La Route 66 – Mythique Mississippi

Mississippi, c’est la transcription du mot qu’utilisent les Ojibwés (Amérindiens des plaines, autour des Grands Lacs, aux USA et au Canada) pour parler du fleuve, « le père des eaux » qui serpentait dans les immenses prairies peuplées de quelques centaines de milliers d’Indiens nomades, d’animaux et plantes sauvages, pendant des millénaires…

Un Dreamcatcher, attrape-rêves ou capteur de rêves, est un objet du monde des Ojibwés. Dans les années 1960, les Ojibwés ont commencé à en fabriquer pour les touristes blancs et c’est devenu un très joli objet de décoration désacralisé. Certains autres Amérindiens leur en veulent toujours…  Un capteur de rêves se pose au-dessus du lit et capture, comme une araignée attrape des mouches, les cauchemars dans ses fils, pour ne laisser filtrer que les vrais rêves. Pour les Indiens, les rêves sont l’expression des besoins de l’âme, le moyen de communiquer avec le Grand Esprit auquel nous sommes tous liés.
Source photo: Img arcade

Embarquons sur ce fleuve, grande voie de communication qui coule du Nord au Sud, avec des dessins de Morris et un scénario de Goscinny dans un album qui évoque la course entre deux capitaines ennemis, à partir de la Nouvelle-Orléans jusqu’à Minneapolis.

La Nouvelle-Orléans a encore conservé le souvenir de la France.
En remontant le Mississipi, Lucky Luke nous fait découvrir les caprices et dangers de ce fleuve et plusieurs faits historiques. L’album est aussi vieux que moi, de janvier 1961, mais lui n’a pas pris une ride !

Les rides devraient simplement être l’empreinte des sourires.
Mark Twain

Ce qui a tout de même vieilli, c’est l’image du Noir flemmard mais sympa. De nos jours, politiquement incorrect.

Dans cet album de Lucky Luke, on retrouve la plupart des thématiques autour du fleuve : sa majesté, ses dangers, son utilité commerciale… Deux thèmes historiques y sont traités : la course folle de deux steamers (bateaux à aubes) en 1870 et un des premiers boulots d’un futur écrivain célèbre…

La course mythique en remontant le Mississippi

La bande dessinée nous raconte de manière assez fidèle la course engagée entre deux capitaines de steamers (bateaux propulsés à la vapeur grâce à une roue à aubes) en juillet 1870. Tous les coups étaient permis et l’envie de gagner était attisée par les paris gigantesques dans tout le pays !  Cette course particulière est restée fameuse, en raison de son enjeu : démontrer que les bateaux avaient encore un avenir en ralliant New-Orleans à Saint-Louis en moins de 4 jours, malgré la concurrence féroce du chemin de fer…

Avec Lucky Luke, les noms des capitaines et des bateaux sont changés, la ville d’arrivée aussi, mais l’ambiance est presque la même !

Ces courses n’étaient pas rares, elles se terminaient parfois par l’explosion de la chaudière et presque autant de morts que de passagers, la plupart ne sachant pas nager. Les milliers de bateaux sur le Mississippi transportaient des personnes, mais surtout des marchandises comme le charbon, le coton, le maïs, le blé etc. La contenance s’estimait en balles de coton (les ballots jaunes sur les images).

Pour la vraie course, les paris ont dépassé tout ce qu’on peut imaginer !


L’écrivain marqué à vie par le Mississippi

Samuel L. Clemens, 15 ans (en décembre 1850) déjà typographe à New-York…

Samuel Langhorn Clemens, alias Mark Twain, né dans le Missouri en 1835, fut un grand voyageur. Sa plume le distingue comme un des plus grands écrivains, son tempérament en fait un esprit ouvert, généreux, iconoclaste, facétieux… Que j’aimerais qu’existent + de Mark Twain dans le monde !

Dans 20 ans, vous serez plus déçu par les choses que vous n’avez pas faites que par celles que vous avez faites. Alors sortez des sentiers battus. Mettez les voiles. Explorez. Rêvez. Découvrez.

Voyager est fatal aux préjugés, à l’intolérance et à l’étroitesse d’esprit.

En France, on le prend pour un écrivain pour la jeunesse parmi d’autres (Les aventures de Tom Sawyer et Huckleberry Finn). Mark Twain est en réalité au pinacle des écrivains, un de ceux qui a exalté l’état d’esprit américain, dans son meilleur sens : le droit de chacun d’améliorer sa vie, l’optimisme qui fait avancer, le respect de toutes les religions, la liberté et la capacité d’entreprendre tout ce qu’on aime… J’aimerais prendre le temps un jour de le lire bien plus que les quelques romans lus lors mon adolescence. 

De retour à sa maison d’enfance en 1902, à Hannibal, village au bord du Mississippi, dans le Missouri. Elle est devenue un très beau musée en l’honneur de l’écrivain.

Twain était entièrement à l’aise par empathie avec tous et partout, mais avec une distance constante lui permettant un jugement sûr, très humain mais distancié. Son ironie, ses aphorismes m’enchantent. Alors à défaut de lire son œuvre dès demain, voici quelques citations :

Éloignez-vous des personnes qui tentent de modérer vos ambitions.
Les petites personnes font toujours cela.
Mais celui qui est génial vous fait sentir que vous aussi, vous pouvez être génial.

Je n’aime pas avoir l’idée de devoir choisir entre le paradis et l’enfer :
j’ai des amis dans des deux.

Il y a plusieurs choses humoristiques en ce monde ;
parmi elles, le fait que l’homme blanc se croit moins sauvage que les autres sauvages.

Il vaut mieux être un optimiste qui a parfois tort
qu’un pessimiste qui a toujours raison.

 

Enfant, Samuel Clemens avait cette vue du Mississippi de chez lui. Représentation artistique de John Stobart (1979).

Avant tous les autres, il défendait ardemment la cause animale :

Il n’y a que la vanité et la désinvolture de l’homme
pour croire qu’un animal est muet,
c’est parce que nos perceptions limitées
ne nous permettent pas de l’entendre.


Si l’on croisait les humains avec les chats,
cela améliorerait les humains,
mais ce serait une catastrophe pour les chats.


Si les animaux pouvaient parler,
le chien serait un compagnon plein d’une franchise maladroite
mais le chat aurait la rare élégance de ne jamais dire un mot de trop.


Plus j’en apprends sur les gens, plus j’aime mon chien.

Certaines phrases font écho aux livres de développement personnel actuels :

Ne vous disputez jamais avec des imbéciles
car ils vont vous ramener à leur niveau de bêtise
et vous battre sur ce terrain avec leur plus grande expérience.

Nous ne sommes rien d’autre qu’un pot-pourri d’ancêtres disparus.

Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.

Quel rapport avec l’album de Lucky Luke ??

Goscinny et Morris empruntent des pans de la jeunesse de Mark Twain, quand vers ses 20 ans il commença à travailler sur un steamboat (bateau à vapeur) par fascination du milieu, après y avoir voyagé comme passager. Il fit connaissance de centaines de personnages hauts en couleurs, au franc-parler imagé, pour lesquels il se prit d’affection.

Il commença en bas de l’échelle, mesurant la hauteur d’eau du Mississippi pour que le bateau ne s’enlise pas. Il fallait que la jauge marque plus de 2 pieds de profondeur, et quand on criait « Mark twain », marque double avec l’accent, cela signifiait l’alerte d’une profondeur insuffisante…

La sonde était marquée tous les pieds (environ 30 cm) et on ne pouvait plus passer s’il n’y avait plus que 2 ou 3 pieds de profondeur.

Samuel Clemens fut vite capitaine de bateau, jusqu’à la déclaration de la Guerre de Sécession en 1861, puis partit ensuite vers d’autres aventures après 5 années de vie sur le Mississippi. Ses souvenirs lui donneront matière à écrire plusieurs formidables romans. Retranscrivant les accents locaux, décrivant les gens tels qu’ils étaient, il fut le premier grand écrivain réaliste.

Il raconta aussi une autre version de son pseudonyme, Twain/twin qui signifie double, jumeau. Sa mère avait attendu des jumeaux (ce qui n’est pas avéré…), et l’un est mort à la naissance :  Oui, a-t-il dit, je me demande qui, de mon frère jumeau ou de moi, est mort à la naissance, nous nous ressemblions tellement. Mark Twain avait une vision bien particulière de la vérité, à géométrie variable… Sujet inépuisable !

La vérité est la chose la plus précieuse que nous ayons.
Économisons-la.

Mentez courtois, que diable ! Avec aplomb et élégance.

La vérité est toujours plus surprenante que la fiction,
parce que la fiction doit coller à ce qui est possible,
alors que la vérité, elle, n’y est pas obligée.

Un mensonge peut faire le tour de la terre
le temps que la vérité mette ses chaussures.

Dans le doute, dites la vérité.

 

Samuel naquit 2 semaines après le passage de la comète Halley en 1835 ; reconnu comme le plus grand écrivain vivant, il écrivit un an avant sa mort :

Je vins au monde avec la comète de Halley en 1835. Elle reviendra l’année prochaine, et je m’attends à partir avec elle. Le Tout-Puissant a dit: “Voyez donc ces deux monstres inexplicables ; ils sont venus ensemble, ils doivent repartir ensemble”.

Intuition ? Accablement après la mort de ses proches ? Ultime ironie ? Il mourut 3 semaines avant le passage de la comète de Halley de 1910 qu’on ne voit que tous les 76 ans. Poussière d’étoiles…

Une Star du Midwest

Revenons un instant sur la Route 66, c’est fou comme on y croise des Harley-Davidson !

Superbe quilt fait de tissus et de tee-shirts, créé par notre autre Star de l’étape, Victoria Findlay-Wolfe. Ce modèle, Star Storm, est vendu ici. Attention, envoi postal (pas en PDF).

La source du Mississippi, ce fleuve qu’on a traversé près de Saint-Louis sur la Route 66, est dans le Minnesota, près de la frontière canadienne. C’est là qu’est née Victoria (déjà citée dans La Ruche des Quilteuses).

Les quatre livres de Victoria, par ordre de parution de gauche à droite.

Pour faire un lien avec l’article de l’étape 1, voici un autre quilt de la grande Victoria Findlay Wolfe (grande autant par sa taille que son talent), une belle tige poussée dans la campagne du Minnesota, près de la source du « Père des Eaux », « Old Man River ». Pour elle, le rouge éclatant s’appelle toujours le rouge McCormick :

Big Red, de Victoria Findlay Wolfe (2014) avec le sigle McCormick au centre du quilt et une bordure qui rappelle les traces profondes laissées dans les champs par les tracteurs.

Même si Victoria vit depuis des années à Manhattan (New-York City), elle ne manque jamais de rappeler qu’elle a grandi dans une ferme, que ses parents sont des éleveurs de bœufs au fin fond du Midwest et que sa grand-mère Elda faisait des quilts improvisés, avec ce qu’elle avait de disponible : elle sait d’où elle vient et l’héritage familial n’est pas un vain mot.

Son blog n’est plus alimenté, cela lui prenait sans doute trop de temps, mais son site est ici et Victoria poste assez souvent des photos sur Instagram.

Victoria m’a offert la photo d’un de ses quilts de style improvisé pour mon livre BeeBook (page 17), j’en ai été très honorée ! C’est une des artistes innovantes qui inspire les jeunes et moins jeunes et grâce à qui l’art du patchwork continue de vivre intensément.

BeeBook, édité en 2019 par France Patchwork, est un livre dont je reste très fière, en vente sur le site France Patchwork.

So long, quilters, writers, cowboys and drivers on Route 66!
Katell

La Route 66 – Étape 3, vers Saint-Louis, MO

Un voyage virtuel et néanmoins extraordinaire, c’est ce que nous nous offrons, les routardes quilteuses sur la Route 66 ! Nos véhicules pétaradent chaque jour vers un endroit à visiter, le plus souvent rempli de nostalgie joyeuse. La routarde n°8 est une ambulance conduite par Giroflée, notre sauveuse si d’aventure nous sommes patraques… Elle mène sa Route elle aussi sur son blog, je vous en recommande chaleureusement la lecture car elle y distille de la musique locale, son sourire est contagieux et ses blocs brodés nous enchantent !

Le Jardin de Giroflée

Un peu d’histoire et de géographie, du côté de Saint-Paul, MO

Lors de cette étape, nous franchissons la première frontière d’État. Pour passer de l’Illinois au Missouri, il faut traverser le mythique Mississippi ! La Route 66 passa naguère par ce pont fait pour elle, maintenant trop fragile pour supporter d’autres passants que les piétons et les cyclistes :

Ce pont est courbé en son centre, un compromis technique entre le sous-sol rocheux et les contraintes de navigation. Mauvais choix, il y eut de nombreux accidents au Chain of Rocks Bridge…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Chain_of_Rocks_Bridge

Une fois sur la rive ouest, nous sommes dans l’État du Missouri. Il est essentiellement rural et appartient au Midwest, quelle que soit la carte choisie (choix ci-dessous😉). C’est à Saint-Louis que ce trouvait le siège social du symbole de l’agriculture industrielle, Monsanto, jusqu’à son absorption par Bayer. Les abattoirs industriels commencèrent à Chicago, les cultures industrielles dans les grandes plaines. C’était un miracle économique, les agriculteurs mieux rémunérés, les cultures mécanisées, la population nourrie par l’agro-alimentaire, pouvant alors consacrer leur vie à autre chose que faire pousser leurs légumes en autarcie. La nourriture industrielle est moins chère, plus sûre, plus stockable, plus variée… On en connaît désormais les limites et les dangers. La malbouffe rend malade. Des agriculteurs américains expérimentent de nouvelles rotations du cultures, des cultures associées, pour restaurer l’azote manquant dans les terres épuisées par les pratiques précédentes, mais cela reste généralement aux produits chimiques et aux semences OGM. Parallèlement, comme chez nous, de plus en plus d’Américains cherchent à se nourrir avec des produits non transformés et bios. Ainsi, les produits Amish cultivés « normalement » ont un succès fou !

Ce fut tout d’abord, comme partout aux USA, un territoire occupé par des Indiens (ici des Sioux et Algonquins) et ces plaines étaient d’immenses prairies. Les premiers Européens découvrant ce territoire furent des Français, Jolliet et Marquette, en 1673.

Le fort français de Saint-Louis, baptisé en l’honneur de Louis XIV, fut créé en 1764 en raison de sa position au confluent du Missouri et du Mississipi. Les Français régnèrent des décennies sur un très vaste territoire, du Canada à la Nouvelle-Orléans, et le Mississippi s’appela un temps le fleuve Colbert !

Saint-Louis fut le point de départ de l’expédition épique dont tout Américain a entendu parler, celle de Lewis & Clark le long du Missouri et jusqu’à l’Océan Pacifique.

En 1803, la petite ville de mille habitants fut vendue et devint américaine, comme l’immense territoire de la Louisiane. Ce fut bizarrement, au milieu de 19e siècle, le 2e port des USA après New-York, alors qu’il se trouve à + de 1000 km de l’océan à vol d’oiseau, 1 800 km de voie fluviale ! Son déclin viendra avec le développement du chemin de fer. Autre singularité : bien que très, très long (3 780 km), le Mississippi est moins long que son affluent le Missouri (4 370 km). Tout est grand aux USA… Une goutte d’eau à la source du Mississippi, au nord du Minnesota, mettra 90 jours pour arriver au delta du fleuve, à la Nouvelle-Orléans… 

Même si l’eau peut faire des ravages comme récemment dans les Alpes-Maritimes et il y a 6 jours en Louisiane (ouragan Delta, justement au delta du Mississippi), l’eau c’est la vie. Et j’ai lu que 92% de l’agriculture des USA est tributaire de l’eau du bassin du Mississippi ! 

On pourrait longuement écrire sur les aménagements du Mississippi pour protéger des crues et qui les empirent, des constructions en zones inondables… Mêmes soucis que chez nous, à vouloir dompter la nature on a fait trop souvent des bêtises.

Sur la Route 66, c’est ici uniquement que nous sommes en contact avec ce géant qui nourrit notre imaginaire de mille images. Nous voyagerons sur le mythique Mississippi dès dimanche, avec le prochain article, une balade mi-littéraire mi-quiltesque !

En 1896, Saint-Louis était une ville en pleine expansion, alors la 4e plus grande ville des USA (la 65e aujourd’hui avec 300 000 habitants).

Saint-Louis est riche de nombreux musées, parmi lesquels le récent Musée du Blues ouvert en 2016, célébrant la musique originaire des chants s’élevant des champs où trimaient les Afro-américains, chants rythmés par la répétition des gestes, l’effort, la tristesse et les déboires d’une vie injuste.

Saint-Louis a aussi un très beau parc botanique, de nombreuses universités, et ce pourrait être une ville où il fait bon vivre. 

Située à la confluence du Missouri et du Mississipi, Saint-Louis partage cette particularité avec Lyon, au confluent de la Saône et du Rhône, d’où leur jumelage.

C’est pourtant une des villes en grande difficulté (voir Détroit ici). La ville de Saint-Louis fut classée en 2000 la ville la plus dangereuse des États-Unis. En dépit de nombreuses entreprises, le seuil de pauvreté était de 27% en 2015 (15% au niveau national), 38% dans la population afro-américaine qui constitue presque 50% de la population de la ville.

The Gateway Arch, l’Arche du Passage, érigée dans les années 1960, est symboliquement la porte d’entrée vers l’Ouest, le départ de Lewis & Clark puis la ruée vers le Wild, Wild West, la conquête des terres inconnues et l’espoir d’une belle vie… l’Arche en acier inoxydable mesure 192 mètres de hauteur et se reflète sur le Mississippi.

Histoire de cartes

Le projet de quilt Route 66 est pour moi une carte à faire en textile, ce qui mérite quelques préparatifs. J’aime beaucoup cette carte imagée de chez Lulu la Taupe :

Ah si j’étais une bonne brodeuse, je me lancerais peut-être dans ces images… Des candidates ?

Existe-t-il des régions dans ce grand pays ? J’ai cherché et… oui, il en existe, mais elles changent selon les thèmes ! En résumé, il n’y a pas de découpage administratif aussi fixe que chez nous (voir Wikipedia). J’ai tout de même envie de faire ma carte en quilt avec des codes couleurs par région. J’ai donc choisi ce découpage :

Non, celui-ci :

Non, celui-ci :

… Finalement, c’est ce découpage que je préfère :

Le Nord-Ouest, de l’État du Washington au Wyoming, forme bien une unité géographique selon moi. J’aime l’association de l’Utah, du Colorado, du Nouveau-Mexique et de l’Arizona, avec le Nevada et la Californie… Adopté !

Histoire de carte en quilt

C’est la première étape concrète, après avoir déjà beaucoup rêvé mon quilt Route 66, je vais faire simple :

Pour ne pas me perdre au moment du découpage des pièces de ce puzzle, j’ai inscrit les deux lettres d’abréviation sur chaque état, à l’aide d’une carte. Forte révision de géographie !!

Le découpage n’est pas toujours si simple. Mais qui va me reprocher d’avoir escamoté Cape Cod ? D’avoir saccagé les bords de la Chesapeake Bay ? De même, je mettrai bien sûr Hawaï et l’Alaska, mais sans doute pas la myriade d’îles à l’ouest de l’État nordique. On verra. L’important est de bien positionner la carte. Ici je repère que la pointe de la Floride est légèrement trop haute par rapport à la pointe du Texas.

Je me concentre à présent sur la région Nord-Ouest que je viens de découper, que je veux en vert. Audition de mes tissus préférés, il n’en faut que 5.

Découpage de chaque État concerné, collage des tissus sur intissé, puis sur le fond, youpi la carte prend forme ! Je me conforme à une des règles d’un bon scrapquilt : mélanger les valeurs, c’est-à-dire les clairs, les moyens et les foncés.

Si vous le souhaitez, pour la prochaine région je ferai plusieurs photos pour montrer ma méthode de collage. Ce sera la région du Midwest, par où passe la Route 66, yeah !

A très vite pour une croisière agitée sur le Mississippi !
Katell

Route 66 – Étape 2, vers Springfield, IL

Le convoi se met en route, les copines de la Route 66 ont de la bonne humeur à revendre, un brin de gourmandise (ah les pancakes du matin !), du swing dans les baskets…

Pour celles qui me lisent depuis peu, je rappelle que je me suis inscrite à un groupe Facebook où les participantes, des quilteuses, vont à la fois vivre un voyage virtuel sur la Route 66, de Chicago à Santa Barbara, et faire un quilt. Ici, j’écris des impressions de voyage, parfois inspirée par les copines,  et je partage l’avancée de mon ouvrage pour faire un petit patchwork d’histoires qui fleure bon l’Amérique d’antan. 
Une joyeuse nostalgie baigne dans ce groupe, tout pour nous faire oublier la vie quotidienne.
En route !

Nous étions, fin août, au point de départ, Chicago.

Entre Chicago et Springfield, capitale de l’État de l’Illinois, la Route 66 a parfois été abandonnée au profit des autoroutes et la nature se l’approprie :

Photo prise dans l’État de l’Illinois (lien)

Mais ailleurs, l’heureux temps passé s’affiche en petits et grands musées, en panneaux et divers objets qui rappellent la joie et l’insouciance, particulièrement des années 1950-60. Et tant pis si c’est rouillé, ne le sommes-nous pas aussi parfois ? Nous sommes joyeusement vintage nous aussi !

A Springfield, ancienne station service de la Route 66 devenue un temps musée (lien)

En passant par Decatur…

Une des routes pour arriver à Springfield passe par la petite ville de Decatur. Si vous avez ce livre (Le Guide visuel du patchwork, Ellen Pahl, les Éditions de Saxe), cela vous dit peut-être quelque chose ! Il s’agit d’un point de croix noué en son centre, qui peut servir de nouage de quilting, sans fils qui traînent. 

Voici un nouage traditionnel :

Voici comment faire un nœud Decatur (pages 86-87 de mon édition de 1999) :

On commence comme un point de croix, en prenant bien toutes les épaisseurs du quilt. Ici j’ai marqué les points A – B – C, et au lieu de piquer directement à D (non écrit sur le tissu), je commence à faire une boucle au centre. Ici je triche, ce n’est qu’un tissu et pas un sandwich. 

 

Je termine ma boucle au centre, qui va devenir un petit nœud.

 

Puis on fait glisser l’aiguille entre les épaisseurs, sans couper le fil, pour faire le prochain nœud Decatur (ici, prochain nœud plus bas). Malin, discret, facile, rapide…

Pourquoi donc s’appelle-t-il nœud Decatur ? C’est l’auteure de ce chapitre, Caroline Reardon, qui a vu ce nouage sur un quilt exposé à Decatur… C’est ainsi que ce font certains baptêmes, tout simplement ! Si vous le cherchez sur internet, cela s’appelle Decatur Knot en anglais.

Quand on arrive à Springfield…

Les fans de TV ne peuvent s’empêcher de penser à la famille la plus connue de la ville, les Simpson !

La capitale de l’Illinois est une ville qui semble très agréable à vivre, pas trop grande, tournée vers la bonne chère et la culture, célébrant Abraham Lincoln et… la Route 66 !

La Route 66 est née à Springfield, même si le tracé commence officiellement à Chicago. On s’y réunit pour le fun, tous les engins motorisés sont admis pour célébrer la vieille dame, la Route 66 !

Des terres fertiles

Comme l’Illinois est en pleine région agricole, le Midwest, nommé Corn Belt (la ceinture de maïs) ou le grenier des USA, je profite de notre halte dans cet État pour vous parler des céréales pour le petit-déjeuner. Un clin d’œil tout d’abord aux flocons d’avoine de marque Quaker dans l’article sur le Rajah quilt, créées par des fermiers de l’Ohio, même pas quakers !

La compagnie Kellogg’s au nom mondialement connu est une des grandes réussites américaines, mais savez-vous qui créa les corn flakes ? Ils arrivèrent en France en 1968, mais furent inventés à la fin du 19e siècle…

Un petit-déjeuner hygiénique

A partir de 1830 aux USA, des médecins hygiénistes voulurent améliorer l’espérance de vie en favorisant le végétarisme, l’exercice, la pensée positive et l’abandon du tabac, du café, du thé anglais, de l’alcool… Ils étaient bien en avance sur leur temps ! Cette mouvance restait très minoritaire, mais respectée.
John Harvey Kellogg (1852-1943) naquit dans le Michigan, au sein d’une famille de 16 enfants. Cette famille rallia la religion des Adventistes du 7e Jour dès sa création en 1860. Les Adventistes reprennent dans leur profession de foi la plupart des idées des médecins hygiénistes.

 La maladie est un effort de la nature pour libérer l’organisme des conditions résultant de la violation des lois de la santé…
L’air pur, la lumière du soleil, la tempérance, le repos, l’exercice, la nutrition, l’eau et la confiance en la puissance divine,
tels sont les vrais remèdes.
Ellen White, co-créatrice de l’EAJS, les 8 remèdes naturels

Jeune homme, John Kellogg fut encouragé par son Église à faire des études de médecine réformatrice à Chicago. Avec son frère Will, il dirigea ensuite le premier sanitarium (pas un sanatorium) de l’Église, un centre de bien-être où sont suivies les 8 préconisations de bonne santé. Il appelle cela la vie biologique. Un jour un peu par hasard, il crée des pétales de blé, puis fait de même avec du maïs et les sert au petit-déjeuner dans son établissement. Cette nourriture insipide est bonne contre… la masturbation, dit-il, et les idées de sexe plus généralement, qui sont attisées par les nourritures épicées

Dans le même but de bonne santé conforme à ses principes, c’est lui aussi qui invente le cultissime beurre de cacahuètes !

De la gymnastique au sanitarium de Battle Creek, vers 1900.

Pour nous, au 21e siècle, leurs principes de santé et de prévention des maladies ne sont globalement que du bon sens, mais la plupart des conseils allaient à l’encontre des habitudes de l’époque. Par exemple, se laver tous les jours !

Le bon docteur John Kellogg eut une vie pleine de réussites, avec une vision naturelle de la santé qui reste actuelle sauf… pour les relations sexuelles ! (Mal) guidé par le conservatisme religieux, ses discours à ce sujet sont ahurissants. En revanche, il n’eut jamais une once de racisme et il défendit toute sa vie la cause des Noirs. Il en forma des dizaines, médecins et autres professionnels de santé.

Et la marque Kellogg’s ? Dès le début, les frères Kellogg ne sont pas d’accord sur l’ajout du sucre. Le frère de John, Will, vise plus le succès commercial que la bonne santé ; le goût du public gagne, les corn flakes sont vendus sucrés et le frère fait carrière dans l’agroéconomie. L’ajout de vitamines en fait un aliment qui a aidé le peuple américain en temps de crise (1929, guerres mondiales).  Les pétales de maïs et leurs produits dérivés se vendent dans le monde entier, employant 37 000 personnes. A présent, on critique leur ajout de sucre, de sel, on se méfie de leur contribution à l’obésité (indice glycémique)… Mais quand on a été élevé avec des céréales du matin, elles restent souvent un doudou alimentaire à vie !

Publicité de 1910
Un film raconte son histoire, très romancée. Je ne l’ai pas vu, et vous ?

Mon projet Route 66 : la carte des États-Unis

La première quinzaine d’octobre, chacune a déjà fait son étiquette, on a réuni ses tissus, on sait où on va et on va bel et bien commencer l’ouvrage. Beaucoup de mes copines de route ont déjà fait plusieurs blocs. Pour moi, ce sera ce week-end la préparation de la carte en papier, en suivant les instructions de mon modèle. J’ai enfin reçu mon tissu de fond !

Sur le tissu de fond choisi pour ma carte (Grunge étoilé), voici les feuilles de la carte à télécharger gratuitement ici (merci Flamingotoes.com) puis je découperai les États, en veillant bien à y marquer leur nom en abréviation de deux lettres. En France, nous avons les numéros de départements ; aux USA, on écrit IL pour Illinois par exemple. Après cette petite corvée viendra le grand plaisir de choisir un tissu par État ! 

                               Roule Jeunesse !

A très vite pour le point mensuel des quilts météo.
De nombreux quilts sont encore postés ce mois-ci, quelle diversité !

Katell 

Brèves de Blog

Pêle-mêle de nouvelles !

Au kilomètre 86 de l’étape entre Millau (12) et Lavaur (81) vendredi, le Tour de France est passé à Lacaze (81), ce village qui accueille chaque année, hors temps de coronavirus, des expos de patchwork et arts textiles grâce à notre amie Cécile Milhau.

Dans un champ moissonné, les agriculteurs locaux ont bien fait les choses pour être remarqués avec un vélo agrémenté de tracteurs. Cerise sur le gâteau, regardez bien, un rectangle jaune et noir juste au-dessus…

Photo du blog FP Patch d’Oc Tarn

Il s’agit d’un quilt ! Une année, Cécile nous avait demandé des carrés jaunes et noirs (90% et 10% de chaque couleur dans un bloc, en alternance) en patch improvisé, pour constituer le blason de Lacaze.

Blason de Lacaze en quilt fait par des quilteuses Patch d’Oc et monté par le club de la Courtepointe (Réalmont) en 2017, sa petite histoire est par ici ! Il a fière allure…

Le quilt-blason a donc pris l’air !
Vivement juin 2021 pour les prochaines expositions à Lacaze…

Du côté de Gap (05) des quilteuses, autour de la déléguée FP Colette Zribi, se sont inspirées d’une photo en fin du livre BeeBook pour créer un beau champ de fleurs rouge passion :

Il est très réussi, bravo Mesdames, ce quilt attire irrésistiblement le sourire ! En voyant cette photo, cela me rappelle le stand de l’association « Nous voulons des coquelicots » vu à Toulouse le week-end dernier, tristounet… Ils attireraient bien plus le regard avec un tel quilt sur leur stand !!

Je ne vous montrerai pas encore le nôtre dont on voit les premiers blocs dans BeeBook, car il fait partie d’un triptyque créé au Club de patch de Colomiers (31) pour la future exposition itinérante France Patchwork-Patch D’Oc, bloquée cette année. L’ouvrage sera exposé à… Lacaze, fin juin 2021. Il est très beau, les amis du club ont fait des merveilles… 

Autre actualité, Marie-Jo, adhérente France Patchwork du Val-de-Marne (94), a terminé son quilt d’après le modèle de Chantal dans BeeBook. 

Les batiks africains sont si bien mis en valeur ainsi ! Le résultat est à la fois exotique et chic. J’aime aussi beaucoup le quilting à la main, en spirale à grands points.

Rappel : BeeBook, le livre que j’ai écrit sur le patchwork créatif avec l’aide de mes amies qui ont créé de très beaux modèles, sera en vente sur les stands France Patchwork des Salons de loisirs créatifs qui pourront ouvrir, et il est toujours disponible sur le site France Patchwork. A noter que le Salon Bio-Nature a bien eu lieu ces derniers jours au nouveau Parc des Expositions de Toulouse-Aussonne, avec masque, gel et sécurité incluse : il y a encore de l’espoir pour le Salon des tendances créatives d’octobre…

Quand il y a, comme dans ces locaux neufs, du volume, de l’espace, de l’aération, les conditions semblent requises pour y être en sécurité. On se sent presque en plein air. Ce n’est pas la même chose en stage, en JA, où l’on reste une journée dans un air confiné. Mais patience, on va s’en sortir !

Quant à Danièle Salinier, elle a apprécié les étoiles créatives lors d’un stage que j’ai animé à Ciboure (64) en janvier dernier. Elle en a fait un quilt pour les 20 ans de sa petite-fille avec des photos imprimées sur tissu dans les centres d’étoiles… Quelle excellente idée !

La fière croix basque n’est pas oubliée dans cet arc-en-ciel de couleurs et de souvenirs !

Et pour finir, un clin d’œil au défi Route 66 : hier à Fronton (31) réunion de motards et de vieilles guimbardes rutilantes, un chanteur-guitariste mettant l’ambiance musicale au bar, un artisan – Joël Batignes, à St-Benoît-de-Carmaux (81) – vendant des chapeaux, des ceintures et de belles boucles de ceinture pour cow-boys et motards, tout cousus à la main
Une journée pleine de bonne humeur dans les vignes sur le point d’être vendangées !

Des motos et des vignes
Un bar, de la musique, des plaisirs simples qui font tant de bien !
Une belle collection de boucles de ceintures, en bas à droite, Route 66, yeah !
Il y avait plusieurs Mustangs dignes de rouler sur la Route 66, mais je choisis de partager avec vous un souvenir d’enfance : j’appelais cette Panhard « la voiture qui sourit » ! Un smiley d’avant-garde…
Titi sur la moto d’un Gros Minet.
Un improbable engin de 3 places sous l’œil bienveillant d’un bouddha souriant…

J’ai préparé mes tissus pour prendre le départ de la Route 66, du côté de Chicago… 

Sous une tenture des Quiltmakers du Caire, les tissus choisis pour mon projet Route 66.

 

Chaque manifestation qui n’est pas annulée est un tel plaisir !…
Et toujours, les quilts tissent des liens entre nous 🙂

A très vite,
Katell

 

La Route 66, la nostalgie joyeuse – Le départ, Chicago, Illinois

Bonjour, quel plaisir de revenir sur mon blog pour vous y retrouver !

Depuis 9 ans ½, j’aime vous présenter ici les arts textiles aussi bien par le petit bout de la lorgnette qu’avec des perspectives culturelles et historiques. En cette rentrée, laissez-moi vous raconter les premiers tours de roue d’un périple qui ira jusqu’en juin 2021.

Nous voilà parties, une soixantaine de girls en voyage sur la Route 66 ! Nous traverserons 8 des 50 États des USA. Je précise que c’est un voyage virtuel, le groupe est sur Facebook, je crois qu’on peut encore s’inscrire cette semaine, ensuite ce sera privé. https://www.facebook.com/groups/2960575844038884

On the Route 66, je suis la participante n° 40 !


Pendant une partie des vacances, je me suis demandé quel serait mon projet personnel… J’ai sérieusement envisagé une création sur toute la musique que j’aime qui vient de là qui vient du blues… Le titre aurait été Rock n’ Blues, mais voilà, je peinais à trouver un projet qui collait à l’idée, à tenir sur 8 mois. Finalement, je vais faire une carte des États-Unis en scraps (petits bouts de tissus bons à jeter… normalement) et j’ai donc repris le joli jeu de mots lu quelque part : ce sera la carte United Scraps of America !

Je vais docilement suivre le modèle de carte offert par ici et construire mon top, état par état, tel un puzzle. La seule chose que je sais, c’est que je broderai dessus le trait figurant la Route 66, le reste est encore flou…

Je ne sais même combien mesure ce quilt fini mais j’ai préparé les photocopies, c’est grand, c’est certain !


Patou Pat, notre meneuse de revue, nous a demandé de commencer par l’étiquette, c’étaient les devoirs de vacances pour ancrer chacune dans le projet. Voici la mienne :

Skyline de Chicago se reflétant dans le Lac Michigan

 

Notre ville de départ est Chicago, dans l’Illinois, une très belle ville moderne dont on parle relativement peu en France, depuis que Al Capone est tombé 🙂. Né à New-York et mort à Miami, Al Capone marqua surtout l’histoire de Chicago devenue sans foi ni loi dans les années 1920-30, la Cosa Nostra ayant mainmise sur la Police, la Justice et la Politique… 

Dans ma famille quand j’étais adolescente, j’entendais souvent parler de Chicago, siège social de la société où mon père a travaillé pendant presque 20 ans. La marque est connue, elle se résume à 2 lettres : IH (International Harvester), mais la société garde la sympathie du monde rural avec le nom de ses tracteurs et de son fondateur : McCormick.

Cyrus Hall McCormick est un inventeur du 19e siècle, concevant d’abord des faucheuses tractées par un cheval, puis des moissonneuses innovantes qui se vendent très bien grâce à des pratiques commerciales nouvelles (le début du marketing).

Le succès de la marque devient mondial après l’Exposition Universelle de Londres au Crystal Palace en 1851. Hélas, son fils était moins avisé, bien plus brutal et antipathique… Je vous la fais courte, mais le 1er mai 1886 eut lieu une grande grève à Chicago qui commença dans l’usine McCormick, pour réclamer la division de la journée en tranches de 8 heures :

A l’époque, les ouvriers travaillaient 10 heures 6 jours par semaine.

Si le mouvement commença chez McCormick, couvant déjà depuis des mois, il s’étendit en grève générale du 1er au 4 mai 1886 pour se terminer dans un bain de sang  le soir du 4, sur la place Haymarket de Chicago.

Tract pour le rassemblement à Haymarket, en anglais et allemand, en raison de l’origine des travailleurs. Ce sont des anarchistes pacifistes qui mènent le mouvement, certains deviendront les martyrs de cette soirée où règnera la plus grosse confusion. Les policiers ont ordre de « tirer pour tuer » (phrase reprise récemment par D. Trump) et un inconnu tira une bombe, tuant un policier. L’émeute qui s’ensuit fait d’autres victimes et Chicago devient l’emblème des luttes sociales.

Le résultat de ce chaos est que le 1er mai 1886 fut le premier des 1er mai, Jour du Travail jusqu’à aujourd’hui ! La journée des huit heures fut votée deux ans après.

Revenons à notre périple, prochaines étapes Springfield, St Louis… avec peut-être d’autres histoires à vous raconter !

Let the road trip begin !

 

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Symbole de l’essor de la voiture particulière, des grands espaces, des vacances et de la liberté, la Route 66 est dans mes rêves pour ce voyage immobile !

Le prochain article vous montrera mon top Météo : qu’on a eu chaud encore cet été, pfff… J’espérais ne pas utiliser ma couleur dédiée aux 40 à 42°, mais si… La sécheresse sévit encore ici, dans la région toulousaine. Avec ce projet Météo, nous garderons d’autant plus en mémoire cette année 2020, si particulière… En attendant, portez-vous bien, suivez votre route et à bientôt !

Katell

 

Cadillac à Detroit, Buick à Williams

C’est la Fête Nationale des États-Unis, bonne fête à tous mes amis américains !

Quilt patriotique de Judy Martin

Magnifique, encore en l’état de top, fait par Isa la Quilteuse.

Les Patriotic quilts conviennent bien au style quilts Country, voici un très joli de Cheri Payne.

Ravissante mise en scène d’un mini-quilt patriotique fait par Muriel Gendreau, qui écrit l’élégant blog Verveine & Lin. Ce quilt est inspiré d’un modèle de la même Cheri Payne. Modèle gratuit ici.

Le 14 juin dernier, Flag Day (Jour du Drapeau), Marie-Claude Picon a publié plusieurs photos de ses quilts patriotiques sur FB : tous splendides !

Mon seul quilt patriotique ! Il est petit, il mesure environ 50 cm de côté.

Son étiquette au dos me rappelle que je l’ai fait lors des précédentes élections présidentielles américaines…

Pour ce 4 juillet, célébré comme toujours dans tout le pays en rouge-blanc-bleu (et avec un masque SVP), faisons un tour en voiture. Mais prenons le chemin de l’Histoire, pas à pas…

L’Amérique a été conquise par des aventuriers, et si le temps est à la remise en cause des héros et des décisions du passé, il n’en reste pas moins qu’on peut admirer l’épopée de beaucoup de ceux qui ont fait l’Histoire.

Imaginez un jeune homme, né en 1658 en terre gasconne, comme les Mousquetaires et notre nouveau Premier Ministre (mais la comparaison s’arrête là), plus précisément à Saint-Nicolas-de-la-Grave au nord de Toulouse et à l’ouest de Montauban. Il est né dans une famille bourgeoise, son père étant avocat au Parlement de Toulouse et sa mère de famille commerçante aisée. On ne sait trop ce qu’il a fait ou subi, mais Antoine Laumet sent qu’il doit se faire oublier et prend le large à 25 ans. Le large, le grand large ! Il arriva d’abord à Port-Royal en Acadie, terre alors française (Canada), explora les terres de la côte Est et de l’Acadie française en se familiarisant avec les autochtones, leurs langues et coutumes. Comme nombre de Français, il fit le commerce de fourrures en échange d’alcools, achetant aux Indiens et vendant aux Anglais (et inversement). Le Gascon s’est inventé une nouvelle identité en s’anoblissant au passage et devient Antoine de Lamothe, Sieur de Cadillac. Simplement parce ça sonnait bien comme ça… et avec les réminiscences du nom d’un ami de son père du Parlement de Toulouse !

Timbre de la Poste américaine, édité en 1951, célébrant les 250 ans de l’établissement de Lamothe-Cadillac à Detroit en 1701.

Je vous la ferai courte, sa vie est riche en expériences et en esprit d’entreprise, mais aussi en (més)aventures. Le Sieur avait fort mauvais caractère et aussi l’envie de s’enrichir, mais pas toujours de manière légale ! L’Histoire retient surtout de lui que, visionnaire, il fonda, en un lieu stratégique, une colonie française sur un détroit (en réalité, une rivière, entre les lacs Huron et Érié) : Fort Pontchartrain du Détroit, en 1701. L’appellation s’allégera du nom du Ministre de la Marine de Louis XIV, Pontchartrin, et de son accent français sur le e pour devenir simplement Detroit. Cette rivière est actuellement sur la frontière entre le Canada et les USA.

Statue de Cadillac à Detroit ; subit-elle en ce moment l’outrage du déboulonnage ou du peinturlurage ?

Héros sublime pour certains, fieffé coquin pour d’autres, Cadillac mena une vie constamment agitée et aventureuse, militaire, corsaire, colonisateur avec des honneurs, des titres, des fortunes, il devint même Gouverneur de Louisiane (qui s’étendait alors des Grands Lacs au Golfe du Mexique !), mais aussi des poursuites et même un emprisonnement à la Bastille… Cadillac décida de finir Gouverneur de Castelsarrasin, près de sa ville natale, et y mourut à l’âge de 72 ans. Un sacré personnage à la vie bien remplie !

L’histoire ne s’arrête pas là. Detroit était effectivement un point stratégique, la ville française se développa puis fut cédée aux Etats-Unis en 1783, à cette nouvelle nation indépendante depuis le 4 juillet 1776. Detroit continua son développement au 19e siècle en fabriquant les carrioles pour se déplacer en ville et à la campagne mais aussi les chariots en bois destinés à rouler vers le Far West, les voies navigables favorisant le transport lacustre du bois.

 

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Transport en traîneau dans Detroit, les hivers y sont rigoureux ! Années 1900 – Archives de Detroit News

Au tournant du 20e siècle,
la richesse de Detroit en fit « le Paris du Midwest »,
avec de somptueux immeubles Beaux-Arts et baroques,
de larges avenues et espaces verts publics.

Vers 1910, voitures à chevaux et voitures à moteur se partagent le travail de déplacement des personnes, ainsi que le tramway mû à l’électicité.

Detroit, Woodward Avenue, avant 1920

La ville de Detroit célébra en grande pompe les deux cents ans de sa création en 1901. Au même moment, au même endroit, Leland, Murphy et Bowen, constructeurs de « chariots à moteur », des automobiles, baptisèrent leur premier joyau en hommage au fondateur dont le nom était sur toutes les lèvres : en 1902, la mythique Cadillac est née ! Dès lors, les progrès et inventions se succèdent chez les multiples constructeurs d’automobiles américains, concentrés à Detroit.

La première Cadillac n’était pas une voiture de luxe, mais un prototype avec beaucoup d’innovations techniques. Photo de 1903 – Smithsonian Institution.

Le 1er logo des voitures Cadillac, c’est simplement le blason du Sieur de Cadillac.

Detroit continuera, au long du 20e siècle, d’être la Motor town, LA ville des constructions automobiles. Les chevaux de chair et de sang sont remplacés par ceux sous le capot.

Voiture de luxe extravagante des années 1950-60, la Cadillac Eldorado. Après avoir maîtrisé la crise des années 1930, Cadillac se positionne à la tête des voitures de prestige pendant plusieurs décennies.

Son logo a souvent changé, à présent il est stylisé à la Mondrian mais garde le souvenir du Frenchy !

Les grandes voitures américaines ont le chic pour avoir des noms qui parlent, j’avais déjà évoqué les Ford Mustang par ici.

Et la Pontiac, autre gamme de voitures très chic ? Elle honore Obwandiyag (prononciation : bwon-diac, d’où Pontiac), un grand chef Amérindien du 18e siècle de cette région de Detroit qui, comme bien souvent, s’entendait très bien avec les Français mais pas du tout avec les Anglais !

Pontiac, 1720-1769, homme politique, chef de guerre

Une Pontiac. Le logo représente une flèche stylisée, en l’honneur du chef indien.

Toutes les voitures mythiques américaines qui peuplent notre imaginaire, les Cadillac, les Pontiac, les Buick, les Chevrolet, les Mustang, les Chrysler furent construites à Detroit. Éternel rival de Ford, General Motors fut fondé par un certain Durant, d’ascendance française lui aussi. Il lança même la marque Frigidaire en 1918 pour des compresseurs pour la climatisation de voitures… puis on sait ce que cela devint !

Detroit connut un essor fantastique, la construction automobile faisant appel à une nombreuse main d’oeuvre, la population consommant et boostant l’économie ! Elle fut la 4e ville américaine avec près de 2 millions d’habitants (1955-60). Mais les automobiles américaines perdirent leur monopole pour diverses raisons et peu à peu, avec la gestion exécrable de la ville et la catastrophe des subprimes, celle-ci a sombré, jusqu’à sa mise en faillite en 2013. Ses habitants, plus que 700 000, vivent majoritairement dans une grande pauvreté (les revenus les plus bas par habitant des USA, alors qu’en 1960 Detroit détenait la 1ère place) et l’insécurité. Detroit renaîtra-t-elle de ses cendres ?

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C’est l’usine de carrosserie historique de General Motors, laissée à l’abandon comme des milliers de bâtiments et maisons à Detroit.

Detroit n’est pas sur la Route 66, mais je souhaitais faire un clin d’œil à ce Sieur de Cadillac pour qu’on se souvienne que les pionniers ont beaucoup travaillé et innové, ils ont été imparfaits sans doute, mais aussi vaillants et novateurs ; les massacres ou mauvaises orientations sont bien souvent dus aux ordres et décisions des gouvernements européens puis des USA…

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Pour finir, je vous dévoile ma voiture
pour mon grand voyage de septembre 2020 :

Cette Buick vintage brille de mille feux, elle est pour moi !

Pour ce road trip avec mes copines du groupe Facebook Route 66,
j’ai hérité du numéro 40 :

J’ai photographié cette merveille tout juste rénovée à Williams, petite ville d’Arizona traversée par la Route 66 (nous y sommes, sur le trottoir !). En 2018, nous avions suivi la Route 66 sur plusieurs centaines de km, j’y reviendrai !

Buick choisie pour sa couleur turquoise,
et aussi pour son chauffeur,
l’Unique, the King :

 Elvis en personne !

Je ne sais pas vous, mais moi je suis fin prête pour l’aventure sur la Route 66 !

Surtout, ne me réveillez pas encore…
Katell

Pendant ma pause estivale, je risque fort de rêver encore à la Route 66… Je vous retrouverai sur le blog dans quelques semaines. En attendant, je resterai active sur Facebook, en particulier sur le groupe Quilt Météo 2020 !

Voyage en Joyeuse Nostalgie : la Route 66

Je n’ai pas un tempérament particulièrement nostalgique. J’aime évoquer l’Histoire pour mieux comprendre d’où viennent les choses, mais en général, je vais de l’avant dans ma vie et mon époque. En voyageant, je réalise ma part de rêves et pour voyager dans le temps, les lectures et les films me font faire une pause dans la réalité. 

Le seul, le vrai, l’unique voyage est de changer de regard.
Marcel Proust

Mais cette année est bien particulière… Je ressens un gros besoin de lâcher un peu la pression de la vraie vie et m’offrir une grande évasion, même virtuelle ! Alors quand j’ai lu sur Facebook la constitution d’un groupe de quilteuses francophones sur le sujet de la mythique Route 66, je n’ai pas hésité longtemps… Échappons-nous un temps des préoccupations de 2020 et de notre avenir à construire avec vigilance, vivons-rêvons un peu dans une des périodes les plus joyeuses et optimistes : les années 1950-60 aux USA, country music, swing and rock ‘n roll à fond dans les oreilles !

Musique iciParoles et traduction ici !

La Route 66 a de nombreux surnoms, Mother Road, la Route Mère, est le plus connu.

Tout d’abord, éclaircissons un détail de vocabulaire : la Route 66, ce n’est pas une route française égarée aux USA, le mot route signifie parcours, itinéraire en anglais et ce long périple entre Chicago et Los Angeles emprunte des voies urbaines déjà existantes et diverses routes tracées pour traverser le continent de manière horizontale, presque comme un grand sourire. 

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Illustration postée dans le groupe par Nicole S. : on a la banane sur la Route 66 !

Officiellement née le 11 novembre 1926, le tracé de la Route 66 a varié, elle a été progressivement recouverte d’asphalte : cette première route transcontinentale des USA de plus de 3 500 km a vu le jour avec l’accroissement des voitures en circulation.

Si l’automobile a bien été inventée en Europe, sa construction a d’abord été artisanale. Aux États-Unis, la fabrication en série donna le coup d’envoi pour sa démocratisation et une vie progressivement organisée autour des voitures. Ici la Ford T en 1910, 1ère voiture fabriquée en grande série à Detroit (un jour, je vous raconterai l’histoire de cette ville et de la Cadillac !). C’est l’organisation des gigantesques abattoirs de Chicago (chaque salarié travaillant à son poste sur la même partie de la bête) qui donna l’idée de créer une ligne d’assemblage pour automobiles dès 1908. 

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Cette Route suit plus ou moins, sur la moitié ouest, le tracé d’une des voies de chemin de fer du siècle antérieur ; elle est devenue mythique pour les Américains tant elle a vu de migrations temporaires ou définitives vers l’Ouest ! Certaines étaient bien difficiles, à pied pour les victimes de la Grande Dépression et/ou du Dust Bowl (voir ici) ou pleines de joie de vivre lors de la découverte des vacances en voiture particulière après la seconde guerre mondiale, ou quand les Hippies voulurent vivre le Flower Power en Californie 🌺.

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Elle a été officiellement déclassée en 1985, remplacée par des Interstates et autres variantes, même si 80 % du chemin initial existe encore. Mais la Route 66 persiste dans le cœur des gens et des tronçons sont désormais conservés comme « route historique »…

La Route 66 est bien un symbole du XXe siècle,
avec ce sentiment unique de liberté
que procure un voyage en voiture ou en moto
dans les grands espaces américains !
 

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Le groupe Facebook Route 66 US, créé par Patou Pat, comporte déjà plus de 40 membres : des quilteuses, toutes motivées pour commencer un quilt en septembre, au rythme d’étapes avec les 8 États traversés par ce parcours mythique. Il reste encore quelques places mais il faut s’engager à être active, c’est-à-dire créer un quilt au cours de ce voyage. Si vous êtes motivée, une vraie quilteuse-routarde US dans l’âme, contactez donc Patou Pat sur Facebook.

Et pour moi, au cours de ces prochains mois, ce sera l’occasion de vous embarquer dans ce voyage et sans doute compléter mon carnet de voyage Western Spirit, que vous pouvez lire ou relire par ici.

Personnellement, je n’ai encore aucune idée de mon ouvrage à venir, mais j’ai l’été pour y penser !