, les arbres jeunes adultes étant exploités, depuis lors, au fur et à mesure des besoins. A noter qu’après 3 siècles de relative prospérité, le Moyen-Âge se termina avec un fort déclin de la population européenne au 14e siècle avec la Guerre de Cent Ans, la Grande Famine, la Peste noire… La Renaissance ne permit pas aux forêts de se reconstituer : les arbres étaient des produits de consommation de première nécessité, sans parler des constructions navales et autres industries avides d’énergie. On était à la recherche constante de bois de construction ou de chauffage : le petit peuple n’avait le droit que de glaner les branches, les troncs étant réservés aux propriétaires terriens.
Au 20e et 21e siècle, nous n’avons jamais eu autant de forêts en France, du moins depuis le 11e siècle ! En revanche, elle ne sont que rarement naturelles. Même les flancs de montagnes sont reboisés, ce qui est formidable, mais souvent avec une seule essence et cette politique favorise la propagation des maladies et insectes ravageurs. Ainsi, au printemps dernier, nous avons frémi à la vue de la forêt du Causse Noir à l’est de Millau, reboisé de pins noirs d’Autriche : ils furent ravagés en 2017 par les chenilles processionnaires et il n’y reste que des milliers d’arbres morts…
En Amérique, c’est une toute autre histoire, les Indiens étaient numériquement très peu nombreux en regard de l’immensité du territoire. Leur prélèvement de bois sur la nature était insignifiant. Et lorsque vinrent les Européens, quels arbres choisirent-ils pour construire leurs maisons (les log cabins), pour élever leurs clôtures, pour brûler dans la cheminée ? Certainement pas les plus grands et les plus vieux, sans doute pour le respect qu’ils inspiraient, mais encore plus certainement parce que les plus jeunes ont des diamètres bien plus pratiques à couper et à transporter !
Famille dans le Minnesota en 1890 devant leur cabane en rondins. On voit bien que les arbres utilisés ne sont pas très vieux…
C’est donc pour ces raisons qu’on peut voir encore aux USA des régions extraordinairement préservées. Pour retrouver l’ambiance de la découverte des très anciens arbres de l’Ouest américain au 19e siècle, je recommande la lecture du roman de Tracy Chevalier A l’Orée du Verger, maintenant disponible en format de Poche.
Et pour illustrer cet article avec quelques quilts, en voici que j’aime beaucoup avec des forêts qui me rappellent celles de l’Etat de Washington, ainsi que quelques arbres remarquables :
J’aime ce modèle classique des années 1930 je crois !Bear in the Wood par Emma Louise, avec l’ours fait en couture sur papier d’après un modèle de Margaret Rolfe.Uncommon Forestde Debbie de Seattle, probablement inspirée par les belles forêts de son Etat, Washington. Je suis amoureuse de ce quilt aux couleurs différentes de celles d’un Noël traditionnel !On change d’univers artistique avec Redwoods de Merle Axelrad. Tissus collés puis quiltés. Bluffant de réalisme !L’érable de Ruth McDowell, si artistique…La Forêt, oeuvre collective faite dans le Tarn, dirigée par Cécile Milhau, voir l’article de Christophe pour des photos de détails. Cécile Milhau, ancienne déléguée FP du Tarn, est une artiste surprenante, aussi à l’aise dans la broderie, le patchwork que l’art textile mix-media.
Je reviendrai un jour sur des arbres que j’ai découverts en Utah, mais dès mardi prochain nous plongerons ensemble dans une ambiance western !
Avant d’entrer dans le sujet, permettez-moi de dire toute ma compassion pour les personnes qui subissent les inondations dans la région de Carcassonne que je connais bien.
Entrer chez Patricia Belyea, c’est expérimenter un joyeux mélange d’influences occidentale et extrême-orientale. Sa maison est comme elle, non conventionnelle, accueillante, sympathique… surtout pour une quilteuse ! Imaginez une immense pièce à vivre, avec plus de la moitié consacrée à un atelier ! Plusieurs tops en cours sont sur les murs, en attente de finition.
Patricia enseigne les courbes depuis plus de 5 ans, y compris en Europe au Festival des Quilts de Birmingham. Elle enseigne surtout un peu partout aux USA, y compris non loin de chez elle à La Conner où elle loue un bel espace qu’elle aménage avec ses tissus et son univers, pour le plus grand bonheur de ses stagiaires. Patricia a l’art et la manière de sublimer en rondeur des tops déjà superbes avec un travail de précision très minutieux, à la japonaise, complètement différent de celui que je pratique (je travaille de façon bien plus spontanée). Voici ce qu’elle fait en ce moment :
Après l’apéritif, nous avons laissé les hommes discuter entre eux et sommes allées visiter son espace professionnel. Son magasin se trouve sous l’habitation, pas vraiment en sous-sol puisque le terrain est en pente. Il est plein de centaines de tissus Yukata. J’ai eu l’occasion de vous en parler dans le magazine des Nouvelles de juin dernier (n° 137) et vous avez été très nombreuses à admirer la couverture de ce numéro montrant un de ses quilts ! Plus récemment encore, six pages lui sont consacrées dans le nouveau Simply Moderne. Patricia a le vent en poupe !
Son livre mérite qu’on le lise attentivement, il est rempli de trucs originaux, de points de vue différents, tout simplement parce que Patricia n’a commencé à quilter qu’à 50 ans et, autodidacte, elle a trouvé seule des manières de travailler très personnelles. Elle y montre des utilisations faciles mais néanmoins spectaculaires de ses tissus de kimonos anciens. Je vous en ai déjà parlé avec enthousiasme et vous pouvez trouver dans Les Nouvelles n° 137 un modèle expliqué extrait de son livre. Qu’ils sont beaux (ses tissus, ses kimonos, ses quilts) !!
Vous me pardonnerez, nous étions en visite amicale et je n’ai pas fait de photos, celles qui sont dans cet article proviennent du site de Patricia, Okanarts.com et de son compte Facebook. Patricia a cependant fait un portrait avec son téléphone pour immortaliser notre venue :
Et LeeAnn, nous a prises, Patricia et moi :
J’apprécie beaucoup Patricia, gaie comme un pinson, virevoltant, heureuse de partager son univers ! La vie n’est pas plus, pour elle que pour d’autres, un long fleuve tranquille, mais elle est combative, positive… J’aime cette femme !
Si vous êtes à Seattle, il faut d’abord contacter Patricia avant de vous rendre à son magasin, ouvert sur rendez-vous, voyez toutes les coordonnées ici : https://okanarts.com/contact/. D’origine canadienne, Patricia comprend le français.
Malgré ma petite fatigue ce soir-là (le décalage horaire n’était pas absorbé), nous avons grandement apprécié l’accueil chaleureux de Patricia et son mari, l’ambiance décontractée de cette belle soirée… A charge de revanche, nous attendons ta visite en France Patricia !
Que nous réserve mardi prochain ? Nous rendrons visite aux Patriarches !
Mon mari et moi avons atterri à Seattle pour que nous puissions nous revoir, LeeAnn et moi. Nous nous sommes connuesgrâce à son blog, nous avons correspondu par mail parce que j’admirais ses quilts et une sincère amitié est née entre nous. C’est d’ailleurs grâce à LeeAnn que j’ai commencé à correspondre avec Betty !
LeeAnn était venue à Toulouse en 2014, mes Amies Abeilles et Ana Maria s’en souviennent autant que nous deux. Quelles belles rencontres ! Bien sûr nous nous étions promis de nous revoir et ce voyage vers le Grand Ouest américain était déjà dans nos souhaits, alors j’espérais pouvoir tout combiner… ce qui fut fait !
Chez LeeAnn, ce n’était pas du tout l’esprit routard qui régnait mais une très douce chaleur amicale qui nous enveloppait. La transition entre l’Europe et les Etats-Unis s’est ainsi faite dans le cocon de leur jolie maison en cèdre, si confortable et tranquille… Un bonheur inoubliable et une amitié à quatre que nous nous sommes promis d’entretenir.
Seattle, Washington
Nous sommes donc dans l’Etat de Washington qui se trouve le long de l’Océan Pacifique, juste au sud du Canada, tout près de Vancouver, dont nous avons presque tous appris l’existence avec la chanson de Véronique Sanson (ici). Sa plus grande ville est Seattle ; sans être au-devant de la scène comme New-York ou San Francisco, vous l’avez sûrement aperçue au cinéma ou à la télé avec parmi tant d’autres :
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La ville a une silhouette bien reconnaissable avec sa fine tour qu’on appelle Space Needle (l’Aiguille de l’Espace, avec son restaurant panoramique au sommet à la forme de soucoupe volante), érigée en 1961 pour célébrer l’Exposition Universelle qui eut lieu dans cette ville en 1962.
Shannon Brinkley nous propose de faire un panneau Seattledans sa série Skyline:
Ma première photo de Seattle vue du nord. Le fond est dans les nuages mais un autre jour nous aurons la chance de voir le Mont Rainier, volcan qui, tel le Mont Fuji à Tokyo, domine la ville. Nous irons même en excursion sur ce mont distant d’une centaine de km de la ville.
Seattle est une ville qui respire bien, soucieuse de protéger la verdure omniprésente. C’est aussi une ville ultra moderne, siège de tant d’entreprises à succès. Naguère connue surtout pour Boeing, à présent elle s’enorgueillit d’avoir vu naître Starbucks, Expedia, Microsoft, Amazon…
Le tout nouveau siège d’Amazon, inauguré en janvier dernier, est composé 3 immeubles et de 3 bio-sphères en plein centre ville. Conçues pour le bien-être des salariés – et donc un meilleur rendement – elles renferment de multiples services et même une forêt tropicale ! (photo Amazon)
Nous avons cependant passé bien plus de temps à l’extérieur de la ville !
La baie de Puget Sound
Vous voyez Seattle. La Conner n’y figure pas, c’est au bord de l’eau, à l’ouest de Mount Vernon (en haut de la carte)
Le Puget Sound est la baie où se niche Seattle, un superbe labyrinthe d’îles, de presqu’îles et de mer propice aux sorties maritimes pour le plaisir, voie de communication par ferries, étape des gigantesques paquebots de croisière vers l’Alaska… Vu sous le soleil, le spectacle est magnifique !
La baie de Seattle appelée le Puget Sound est d’une grande beauté ! Mais les activités intenses polluent, et en particulier celle qu’on oublie souvent : la pollution sonore. Les orques, ces cétacés noir & blanc aux capacités extraordinaires, souffrent beaucoup de tout ce tintouin, eux qui ont l’ouïe ultra-développée et des comportements sociaux subtils. Beaucoup encore vivent l’été au nord de ce bras de mer, à cheval entre le Canada et les USA.
Nous ne sommes pas allés voir les orques, même si c’était tentant ! Nous avons pris la route vers le nord, parcourant une jolie campagne, vers une destination choisie par LeeAnn.
La Conner
La Conner est une toute petite ville de pêcheurs et port de plaisance au bord de la grande baie de Puget Sound, à une bonne centaine de kilomètres au nord de Seattle, presque au Canada.
Pourquoi ce nom ? Un certain John Conner, établi à cet endroit, changea en 1870 le nom d’origine du village (Swinomish, du nom de la tribu indienne locale) et le nomma La Conner en l’honneur de sa femme Louisa. A l’époque, on avait cette liberté !
Dans les années 1940 de nombreux artistes affluèrent et la communauté artistique n’a depuis lors jamais déserté cet endroit romantique et touristique.
La Conner, petite ville toute mignonne, pleine de boutiques d’artisans, d’objets vintage, d’une pâtisserie pour gourmets…
Outre ces bonnes raisons, LeeAnn et son mari nous y ont conduits car une des maisons victoriennes de la ville abrite le Musée des Quilts et Arts Textiles du Pacifique Nord-Ouest (Pacific Northwest Quilt & Fiber Arts Museum). Après plusieurs mois sans Conservatrice, les activités reprennent de plus belle et nous avons pu voir de magnifiques expositions dans cet écrin remarquable.
(Photo Alex Kramer)
Ce manoir, qu’on appelait même château à une époque, a tout d’une construction anglaise. Le Britannique George Gaches, arrivé en 1869 à La Conner, y fit de fructueuses affaires et finit par faire construire cette maison qui sera terminée en 1891 et décorée avec goût par son épouse Louisa (un prénom très à la mode à l’époque). Si vous comprenez l’anglais, vous avez son histoire ici.
LeeAnn au rez-de-chaussée du Musée devant un quilt appliqué de 1858. On ne peut pas se tromper, c’est écrit dessus !Dans la même salle, une ancienne machine à coudre avec un des beaux livres de Barbara Brackman.
De conséquentes rénovations ont eu lieu ces dernières années et cette magnifique propriété a conservé de très beaux meubles et la majesté des belles pièces. Musée, lieu d’expositions et de stages, il attire les quilteuses de la région comme un aimant !
LeeAnn et moi, sortant du Musée.Que LeeAnn me manque déjà… (Photo Bruce Decker)
L’exposition temporaire en ce mois de septembre montrait d’extraordinaires quilts japonais. Malheureusement, nous n’avions pas le droit de les photographier. J’ai donc acheté le catalogue en souvenir. L’invitée majeure étaitEmiko Toda Loeb, Japonaise émigrée aux Etats-Unis, principalement connue pour ses somptueux quilts en log cabin réversible. Ils montrent non seulement deux faces tout aussi belles mais ces deux faces sont cousues simultanément, bande après bande. Le travail est remarquable !
Exemple pris du site d’Emiko Toda Loeb :
Ces deux panneaux sont donc le même quilt recto-verso : imaginez le travail de maquettiste qui se cache derrière la réalisation…
Tout l’étage était plein de merveilles raffinées faites par ce groupe de Japonaises menées par Emiko, le New Zephyrs Quilt Group. Le titre de l’expo est très judicieux : Fabric Poems, Poèmes en tissus… Voici une photo néanmoins, chipée sur Facebook :
Bright Frost, Noriko Misawa
Et cette photos prise du site de leur groupe :
Flower Raft, par Emi Katsuyama
Malheureusement je n’en ai pas plus car leur site n’est pas à jour.
Si l’esprit japonais était bien là, j’ai remarqué que dans ce groupe on n’hésitait pas à quilter à la machine, et ce de manière virtuose… bien sûr…
Au dernier étage du Musée se tenait une exposition locale avec de très jolis quilts aux étoiles, des traditionnels et des plus modernes de Judy Irish ou ses élèves :
Et en souvenir du temps passé, un kit ancien fort bien conservé montre les premiers exemples de commercialisation pour que chacune se sente le courage de faire un quilt. Les tissus sont prédécoupés, les dessins de quilting sont pré-dessinés… Il est daté des environs de 1900.
On ne le voit pas sur la photo mais le tissu blanc est marqué de petits points gris montrant le dessin du quilting.
Je n’ai presque pas pris de photos du rez-de-chaussée tellement j’ai discuté avec les charmantes dames accueillant le public !
Le rez-de-chaussée montre l’opulence de la maison. Les frises de papier peint sont des reproductions à l’identique des choix de Louisa Gaches. Les quilts sont des exemples de quilts du XIXe siècle en format réduit. Ils sont exquis !
Mardi prochain, Patricia Belyea nous accueillera, toujours à Seattle… Encore un petit goût du Japon aux Etats-Unis !
Lettre d’une amie que vous allez vite reconnaître…
Dear Katell,
Depuis notre voyage en France en juin dernier, Smitty et moi ne cessons de parler de notre merveilleux séjour chez toi. Il ne se passe pas un jour sans que nous n’évoquions un aspect de nos découvertes et des si bons moments passés ensemble.
J’avais commencé, une semaine avant le Florida Folk Festival fin mai, un Pine cone quilt qui n’a connu qu’une seule interruption, les 9 jours de notre voyage en France.
Il est dans les couleurs qui pour moi symbolisent Toulouse, alors lui trouver un nom était évident : Toulouse a été mon compagnon sur mes genoux pendant les mois derniers. Rangée après rangée, je l’ai chargé de mes souvenirs. Ce quilt représente pour moi mon amour de ta région, le sud-ouest de la France, Toulouse, Penne, Bézac, les Abeilles, les Salvage et tout le temps passé avec toi. Je cousais auprès de Smitty et nous nous rappelions les vins, les fromages, la nourriture, les grandes promenades, les jardins, les fermes, les pigeonniers, toutes les histoires de chacun de ces jours et toute l’amitié de ces femmes qui nous ont entourées. J’ai juste à fermer les yeux et je revois les vieilles maisons sur les collines, les rivières, les églises et les cimetières (tu sais que je les affectionne), et puis toutes ces femmes assises autour des tables, penchées sur leur premier Pine cone quilt avec toi et moi. Ah que de beaux souvenirs !
J’ai terminé Toulouse le 1er septembre, juste au moment où tu arrivais aux Etats-Unis, de l’autre côté de notre grand pays. Les derniers jours ont été consacrés à la coupe des carrés qui débordent et à la pose de la bordure de finition.
Il est maintenant dans notre salon avec les poupées que j’affectionne. Il mesure 208 x 213 cm et pèse 12,7 kg. Un beau bébé !
Mes quilts sont à présent souvent demandés pour des expositions, c’est en ce moment le cas à Tallahassee (capitale de la Floride) de fin août à fin octobre. J’y expose le Noir et le Bleu Caraïbes, ils sont bien appréciés. L’exposition s’appelle Out of the Blueet tu peux voirles 86 quilts exposés et expliqués par ici.
Ma prochaine grande exposition aura lieu au National Quilt Museum de Paducah (Corner Gallery) du 1er février au 16 avril 2019 avec six quilts parmi lesquels Toulouse. Je projette d’ailleurs un Toulouse 2, pour utiliser les vraies couleurs de la ville, tous les roses, briques, bruns, saumon, bleus et turquoise… De quoi m’occuper tout en repensant à mon séjour en France !
C’est en ce moment, jusqu’à dimanche soir, la vingtième édition… Cela se fête dès l’entrée avec une très belle partie consacrée aux expos d’artistes et associations.
Une entrée dans la joie et la fantaisie !
J’ai enfin pu apprécier autrement qu’en photos la sélection du concours Modern Quilt de France Patchwork. Comme toujours, quelle différence entre les photos et les œuvres ! Ces quilts m’enthousiasment et, comme j’ai passé un bon moment à les admirer (et faire la police : on ne touche pas, c’est une oeuvre d’art !!), j’ai entendu beaucoup de réactions élogieuses, d’admiration devant le travail et surtout le résultat esthétique. Le public est enfin mûr pour apprécier. Il y a quelques années encore, les réflexions auraient été en majorité : Pff, c’est à la machine, je n’aime pas… Bravo à toutes ces dames qui savent évoluer et reconnaître le talent des artistes modernes ! Vous trouverez ici une galerie FP complète avec le nom des œuvres et des artistes.
Non loin de la galerie France Patchwork, Andrée Leblanc expose ses quilts en log cabin, toujours impressionnants.
Depuis quand existent ses « toolless », les imprimés sur tissus qui permettent un log cabin précis ? Bien plus de 10 ans je crois bien !
Les amis de Labastide-Rouairoux ont un stand très sympa, montrant notamment une sélection d’art postal, qu’ils reçoivent année après année pour la Fête du Fil. Une dame fait une démonstration de tissage. Ce sont des gestes fascinants et je trouve les tisseuses toujours jolies, leurs gestes sont si harmonieux, les matières si douces et naturelles…
Ma découverte du jour fut le brodeur-poète Dimitri Vontzos. Je n’avais encore vu ses broderies que dans le magazine de La Pratique du Patchwork. Il réalise des petits tableaux, comme des cartes postales de villages où l’on sent la lumière du sud. Le trait pourrait être un trait de crayon, mais c’est du fil. Chaque tableau est adorable.
Il excelle aussi dans des œuvres contemporaines bien plus audacieuses, maniant le feu et l’eau, en bon Grec amoureux de la Méditerranée.
Désolée, Dimitri, mes photos ne rendent pas justice à tes tableaux !
Ce qui m’a impressionnée au premier coup d’œil également, c’est sa Polyphonie aquatique… et l’étonnante interprétation qu’il en fait, comparant cette oeuvre harmonieuse mais morcelée avec notre Europe à la brillante culture mais à l’économie complètement déchirée entre des forces antagonistes.
Les détails sont étonnants, le fond bleu étant mi-brodé de blanc, mi-appliqué de Velcro pour pouvoir ajuster les carrés colorés dessus ! Il faut l’écouter et le regarder nous révéler les formes d’hippocampes, de poissons qui se retrouvent dans les entrelacs blancs… Grâce au Velcro, le tableau vit et évolue !
Vous verrez de bien plus belles photos que les miennes chez Nathalie La Bastidane, cette oeuvre ayant été exposée précédemment à SMM.
Dimitri expose régulièrement dans toute la France, guettez ce nom : Dimitri Vontzos !
Et bien sûr les exposants vous attendent, nos achats les aident à vivre !
Le stand France Patchwork est au E11 : comme d’habitude c’est le lieu de rendez-vous et de convivialité !
Petit article pour les Occitanes de la région de Toulouse : j’ai reçu plusieurs annonces que je vous livre ici rapidement, les infos importantes sont sur les affiches et les dates sont très proches, à vos agendas !
Dans l’Aude :
Dans le Tarn-et-Garonne :
En Ariège :
En Haute-Garonne :
De quoi bien remplir nos journées et rencontrer les amis !