Quelques nouvelles

J’aurais voulu vous faire un post amusant pour contrer la morosité ambiante, mais j’ai appris ce matin le décès de notre amie Huguette Papin, fondatrice du club de Colomiers en 1993. Les quilteuses d’Occitanie sont nombreuses à l’avoir connue. Sa vie a été riche en réussites mais aussi en drames dévastateurs ; veuve jeune, elle a élevé ses quatre enfants seule et en a vu mourir trois, et pourtant elle nous impressionnait avec sa vigueur, sa mémoire, son cœur en or. Elle a quitté ce monde à la veille de ses 95 ans. Nous garderons d’elle mille joyeux souvenirs, mais aujourd’hui, j’ai beaucoup de peine. Voici la dernière photo que j’ai d’elle, à l’âge de 90 ans, lors du vernissage d’une de nos expositions (celle de 2015) :

Huguette avec Danielle Birello, alors présidente du club de Colomiers.

Huguette, repose en paix.

On ne peut ignorer la crise épidémique actuelle, tous les rendez-vous qui jalonnent notre belle vie de quilteuses sont reportés ou annulés, les uns après les autres* ; il en est de même avec les stages et JA que je devais animer fin mars et en avril. Les dates de mai sont maintenues dans l’immédiat. 

*Dernier en date, Pour l’Amour du Fil à Nantes est reporté du 9 au 12 septembre.

Que s’est-il passé en Espagne cette semaine ? Lundi encore, la situation était plutôt rassurante, assez peu de cas de coronavirus en dehors de Madrid et du Pays basque. Le Festival de patchwork de Sitges restait maintenu, fort de l’optimisme ambiant et la volonté de ne pas céder à la panique. Avec la confirmation de l’ouverture jeudi matin, commerçants et exposants sont venus, ont installé leurs stands et expositions… Malheureusement, mercredi en fin de matinée, le couperet est tombé : annulation. Au cours de la semaine, les cas détectés augmentaient de manière importante et les autorités ont pris la mesure du problème. La santé a été mise heureusement au-dessus des considérations économiques, mais tellement tard… Ce fut le pire scénario pour tous ceux qui se sont déplacés à grands frais, sans récolter un centime.

Comme je couplais la visite de Sitges avec un séjour de vacances en Catalogne avec mon mari, je n’ai pas personnellement trop souffert de cette annulation, mais c’était un crève-cœur de voir le remballage des stands le mercredi après-midi… et le soir, tout le monde était parti, laissant les carcasses des barnums vides…

De tout cœur je vous souhaite de vous tenir loin du virus qui n’a pas fini de troubler nos vies. Pour nous réconforter, Au Fil d’Emma annonce une série de vidéos préparées pour nous… Les quilteuses américaines communiquent sur internet qu’elles sont prêtes à plusieurs semaines de patchwork intensif chez elles, en attendant que l’orage passe… Sacrée résilience !

Ya plus de saison ma brave dame

Parler de la pluie et du beau temps est souvent le préambule d’une conversation :

Grâce à mon quilt météo, je scrute non seulement la météo jour après jour, mais j’observe aussi avec intérêt celle de l’année de ma naissance, 1961 (on est entre nous, pas de chichi).

Guillaume Séchet est un présentateur météo à la télé au nom qui fait sourire, à chaque fois qu’il parle de sécheresse ou, a contrario, de pluies diluviennes. Parfois, on croit bien que les patronymes suscitent des vocations, les exemples sont fréquents et bien amusants (c’est un aptonyme, amusez-vous en allant voir quelques exemples par ici). Il n’est pas que présentateur météo, c’est un vrai spécialiste passionné. Son immense travail de récupération d’archives sur le temps qu’il a fait est notamment dans le livre ci-dessous, daté de 2008 : il y présente de nombreuses variations extrêmes du passé. 

Jadis, au moindre écart, on de parlait pas de changement ou dérèglement climatique, mais on avait alors un éventail de petites phrases comme ya plus de saison ou c’est fou ce temps ou encore le temps est détraqué depuis… lundi dernier, la bombe nucléaire (au choix🙃). Du même Guillaume Séchet, j’ai retrouvé sur internet la compilation des phénomènes extrêmes de l’année 1961 en France : douceur inhabituelle en février,  forte sécheresse de mars à septembre (d’où LE millésime du siècle pour les vins rouges et blancs liquoreux), du gel fin mai dans la moitié nord de la France (largement après les Saints de glace !), quelques déluges dévastateurs etc. En suivant le lien ci-dessus, vous pouvez chercher les extrêmes de l’année de votre choix sur le même site.

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Je retrouve sur mon quilt la douceur inhabituelle de février 1961, puisque la moyenne du mois est presque la même que celle de février 2020.

De gauche à droite, on lit les moyennes mini et maxi de janvier 1961, puis janvier 2020, février 1961 et février 2020. On voit aussi que 1961 n’était pas bissextile, contrairement à 2020 (les bandes verticales comblent les trous quand le mois ne fait pas 31 jours).

Ma maquette est simple malgré le fouillis entretenu par les températures qui ne changent pas beaucoup. Chaque mois se lit sur 2 colonnes : un carré en forme de – pour 1961, un carré en forme de + pour 2020 pour chaque jour, les jours empilés verticalement, avec les moyennes mini et maxi du mois en bas. J’ai alterné (gauche/droite) les blocs 1961/2020 pour avoir les – et les + en damier. Pour le moment les deux mois font un serpent bien sinueux, mais cela ne m’inquiète pas trop.

Un petit coup d’œil sur des talents du Quilt Météo :

C’est une mosaïque de photos faite par Sophie montrant des ouvrages de Delphine, Smelly Cat’s House, Nathalie, Michèle, Nadine, Nathalie, Marie Christine… 

Et il y en a beaucoup d’autres, sous diverses formes ! Nous sommes presque 600 dans le groupe, tous ne montrent pas d’ouvrage bien sûr et, à l’inverse, des quilts météo 2020 se font en dehors du groupe. Mais la dynamique est là ! A lire aussi le blog d’Annie avec son quilt météo Carolo, celui de la Marmotte rousse (qui n’est pas sur FB), l’atelier de Cocopatch…

Nous avons toute l’année 2020 pour créer ce top imprévisible. A chaque projet sa logique, son intérêt, son esthétique…

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Le climat est ce à quoi on peut s’attendre, le temps est ce que nous avons. Mark Twain.

Les phénomènes extrêmes et des tendances temporaires ont toujours existé bien sûr, la seule différence est que, pour la première fois, ce sont les activités humaines qui modifient le climat et non les mouvements de la nature. Vaste sujet, momentanément éclipsé par le Coronavirus, mais dont les effets seront plus durables.

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N’en déplaise aux météorologues, parfois on n’a pas le temps prévu. Frédérique nous a déniché un appareil infaillible :

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Les Étoiles Créatives

Dans mon livre BeeBook, j’ai aimé mettre en avant le bloc des étoiles créatives, si rapide et amusant à faire.

C’est aussi le bloc choisi par la délégation France Patchwork des Hautes-Alpes comme Bloc pour la JNA (Journée Nationale de l’Amitié) qui aura lieu le samedi 6 juin 2020 à Gap. Cette JNA est réservée aux adhérents de France Patchwork à jour de leur cotisation, naturellement ! Pour adhérer, veuillez suivre ce lien. Et pour vous inscrire à la JNA, toutes les informations se trouvent dans les Nouvelles n° 143 de France Patchwork, ainsi que les détails pour faire ce bloc d’étoiles.

⭐⭐⭐

Curieusement, Bee Maïté disait ne pas aimer les blocs d’étoiles en patchwork, trop statiques à son goût. Ce bloc d’étoiles plus modernes, plus vivantes, dans la lignée du patchwork improvisé et libéré par Gwen Marston et ses amies, fait scintiller les étoiles et les yeux de Maïté. La machine à coudre étant sa nouvelle copine, vite fait, elle a fait une constellation d’étoiles pour la JNA :

Vendredi dernier, Maïté nous a montré ses étoiles créatives, très scrappy (utilisation massive de chutes de tissus !)

C’est tellement simple à faire que Maïté projette d’occuper ses petites-filles aux prochaines vacances en faisant des étoiles ⭐⭐⭐. Cette même technique peut s’utiliser en intersection de bandes intermédiaires d’un quilt où les blocs sont montés traditionnellement :

Voie Lactée, un quilt fait de nombreux blocs orphelins, est devenu un quilt d’enfant (même principe chez mon amie Ana Maria !). Les intersections sont faites d’étoiles créatives et le molleton, plus épais que le Nuage, le rend très chaud et confortable. Voie Lactée est un quilt de BeeBook.

 

Une folle étoile sur fond blanc, c’est chouette aussi !
Enfin un rayon de soleil ce matin !

Ce bloc est simplement additif, où le centre peut être un simple carré ou bien, comme ici, un mini-crazy à la machine, fait de p’tits bouts de tissus qu’on ne jette même pas…

C’est souvent le bloc-bonus du stage que je propose sur les assemblages en patchwork improvisé (coupes à main levée, courbes à la machine), succès assuré ! En 2021, je serai en mesure de vous proposer un autre thème de stage, au cœur des préoccupations des quilteuses… A suivre !

A bientôt, portez-vous bien, gardez le moral !
Katell

 

Le dernier appliqué main de Maïté

Il est des périodes où les nouvelles sont mauvaises d’où qu’elles viennent, comme chante Stéphane Eicher

Sur Facebook, les quilteuses tiennent bon, l’humour et le bon sens continuent de se manifester malgré tout.
Le groupe Quilt Météo 2020 est un havre de paix, de créativité et de convivialité, je vous montrerai prochainement quelques avancées 🌞
Quant aux blocs d’arbres pour l’Australie, la date limite d’envoi est atteinte et les derniers paquets arrivent… Du travail pour la poste, mais surtout pour les quilteuses organisatrices !

Des Arbres venus du monde entier arrivent quotidiennement à Jamberoo !

Combien de blocs au final ? Le dernier comptage était de 3 600 à la mi-février. Je dirais peut-être 6 000, qui se transformeraient en 300 quilts… Nous le saurons bientôt. En tout cas cela fait partie des actions généreuses qui comptent dans le monde du patchwork, vous en êtes coutumières, chères amies quilteuses francophones 🙂

Les annulations ou reports de Salons nous désolent à bien des égards, nous souhaitons bien sûr que l’épidémie décroisse rapidement pour revivre notre vie telle que nous l’aimons ! Jusqu’à présent, l’Association Espagnole de Patchwork maintient son rendez-vous la semaine prochaine à Sitges, tout s’organise pour nous accueillir. Esperar, c’est le verbe espagnol qui signifie à la fois attendre et espérer…

Sitges, sa vieille ville, sa douceur de vivre…
A Sitges (Catalogne espagnole, au sud de Barcelone), les préparatifs sont en cours !

 

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Venons-en à Bee Maïté, qui depuis des années a des soucis avec sa main droite, alors que son grand plaisir est l’appliqué main. Elle s’est courageusement mise à l’appliqué à la machine à coudre, sur les conseils avisés de notre amie anglaise Valerie. Maïté a un vrai talent de dessinatrice, et elle n’est pas la seule dans sa famille : Claire Gaudriot, l’illustratrice de la série pour enfants Hortense Petite Fée, et plus récemment de Calamity Jane, est sa nièce.

C’est avec difficulté, mais avec la ténacité qu’on lui connaît, que Maïté a fini ce tableau, le dernier en appliqué main probablement, plein de détails comme elle aime, un monde de délicatesse pour la naissance de la petite Juline :

Bravo Maïté et longue vie à la petite Juline !

Portez-vous bien, je vous embrasse virtuellement…
Katell

 

 

 

 

 

Pexiora 2020

Pexiora, dans l’Aude, est un village à la frontière de deux régions unifiées, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, ce qui le rend central en Occitanie. C’est là qu’a lieu tous les ans un Salon des arts du fil et du tissu où se pressent autant de personnes de la Haute-Garonne (et plus spécialement la région toulousaine), du Tarn et de l’Ariège tout proches que des départements de la Méditerranée occidentale. Pour en savoir plus, (re)lisez la présentation de Gene pour la Ruche des Quilteuses, vous y sentirez l’ambiance familiale de cette manifestation, mais aussi la rigueur nécessaire à tout événement d’envergure.
Pour notre pur plaisir, les exposants sont triés sur le volet, venant de toute la France, mais aussi d’Espagne et d’Italie. Pour préparer votre visite, Gene détaille tous les participants sur son blog La Passion au bout des doigts, à feuilleter sans modération ! 

Petit rappel : je ne relaie plus tous les événements locaux et régionaux, merci de ne plus m’adresser vos affiches personnellement. Le blog qui centralise les informations et les diffuse est le Patchwork sur son 31, blog de la délégation France Patchwork 31, tenu par notre déléguée Brigitte Gaston. Merci Brigitte !

Des chats et plein de bisous

Faire partie d’une communauté, même virtuelle, crée des liens. Ainsi, dès la mi-décembre, des liens particuliers se sont créés entre les personnes décidées à faire un Quilt Météo 2020, toutes intriguées et même excitées à l’idée de participer à une expérience nouvelle. Observer le temps qu’il fait au jour le jour, nous le faisons spontanément, mais le formaliser en fil et tissu, c’est moins banal.

En décembre, c’était l’effervescence, d’abord pour bien comprendre le but du jeu, puis élaborer ses propres règles pour avoir un Quilt Météo 2020 unique. Parmi les quilteuses préparant activement son quilt pour l’année 2020, il y avait Isabelle. Un jour de décembre, elle nous dit que ce quilt l’aidera à supporter la grave maladie de son fils ; en tout début janvier, les nouvelles sont très mauvaises et son fils décède après quelques heures à l’hôpital. Presque toutes, nous sommes mères, nous ressentons au plus profond de nous l’incommensurable chagrin d’Isabelle, alors qu’elle reste très digne. L’émoi considérable nous mène à regrouper quelques volontaires dans un groupe distinct pour préparer un témoignage de notre compassion.

Après quelques jours d’idées mises en commun, j’ai orienté les choix vers un nombre restreint de blocs et nous nous sommes accordées sur des XO (voir l’article sur ce drôle de signe) et des chats, le tout en blocs de 21 cm + marges de coutures. Le code couleurs est, pour le fond, des couleurs claires allant du blanc au gris moyen et pour les X, les O et les chats, des couleurs chaudes comme rose, orange, rouge… et la possibilité de faire quelques écarts, pour le fun !

Proposition de gamme de couleurs

Pour aider à faire le bloc X et O, j’ai signalé le tuto parfait d’Alice sur son blog Blossom Quilt & Craft et donné les mesures à couper en cm : 12 cm pour les grands carrés, 6 cm pour les petits. Un modèle chat fut fourni, mais certaines donnèrent libre cours à leur imagination, tout en restant dans les couleurs et les dimensions requises.

Bee Kristine s’est occupée de la réception des blocs et dès la mi-janvier, les premiers arrivés nous ont enthousiasmées :

Une fois de plus, la générosité des quilteuses s’est concrétisée avec de très beaux blocs, souvent plus nombreux que demandé, ainsi que l’offre de tissus et du molleton par Patricia Gelinet, qui tient le magasin Patouchwork à Courcelles en Belgique, vente en ligne également.

Début février, on a pu assembler bien plus qu’un top : on en a fait deux !

Plein de bisous (XOXO) et quelques chats…

Ce côté comporte des carrés de tissus offerts par Patricia. Les dimensions du top étant agréables ainsi, nous n’avons pas fait de bordure supplémentaire.

Kristine les a assemblés en recto-verso, l’un aux couleurs plus chaudes que l’autre, à retourner en fonction de l’envie du jour. Son quilting est simple et joli :

Un beau ruban-mètre ficelle le paquet. Un cadeau pour une quilteuse…

Kristine a ensuite confié le paquet à la Poste et il a bien été reçu hier par Isabelle, qui a immédiatement très chaleureusement manifesté son émotion et sa gratitude dans le groupe Quilt Météo 2020. C’est la meilleure récompense pour toutes celles qui ont contribué à ce cadeau.

Popette est tout de suite à l’aise parmi les autres chats ! Popette ? Drôle de nom… Chatperli…popette !

Nous déclarons Popette mascotte officielle du groupe Quilt Météo 2020 !

chats

Et les quilts météo continuent de s’agrandir, voici celui de Brigitte de Bourg-en-Bresse qui précise que le jaune n’aurait pas dû apparaître si tôt dans l’année…

Le groupe Quilt Météo 2020 sur Facebook accepte encore de nouvelles adhésions, mais dépêchez-vous si vous souhaitez commencer cette aventure, ensuite le chemin sera long à rattraper… Nous avons déjà dépassé le 1/10e de l’année !

 

Forêts du monde, forêt de Bouconne

La santé des forêts nous importe… J’ai suivi sur ARTE autant de documentaires que possible ces dernières semaines sur les forêts : des images magnifiques, des explications inédites sur la vie grouillante de leurs sols et sous-sols et bien sûr dans l’air, les communications que nous n’imaginons même pas entre végétaux… La Nature a une intelligence que nous ne soupçonnions pas, surtout si elle reste à son état naturel !

Le Murmure de la Forêt, un des documentaires passés sur ARTE, met en lumière la symbiose de la forêt, c’est un émerveillement. De nombreuses autres vidéos sont disponibles sur des thèmes fort différents ayant la forêt comme point commun.

Pour mieux connaître les arbres dans toute leur variété, je vous recommande chaleureusement ce livre dont je vous avais parlé à sa sortie en anglais, maintenant disponible en français, Ce que nous disent les Arbres du Monde de Jonathan Drori, Éditions Hoëbeke :

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Ce livre très intéressant et poétique est posé sur un quilt des Tentmakers du Caire représentant un Arbre de Vie aux oiseaux de paradis, une merveille acquise à Labastide-Rouairoux dont je ne me lasse pas !

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Dans le monde

Même si les feux de forêt font partie de cycles de la nature, les nouvelles canicules et sécheresses font d’incommensurables dégâts avec de méga-feux, comme en Amazonie, en Sibérie et en bien d’autres endroits l’été dernier, en Australie les mois derniers…

On ne cesse de nous répéter que les arbres sont un des poumons de notre planète (l’autre étant l’océan), la sensibilisation se développe, la forêt devient un sujet d’actualités, avec une valse des nouvelles concernant les déforestations et les reboisements un peu partout dans le monde. Le thème est vaste et complexe, nous allons juste évoquer quelques problématiques.

Ces eucalyptus poussent pour la pâte à papier, l’huile essentielle, la construction. C’est mieux qu’un désert, mais bien éloigné de la forêt telle qu’on se l’imagine !

Planter des arbres là où il n’y en avait plus depuis des siècles, cela peut être formidable, mais attention… Les arbres nécessitent beaucoup d’eau, il ne faut pas assécher encore plus un territoire déjà sec ; de nombreuses initiatives sont menées de par le monde, chaque projet doit être mené avec discernement. Le « greenwashing », la bonne conscience écologique de certaines entreprises, est parfois dénoncée (voir cet article de Ouest-France).

Il faut aussi distinguer, à mon avis, les nouveaux boisements sur des terrains en friche, des déforestations de vraies forêts pour planter des arbres de sylviculture (exploitation du bois).

Des pelleteuses abattent les arbres d’une forêt primaire de Papouasie sur la concession d’huile de palme PT Megakarya Jaya Raya du groupe Pacific Inter-link (décembre 2017).

Près de 20 millions d’hectares de palmiers à huile ont été plantés sur les terres des forêts tropicales. La plupart des animaux sont sacrifiés, ne pouvant survivre dans les plantations. L’appauvrissement des sols est une autre conséquence, ainsi qu’une bien moindre captation du carbone.

270px-Sauvon-la-foret-logoLe scandale le plus criant réside dans l’abattage des forêts primaires ou séculaires, pour y mettre des arbres à rendement comme les palmiers à huile – quand ce ne sont pas des cultures de soja pour, par exemple, faire rouler les voitures… Les alertes sont continuelles, la dernière en date étant au Cameroun. Quand cesserons-nous de dénaturer l’environnement ?

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En Europe

Actuellement, nous clamons la volonté, en Europe, d’accroître notre capital forestier et nous montrons fièrement l’exemple : c’est la seule région du Monde où les pourcentages de couverture forestière ont augmenté dans plusieurs pays depuis 2010. Nous plantons beaucoup d’arbres en Europe.

Pourcentage d’occupation du territoire par des forêts dans les pays européens, 2010. Mais il ne reste que 15% de forêt naturelle non gérée.

Les forêts européennes sont apparues il y a 12 000 ans, après l’ère glaciaire, à la faveur d’un réchauffement climatique naturel progressif. Mais l’homme est un loup pour la forêt… Du Moyen-Âge jusqu’au 19e siècle, les forêts de notre continent diminuaient comme peau de chagrin, les Européens exploitant le moindre bout de bois pour bâtir un abri, une charpente, faire les échafaudages, se chauffer et cuisiner… ce qui se comprend. Peut-on dire que, paradoxalement, l’industrialisation a sauvé des arbres ? Oui sans doute, avec l’utilisation d’autres matériaux et énergies ! Mais il faut aussi considérer l’externalisation des exploitations forestières : en coupant les forêts des autres continents pour notre service, cela fait un bilan bien moins flatteur…

Les plantations d’arbres à pousse rapide donnent de la matière première disponible rapidement pour la cellulose, les bois de palette, les charpentes et autres utilisations nécessaires de large consommation. Ces plantations sont comptabilisées dans les forêts, alors que l’écosystème n’a rien de commun. Matière première renouvelable, le bois planté est nécessaire et souhaitable, à exploiter dans des lieux et conditions mûrement réfléchis, et ce n’est pas simple. Ces arbres jeunes, parfois exotiques, n’enrichissent pas les sols, ne donnent pas de nourriture ni d’abri pour la faune… et ils peuvent favoriser des feux gigantesques, leurs essences étant souvent hautement inflammables.

Le Portugal a gelé les autorisations pour de nouvelles plantations d’eucalyptus après le feu d’origine naturelle au Portugal en 2017 qui causa 64 morts.

Autre pays, l’Irlande, le pays aux 50 nuances de verts. Paradoxe, c’est un de ceux à avoir gardé le moins de forêts. Une vaste campagne de reboisement est menée, avec difficulté. Pour survivre, les agriculteurs veulent bien céder leurs terres, à condition que cela leur rapporte, ce qui se conçoit. On plante donc 30% de feuillus pour 70% d’épicéas non natifs de l’île, en plantations exploitables. Ces dernières sont-elles tout de même une solution pour contenir le réchauffement climatique, comme proclamé ? Malheureusement pas. Outre le fait que ces « forêts » sont mortellement silencieuses (plus d’oiseaux ni d’insectes), les épicéas font de très sombres tâches vues du ciel : la chaleur est pleinement absorbée. Les feuillus ayant une couleur naturelle bien plus claire, leur pouvoir réfléchissant est sensiblement meilleur. Encore un critère à prendre en compte.

1% de forêts en Irlande au début du 20e siècle contre 80% quelques siècles avant, c’était un triste record… Survivante, la forêt de Killarney avec de nombreux chênes et ifs anciens, ainsi que, par endroits, une couverture de mousse, sphaignes et lichens. Chaque centimètre carré est vivant, regorge de toute une faune ainsi que quelques fées et farfadets… Quel enchantement !

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Du côté de chez moi…

Là où pousse une forêt séculaire, j’admets volontiers qu’il est bénéfique de l’entretenir, favoriser la poussée des arbres et maintenir l’écosystème, la symbiose entre les organismes vivants, végétaux et animaux. Mais quand la forêt tout près de chez soi change radicalement d’aspect en quelques années, on ne peut qu’être très attentif. C’est ce qui se passe à ma porte. La forêt de Bouconne, poumon vert de Toulouse à 20 km de cette ville, est gérée par l’ONF, débarrassant les arbres tombés, coupant les arbres malades, mal placés, renouvelant, secteur par secteur, la forêt, en vendant le produit des coupes saines principalement pour le bois de chauffage local.  Depuis peu cependant, dans bien des endroits ce n’est quasiment plus une forêt mais un parc, quelques arbres dans une clairière… et un sous-bois disparu.

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La forêt de Bouconne nous gâte avec des kilomètres de chemins, la forêt peut ainsi rester semi-sauvage (photo de 2014). Il n’est pas rare d’y voir des chevreuils ou des sangliers. Ici on voit encore un sous-bois existant, des ronces mais aussi des dizaines de plantes locales : des fragons petit houx (plante médicinale reconnue), des  fougères, des bruyères, des asphodèles et autres fleurs qui fleurissent au printemps, des arbrisseaux à tous stades, etc.

Les coupes raisonnées sont souhaitables pour l’entretien des forêts, mais jusqu’à quel point faut-il l’éclaircir ? Je  croyais cette forêt éternellement touffue… Avec le nettoyage des sous-bois aussi, les chasseurs détectent le gibier de plus loin, c’est certain… mais le sol va se modifier, les cueilleurs de champignons vont voir leur récolte drastiquement baisser. Devinez qui a ma préférence ?

Des panneaux explicatifs viennent d’être plantés près des coupes faites près des parkings de visiteurs.

La raison officielle est l’exploitation raisonnée de la matière première renouvelable, le bois. Certes. J’ai la mauvaise impression que l’exploitation du bois prime désormais sur la santé de la forêt et de ses habitants, des plus grands chevreuils aux milliards d’insectes, oiseaux et diverses bestioles qui font la richesse, la diversité, l’équilibre d’une forêt.

Plus grave encore, dans des endroits où seuls vont les promeneurs au long cours, des coupes totales de tous les chênes, pins maritimes, frênes, néfliers, houx, genévriers, charmes, tilleuls, châtaigniers, font d’immenses clairières… pour planter quoi ? Des eucalyptus ???…

Au cœur de la forêt de Bouconne, pourquoi couper à nu cette parcelle de chênes sains et en pleine croissance ? Et ce n’est pas la seule parcelle… Photo du 9/02/20.

La majorité des gardes forestiers ont choisi ce métier pour entretenir une forêt digne de ce nom, savez-vous que nombre d’entre eux tentent de résister à l’industrialisation des forêts ? On parle peu des suicides dans cette profession, mais une cinquantaine depuis le début de l’année 2000 sont à déplorer, directement en lien avec leurs nouvelles consignes de travail. De nombreux articles sont disponibles en recherchant malaise chez les gardes forestiers.

J’ai été longue, mais cela me tient à cœur… Une pétition a vu le jour dimanche dernier pour alerter sur ces coupes massives des arbres de Bouconne qui constituent, vivants, une richesse pour tout le monde. Je ne suis pas la seule à m’inquiéter du présent et de l’avenir de cette forêt. Pour mes amis de la région toulousaine, pour les autres aussi bien sûr, si ce thème est important pour vous, voici le lien pour signer la pétition :

Non à la déforestation dans la forêt de Bouconne (31).  

Je me sens concernée par les forêts du bout du monde, mais aussi par celles de mon pays – a fortiori celle qui commence à 500 mètres de chez moi… Alors un grand merci si vous signez (n’oubliez pas de valider votre adresse email pour que cela soit pris en compte). 

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Revenons à nos chers arbres textiles avec quelques beaux arbres destinés à l’Australie à voir au club de Cuers (83), chez la Marmotte Rousse, chez Annie des Tulipes et des Cœurs (pardonnez-moi si j’ai manqué d’autres publications françaises) :

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Les Australiennes vont recevoir la plus grande forêt textile du monde, cousue avec 💚 dans le monde entier ! Ces arbres seront assemblés en quilts et offerts à ceux dont la maison a brûlé récemment.
La solidarité des quilteuses est sans frontière.

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Fahrenheit et Celsius

Aujourd’hui, c’est Kristine qui nous informe en nous distrayant !

 

Nous entendons souvent : il fait chaud, il fait froid, c’est la canicule, on se gèle, combien fait-il, quel temps fait-il ?
La température s’affiche partout, dans la rue, sur les enseignes des pharmacies, à la télévision, à la radio, sur notre téléphone, nos stations météo domestiques, dans les aéroports, les gares, les voitures, etc. Elle est accompagnée de drôles de signes : °F ou °C.

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Thermomètre géant à Barcelone

Cette année 2020, de nombreuses quilteuses et un quilteur sont encore bien plus attentifs aux températures, relevant les moyennes du jour, les mini ou maxi, ou encore une à heure fixe… Les personnes qui vivent cette aventure du Quilt Météo 2020 ont vu, au moment des préparatifs, que les Américaines avaient une échelle de couleurs en degrés Fahrenheit (°F), alors que, bien sûr, nous préférons utiliser ce que nous connaissons, les degrés Centigrade ou Celsius (°C). Mais que se cache-t-il derrière ces deux systèmes ?

Messieurs Fahrenheit et Celsius étaient deux savants européens qui auraient pu se rencontrer : ils étaient contemporains, tous deux voyagèrent beaucoup à travers l’Europe et ont travaillé, parmi bien d’autres sujets, sur la thermométrie.

Gabriel Fahrenheit (Gdansk 1686 – La Haye 1736), brillant physicien, inventa notamment le thermomètre à mercure, plus performant que les précédents à alcool ou autres liquides. Parallèlement, l’échelle de températures qu’il inventa est fine : l’eau gèle à 32°F et bout à 212°F, soit un écart de 180°. Quant à la tranche 96°F – 100°F, c’est la température normale du corps humain.

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Thermomètre à mercure de Fahrenheit, au Musée de Galilée de Florence (Italie)

Fahrenheit 451, livre de Ray Bradbury, est un livre de science-fiction où, horreur pour moi et tant d’autres, les livres sont interdits et brûlés… 451 °F est le point d’auto-inflammation du papier (232,4 °C)

Le film de Truffaut, tourné en 1966, est sans doute daté, mais les multiples thèmes de la société de l’image, de l’abrutissement du peuple, de la coupure de l’humanité à son histoire sont présents. De plus, que penser d’une société où ses Soldats du feu sont mandatés pour brûler les livres ?

Anders Celsius (1701-1744, Uppsala, Suède) était surtout astronome, il étudia le phénomène des aurores boréales, des éclipses et autres observations du ciel, des mesures géodésiques avec notamment la mesure de l’arc méridien, confirmant les travaux de Newton sur la forme de la Terre, sphère aplatie aux pôles. Il inventa un thermomètre pour ses observations météorologiques avec, en graduation, 100° pour le point de congélation de l’eau et 0° pour l’ébullition… inverse de ce que nous connaissons ! Il se trouve que c’est le botaniste suédois Carl von Linné – ou le Lyonnais Jean-Pierre Christin, selon les sources – qui le mettra dans l’autre sens quelques années après.

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Anders Celsius

Les degrés Fahrenheit furent vite adoptés dans le monde occidental et les degrés Celsius (ou Centigrade, la différence est pour les physiciens) utilisés à la marge par les savants. Mais la Révolution Française passa par là et avec elle, la normalisation de tout ce qui pouvait l’être en système métrique… l’échelle de degrés de 0 à 100 était donc parfaite ! Au fil du temps, les degrés Centigrade de l’échelle de Celsius s’impose partout, à quelques exceptions près : les États-Unis, Belize, les Îles Caïman… Les Américains sont globalement réticents au système métrique et préfèrent les Fahrenheit en raison de leur finesse : 1°C est 1,8 fois plus grand que 1°F (100°C entre le gel et l’ébullition de l’eau contre 180°F). Ensuite, d’autres critères plus politiques entrent en jeu, comme la volonté d’indépendance par rapport à l’Europe !

Ce cher Anders Celsius imaginait-il que son invention de thermomètre à degrés centigrade immortaliserait son nom, bien plus que tous ses autres travaux ? Probablement pas… C’est la beauté des surprises que nous réserve l’Histoire !

Mon quilt météo rend hommage à cet homme dont l’invention fait partie de notre quotidien.

Voici donc le début de Merci Anders Celcius, mon projet de calendrier météo 2020, avec les jours du mois de janvier et début février en polygones colorés par les températures de ma ville près de Toulouse :

Sur certains jours, j’ai mis quelques signes… Le vendredi, c’est rencontre avec les amies Abeilles et l’épi de blé, c’est mon anniversaire (je suis originaire de la Beauce !)

La photographie est disproportionnée pour le moment, comme la plupart des Quilts Météo 2020 en colonnes, mais ce projet m’enthousiasme !

Kristine

Des blocs d’arbres pour l’Australie

L’année a commencé avec l’émoi des incendies gigantesques en Australie mais les feux de la rampe de l’actualité sont à présent dirigés sur le coronavirus. Cependant, nous n’oublions ni la détresse en Australie, ni les alarmes répétées du changement climatique qui impacte la qualité de nos vies.

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Après la fabrication d’ouvrages pour les animaux sauvages, mission inédite et touchante, nombreuses sont les quilteuses à avoir fait un bloc d’arbre à la suite de l’appel de la Modern Quilt Guild de Wollongong, pour offrir des quilts aux personnes qui ont tout perdu.

Cette semaine, la barre symbolique des 1 000 blocs, envoyés à partir de multiples pays de la Terre, a été dépassée. Cela fait 50 quilts de 20 blocs à offrir. Nos valeureuses Australiennes ne sont pas dépassées par les événements, elles sont organisées pour faire face à cet afflux de témoignages de sympathie et compassion du monde des quilteuses.

Une photo parmi tant d’autres… Butch N Becky Flaherty, Missouri.

Si vous voulez voir les photos des merveilleux arbres qui feront chaud au cœur, ils sont regroupés sous le signe #bushfireblocks sur les réseaux sociaux, en particulier Facebook et Instagram. On y voit des blocs faits avec attention, des arbres classiques tout comme des chefs d’œuvre créatifs.

Lors des stages que j’ai animés en janvier, l’après-midi j’ai proposé de faire un bloc d’arbre improvisé à partir du modèle en couverture sur Simply Moderne n°6 (Blue Nickel Studio), mais en délaissant les mesures et techniques proposées. Je savais que c’était un exercice très ambitieux, mais chacune s’est surpassée en inventant la forme de l’arbre au fur et à mesure, et les résultats m’ont enchantée. Les arbres finis seront envoyés en Australie ou conservés en souvenir de cet exercice, au choix de chacune.

Du côté des Abeilles de la Ruche des Quilteuses, nous avons fait chacune quelques arbres chez nous et Chantal les expédie ces jours-ci : 43 arbres en partance pour Jamberoo ! Nous n’y avons pas brodé nos prénoms mais le nom de notre pays : France. Voici les photos prises par Chantal, juste avant de fermer le paquet :

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Recommandations utiles pour les envois

Envoi en lettre pour quelques blocs, en colissimo dès que l’épaisseur atteint 3 cm. Merci de faire un emballage solide. Vous devrez remplir une fiche de douanes et pour que les destinataires n’aient pas de taxes à payer, merci d’écrire en déclaration :

100% Cotton Fabric (tissus 100% coton)
GIFT (cadeau)
Value: $10 AUD (Valeur : 10 dollars australiens)

Pour info, notre envoi de 43 blocs en Colissimo coûte 38 euros et la réception se fera sous 7 jours.

Rappel de l’adresse :

Wollongong Modern Quilt Guild
PO Box 54
Jamberoo
New South Wales
AUSTRALIA 2533

Délai : réception des derniers blocs pour le 1er mars 2020 SVP !

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La Discrète

Elle est discrète et se met si peu en avant qu’elle devient invisible, mais si elle n’est pas là tout change. Indispensable donc, elle est rarement au centre de la conversation et pourtant elle est, vous le devinez, toujours à l’esprit.
Qui est-elle ?

C’est la marge de couture, qui varie selon les siècles, les habitudes, les techniques. Si elle est absente, le patchwork bascule dans le mix-media ou art textile, avec l’utilisation de colle ou autres moyens d’attache et le tissu qui reste à cru. Certains appliqués sans marge de couture font l’exception, restant de style traditionnel en laine à cru par exemple.

Des appliqués sans marge de couture restent dans une certaine tradition, en flanelle ou feutrine, plus rapides à réaliser. Création Cosabeth Parriaud pour Marie-Claire Idées.

La discrète est essentielle et aujourd’hui, pour une fois, la discrète se fait vedette⭐.

Le patchwork mosaïque

Commençons par le patchwork en mosaïque, qui est une des origines de notre art. Il est appelé aussi patchwork à l’anglaise, car c’est chez nos voisins et néanmoins toujours amis malgré le Brexit 😏 qu’il est né. Technique utilisée de nos jours principalement pour faire des hexagones, c’était l’unique moyen, naguère, d’assembler toutes les pièces de récupération des couturières (en soie, satin, brocart et autres étoffes glissantes), un gabarit en papier de l’exacte forme et dimension de la pièce cousue qu’on recouvre et « emballe » de tissu.

Et la Discrète ? Ici les marges de couture doivent être suffisantes, mais il n’y avait pas vraiment de règle : on coupait à vue, juste assez pour bâtir en enveloppant le papier.

Le plus ancien patchwork qui nous reste, fait en patchwork à l’anglaise, est daté de 1718. Il est cousu sans aucune pièce appliquée, ce qu’on pourrait croire en le regardant :

Chaque pièce a été d’abord coupée dans du papier ou carton fin. La denrée de papeterie étant rare au début du 18e siècle, au dos on peut encore y trouver des fragments de lettres, des bouts de factures, du papier journal… J’ai présenté le livre de Susan Briscoe sur ce merveilleux dessus de lit par ici.

Pour le tricentenaire de ce vétéran, Susan Briscoe et la British Quilters’ Guild ont exposé en 2018 à Birmingham plus de 20 répliques de ce chef d’oeuvre. La gagnante du concours est Denise Geach, mais saluons le travail de bravoure de chacune !

Le patchwork américain

Le patchwork à l’anglaise est bien long à faire, avec l’étape fastidieuse et dispendieuse des gabarits. Par souci de rapidité et l’utilisation d’autres tissus moins fuyants comme la laine et le coton, les femmes ont inventé une autre manière de faire : assembler les pièces en mettant les tissus endroit contre endroit, les coudre à la main ou à la machine après avoir tracé, à l’aide de gabarits en carton ou métal réutilisables, les formes directement sur le tissu (et donc les lignes de coutures).

La Discrète est encore ajoutée à vue d’œil : soit on découpe après avoir dessiné la pièce, à la distance la plus petite possible du trait pour économiser le tissu, soit on a pris soin de s’approcher le plus possible du bord du tissu au moment du dessin. Sur la plupart des quilts anciens un peu ou beaucoup déchirés, on constate que les marges sont minimes, 1/8e d’inch (entre 3 et 4 mm) était tout ce qu’on laissait à la Discrète… d’où les déchirures, l’effilochage des tissus coupés ou déchirés en droit fil.

Le dos de ce quilt inachevé montre que les traits de couture ne sont pas tracés par toutes les quilteuses et que la couture du tissu à carreaux est à la limite de l’effilochage… Cela ne tiendra pas longtemps, même quilté (photo de Flickr)

Au cours du 20e siècle, les magazines, les livres de quilteuses chevronnées donnaient de bons conseils : si vous voulez que votre quilt tienne bon, qu’il devienne un Heirloom Quilt (quilt qui sera transmis en héritage), mettez environ 1/4 d’inch (6,35 mm) comme marge de couture… ce qui semblait, pour la plupart des quilteuses, un gâchis terrible !

Quilt américain appartenant à Caroline, en gardiennage chez son amie Kristine : vaut-il la peine d’être restauré ? Telle est la question…

Ce quilt n’est probablement pas très ancien, c’est un Log Cabin fait à la machine dans les années 1960 peut-être. Le 1/4 d’inch est quasiment respecté mais, autre problème, le fil blanc a cisaillé le tissu de coton… Probablement un fil en polyester, trop solide pour les cretonnes et les divers tissus en coton utilisés… A garder en mémoire !!

La discrète révèle non seulement les habitudes des quilteuses, mais aussi… la couleur d’origine des tissus qui n’a pas été délavée par les UV !

Ce n’est que sur la marge de couture qu’on a une idée de la couleur d’origine du tissu.

Le Crazy

Là encore, on ne parle pas de marge de couture, on coud dans tous les sens, on pratique un mélange de piécé et d’appliqué, on ajoute des broderies qui tiennent le tout, la discrète n’a pas la parole alors qu’elle est omniprésente, cela va de soi. Mais en évoquant la folie du crazy, on peut se rapprocher des vraies origines multicentenaires du patchwork, l’assemblage en puzzle de tout ce qu’on avait comme textiles, quelle que soit la forme de la pièce, ou bien la réparation des vêtements ou linges de maison avec l’ajout d’une pièce pour cacher un trou… Il y aura une marge de couture minime… Économie oblige !

Culotte soigneusement rapiécée, voir d’autres beaux exemples sur ce blog.

L’appliqué

On vient de le voir, l’appliqué fut d’abord une pièce de réparation, puis devint un loisir de femme aisée : coudre un tissu neuf sur un autre neuf ne se fait que pour des raisons esthétiques ! Là encore, les marges de couture sont souvent minimes et il faut beaucoup de petits points pour bien fixer le tissu décoratif sur son fond. On rentre généralement la marge de couture en s’aidant du bout de l’aiguille. La discrète est glissée et coincée, ni vue ni connue, entre les deux tissus.

Le patchwork avec l’utilisation du cutter rotatif

On l’a vu, pour du patchwork durable, on préconisait environ 1/4 d’inch, mais au vu des quilts anciens, on sait que la discrète était plus petite, presque toujours.

Vint l’avènement du patch moderne grâce à mon objet fétiche : le cutter rotatif ! Avec lui, les marges de couture se sont normalisées car, révolution, on ne marque plus le trait de couture : on coupe en ajoutant la valeur de 2 marges de couture (de part et d’autre de la pièce). Pour un carré de 2 inch, on coupe un carré de 2 1/2 inch. Simple comme bonjour ! Comme cette évolution est arrivée des USA, il a fallu convertir pour le système métrique. Dans les années 1990, les premiers livres en français qui présentaient cette méthode préconisaient 5 mm de discrète et donc un ajout très pratique d’1 cm (pour un carré cousu de 5 cm, on coupe 6 cm), mais cela s’est avéré un chouïa trop juste et la règle d’or est à présent d’ajouter 1,5 cm. Le quatuor cutter-règle-planche et machine à coudre fonctionne à merveille, il faut avoir un pied de biche de la bonne largeur (celle de la marge de couture) et hop ! tout est précis, vite et bien.

Sauf que… il y a l’épaisseur du tissu, celle du fil, le pli… et pour avoir un résultat absolument parfait, il faut coudre juste un peu moins que le quart d’inch, en anglais on dit coudre a scant quarter inch seam allowance.

Et en centimètres ? Personnellement j’obtiens de bons résultats avec :

  • un pied de biche d’un quart d’inch et les tissus tout juste au bord (donc une couture  à 6,3 mm du bord, au lieu de 7 mm)
  • un repassage de la couture sans ouvrir les tissus d’abord (toujours mis endroit contre endroit), puis j’ouvre en repassant les marges sur un côté
  • dernière action : l’équerrage, le bloc étant logiquement trop grand d’1 mm environ. Je corrige tout petit problème. Avec des blocs complexes aux nombreux pavés intermédiaires, je me repère toujours aux correspondances de coutures centrales, non à la marge de couture.

Mais voilà que des quilteuses libérées et rebelles, avec Gwen Marston en mentor, ont remis en cause l’esthétique parfaite des quilts de la fin du 20e siècle. Avec tous les modèles repris à l’infini, calqués les uns sur les autres, cela engendrait un monde de quilts magnifiques certes, mais manquant de personnalisation, une perfection sans jubilation. Armée de son cutter, Gwen et ses amies ont repris l’esprit de « faire avec ce qu’on a », sans renier le progrès.

Ce quilt de Gwen Marston a une structure classique, mais les string blocks (blocs faits de bandes) sont cousus sans fondation, sans respect de la vraie diagonale, en prenant les bandes de tissus comme elles viennent, en s’amusant surtout… Il en résulte un quilt bien plus vivant et gai que s’il était coupé droit !

Si par exemple un tissu présente une courbure, au lieu de l’équerrer droit, on va tirer avantage de ce mouvement. Comme avant, chaque oeuvre devient absolument unique, on parle de processus d’improvisation et de création, au lieu de copie d’un modèle.

Ce quilt a été inventé au fil du temps, assemblé en tenant compte des mouvements des blocs non équerrés. Velours Rouge, Katell.

Et la discrète ? Eh bien, c’est toujours sa nature de rester en retrait ! Les quilteuses faisant des quilts improvisés l’ont constamment à l’esprit, mais elle ne sera pas nécessairement pile-poil d’un quart d’inch, les coupes souples ne sont plus en droit fil et ne s’effilocheront donc pas : on a une tolérance légèrement en-dessous et au-dessus du quart d’inch ou des 7 mm, au coup d’œil… mais nous l’avons à l’œil, la discrète, elle ne doit tout de même pas être trop fine !

Quand la discrète fait sa star

Comme toute règle peut être détournée, voici différents exemples d’une discrète devenant star ⭐

Tout d’abord un style country, coutures apparentes frangées et ébouriffées, amusant à faire mais vite passé de mode, les rag quilts :

Puis la modernité et l’audace de l’Allemande Inge Hueber, qui s’est fait une spécialité de la marge de couture visible, en tournant son top : l’envers devient l’endroit ! Il en découle un flou artistique, des limites indéfinies comme dans une légère brume :

Inge Hueber, High Tide Low Tide – Broadstairs/Kent, © 2007, 162 x 178 cm

Détail…

Cut Flower 1, Inge Hueber, 1998, 64 x 80 x 3 cm (tendu sur un cadre)

Vous pouvez admirer ses quilts sur son site.

Natalie Chanin, elle aussi, a fait des quilts avec le top « à l’envers », montrant fièrement les coutures :

Indigo Star Quilt de Natalie Chanin. Première particularité : les coutures visibles décoratives. La seconde : la matière est en jersey de coton, oui, celle des tee-shirts !

Discrètement, la marge de couture se cache au cœur de vos quilts, bien à l’ombre des projecteurs… Mais veillez sur elle, sur ses épaules repose la pérennité de votre ouvrage !