Bonjour, quel plaisir de revenir sur mon blog pour vous y retrouver !
Depuis 9 ans ½, j’aime vous présenter ici les arts textiles aussi bien par le petit bout de la lorgnette qu’avec des perspectives culturelles et historiques. En cette rentrée, laissez-moi vous raconter les premiers tours de roue d’un périple qui ira jusqu’en juin 2021.
Nous voilà parties, une soixantaine de girls en voyage sur la Route 66 ! Nous traverserons 8 des 50 États des USA. Je précise que c’est un voyage virtuel, le groupe est sur Facebook, je crois qu’on peut encore s’inscrire cette semaine, ensuite ce sera privé. https://www.facebook.com/groups/2960575844038884
On the Route 66, je suis la participante n° 40 !
Pendant une partie des vacances, je me suis demandé quel serait mon projet personnel… J’ai sérieusement envisagé une création sur toute la musique que j’aime qui vient de là qui vient du blues… Le titre aurait été Rock n’ Blues, mais voilà, je peinais à trouver un projet qui collait à l’idée, à tenir sur 8 mois. Finalement, je vais faire une carte des États-Unis en scraps (petits bouts de tissus bons à jeter… normalement) et j’ai donc repris le joli jeu de mots lu quelque part : ce sera la carte United Scraps of America !
Je vais docilement suivre le modèle de carte offert par iciet construire mon top, état par état, tel un puzzle. La seule chose que je sais, c’est que je broderai dessus le trait figurant la Route 66, le reste est encore flou…
Je ne sais même combien mesure ce quilt fini mais j’ai préparé les photocopies, c’est grand, c’est certain !
Patou Pat, notre meneuse de revue, nous a demandé de commencer par l’étiquette, c’étaient les devoirs de vacances pour ancrer chacune dans le projet. Voici la mienne :
Skyline de Chicago se reflétant dans le Lac Michigan
Notre ville de départ est Chicago, dans l’Illinois, une très belle ville moderne dont on parle relativement peu en France, depuis que Al Capone est tombé 🙂. Né à New-York et mort à Miami, Al Capone marqua surtout l’histoire de Chicago devenue sans foi ni loi dans les années 1920-30, la Cosa Nostra ayant mainmise sur la Police, la Justice et la Politique…
Dans ma famille quand j’étais adolescente, j’entendais souvent parler de Chicago, siège social de la société où mon père a travaillé pendant presque 20 ans. La marque est connue, elle se résume à 2 lettres : IH (International Harvester), mais la société garde la sympathie du monde rural avec le nom de ses tracteurs et de son fondateur : McCormick.
Cyrus Hall McCormick est un inventeur du 19e siècle, concevant d’abord des faucheuses tractées par un cheval, puis des moissonneuses innovantes qui se vendent très bien grâce à des pratiques commerciales nouvelles (le début du marketing).
Le succès de la marque devient mondial après l’Exposition Universelle de Londres au Crystal Palace en 1851. Hélas, son fils était moins avisé, bien plus brutal et antipathique… Je vous la fais courte, mais le 1er mai 1886 eut lieu une grande grève à Chicago qui commença dans l’usine McCormick, pour réclamer la division de la journée en tranches de 8 heures :
A l’époque, les ouvriers travaillaient 10 heures 6 jours par semaine.
Si le mouvement commença chez McCormick, couvant déjà depuis des mois, il s’étendit en grève générale du 1er au 4 mai 1886 pour se terminer dans un bain de sang le soir du 4, sur la place Haymarket de Chicago.
Tract pour le rassemblement à Haymarket, en anglais et allemand, en raison de l’origine des travailleurs. Ce sont des anarchistes pacifistes qui mènent le mouvement, certains deviendront les martyrs de cette soirée où règnera la plus grosse confusion. Les policiers ont ordre de « tirer pour tuer » (phrase reprise récemment par D. Trump) et un inconnu tira une bombe, tuant un policier. L’émeute qui s’ensuit fait d’autres victimes et Chicago devient l’emblème des luttes sociales.
Le résultat de ce chaos est que le 1er mai 1886 fut le premier des 1er mai, Jour du Travail jusqu’à aujourd’hui ! La journée des huit heures fut votée deux ans après.
Revenons à notre périple, prochaines étapes Springfield, St Louis… avec peut-être d’autres histoires à vous raconter !
Let the road trip begin !
Symbole de l’essor de la voiture particulière, des grands espaces, des vacances et de la liberté, la Route 66 est dans mes rêves pour ce voyage immobile !
Le prochain article vous montrera mon top Météo : qu’on a eu chaud encore cet été, pfff… J’espérais ne pas utiliser ma couleur dédiée aux 40 à 42°, mais si… La sécheresse sévit encore ici, dans la région toulousaine. Avec ce projet Météo, nous garderons d’autant plus en mémoire cette année 2020, si particulière… En attendant, portez-vous bien, suivez votre route et à bientôt !
Le 14 juin dernier, Flag Day (Jour du Drapeau), Marie-Claude Picon a publié plusieurs photos de ses quilts patriotiques sur FB : tous splendides !
Mon seul quilt patriotique ! Il est petit, il mesure environ 50 cm de côté.
Son étiquette au dos me rappelle que je l’ai fait lors des précédentes élections présidentielles américaines…
Pour ce 4 juillet, célébré comme toujours dans tout le pays en rouge-blanc-bleu (et avec un masque SVP), faisons un tour en voiture. Mais prenons le chemin de l’Histoire, pas à pas…
L’Amérique a été conquise par des aventuriers, et si le temps est à la remise en cause des héros et des décisions du passé, il n’en reste pas moins qu’on peut admirer l’épopée de beaucoup de ceux qui ont fait l’Histoire.
Imaginez un jeune homme, né en 1658 en terre gasconne, comme les Mousquetaires et notre nouveau Premier Ministre (mais la comparaison s’arrête là), plus précisément à Saint-Nicolas-de-la-Grave au nord de Toulouse et à l’ouest de Montauban. Il est né dans une famille bourgeoise, son père étant avocat au Parlement de Toulouse et sa mère de famille commerçante aisée. On ne sait trop ce qu’il a fait ou subi, mais Antoine Laumet sent qu’il doit se faire oublier et prend le large à 25 ans. Le large, le grand large ! Il arriva d’abord à Port-Royal en Acadie, terre alors française (Canada), explora les terres de la côte Est et de l’Acadie française en se familiarisant avec les autochtones, leurs langues et coutumes. Comme nombre de Français, il fit le commerce de fourrures en échange d’alcools, achetant aux Indiens et vendant aux Anglais (et inversement). Le Gascon s’est inventé une nouvelle identité en s’anoblissant au passage et devient Antoine de Lamothe, Sieur de Cadillac. Simplement parce ça sonnait bien comme ça… et avec les réminiscences du nom d’un ami de son père du Parlement de Toulouse !
Timbre de la Poste américaine, édité en 1951, célébrant les 250 ans de l’établissement de Lamothe-Cadillac à Detroit en 1701.
Je vous la ferai courte, sa vie est riche en expériences et en esprit d’entreprise, mais aussi en (més)aventures. Le Sieur avait fort mauvais caractère et aussi l’envie de s’enrichir, mais pas toujours de manière légale ! L’Histoire retient surtout de lui que, visionnaire, il fonda, en un lieu stratégique, une colonie française sur un détroit (en réalité, une rivière, entre les lacs Huron et Érié) : Fort Pontchartrain du Détroit, en 1701. L’appellation s’allégera du nom du Ministre de la Marine de Louis XIV, Pontchartrin, et de son accent français sur le e pour devenir simplement Detroit. Cette rivière est actuellement sur la frontière entre le Canada et les USA.
Statue de Cadillac à Detroit ; subit-elle en ce moment l’outrage du déboulonnage ou du peinturlurage ?
Héros sublime pour certains, fieffé coquin pour d’autres, Cadillac mena une vie constamment agitée et aventureuse, militaire, corsaire, colonisateur avec des honneurs, des titres, des fortunes, il devint même Gouverneur de Louisiane (qui s’étendait alors des Grands Lacs au Golfe du Mexique !), mais aussi des poursuites et même un emprisonnement à la Bastille… Cadillac décida de finir Gouverneur de Castelsarrasin, près de sa ville natale, et y mourut à l’âge de 72 ans. Un sacré personnage à la vie bien remplie !
L’histoire ne s’arrête pas là. Detroit était effectivement un point stratégique, la ville française se développa puis fut cédée aux Etats-Unis en 1783, à cette nouvelle nation indépendante depuis le 4 juillet 1776. Detroit continua son développement au 19e siècle en fabriquant les carrioles pour se déplacer en ville et à la campagne mais aussi les chariots en bois destinés à rouler vers le Far West, les voies navigables favorisant le transport lacustre du bois.
Transport en traîneau dans Detroit, les hivers y sont rigoureux ! Années 1900 – Archives de Detroit News
Au tournant du 20e siècle,
la richesse de Detroit en fit « le Paris du Midwest »,
avec de somptueux immeubles Beaux-Arts et baroques,
de larges avenues et espaces verts publics.
Vers 1910, voitures à chevaux et voitures à moteur se partagent le travail de déplacement des personnes, ainsi que le tramway mû à l’électicité.
Detroit, Woodward Avenue, avant 1920
La ville de Detroit célébra en grande pompe les deux cents ans de sa création en 1901. Au même moment, au même endroit, Leland, Murphy et Bowen, constructeurs de « chariots à moteur », des automobiles, baptisèrent leur premier joyau en hommage au fondateur dont le nom était sur toutes les lèvres : en 1902, la mythique Cadillac est née ! Dès lors, les progrès et inventions se succèdent chez les multiples constructeurs d’automobiles américains, concentrés à Detroit.
La première Cadillac n’était pas une voiture de luxe, mais un prototype avec beaucoup d’innovations techniques. Photo de 1903 – Smithsonian Institution.
Le 1er logo des voitures Cadillac, c’est simplement le blason du Sieur de Cadillac.
Detroit continuera, au long du 20e siècle, d’être la Motor town, LA ville des constructions automobiles. Les chevaux de chair et de sang sont remplacés par ceux sous le capot.
Voiture de luxe extravagante des années 1950-60, la Cadillac Eldorado. Après avoir maîtrisé la crise des années 1930, Cadillac se positionne à la tête des voitures de prestige pendant plusieurs décennies.
Son logo a souvent changé, à présent il est stylisé à la Mondrian mais garde le souvenir du Frenchy !
Les grandes voitures américaines ont le chic pour avoir des noms qui parlent, j’avais déjà évoqué les Ford Mustangpar ici.
Et la Pontiac, autre gamme de voitures très chic ? Elle honore Obwandiyag (prononciation : bwon-diac, d’où Pontiac), un grand chef Amérindien du 18e siècle de cette région de Detroit qui, comme bien souvent, s’entendait très bien avec les Français mais pas du tout avec les Anglais !
Pontiac, 1720-1769, homme politique, chef de guerre
Une Pontiac. Le logo représente une flèche stylisée, en l’honneur du chef indien.
Toutes les voitures mythiques américaines qui peuplent notre imaginaire, les Cadillac, les Pontiac, les Buick, les Chevrolet, les Mustang, les Chrysler furent construites à Detroit. Éternel rival de Ford, General Motors fut fondé par un certain Durant, d’ascendance française lui aussi. Il lança même la marque Frigidaire en 1918 pour des compresseurs pour la climatisation de voitures… puis on sait ce que cela devint !
Detroit connut un essor fantastique, la construction automobile faisant appel à une nombreuse main d’oeuvre, la population consommant et boostant l’économie ! Elle fut la 4e ville américaine avec près de 2 millions d’habitants (1955-60). Mais les automobiles américaines perdirent leur monopole pour diverses raisons et peu à peu, avec la gestion exécrable de la ville et la catastrophe des subprimes, celle-ci a sombré, jusqu’à sa mise en faillite en 2013. Ses habitants, plus que 700 000, vivent majoritairement dans une grande pauvreté (les revenus les plus bas par habitant des USA, alors qu’en 1960 Detroit détenait la 1ère place) et l’insécurité. Detroit renaîtra-t-elle de ses cendres ?
C’est l’usine de carrosserie historique de General Motors, laissée à l’abandon comme des milliers de bâtiments et maisons à Detroit.
Detroit n’est pas sur la Route 66, mais je souhaitais faire un clin d’œil à ce Sieur de Cadillac pour qu’on se souvienne que les pionniers ont beaucoup travaillé et innové, ils ont été imparfaits sans doute, mais aussi vaillants et novateurs ; les massacres ou mauvaises orientations sont bien souvent dus aux ordres et décisions des gouvernements européens puis des USA…
J’ai photographié cette merveille tout juste rénovée à Williams, petite ville d’Arizona traversée par la Route 66 (nous y sommes, sur le trottoir !). En 2018, nous avions suivi la Route 66 sur plusieurs centaines de km, j’y reviendrai !
Buick choisie pour sa couleur turquoise,
et aussi pour son chauffeur,
l’Unique, the King :
Elvis en personne !
Je ne sais pas vous, mais moi je suis fin prête pour l’aventure sur la Route 66 !
Surtout, ne me réveillez pas encore… Katell
Pendant ma pause estivale, je risque fort de rêver encore à la Route 66… Je vous retrouverai sur le blog dans quelques semaines. En attendant, je resterai active sur Facebook, en particulier sur le groupe Quilt Météo 2020 !
Pour cet été, vous avez déjà reçu les magazines de patchwork de juin, et en particulier pour les adhérents-abonnés de France Patchwork, Les Nouvelles, Patchwork et Création textile n°145… Il est fait pour et par les adhérentes, plus que jamais, avec les rédactionnels sur nos vécus pendant le confinement, des modèles très sympas, et une myriade de blocs de toutes les couleurs d’Ensemble malgré tout ! Le magazine reflète la période que nous venons de vivre, tellement extra-ordinaire, parfois dramatique, le plus souvent juste inquiétante ou même agréable, pour les plus chanceux à la recherche d’une pause dans leur vie trop speed. Je suis heureuse d’avoir contribué à cette revue, relatant mes états d’âme qui sont étrangement similaires à ceux de beaucoup d’entre vous.
Une grande diversité de livres sortent en librairie pour les vacances et je souhaite mettre la lumière sur celui-ci, qui n’a pas encore bénéficié de beaucoup de publicité et qui mérite d’être lu, avec pour thèmes la condition féminine en pleine évolution et la découverte de la créativité en brodant… Ah, cela vous intéresse, n’est-ce pas ?!
C’est l’histoire de Violet, dans l’Angleterre de l’entre-deux-guerres, que j’ai beaucoup apprécié découvrir en anglais l’année dernière. Il arrive à point en français pour le farniente estival, ne vous en privez pas, pour moi c’est une valeur sûre !
J’ai été surprise cependant par certaines critiques anglophones, traitant ce livre de littérature « facile », pour jeunes adultes ou même adolescents. Des personnes aigries ?… En anglais, cela n’était certainement pas pour moi une lecture trop facile !!! Je le lirai aussi en français un jour, pour voir si j’ai le même enthousiasme.
J’ai été étonnée par la traduction du titre en français, mais je le trouve bien et la femme symbolise parfaitement la période. Et que les couleurs sont belles !
Vous pouvez dès à présent le trouver dans vos librairies !
A samedi pour mon dernier article avant la pause estivale, Katell
Je n’ai pas un tempérament particulièrement nostalgique. J’aime évoquer l’Histoire pour mieux comprendre d’où viennent les choses, mais en général, je vais de l’avant dans ma vie et mon époque. En voyageant, je réalise ma part de rêves et pour voyager dans le temps, les lectures et les films me font faire une pause dans la réalité.
Le seul, le vrai, l’unique voyage est de changer de regard. Marcel Proust
Mais cette année est bien particulière… Je ressens un gros besoin de lâcher un peu la pression de la vraie vie et m’offrir une grande évasion, même virtuelle ! Alors quand j’ai lu sur Facebook la constitution d’un groupe de quilteuses francophones sur le sujet de la mythique Route 66, je n’ai pas hésité longtemps… Échappons-nous un temps des préoccupations de 2020 et de notre avenir à construire avec vigilance, vivons-rêvons un peu dans une des périodes les plus joyeuses et optimistes : les années 1950-60 aux USA, country music, swing and rock ‘n roll à fond dans les oreilles !
La Route 66 a de nombreux surnoms, Mother Road, la Route Mère, est le plus connu.
Tout d’abord, éclaircissons un détail de vocabulaire : la Route 66, ce n’est pas une route française égarée aux USA, le mot route signifie parcours, itinéraire en anglais et ce long périple entre Chicago et Los Angeles emprunte des voies urbaines déjà existantes et diverses routes tracées pour traverser le continent de manière horizontale, presque comme un grand sourire.
Illustration postée dans le groupe par Nicole S. : on a la banane sur la Route 66 !
Officiellement née le 11 novembre 1926, le tracé de la Route 66 a varié, elle a été progressivement recouverte d’asphalte : cette première route transcontinentale des USA de plus de 3 500 km a vu le jour avec l’accroissement des voitures en circulation.
Si l’automobile a bien été inventée en Europe, sa construction a d’abord été artisanale. Aux États-Unis, la fabrication en série donna le coup d’envoi pour sa démocratisation et une vie progressivement organisée autour des voitures. Ici la Ford T en 1910, 1ère voiture fabriquée en grande série à Detroit (un jour, je vous raconterai l’histoire de cette ville et de la Cadillac !). C’est l’organisation des gigantesques abattoirs de Chicago (chaque salarié travaillant à son poste sur la même partie de la bête) qui donna l’idée de créer une ligne d’assemblage pour automobiles dès 1908.
Cette Route suit plus ou moins, sur la moitié ouest, le tracé d’une des voies de chemin de fer du siècle antérieur ; elle est devenue mythique pour les Américains tant elle a vu de migrations temporaires ou définitives vers l’Ouest ! Certaines étaient bien difficiles, à pied pour les victimes de la Grande Dépression et/ou du Dust Bowl (voir ici) ou pleines de joie de vivre lors de la découverte des vacances en voiture particulière après la seconde guerre mondiale, ou quand les Hippies voulurent vivre le Flower Power en Californie 🌺.
Elle a été officiellement déclassée en 1985, remplacée par des Interstates et autres variantes, même si 80 % du chemin initial existe encore. Mais la Route 66 persiste dans le cœur des gens et des tronçons sont désormais conservés comme « route historique »…
La Route 66 est bien un symbole du XXe siècle, avec ce sentiment unique de liberté que procure un voyage en voiture ou en moto dans les grands espaces américains !
Le groupe Facebook Route 66 US, créé par Patou Pat, comporte déjà plus de 40 membres : des quilteuses, toutes motivées pour commencer un quilt en septembre, au rythme d’étapes avec les 8 États traversés par ce parcours mythique. Il reste encore quelques places mais il faut s’engager à être active, c’est-à-dire créer un quilt au cours de ce voyage. Si vous êtes motivée, une vraie quilteuse-routarde US dans l’âme, contactez donc Patou Pat sur Facebook.
Depuis le drame de la mort de George Floyd le 25 mai dernier, on remet en question, un peu partout dans le monde, la vision de l’Autre. Amour ou haine, paix ou violence, tout et son contraire ont été exprimés. Alors que certains veulent combler les inégalités, d’autres creusent les fossés. S’ensuivent maintes confusions, maintes décisions dont certaines ont le don de m’exaspérer. Le respect ne passe pas par des barrières supplémentaires…
Le dessin animé des Simpson aura désormais des acteurs non-blancs pour doubler les Noirs, les Jaunes, les Rouges. Devront-ils forcer l’accent qu’on attend d’eux ? N’est-ce pas encore plus discriminant de les cantonner à ces personnages ?
La décision de L’Oréal de bannir les mots blanc, blanchissant, éclaircissant ou clair pour combattre le racisme est ahurissante. Dans leurs publicités, cela fait belle lurette que tous les tons de peau sont célébrés en montrant depuis longtemps des femmes de toutes origines, toujours belles dans leur diversité, pour valoriser leurs palettes de produits convenant à toutes les peaux du monde.
Même si je n’achète plus rien de L’Oréal parce que c’est chimique, je trouvais que les Français se débrouillaient bien dans ce domaine. Le bannissement de ces mots sur la blancheur est simplement ridicule ! Heureusement qu’ils ne vendent pas de dentifrice 🙃 Franchement, est-ce judicieux de bannir ces mots pour combattre le racisme ?
Hier, j’ai lu la décision d’une quilteuse canadienne d’enlever 2 de ses modèles vendus sur internet en PDF parce qu’ils sont d’inspiration vaguement amérindienne et qu’ils contiennent dans leur titre le mot Aztec. Les Aztèques régnaient en Amérique centrale (du côté du Mexique) et les Espagnols les ont combattu ; la culture mexicaine est un étroit mélange aztèque et espagnol. Étant de peau blanche, cette quilteuse ne se sent plus le droit d’utiliser cette esthétique qui n’est pas de sa culture. Il est vrai que, vivant en Europe, nous ne subissons pas les mêmes pressions culturelles, mais c’est tout de même ahurissant ! N’avons-nous plus le droit de nous inspirer de l’Autre ? Dois-je être Japonaise pour utiliser des tissus d’inspiration nippone, être Africaine pour avoir le droit de coudre avec des Wax, être Coréenne pour faire du Pojagi (une bise à Maryse Allard !) ? Nous ne pillons pas les autres cultures, au contraire, nous les apprécions et tentons de les honorer. Je continuerai donc de faire des quilts d’inspiration amérindienne quand cela me chante.
Il y a plusieurs centaines d’années, l’Europe s’inspirait déjà d’autres civilisations, comme, pour rester dans notre domaine des tissus, l’impression. Si les Indiens (d’Inde) n’avaient pas montré l’exemple, aurions-nous les fameux tissus provençaux qui s’en sont inspirés ?
Tissus provençaux de la marque Souleiado.
A ce propos, n’oublions pas, cet été, de donner un coup de pouce à Neelam, ainsi qu’à tous les magasins que nous aimons, ils ont besoin de nous pour survivre.
Neelam se fournit notamment chez des artisans du Gujarat (Inde) qui impriment leurs tissus au tampon, avec des teintures artisanales, à l’ancienne. C’est un commerce respectueux des artisans et une fabrication sans chimie. Vous y trouverez aussi de très belles broderies éco-responsables elles aussi, et beaucoup de fournitures de loisirs créatifs. Leur site pour acheter par correspondance est ici. N’hésitez pas à les contacter pour une visite ou un achat à distance.
Conservons donc le bon sens que nous avons encore en Europe, les échanges commerciaux et culturels entre peuples existent depuis des siècles ! De gros changements pour une économie plus saine sont absolument nécessaires, mais gardons-nous des décisions démagogiques ridicules…
Si je ne pouvais plus m’inspirer des artisanats du monde, mon blog n’existerait plus et nous ne ferions même plus du patchwork !
Merci de rester fidèle à la Ruche des Quilteuses, avec toute mon amitié, Katell
Vous avez été touchés par le précédent article montrant des quilts qui expriment des souffrances, par Chawne Kimber. Ce sont des quilts qui parlent, à la fois parce qu’on peut les lire et leur donner la puissance d’un discours, mais aussi qui émeuvent, qui touchent notre cœur.
Je vous propose de (re)découvrir une autre artiste, Gina Adams, qui quilte de manière bien particulière pour dénoncer le mal insidieux de la société américaine, le racisme, terriblement ancré dans son passé. Découvrir tous les traités de paix avec les Indiens écrits par le Gouvernement, jamais tenus, projette une lumière crue sur les origines de ce pays : Quilter pour sa cause.
Détail d’un quilt de Gina Adams montrant un des broken treaties, ces traités de paix entre le gouvernement américain et les Indiens… jamais respectés par les militaires.
On le voit dans l’actualité, le problème du racisme reste aigu. Et pourtant, chaque communauté a tant à apporter aux autres ! Cette fois-ci sera-t-elle la bonne, pour obtenir une égalité de traitement quelle que soit l’origine de chacun ? Les Américains ont fait tout de même des avancées (regardez les films récents montrant les années 1960, Green Book ou Les figures de l’ombre : double peine pour des femmes noires, même géniales !). Le melting pot reste en grande partie une illusion, les origines diverses sont nombreuses, mais on a encore bien trop peu de communautés harmonieusement multiraciales.
On est souvent surpris de savoir les pourcentages d’origines des Étasuniens : bien moins d’Anglais (24,5 millions) que d’Allemands (42,8 millions), majoritaires, suivis par les Irlandais (30,5 millions) puis par les Afro-Américains (25 millions)… L’origine française arrive en 9e position avec 3,8 millions de personnes, derrière les origines mexicaine, italienne et polonaise. Suivent les Amérindiens, un peu moins de 3 millions (y compris d’Alaska). A savoir qu’on pouvait donner jusqu’à 2 origines (Résultats du recensement de l’an 2000).
Nos quilts sont décoratifs, ils sont aussi expressifs avec parfois une citation, une pensée, un prénom, un mot fétiche… Pour cela, bien des techniques sont à notre disposition : broderie, appliqué main ou machine, couture sur papier, piécé (couture patchwork) pour les techniques 100% textiles, ou aussi transfert avec imprimante… De récentes expositions américaines, des publications sur Instagram et sur des blogs montrent de plus en plus de quilts qui parlent, utilisant toutes les techniques. C’est une tradition revisitée, car nombre de quilts anciens comportent des lettres, des signatures, des souhaits, des dédicaces… Voici un florilège de versions contemporaines :
Au QuiltCon 2015, Laura Hartrich pose sur son superbe Quilt for our Bed, où il est écrit en quarts de cercles : Bonne nuit, je t’aime.La quilteuse roumaine Geta Grama nous dit : Rêve jusqu’à ce que tes rêves deviennent réalité ! Un tissu de Michael Miller, imprimé de lettres, est découpé et appliqué.Voir ici sur son blog.Un quilt positif sur les femmes, quilt collectif de Lorna Constantini et the Niagara Modern Quilt Guild (photo d’ici)Paige Alexander a reproduit une page d’écriture à l’ancienne : la marge avec sa ligne rouge, le lignage des cahiers américains et cette phrase qui signifie que l’écriture cursive est un art qui s’efface. Savez-vous que, dans plusieurs États des USA, on n’enseigne plus comment écrire à la main ?… Oui, on enseigne seulement à taper sur clavier dans certaines écoles… (retrouvez l’artiste sur Instagram @quiltedblooms)
Voici le quilt qui rit, inspiré d’un quilt datant de la Première Guerre Mondiale, qui a plu à mon amie LeeAnn : son histoire se trouve sur son blog Nifty Quilts.
Les chemises de son mari ont trouvé une nouvelles vie, HAHA de LeeAnn Decker de Seattle.
Celui dont je ne me lasse pas, toujours de LeeAnn :
Incitation à voter aux élections présidentielles de 2016, par Denyse Schmidt :
Vote, de Denyse Schmidt, 2016. Ce formidable quilt est le modèle d’une grande aventure sur Instagram sous le label #theproverbialquilt. De nombreuses quilteuses écrivent en lettres leurs textes favoris ou leur souffrance ou… ce qu’elle veulent ! La plupart des quilts ont une taille respectable et sont de vrais manifestes.
Quelques Proverbial Quilts :
De Sarah Minshall, une citation de Vincent Van Gogh : Je ne sais rien avec certitude, mais la vue des étoiles me fait rêver. Très beau pour un dessus de lit ! Tu es mon rayon de soleil, tu me rends heureuse quand les cieux sont gris, Cathy deBlueberry Patch
Kristine a fait un quilt qui parle, sélectionné au concours des Modern quilts de France Patchwork. Il était bien différent des autres, n’étant pas dans le style épuré et très géométrique des autres quilts.
J’ai toujours aimé la typographie et pour ce premier concours Modern Quilt en France, l’idée d’un message s’est imposé à moi. J’ai souhaité un message simple, coloré, bien visible, et en anglais pour marquer notre appartenance à un mouvement international. Kristine
Les lettres sont thermocollées puis quiltées pour les maintenir.
Le message comporte un petit jeu de mot, Bee creative, pour évoquer mon appartenance à La Ruche des Quilteuses, le blog de Katell. Kristine
C’est un quilt fait de manière artisanale, sans long arm. Une abeille batifole…
Celle qui a lancé l’écriture improvisée piécée est Tonya Ricucci dès les années 1990, elle a beaucoup joué avec les lettres avec ses amies (Bonnie Hunter, Gwen Marston et tant d’autres) et a finalement pu faire éditer sa méthode en 2011. La technique est bien différente de celle en couture sur papier, l’apparence également. Le superbe bonus, c’est qu’on s’amuse beaucoup en créant ces lettres ! Vous pouvez voir de nombreux quilts plus récents sur Instagram @tonyaricucci.
Merci Tonya, nous te devons tant ! C’est toi qui as initié ce grand mouvement des quilts bavards !
Couverture inspirante de son livre qui détaille son idée de créer des lettres en patchwork.
Voici quelques-uns de ses quilts qui parlent :
Variation sur son drapeau, America, Tonya Ricucci
Mots de quatre lettres, Tonya Ricucci
Sew much Love, Tonya Ricucci : j’adore ce quilt !
La saga des quilts bavards ne fait que commencer !
Au cœur de ce week-end prolongé et ensoleillé, on a envie de respirer profondément et accorder son souffle à la nature.
Canopée dans les Pyrénées où je respire à fond !
I can’t breathe, je ne peux pas respirer, répéta George Floyd, filmé pendant 7 interminables minutes. Le 25 mai dernier, il fut maintenu allongé, non armé, menotté, complètement inoffensif, pour l’utilisation supposée d’un faux billet de 20 dollars. Il ne pouvait plus respirer parce que le genou du policier appuyait sur sa gorge. Il en est mort lentement, devant témoins, devant caméra. Cette tragédie n’a d’autre origine que le racisme ordinaire et crasse de certains Blancs, toujours persuadés de leur supériorité sur un territoire gagné en massacrant inutilement les indigènes. Quant à la venue des Noirs, on sait qu’on ne leur a pas demandé leur avis. Il manque cruellement d’éducation et simplement d’humanité dans certaines cervelles. Un article rapide à lire ici peut vous aider à mieux connaître ce tragique événement, si vous n’avez pas suivi pourquoi les émeutes se succèdent depuis quelques jours aux USA.
A maintes reprises, on a cru que plus jamais ça, les Noirs, les Indiens, les Latinos et autres gagneraient une place digne dans leur société multicolore, le fameux melting pot dont s’enorgueillissent les Américains. Hélas, Rosa Parks, Martin Luther King ou Obama, prônant des actions pacifiques, n’ont toujours pas réussi à faire changer les mentalités de certains irréductibles, encore bien trop nombreux.
L’espoir est la conviction que le destin ne sera pas écrit pour nous mais par nous, par les hommes et les femmes qui ne se contentent pas du monde tel qu’il est, mais qui ont le courage de refaire le monde tel qu’il devrait être. Barack Obama
On n’y est pas encore… Des « bavures » se succèdent au fil des ans et ces faits divers font l’histoire.
I can’t breathe, je ne peux pas respirer, c’était déjà le symbole d’une autre tragédie du même genre, ci-dessous des photos de 2014 après la mort d’Eric Garner :
Malheureusement, on peut ressortir les tee-shirts…
Pour revenir un peu dans le passé, l’assassinat de Martin Luther King dans le Tennessee par un ségrégationniste blanc (sans doute n’a-t-il pas agi seul) en avril 1968, mit le feu aux poudres dans les quartiers noirs de nombreuses villes américaines. Quelques jours après à Chicago, onze morts (tous noirs) et des milliers de blessés furent déplorés, les policiers ayant été chauffés à blanc par l’injonction terrible du Maire, Shoot to kill, tirer pour tuer. Ensuite, il y eut mai 68… Ce terrible épisode est raconté en détails dans le nouveau livre de Gaëlle Nohant, La Femme révélée.
Chawne Kimber est prof de maths, mais aussi quilteuse, brodeuse, tricoteuse… C’est une des voix les plus fortes dans le monde artistique des arts textiles et je suis son blog depuis des années, séduite par ses couleurs, ses maquettes, et aussi ses messages. Elle créa son quilt le plus puissant après cet autre drame de 2015 (un parmi bien d’autres), tellement proche de celui de la semaine dernière à Minneapolis, que cette répétition donne envie de pleurer. Eric Garner était un petit délinquant de 44 ans, en charge de 6 enfants, connu pour vendre des cigarettes à la sauvette. Un jour funeste de 2014, alors qu’il était assis tranquillement sur un banc, il a été reconnu et pris à partie par des policiers qui l’ont immobilisé par une technique d’étranglement interdite et il en est mort, après avoir répété « I can’t breathe ». Inutile d’ajouter que Eric Garner était noir et les policiers blancs.
C’est l’expression très forte de Chawne Kimber, The One for Eric G., 2015.Photos de The Plaid Portico.Ce quilt a été acheté par le Michigan State University Museum en 2016.
Chawne utilise souvent des mots, des phrases qui donnent du sens à ses quilts.
Shawne aime par-dessus tout la récupération de tissus, le quilting improvisé, héritage du quilting de ses ancêtres. Et chaque bout de tissu trouve sa place un jour. Et Gwen Marston tout comme les quilteuses de Gee’s Bend l’inspirent. Et toutes ces lettres piécées sont inspirées du livre Word Play Quilt de Tonya Ricucci. Je me sens de cette famille, toute petite parmi les grandes !
Chawne est une participante régulière du QuiltCon, le grand festival de quilts modernes. Ici en 2016, photo d’ici.
Une autre particularité de cette artiste, c’est qu’elle a fait son autoportrait à plusieurs reprises, tout comme Frida Kahlo, mais en textile ou en broderie. Une démarche résolument différente des selfies à la mode ! C’est bien plus une recherche de sa propre identité, et pour Chawne c’est sans doute un questionnement sans fin sur la place de la femme et le racisme. Elle dit répondre, en plusieurs facettes, à qui je crois que tu crois que je suis…
Self Study #1, Completely CauchySelf Study #6 – Son frère était « le petit génie », sa sœur était « la toute mignonne », et elle… Tout le questionnement de l’identité de l’enfant dans la fratrie…Article ici.
En te levant le matin, rappelle-toi combien précieux est le privilège de vivre, de respirer, d’être heureux. Marc Aurèle
Respirons. Les anciens malades les plus graves du COVID19 semblent garder des séquelles irréversibles aux poumons. D’autre part, de nombreuses pathologies contemporaines sont dues au stress, au manque d’activation de notre nerf vague, c’est pourquoi je viens de m’acheter ce livre pour redevenir ZEN :
Portez-vous bien, respirez ! Avec toute mon amitié, Katell
Dans les villes et les villages, en France et ailleurs pendant le confinement, des millions de personnes se sont mis à la fenêtre, au balcon ou dans leur rue pour applaudir tous les personnels qui travaillent pour nous, malgré tout : en premier lieu les personnels des hôpitaux, les soignants ainsi que tous les autres maillons indispensables de la chaîne de soins, mais aussi tous ceux qui ont continué à travailler en côtoyant d’autres personnes, alors que le risque était élevé et les protections souvent insuffisantes. Ce mouvement s’est amplifié, petits et grands ont eu à cœur de poursuivre les applaudissements jusqu’au dernier jour du confinement.
Applaudir à tout rompre, que ça fait du bien !
Être applaudi, c’est l’ultime récompense pour ceux qui ont réussi à toucher leur public, c’est la magie des spectacles vivants depuis la nuit des temps. Ces dernières semaines, les applaudissements sont la manifestation de notre reconnaissance, notre respect, notre admiration pour des personnes habituellement « invisibles ».
Dessin de presse : Frédéric Deligne
A Londres, le jeune Elliott, 6 ans, et son père Ian applaudissent tous les jeudis soirs à 20 h, tant que le déconfinement n’est pas prononcé. Presque chaque jour, le petit demande : est-ce qu’on est jeudi aujourd’hui ? tellement le rendez-vous hebdomadaire lui semble trop rare… Pour prolonger ce précieux moment, Elliott a pris en photo les mains de son père en train d’applaudir. Une photo suffit à donner l’impulsion pour une idée, des heures la transforment en tableaux… Car oui, si le fils a des idées, le papa a du talent…
Elliott et Ian Berry
Il s’agit bien sûr de Ian Berry et son fils, Ian qui utilise des blue jeans pour créer des œuvres d’art.
« Cela fait 15 ans que j’évite de faire des mains… « dit Ian. Sujet difficile ! Mais il n’a pas su résister à la reproduction de la photo de son fils…
Le jeune Elliott fait l’école à la maison en ce moment, mais il a droit de se détendre aussi… Après avoir vu un film de Disney, il demande à son père : peux-tu projeter tes tableaux de mains sur l’écran ?
Voici ce que cela donne, un applaudissement aussi vrai que nature :
L’effet est saisissant. Cet applaudissement aux personnels soignants mérite d’être vu… Grâce à Instagram et sa communauté d’amis, la double image se répand comme une traînée de poudre. L’idée est vite venue d’en faire une sorte d’hymne pictural.
Montrez ces mains entre amis, au fin fond d’une impasse ou sur le plus emblématique bâtiment de votre ville ! C’est une animation pleine de sens et bienvenue, pour ne pas oublier ce temps de profonde gratitude envers le personnel soignant et les autres professions-clé.
Ian donne ici le téléchargement en 3 définitions différentes pour que chacun puisse le projeter et, en retour, envoyez-lui des photos de l’événement à mail@ianberry.art ou postez-les directement sur les réseaux sociaux avec le label #IClapFor.
I clap for = j’applaudis pour…
Depuis fin avril, le clappement de mains de Ian Berry a été projeté dans des dizaines de lieux, la majorité en Angleterre et en Écosse, mais aussi à la Nouvelle-Orléans comme au Brésil, au Mexique comme en Californie, en Italie comme en Suède… Faisons qu’en France aussi, on applaudisse, comme dirait Elliott, pour nos super-héros qui prennent soin de nous pendant la crise sanitaire.
A Greenwich, où passe le fameux méridien, le 27 mai.
Celle-ci me fait particulièrement rêver :
Nous sommes sur les bords du Loch Ness, les applaudissements vont-ils réveiller le monstre endormi ?
Un site a été créé par Ian Berry pour garder une trace structurée de l’événement, et au quotidien c’est sur Instagram @ianberry.art. Fin 2020 et en 2021, des expositions auront lieu en Europe avec à la fois des œuvres de Ian, des photos artistiques de personnes confinées, des photos des projections #IClapFor… Aurons-nous la chance d’accueillir Ian Berry de nouveau en France ?
Si vous en avez la possibilité, faites vibrer vos amis, vos voisins, votre commune avec cet applaudissement !
Quand on a la chance d’avoir un cerisier, on guette les première rougeurs de ces billes juteuses, et quand les oiseaux ne leur ont pas fait un sort en une nuit, on prend un jour son panier pour les cueillir, mûres à point… Bonheur simple !
Le panier, accessoire modeste mais indispensable. Depuis la nuit des temps, il est utilisé pour transporter les récoltes, quand les mains ne suffisent pas, pour trier et ranger… et mille autres usages. Pendant des millénaires, il fut fabriqué avec les matières premières locales longues et souples, qu’on tisse. Qu’est-ce qui fut inventé en premier, le panier ou le tissu ? C’est en tout cas le même principe.
En général, un panier n’est pas un récipient étanche, il laisse passer l’air et la récolte s’en trouve bien, évitant de macérer trop vite.
L’harmonie du fait main
Dans l’État Navajo, j’ai eu la chance de discuter avec Pauline, une dame Navajo qui connaît les techniques ancestrales de la confection de paniers, et le goût de les faire. Dans le désert aride où nous nous sommes rencontrées, il ne semblait rien y avoir de bon à utiliser en vannerie, et pourtant… Elle gardait dans des sacs humidifiés dans une bassine quantité d’écorces et de branches fines de plusieurs couleurs naturelles, tissant, au gré de son envie, des dessins traditionnels, colorés par Dame Nature… En général, dans ce coin aride de l’Arizona, le sumac est la plante qui donne ces longues et plates fibres, mais on y utilise aussi le saule, le yucca et autres.
Ce panier est un panier de mariage navajo. L’ouverture claire dans le motif se met toujours à l’Est, au soleil levant. Les pointes noires figurent les montagnes sacrées. C’est une figuration de l’univers. Photo d’ici.
Quand une personne fait de la vannerie, elle s’efforce de joindre l’utile à l’agréable, en couleurs et en forme. Mais plus intimement, en terre navajo elle cultive l’essence de la beauté, de l’harmonie, de l’équilibre, le Hózhó. Tout est lié, l’esprit du créateur du panier, la matière naturelle utilisée et la Terre Mère qui donne vie. Ce principe central du Hózhó dans la vie des Navajos est bien expliqué dans le livre Sagesses d’Ailleurs, de Frederika van Ingen.
J’espère que dans le fameux monde d’après, je retournerai chez les Navajos qui m’ont si bien accueillie et tant marquée. Si vous y allez, vous pourrez trouver le livre ci-dessous qui explique les artisanats de tissage et de vannerie, si proches, intégrés à la vision du monde de ce peuple encore en harmonie avec la nature, malgré tout.
J’ai acheté ce livre au Navajo National Monument (entre Tuba et Kayenta), un endroit en retrait et peu connu qui mérite pourtant le détour, avec les ruines d’un des nombreux villages d’un peuple éteint appelé communément anasazi, un parcours botanique qui démontre à quel point les Indiens savent utiliser la moindre plante, et un Visitor center bien agréable. Le quilt est un chemin de table que j’ai fait avec des tissus achetés chez Blossom Quilts & Crafts, chez Alice.
J’adore les paniers artisanaux. J’en ai acheté plusieurs à La P’tite Grisette, qui avait son espace sur la place de Villefranche-de-Rouergue le jeudi matin, jour de marché ; et puis un jour, je ne l’ai plus vue. Elle utilisait 4 sortes d’osier, ce qui lui permettait de varier épaisseurs et couleurs.
Ah que j’aime l’ambiance des marchés ! Celui de Villefranche-de-Rouergue est un de mes préférés. Prochainement, je vais aller à celui de Mirepoix en Ariège, pile à la limite des 100 km autorisés…
Vous connaissez les nombreux blocs traditionnels qui montrent des paniers – ou baskets.
Ils sont partout, pour qui veut bien les voir ! Vous avez certainement vos modèles préférés.
Kristine a fait un tableau textile mêlant tradition et modernité, mais oui, un panier de cerises ! Je lui laisse la parole pour vous le présenter.
Voici venu le temps des cerises…
Faire plaisir à une amie qui a une passion dévorante pour les cerises, l’idée d’un quilt sur ce thème s’est imposée.
L’idée était d’utiliser des tissus anciens, de récupération, « recycling » très à la mode en ce moment, ce n’est pas nouveau pour moi, mon éducation a bénéficié de cette pratique, il fallait faire avec ce que l’on avait !
Quelques morceaux de torchons à liseré rouge, du vichy, du croquet, des chutes de tissus, des chutes de molleton (tombées d’ouvrages précédents) et deux entorses à la règle avec des matières neuves : la frise d’épis de blé, un achat compulsif qui n’avait jamais trouvé son utilisation, et le tissu du panier dont l’imprimé épis de blé correspondait à ce que je voulais réaliser.
Pour tresser ce panier, j’ai utilisé la méthode proposée par Victoria Findlay Wolfe dans son livre Modern Quilt Magic, qui consiste à coudre des bandes en chevrons qui s’entrelacent, j’ai modifié la façon de couper les bandes pour le faire à main levée. Pour symboliser une vannerie, cette méthode était toute indiquée.
Le temps est venu de prendre le panier et partir cueillir les cerises, puis se mettre en cuisine pour cuisiner les clafoutis, les tartes et les confitures…
Si vous me lisez depuis un certain temps, vous connaissez bien Betty, la reine des Pine cone quilts. Elle s’est bien remise de ses soucis de santé et, pour s’occuper l’esprit pendant le confinement (oui, le même que nous en Floride…), elle a concrétisé un projet qui avait germé lors de sa visite en France. Elle m’a adressé une belle lettre pour me décrire les raisons de son premier quilt « traditionnel », pour qui elle l’a fait, comment elle s’en est sorti toute seule…
Vous l’avez sans doute deviné, il s’agit d’un quilt sur Frida Kahlo, sujet de mon précédent article. Merci Betty de partager cette naissance avec nous !
Chère Katell,
Mon séjour en France, en juin 2018, reste un de mes plus chers souvenirs. Depuis le jour où nous avons rendu visite à Christine Meynier à Penne dans le Tarn, j’ai en tête les magnifiques quilts qu’on a admirés au milieu des rires et de la pure joie d’être ensemble, Christine, Joëlle de Baillencourt, toi et moi. Le splendide top créé par Joëlle, dédié à Frida Kahlo, a particulièrement résonné dans mon cœur, t’en souviens-tu ?
Et voici un top de Joelle !Luxuriance des étoffesIl est beau, il est grand…Une merveille dont on ne se lasse pas, aux imprimés dédiés à Frida Kahlo, ou bien rappelant son univers*.
* Ce quilt sera exposé en 2021, je vous en donnerai des nouvelles… Katell
T’ai-je déjà parlé de mon amie Laura ? Elle est venue un jour avec son mari, en 2012, dans mon magasin d’antiquités. Nous nous sommes découvertes, nous nous sommes revues, souvent. Facile, elle habite aussi à Sebring ! Elle est originaire d’Argentine et voue une passion pour Frida Kahlo. Elle sait d’ailleurs se donner un petit style à son image :
Laura s’est un jour vêtue et maquillée en hommage à Frida. Pas de cigarette pour elle, mais un pinceau ! Le collier est une création de Laura, elle fabrique des bijoux et bien d’autres choses, des sacs, des vêtements…
Ce jour-là, c’était pour que Zack, son beau-fils, s’exerce au portrait, à sa manière. C’était il y a quelques années. Depuis, il a fait des études dans une École de design réputée à New-York. Son père Ronnie est designer, sa sœur photographe… Une belle famille d’artistes !
Laura est prête pour la séance de pose. Pas de sourire, tout comme Frida qui n’aimait pas sa dentition imparfaite.On aperçoit que leur maison est… bleue, une autre casa azul ! (voir l’article consacré à Frida Kahlo)Quel précieux moment, ¡Viva la Vida!
Zack peut être fier de ce qu’il a peint, avec talent et toute sa sensibilité :
Au-delà de l’apparence et de la spontanée attirance vers Frida, Laura a beaucoup souffert du dos et a subi, elle aussi, une intervention chirurgicale. Mais toujours, elle aussi, elle sourit à la vie ¡Viva la Vida!
Figure-toi que, depuis plusieurs années, nous fêtons nos anniversaires ensemble, car je suis née un 27 mars et Laura un 29 mars… mais cette année, pour ses 50 ans, Ronnie et elle avaient organisé un beau voyage de 3 semaines, à Paris puis au Brésil… Tu devines la suite, le virus a mis fin à tous les projets y compris les leurs, nous nous sommes tous trouvés privés de rencontres, de voyages, de restaurants et de shopping à part pour l’épicerie et la pharmacie.
En secret, je voulais donc faire un Frida quilt pour Laura depuis presque deux ans. C’est le confinement contre le Corona Virus qui m’a donné l’impulsion pour concrétiser mon rêve, avec ma convalescence après 3 mois de maladie, pendant laquelle je ne dois pas rester longtemps assise (ce qui est le cas quand je couds un pine cone quilt).
Depuis mon retour de France, j’achète tous les tissus sur Frida que je trouve, mais j’en avais déjà offert beaucoup à Laura… Alors le 27 mars, je me suis mise à étaler ce que j’avais et j’ai complété avec quelques achats vite faits sur ebay et Etsy. Heureusement, la Poste fonctionne toujours.
Et puis ce fut le grand étalage, le grand bazar envahissant la cuisine, le sol, le canapé (ne ris pas !), c’est la fièvre de la créativité pour créer un puzzle… Sais-tu que je n’ai jamais fait de quilt traditionnel auparavant, uniquement des pine cone quilts ?
J’apprends sur le tas, c’est le cas de le dire !
Comme je dois bouger et ne pas rester assise, je couds et repasse debout, sur un coin du comptoir de la cuisine :
Et puis, ça commence à prendre forme :
Quel bonheur de jouer avec de si belles étoffes !
J’ai trouvé de nombreuses inspirations de quilts sur Frida Kahlo, mais j’ai fait avec ce que j’avais, créant au fur et à mesure. J’avais cherché sur Pinterest et trouvé notamment ceci, chaque ouvrage a son charme :
Panneau de RitacorQuilt de Jan HolmanHomage to Frida, Sue Ross, 2012Un modèle de Simply Vintage n° 32 (Quiltmania)Frida in Paris, fait par Charlotte Wirfs, 42 cm x 52 cmUn superbe portrait créé par Letty Kop, exposé au Festival de Birmingham 2018.
Une fois le top fait… il faut quilter, ce que je ne fais jamais pour un Pine cone ! J’ai encore cherché sur internet, je me suis inspirée des quilts afro-américains que j’ai dans ma collection… Les points de quilting seront en fil rouge, ce qui va bien avec le top d’une part, et qui a une signification particulière pour Rachaeldaisy que je finirai bien par rencontrer un jour(notre Journée organisée par Jen, du Red Thread Studio, a été reportée, toujours en raison de Mr. Corona).
Pour le quilting, un bon éclairage est primordial ! Un copain m’a offert une bonne lampe qu’il avait dans son garage. Je suis tout de même assise longtemps pour cette étape. Mon mari dit que j’ai l’air d’un savant fou !
Katell, je te montre plein de photos du quilting en cours, tu verras ainsi la beauté des imprimés et l’assemblage en puzzle :
Rien n’est absolu. Tout change. Tout bouge, tout évolue. Tout vole et s’en va. Frida Kahlo
J’ai ajouté un imprimé de Paris, la ville où Laura aurait dû fêter ses 50 ans :
Et voici le quilt terminé !
Je le tiens du haut de la mezzanine pour une photo d’ensemble. Pour bien couvrir le lit, il mesure 2,50 x 2,35 cm.
Je ne savais pas où mettre le mini pine-cone, mon logo pour servir de signature au quilt ; j’ai fini par le mettre dans un cadre, ainsi Laura aura le quilt sur son lit et le pine cone sur le mur. J’ai donc ajouté un label écrit au feutre, fixé au coton rouge à crocheter, comme les quilteuses afro-américaines traditionnelles : c’est du fil qui résiste à tout !
Je n’arrive pas à me rendre compte que j’ai fait un quilt en 38 jours ! Un pine cone me prend 3 à 5 mois. Mais pour moi, rien ne vaut la couture à la main et la lente élaboration du pine cone quilt. J’étais relativement insatisfaite du résultat, jusqu’à ce que je voie la joie sur le visage de Laura et les larmes dans ses yeux, lorsque je le lui ai offert.
Oh, mais où as-tu trouvé cette merveille ? a dit Laura.
C’est encore le confinement, alors nous nous sommes donné rendez-vous sur une pelouse, avec la complicité du mari de Laura, et j’ai lu mon petit discours. Laura était encore plus émue d’apprendre que je l’avais fait moi-même.
Nous conservons les 2 yards de distanciation (1,80 m) !Laura, émue et si heureuse…Et voici le quilt en place, pour faire de beaux rêves…
Je l’ai fini le 3 mai mais je l’ai signé le 5 mai 2020, el Cinco de Mayo, grand jour de fête au Mexique, célébrant à l’origine la victoire des Mexicains contre les Français en 1862 !!
Chaque 5 mai, des fêtes mexicaines sont organisées un peu partout sur le continent américain, on entend des chansons mexicaines, on danse, on mange… mexicain, bien sûr !
Mais nous faisons fi des anciennes querelles entre peuples, nous les quilteuses formons une belle communauté sincère, et je garde le symbole du fil rougequi nous unit !
Side by side or miles apart we are sisters connected by the heart.