Sur Facebook, les quilteuses tiennent bon, l’humour et le bon sens continuent de se manifester malgré tout. Le groupe Quilt Météo 2020 est un havre de paix, de créativité et de convivialité, je vous montrerai prochainement quelques avancées 🌞 Quant aux blocs d’arbres pour l’Australie, la date limite d’envoi est atteinte et les derniers paquets arrivent… Du travail pour la poste, mais surtout pour les quilteuses organisatrices !
Des Arbres venus du monde entier arrivent quotidiennement à Jamberoo !
Combien de blocs au final ? Le dernier comptage était de 3 600 à la mi-février. Je dirais peut-être 6 000, qui se transformeraient en 300 quilts… Nous le saurons bientôt. En tout cas cela fait partie des actions généreuses qui comptent dans le monde du patchwork, vous en êtes coutumières, chères amies quilteuses francophones 🙂
Les annulations ou reports de Salons nous désolent à bien des égards, nous souhaitons bien sûr que l’épidémie décroisse rapidement pour revivre notre vie telle que nous l’aimons ! Jusqu’à présent, l’Association Espagnole de Patchwork maintient son rendez-vous la semaine prochaine à Sitges, tout s’organise pour nous accueillir. Esperar, c’est le verbe espagnol qui signifie à la fois attendre et espérer…
Sitges, sa vieille ville, sa douceur de vivre…A Sitges (Catalogne espagnole, au sud de Barcelone), les préparatifs sont en cours !
Venons-en à Bee Maïté, qui depuis des années a des soucis avec sa main droite, alors que son grand plaisir est l’appliqué main. Elle s’est courageusement mise à l’appliqué à la machine à coudre, sur les conseils avisés de notre amie anglaise Valerie. Maïté a un vrai talent de dessinatrice, et elle n’est pas la seule dans sa famille : Claire Gaudriot, l’illustratrice de la série pour enfants Hortense Petite Fée, et plus récemment de Calamity Jane, est sa nièce.
C’est avec difficulté, mais avec la ténacité qu’on lui connaît, que Maïté a fini ce tableau, le dernier en appliqué main probablement, plein de détails comme elle aime, un monde de délicatesse pour la naissance de la petite Juline :
Bravo Maïté et longue vie à la petite Juline !
Portez-vous bien, je vous embrasse virtuellement… Katell
Pexiora, dans l’Aude, est un village à la frontière de deux régions unifiées, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, ce qui le rend central en Occitanie. C’est là qu’a lieu tous les ans un Salon des arts du fil et du tissu où se pressent autant de personnes de la Haute-Garonne (et plus spécialement la région toulousaine), du Tarn et de l’Ariège tout proches que des départements de la Méditerranée occidentale. Pour en savoir plus, (re)lisez la présentation de Gene pour la Ruche des Quilteuses, vous y sentirez l’ambiance familiale de cette manifestation, mais aussi la rigueur nécessaire à tout événement d’envergure. Pour notre pur plaisir, les exposants sont triés sur le volet, venant de toute la France, mais aussi d’Espagne et d’Italie. Pour préparer votre visite, Gene détaille tous les participants sur son blog La Passion au bout des doigts, à feuilleter sans modération !
Petit rappel : je ne relaie plus tous les événements locaux et régionaux, merci de ne plus m’adresser vos affiches personnellement. Le blog qui centralise les informations et les diffuse est le Patchwork sur son 31, blog de la délégation France Patchwork 31, tenu par notre déléguée Brigitte Gaston. Merci Brigitte !
Faire partie d’une communauté, même virtuelle, crée des liens. Ainsi, dès la mi-décembre, des liens particuliers se sont créés entre les personnes décidées à faire un Quilt Météo 2020, toutes intriguées et même excitées à l’idée de participer à une expérience nouvelle. Observer le temps qu’il fait au jour le jour, nous le faisons spontanément, mais le formaliser en fil et tissu, c’est moins banal.
En décembre, c’était l’effervescence, d’abord pour bien comprendre le but du jeu, puis élaborer ses propres règles pour avoir un Quilt Météo 2020 unique. Parmi les quilteuses préparant activement son quilt pour l’année 2020, il y avait Isabelle. Un jour de décembre, elle nous dit que ce quilt l’aidera à supporter la grave maladie de son fils ; en tout début janvier, les nouvelles sont très mauvaises et son fils décède après quelques heures à l’hôpital. Presque toutes, nous sommes mères, nous ressentons au plus profond de nous l’incommensurable chagrin d’Isabelle, alors qu’elle reste très digne. L’émoi considérable nous mène à regrouper quelques volontaires dans un groupe distinct pour préparer un témoignage de notre compassion.
Après quelques jours d’idées mises en commun, j’ai orienté les choix vers un nombre restreint de blocs et nous nous sommes accordées sur des XO (voir l’article sur ce drôle de signe) et des chats, le tout en blocs de 21 cm + marges de coutures. Le code couleurs est, pour le fond, des couleurs claires allant du blanc au gris moyen et pour les X, les O et les chats, des couleurs chaudes comme rose, orange, rouge… et la possibilité de faire quelques écarts, pour le fun !
Proposition de gamme de couleurs
Pour aider à faire le bloc X et O, j’ai signaléle tuto parfait d’Alice sur son blog Blossom Quilt & Craft et donné les mesures à couper en cm : 12 cm pour les grands carrés, 6 cm pour les petits. Un modèle chat fut fourni, mais certaines donnèrent libre cours à leur imagination, tout en restant dans les couleurs et les dimensions requises.
Bee Kristine s’est occupée de la réception des blocs et dès la mi-janvier, les premiers arrivés nous ont enthousiasmées :
Une fois de plus, la générosité des quilteuses s’est concrétisée avec de très beaux blocs, souvent plus nombreux que demandé, ainsi que l’offre de tissus et du molleton par Patricia Gelinet, qui tient le magasin Patouchwork à Courcelles en Belgique, vente en ligne également.
Début février, on a pu assembler bien plus qu’un top : on en a fait deux !
Plein de bisous (XOXO) et quelques chats…
Ce côté comporte des carrés de tissus offerts par Patricia. Les dimensions du top étant agréables ainsi, nous n’avons pas fait de bordure supplémentaire.
Kristine les a assemblés en recto-verso, l’un aux couleurs plus chaudes que l’autre, à retourner en fonction de l’envie du jour. Son quilting est simple et joli :
Un beau ruban-mètre ficelle le paquet. Un cadeau pour une quilteuse…
Kristine a ensuite confié le paquet à la Poste et il a bien été reçu hier par Isabelle, qui a immédiatement très chaleureusement manifesté son émotion et sa gratitude dans le groupe Quilt Météo 2020. C’est la meilleure récompense pour toutes celles qui ont contribué à ce cadeau.
Popette est tout de suite à l’aise parmi les autres chats ! Popette ? Drôle de nom… Chatperli…popette !
Nous déclarons Popette mascotte officielle du groupe Quilt Météo 2020 !
Et les quilts météo continuent de s’agrandir, voici celui de Brigitte de Bourg-en-Bresse qui précise que le jaune n’aurait pas dû apparaître si tôt dans l’année…
Le groupe Quilt Météo 2020 sur Facebook accepte encore de nouvelles adhésions, mais dépêchez-vous si vous souhaitez commencer cette aventure, ensuite le chemin sera long à rattraper… Nous avons déjà dépassé le 1/10e de l’année !
La santé des forêts nous importe… J’ai suivi sur ARTE autant de documentaires que possible ces dernières semaines sur les forêts : des images magnifiques, des explications inédites sur la vie grouillante de leurs sols et sous-sols et bien sûr dans l’air, les communications que nous n’imaginons même pas entre végétaux… La Nature a une intelligence que nous ne soupçonnions pas, surtout si elle reste à son état naturel !
Pour mieux connaître les arbres dans toute leur variété, je vous recommande chaleureusement ce livre dont je vous avais parlé à sa sortie en anglais, maintenant disponible en français, Ce que nous disent les Arbres du Monde de Jonathan Drori, Éditions Hoëbeke :
Ce livre très intéressant et poétique est posé sur un quilt des Tentmakers du Caire représentant un Arbre de Vie aux oiseaux de paradis, une merveille acquise à Labastide-Rouairoux dont je ne me lasse pas !
🌿💚🌳
Dans le monde
Même si les feux de forêt font partie de cycles de la nature, les nouvelles canicules et sécheresses font d’incommensurables dégâts avec de méga-feux, comme en Amazonie, en Sibérie et en bien d’autres endroits l’été dernier, en Australie les mois derniers…
On ne cesse de nous répéter que les arbres sont un des poumons de notre planète (l’autre étant l’océan), la sensibilisation se développe, la forêt devient un sujet d’actualités, avec une valse des nouvelles concernant les déforestations et les reboisements un peu partout dans le monde. Le thème est vaste et complexe, nous allons juste évoquer quelques problématiques.
Ces eucalyptus poussent pour la pâte à papier, l’huile essentielle, la construction. C’est mieux qu’un désert, mais bien éloigné de la forêt telle qu’on se l’imagine !
Planter des arbres là où il n’y en avait plus depuis des siècles, cela peut être formidable, mais attention… Les arbres nécessitent beaucoup d’eau, il ne faut pas assécher encore plus un territoire déjà sec ; de nombreuses initiatives sont menées de par le monde, chaque projet doit être mené avec discernement. Le « greenwashing », la bonne conscience écologique de certaines entreprises, est parfois dénoncée (voir cet article de Ouest-France).
Il faut aussi distinguer, à mon avis, les nouveaux boisements sur des terrains en friche, des déforestations de vraies forêts pour planter des arbres de sylviculture (exploitation du bois).
Des pelleteuses abattent les arbres d’une forêt primaire de Papouasie sur la concession d’huile de palme PT Megakarya Jaya Raya du groupe Pacific Inter-link (décembre 2017).
Près de 20 millions d’hectares de palmiers à huile ont été plantés sur les terres des forêts tropicales. La plupart des animaux sont sacrifiés, ne pouvant survivre dans les plantations. L’appauvrissement des sols est une autre conséquence, ainsi qu’une bien moindre captation du carbone.
Le scandale le plus criant réside dans l’abattage des forêts primaires ou séculaires, pour y mettre des arbres à rendement comme les palmiers à huile – quand ce ne sont pas des cultures de soja pour, par exemple, faire rouler les voitures… Les alertes sont continuelles, la dernière en date étant au Cameroun. Quand cesserons-nous de dénaturer l’environnement ?
🌿💚🌳
En Europe
Actuellement, nous clamons la volonté, en Europe, d’accroître notre capital forestier et nous montrons fièrement l’exemple : c’est la seule région du Monde où les pourcentages de couverture forestière ont augmenté dans plusieurs pays depuis 2010. Nous plantons beaucoup d’arbres en Europe.
Pourcentage d’occupation du territoire par des forêts dans les pays européens, 2010. Mais il ne reste que 15% de forêt naturelle non gérée.
Les forêts européennes sont apparues il y a 12 000 ans, après l’ère glaciaire, à la faveur d’un réchauffement climatique naturel progressif. Mais l’homme est un loup pour la forêt… Du Moyen-Âge jusqu’au 19e siècle, les forêts de notre continent diminuaient comme peau de chagrin, les Européens exploitant le moindre bout de bois pour bâtir un abri, une charpente, faire les échafaudages, se chauffer et cuisiner… ce qui se comprend. Peut-on dire que, paradoxalement, l’industrialisation a sauvé des arbres ? Oui sans doute, avec l’utilisation d’autres matériaux et énergies ! Mais il faut aussi considérer l’externalisation des exploitations forestières : en coupant les forêts des autres continents pour notre service, cela fait un bilan bien moins flatteur…
Les plantations d’arbres à pousse rapide donnent de la matière première disponible rapidement pour la cellulose, les bois de palette, les charpentes et autres utilisations nécessaires de large consommation. Ces plantations sont comptabilisées dans les forêts, alors que l’écosystème n’a rien de commun. Matière première renouvelable, le bois planté est nécessaire et souhaitable, à exploiter dans des lieux et conditions mûrement réfléchis, et ce n’est pas simple. Ces arbres jeunes, parfois exotiques, n’enrichissent pas les sols, ne donnent pas de nourriture ni d’abri pour la faune… et ils peuvent favoriser des feux gigantesques, leurs essences étant souvent hautement inflammables.
Le Portugal a gelé les autorisations pour de nouvelles plantations d’eucalyptus après le feu d’origine naturelle au Portugal en 2017 qui causa 64 morts.
Autre pays, l’Irlande, le pays aux 50 nuances de verts. Paradoxe, c’est un de ceux à avoir gardé le moins de forêts. Une vaste campagne de reboisement est menée, avec difficulté. Pour survivre, les agriculteurs veulent bien céder leurs terres, à condition que cela leur rapporte, ce qui se conçoit. On plante donc 30% de feuillus pour 70% d’épicéas non natifs de l’île, en plantations exploitables. Ces dernières sont-elles tout de même une solution pour contenir le réchauffement climatique, comme proclamé ? Malheureusement pas. Outre le fait que ces « forêts » sont mortellement silencieuses (plus d’oiseaux ni d’insectes), les épicéas font de très sombres tâches vues du ciel : la chaleur est pleinement absorbée. Les feuillus ayant une couleur naturelle bien plus claire, leur pouvoir réfléchissant est sensiblement meilleur. Encore un critère à prendre en compte.
1% de forêts en Irlande au début du 20e siècle contre 80% quelques siècles avant, c’était un triste record… Survivante, la forêt de Killarney avec de nombreux chênes et ifs anciens, ainsi que, par endroits, une couverture de mousse, sphaignes et lichens. Chaque centimètre carré est vivant, regorge de toute une faune ainsi que quelques fées et farfadets… Quel enchantement !
🌿💚🌳
Du côté de chez moi…
Là où pousse une forêt séculaire, j’admets volontiers qu’il est bénéfique de l’entretenir, favoriser la poussée des arbres et maintenir l’écosystème, la symbiose entre les organismes vivants, végétaux et animaux. Mais quand la forêt tout près de chez soi change radicalement d’aspect en quelques années, on ne peut qu’être très attentif. C’est ce qui se passe à ma porte. La forêt de Bouconne, poumon vert de Toulouse à 20 km de cette ville, est gérée par l’ONF, débarrassant les arbres tombés, coupant les arbres malades, mal placés, renouvelant, secteur par secteur, la forêt, en vendant le produit des coupes saines principalement pour le bois de chauffage local. Depuis peu cependant, dans bien des endroits ce n’est quasiment plus une forêt mais un parc, quelques arbres dans une clairière… et un sous-bois disparu.
La forêt de Bouconne nous gâte avec des kilomètres de chemins, la forêt peut ainsi rester semi-sauvage (photo de 2014). Il n’est pas rare d’y voir des chevreuils ou des sangliers. Ici on voit encore un sous-bois existant, des ronces mais aussi des dizaines de plantes locales : des fragons petit houx (plante médicinale reconnue), des fougères, des bruyères, des asphodèles et autres fleurs qui fleurissent au printemps, des arbrisseaux à tous stades, etc.
Les coupes raisonnées sont souhaitables pour l’entretien des forêts, mais jusqu’à quel point faut-il l’éclaircir ? Je croyais cette forêt éternellement touffue… Avec le nettoyage des sous-bois aussi, les chasseurs détectent le gibier de plus loin, c’est certain… mais le sol va se modifier, les cueilleurs de champignons vont voir leur récolte drastiquement baisser. Devinez qui a ma préférence ?
Des panneaux explicatifs viennent d’être plantés près des coupes faites près des parkings de visiteurs.
La raison officielle est l’exploitation raisonnée de la matière première renouvelable, le bois. Certes. J’ai la mauvaise impression que l’exploitation du bois prime désormais sur la santé de la forêt et de ses habitants, des plus grands chevreuils aux milliards d’insectes, oiseaux et diverses bestioles qui font la richesse, la diversité, l’équilibre d’une forêt.
Plus grave encore, dans des endroits où seuls vont les promeneurs au long cours, des coupes totales de tous les chênes, pins maritimes, frênes, néfliers, houx, genévriers, charmes, tilleuls, châtaigniers, font d’immenses clairières… pour planter quoi ? Des eucalyptus ???…
Au cœur de la forêt de Bouconne, pourquoi couper à nu cette parcelle de chênes sains et en pleine croissance ? Et ce n’est pas la seule parcelle… Photo du 9/02/20.
La majorité des gardes forestiers ont choisi ce métier pour entretenir une forêt digne de ce nom, savez-vous que nombre d’entre eux tentent de résister à l’industrialisation des forêts ? On parle peu des suicides dans cette profession, mais une cinquantaine depuis le début de l’année 2000 sont à déplorer, directement en lien avec leurs nouvelles consignes de travail. De nombreux articles sont disponibles en recherchant malaise chez les gardes forestiers.
J’ai été longue, mais cela me tient à cœur… Une pétition a vu le jour dimanche dernier pour alerter sur ces coupes massives des arbres de Bouconne qui constituent, vivants, une richesse pour tout le monde. Je ne suis pas la seule à m’inquiéter du présent et de l’avenir de cette forêt. Pour mes amis de la région toulousaine, pour les autres aussi bien sûr, si ce thème est important pour vous, voici le lien pour signer la pétition :
Je me sens concernée par les forêts du bout du monde, mais aussi par celles de mon pays – a fortiori celle qui commence à 500 mètres de chez moi… Alors un grand merci si vous signez (n’oubliez pas de valider votre adresse email pour que cela soit pris en compte).
Les Australiennes vont recevoir la plus grande forêt textile du monde, cousue avec 💚 dans le monde entier ! Ces arbres seront assemblés en quilts et offerts à ceux dont la maison a brûlé récemment.
La solidarité des quilteuses est sans frontière.
Aujourd’hui, c’est Kristine qui nous informe en nous distrayant !
Nous entendons souvent : il fait chaud, il fait froid, c’est la canicule, on se gèle, combien fait-il, quel temps fait-il ? La température s’affiche partout, dans la rue, sur les enseignes des pharmacies, à la télévision, à la radio, sur notre téléphone, nos stations météo domestiques, dans les aéroports, les gares, les voitures, etc. Elle est accompagnée de drôles de signes : °F ou °C.
Thermomètre géant à Barcelone
Cette année 2020, de nombreuses quilteuses et un quilteur sont encore bien plus attentifs aux températures, relevant les moyennes du jour, les mini ou maxi, ou encore une à heure fixe… Les personnes qui vivent cette aventure du Quilt Météo 2020 ont vu, au moment des préparatifs, que les Américaines avaient une échelle de couleurs en degrés Fahrenheit (°F), alors que, bien sûr, nous préférons utiliser ce que nous connaissons, les degrés Centigrade ou Celsius (°C). Mais que se cache-t-il derrière ces deux systèmes ?
Messieurs Fahrenheit et Celsius étaient deux savants européens qui auraient pu se rencontrer : ils étaient contemporains, tous deux voyagèrent beaucoup à travers l’Europe et ont travaillé, parmi bien d’autres sujets, sur la thermométrie.
Gabriel Fahrenheit (Gdansk 1686 – La Haye 1736), brillant physicien, inventa notamment le thermomètre à mercure, plus performant que les précédents à alcool ou autres liquides. Parallèlement, l’échelle de températures qu’il inventa est fine : l’eau gèle à 32°F et bout à 212°F, soit un écart de 180°. Quant à la tranche 96°F – 100°F, c’est la température normale du corps humain.
Thermomètre à mercure de Fahrenheit, au Musée de Galilée de Florence (Italie)
Fahrenheit 451, livre de Ray Bradbury, est un livre de science-fiction où, horreur pour moi et tant d’autres, les livres sont interdits et brûlés… 451 °F est le point d’auto-inflammation du papier (232,4 °C)
Le film de Truffaut, tourné en 1966, est sans doute daté, mais les multiples thèmes de la société de l’image, de l’abrutissement du peuple, de la coupure de l’humanité à son histoire sont présents. De plus, que penser d’une société où ses Soldats du feu sont mandatés pour brûler les livres ?
Anders Celsius (1701-1744, Uppsala, Suède) était surtout astronome, il étudia le phénomène des aurores boréales, des éclipses et autres observations du ciel, des mesures géodésiques avec notamment la mesure de l’arc méridien, confirmant les travaux de Newton sur la forme de la Terre, sphère aplatie aux pôles. Il inventa un thermomètre pour ses observations météorologiques avec, en graduation, 100° pour le point de congélation de l’eau et 0° pour l’ébullition… inverse de ce que nous connaissons ! Il se trouve que c’est le botaniste suédois Carl von Linné – ou le Lyonnais Jean-Pierre Christin, selon les sources – qui le mettra dans l’autre sens quelques années après.
Anders Celsius
Les degrés Fahrenheit furent vite adoptés dans le monde occidental et les degrés Celsius (ou Centigrade, la différence est pour les physiciens) utilisés à la marge par les savants. Mais la Révolution Française passa par là et avec elle, la normalisation de tout ce qui pouvait l’être en système métrique… l’échelle de degrés de 0 à 100 était donc parfaite ! Au fil du temps, les degrés Centigrade de l’échelle de Celsius s’impose partout, à quelques exceptions près : les États-Unis, Belize, les Îles Caïman… Les Américains sont globalement réticents au système métrique et préfèrent les Fahrenheit en raison de leur finesse : 1°C est 1,8 fois plus grand que 1°F (100°C entre le gel et l’ébullition de l’eau contre 180°F). Ensuite, d’autres critères plus politiques entrent en jeu, comme la volonté d’indépendance par rapport à l’Europe !
Ce cher Anders Celsius imaginait-il que son invention de thermomètre à degrés centigrade immortaliserait son nom, bien plus que tous ses autres travaux ? Probablement pas… C’est la beauté des surprises que nous réserve l’Histoire !
Mon quilt météo rend hommage à cet homme dont l’invention fait partie de notre quotidien.
Voici donc le début de Merci Anders Celcius, mon projet de calendrier météo 2020, avec les jours du mois de janvier et début février en polygones colorés par les températures de ma ville près de Toulouse :
Sur certains jours, j’ai mis quelques signes… Le vendredi, c’est rencontre avec les amies Abeilles et l’épi de blé, c’est mon anniversaire (je suis originaire de la Beauce !)
La photographie est disproportionnée pour le moment, comme la plupart des Quilts Météo 2020 en colonnes, mais ce projet m’enthousiasme !
L’année a commencé avec l’émoi des incendies gigantesques en Australie mais les feux de la rampe de l’actualité sont à présent dirigés sur le coronavirus. Cependant, nous n’oublions ni la détresse en Australie, ni les alarmes répétées du changement climatique qui impacte la qualité de nos vies.
🌳🌳🌳
Après la fabrication d’ouvrages pour les animaux sauvages, mission inédite et touchante, nombreuses sont les quilteuses à avoir fait un bloc d’arbre à la suite de l’appel de la Modern Quilt Guild de Wollongong, pour offrir des quilts aux personnes qui ont tout perdu.
Cette semaine, la barre symbolique des 1 000 blocs, envoyés à partir de multiples pays de la Terre, a été dépassée. Cela fait 50 quilts de 20 blocs à offrir. Nos valeureuses Australiennes ne sont pas dépassées par les événements, elles sont organisées pour faire face à cet afflux de témoignages de sympathie et compassion du monde des quilteuses.
Une photo parmi tant d’autres… Butch N Becky Flaherty, Missouri.
Si vous voulez voir les photos des merveilleux arbres qui feront chaud au cœur, ils sont regroupés sous le signe #bushfireblocks sur les réseaux sociaux, en particulier Facebook et Instagram. On y voit des blocs faits avec attention, des arbres classiques tout comme des chefs d’œuvre créatifs.
Lors des stages que j’ai animés en janvier, l’après-midi j’ai proposé de faire un bloc d’arbre improvisé à partir du modèle en couverture sur Simply Moderne n°6 (Blue Nickel Studio), mais en délaissant les mesures et techniques proposées. Je savais que c’était un exercice très ambitieux, mais chacune s’est surpassée en inventant la forme de l’arbre au fur et à mesure, et les résultats m’ont enchantée. Les arbres finis seront envoyés en Australie ou conservés en souvenir de cet exercice, au choix de chacune.
Du côté des Abeilles de la Ruche des Quilteuses, nous avons fait chacune quelques arbres chez nous et Chantal les expédie ces jours-ci : 43 arbres en partance pour Jamberoo ! Nous n’y avons pas brodé nos prénoms mais le nom de notre pays : France. Voici les photos prises par Chantal, juste avant de fermer le paquet :
🌳🌵🌲
Recommandations utiles pour les envois
Envoi en lettre pour quelques blocs, en colissimo dès que l’épaisseur atteint 3 cm. Merci de faire un emballage solide. Vous devrez remplir une fiche de douanes et pour que les destinataires n’aient pas de taxes à payer, merci d’écrire en déclaration :
Elle est discrète et se met si peu en avant qu’elle devient invisible, mais si elle n’est pas là tout change. Indispensable donc, elle est rarement au centre de la conversation et pourtant elle est, vous le devinez, toujours à l’esprit.
Qui est-elle ?
C’est la marge de couture, qui varie selon les siècles, les habitudes, les techniques. Si elle est absente, le patchwork bascule dans le mix-media ou art textile, avec l’utilisation de colle ou autres moyens d’attache et le tissu qui reste à cru. Certains appliqués sans marge de couture font l’exception, restant de style traditionnel en laine à cru par exemple.
Des appliqués sans marge de couture restent dans une certaine tradition, en flanelle ou feutrine, plus rapides à réaliser. Création Cosabeth Parriaud pour Marie-Claire Idées.
La discrète est essentielle et aujourd’hui, pour une fois, la discrète se fait vedette⭐.
Le patchwork mosaïque
Commençons par le patchwork en mosaïque, qui est une des origines de notre art. Il est appelé aussi patchwork à l’anglaise, car c’est chez nos voisins et néanmoins toujours amis malgré le Brexit 😏 qu’il est né. Technique utilisée de nos jours principalement pour faire des hexagones, c’était l’unique moyen, naguère, d’assembler toutes les pièces de récupération des couturières (en soie, satin, brocart et autres étoffes glissantes), un gabarit en papier de l’exacte forme et dimension de la pièce cousue qu’on recouvre et « emballe » de tissu.
Et la Discrète ? Ici les marges de couture doivent être suffisantes, mais il n’y avait pas vraiment de règle : on coupait à vue, juste assez pour bâtir en enveloppant le papier.
Le plus ancien patchwork qui nous reste, fait en patchwork à l’anglaise, est daté de 1718. Il est cousu sans aucune pièce appliquée, ce qu’on pourrait croire en le regardant :
Pour le tricentenaire de ce vétéran, Susan Briscoe et la British Quilters’ Guild ont exposé en 2018 à Birmingham plus de 20 répliques de ce chef d’oeuvre. La gagnante du concours est Denise Geach, mais saluons le travail de bravoure de chacune !
Le patchwork américain
Le patchwork à l’anglaise est bien long à faire, avec l’étape fastidieuse et dispendieuse des gabarits. Par souci de rapidité et l’utilisation d’autres tissus moins fuyants comme la laine et le coton, les femmes ont inventé une autre manière de faire : assembler les pièces en mettant les tissus endroit contre endroit, les coudre à la main ou à la machine après avoir tracé, à l’aide de gabarits en carton ou métal réutilisables, les formes directement sur le tissu (et donc les lignes de coutures).
La Discrète est encore ajoutée à vue d’œil : soit on découpe après avoir dessiné la pièce, à la distance la plus petite possible du trait pour économiser le tissu, soit on a pris soin de s’approcher le plus possible du bord du tissu au moment du dessin. Sur la plupart des quilts anciens un peu ou beaucoup déchirés, on constate que les marges sont minimes, 1/8e d’inch (entre 3 et 4 mm) était tout ce qu’on laissait à la Discrète… d’où les déchirures, l’effilochage des tissus coupés ou déchirés en droit fil.
Le dos de ce quilt inachevé montre que les traits de couture ne sont pas tracés par toutes les quilteuses et que la couture du tissu à carreaux est à la limite de l’effilochage… Cela ne tiendra pas longtemps, même quilté(photo de Flickr)
Au cours du 20e siècle, les magazines, les livres de quilteuses chevronnées donnaient de bons conseils : si vous voulez que votre quilt tienne bon, qu’il devienne un Heirloom Quilt (quilt qui sera transmis en héritage), mettez environ 1/4 d’inch (6,35 mm) comme marge de couture… ce qui semblait, pour la plupart des quilteuses, un gâchis terrible !
Quilt américain appartenant à Caroline, en gardiennage chez son amie Kristine : vaut-il la peine d’être restauré ? Telle est la question…
Ce quilt n’est probablement pas très ancien, c’est un Log Cabin fait à la machine dans les années 1960 peut-être. Le 1/4 d’inch est quasiment respecté mais, autre problème, le fil blanc a cisaillé le tissu de coton… Probablement un fil en polyester, trop solide pour les cretonnes et les divers tissus en coton utilisés… A garder en mémoire !!
La discrète révèle non seulement les habitudes des quilteuses, mais aussi… la couleur d’origine des tissus qui n’a pas été délavée par les UV !
Ce n’est que sur la marge de couture qu’on a une idée de la couleur d’origine du tissu.
Le Crazy
Là encore, on ne parle pas de marge de couture, on coud dans tous les sens, on pratique un mélange de piécé et d’appliqué, on ajoute des broderies qui tiennent le tout, la discrète n’a pas la parole alors qu’elle est omniprésente, cela va de soi. Mais en évoquant la folie du crazy, on peut se rapprocher des vraies origines multicentenaires du patchwork, l’assemblage en puzzle de tout ce qu’on avait comme textiles, quelle que soit la forme de la pièce, ou bien la réparation des vêtements ou linges de maison avec l’ajout d’une pièce pour cacher un trou… Il y aura une marge de couture minime… Économie oblige !
On vient de le voir, l’appliqué fut d’abord une pièce de réparation, puis devint un loisir de femme aisée : coudre un tissu neuf sur un autre neuf ne se fait que pour des raisons esthétiques ! Là encore, les marges de couture sont souvent minimes et il faut beaucoup de petits points pour bien fixer le tissu décoratif sur son fond. On rentre généralement la marge de couture en s’aidant du bout de l’aiguille. La discrète est glissée et coincée, ni vue ni connue, entre les deux tissus.
Le patchwork avec l’utilisation du cutter rotatif
On l’a vu, pour du patchwork durable, on préconisait environ 1/4 d’inch, mais au vu des quilts anciens, on sait que la discrète était plus petite, presque toujours.
Vint l’avènement du patch moderne grâce à mon objet fétiche : le cutter rotatif ! Avec lui, les marges de couture se sont normalisées car, révolution, on ne marque plus le trait de couture : on coupe en ajoutant la valeur de 2 marges de couture (de part et d’autre de la pièce). Pour un carré de 2 inch, on coupe un carré de 2 1/2 inch. Simple comme bonjour ! Comme cette évolution est arrivée des USA, il a fallu convertir pour le système métrique. Dans les années 1990, les premiers livres en français qui présentaient cette méthode préconisaient 5 mm de discrète et donc un ajout très pratique d’1 cm (pour un carré cousu de 5 cm, on coupe 6 cm), mais cela s’est avéré un chouïa trop juste et la règle d’or est à présent d’ajouter 1,5 cm. Le quatuor cutter-règle-planche et machine à coudre fonctionne à merveille, il faut avoir un pied de biche de la bonne largeur (celle de la marge de couture) et hop ! tout est précis, vite et bien.
Sauf que… il y a l’épaisseur du tissu, celle du fil, le pli… et pour avoir un résultat absolument parfait, il faut coudre juste un peu moins que le quart d’inch, en anglais on dit coudre a scant quarter inch seam allowance.
Et en centimètres ? Personnellement j’obtiens de bons résultats avec :
un pied de biche d’un quart d’inch et les tissus tout juste au bord (donc une couture à 6,3 mm du bord, au lieu de 7 mm)
un repassage de la couture sans ouvrir les tissus d’abord (toujours mis endroit contre endroit), puis j’ouvre en repassant les marges sur un côté
dernière action : l’équerrage, le bloc étant logiquement trop grand d’1 mm environ. Je corrige tout petit problème. Avec des blocs complexes aux nombreux pavés intermédiaires, je me repère toujours aux correspondances de coutures centrales, non à la marge de couture.
Mais voilà que des quilteuses libérées et rebelles, avec Gwen Marston en mentor, ont remis en cause l’esthétique parfaite des quilts de la fin du 20e siècle. Avec tous les modèles repris à l’infini, calqués les uns sur les autres, cela engendrait un monde de quilts magnifiques certes, mais manquant de personnalisation, une perfection sans jubilation. Armée de son cutter, Gwen et ses amies ont repris l’esprit de « faire avec ce qu’on a », sans renier le progrès.
Ce quilt de Gwen Marston a une structure classique, mais les string blocks (blocs faits de bandes) sont cousus sans fondation, sans respect de la vraie diagonale, en prenant les bandes de tissus comme elles viennent, en s’amusant surtout… Il en résulte un quilt bien plus vivant et gai que s’il était coupé droit !
Si par exemple un tissu présente une courbure, au lieu de l’équerrer droit, on va tirer avantage de ce mouvement. Comme avant, chaque oeuvre devient absolument unique, on parle de processus d’improvisation et de création, au lieu de copie d’un modèle.
Ce quilt a été inventé au fil du temps, assemblé en tenant compte des mouvements des blocs non équerrés.Velours Rouge, Katell.
Et la discrète ? Eh bien, c’est toujours sa nature de rester en retrait ! Les quilteuses faisant des quilts improvisés l’ont constamment à l’esprit, mais elle ne sera pas nécessairement pile-poil d’un quart d’inch, les coupes souples ne sont plus en droit fil et ne s’effilocheront donc pas : on a une tolérance légèrement en-dessous et au-dessus du quart d’inch ou des 7 mm, au coup d’œil… mais nous l’avons à l’œil, la discrète, elle ne doit tout de même pas être trop fine !
Quand la discrète fait sa star
Comme toute règle peut être détournée, voici différents exemples d’une discrète devenant star ⭐
Tout d’abord un style country, coutures apparentes frangées et ébouriffées, amusant à faire mais vite passé de mode, les rag quilts :
Puis la modernité et l’audace de l’Allemande Inge Hueber, qui s’est fait une spécialité de la marge de couture visible, en tournant son top : l’envers devient l’endroit ! Il en découle un flou artistique, des limites indéfinies comme dans une légère brume :
Natalie Chanin, elle aussi, a fait des quilts avec le top « à l’envers », montrant fièrement les coutures :
Indigo Star Quilt de Natalie Chanin. Première particularité : les coutures visibles décoratives. La seconde : la matière est en jersey de coton, oui, celle des tee-shirts !
⭐
Discrètement, la marge de couture se cache au cœur de vos quilts, bien à l’ombre des projecteurs… Mais veillez sur elle, sur ses épaules repose la pérennité de votre ouvrage !
Simon et Erwan : deux copains depuis la maternelle, tout juste 22 ans et en dernière année d’études. Ils sont d’accord pour nous distraire aujourd’hui.
☀️
Simon fait des études artistiques, vous avez assisté à ses débuts dans le patchwork par ici. Le premier fut l’occasion de lui apprendre les bases du patchwork, c’était son épreuve à présenter à ses profs… qui ont beaucoup aimé !
Surexposition due au soleil ardent de la mi-septembre !
Pour le matelassage, j’avais choisi un design de Jacquie Gering, dans son livre Walk, quilting au double entrainement (c’est le sujet de ce formidable livre) :
J’ai suivi ce schéma pour exécuter un quilting qui convient bien au design original de Simon.
Nous pouvons nous réjouir, Simon continue cette année dans l’expression textile ! Il travaille beaucoup et pour le moment, il nous offre deux belles photos d’un autre top au même design que le premier, fait à partir de tissu teint artisanalement en « tie and dye » (teinture à la réserve, faite avec des ficelages et nouages) ou « shibori » (shibori est l’appellation japonaise). Il choisit des couleurs masculines, tout comme David Butler (alias Parson Gray, son livre ci-contre), alors que la plupart des autres hommes quilteurs que je connais font des œuvres neutres, sans genre prononcé.
☀️
Erwan a un violon d’Ingres qui le sort des écrans : la musique. Il est le chanteur d’un groupe de rock dans son école d’ingénieurs, joue au piano et gratouille pour le plaisir. Dès qu’il rentre chez nous, la maison se remplit de musiques de tous styles. J’adore ! Dans sa chambre d’étudiant, il a fait quelques enregistrements et vient de filmer un bon vieux standard de la chanson française en clin d’œil aux quilts météo : Le Parapluie de Georges Brassens. Il la chante généralement de façon bonhomme ou folk, mais a pour une fois chanté en version plutôt lyrique : https://www.youtube.com/watch?v=ztFKgCDmLGY. Rétro !
Un p’tit coin de parapluie, contre un coin de paradis… Illustration Raymond Peynet.
Le vaudou, voilà un mot qui évoque bien vite des poupées criblées d’épingles pour jeter un sort, et pourtant… les poupées à l’effigie d’une personne, les poupées d’envoûtement, existent bien dans la sorcellerie… occidentale, depuis bien plus longtemps ! Nous avons transféré nos peurs sur les pratiques vaudou qui, effectivement, tentent parfois de jeter un sort (bon ou mauvais, par exemple attirer l’amour ou l’échec à distance, sans toutefois souhaiter la mort…) à l’aide d’un petit paquet ficelé à la morphologie d’une personne… parfois piqué d’épingles, mauvais signe pour la personne visée 🤔
Le vaudou, c’est, à Haïti principalement (mais aussi sporadiquement dans le monde entier), une assimilation de rites et croyances venant d’Afrique de l’Ouest à ce que les Blancs ont inculqué à leurs esclaves, à savoir la religion catholique. Ainsi des Esprits africains portent-ils des noms de Saints catholiques, et inversement. La pratique du vaudou fascine bien au-delà de son influence, en raison des Zombis, ou morts-vivants, qui cristallisent les fantasmes sur le thème de la résurrection… Les Chrétiens ont tout fait pour diaboliser le vaudou, l’assimiler au satanisme et la sorcellerie, car il « parlait » trop bien aux âmes africaines, empêchant la parfaite christianisation de ce peuple déplacé de force.
C’est d’abord pour des raisons esthétiques que Betty Ford-Smith s’est intéressée à des ouvrages vaudou. Je lui ai demandé de nous écrire sur le sujet, en voici la traduction.
Drapeaux de perles et sequins de Haïti, collection de Betty Ford-Smith
J’ai commencé à collectionner les drapeaux et bouteilles vaudou à la fin des années 1970, lors d’un séjour dans les Îles Vierges, à Saint-Thomas. Jamais je n’avais vu d’objets aussi fascinants au cours de mes voyages précédents ! J’adore tout ce qui brille, les paillettes et les strass, et c’était le summum du brillant dans le monde des arts ! Autant que je le sache, cette forme d’art est unique, à Haïti. Attention à ne pas tenter de les copier, Haïti a établi un copyright mondial sur cet art.
Des bouteilles vides transformées en œuvres d’art qui brillent !
Les drapeaux – appelés drapos localement – viennent directement de la religion Vaudou, où ils étaient disposés sur les murs des temples. Le Vaudou est un mélange de croyances africaines arrivées à Haïti avec les esclaves et du Catholicisme enseigné par les Missionnaires, avec l’addition discrète mais réelle de croyances du Nouveau Monde (des Amérindiens). Au fil du temps, les touristes visitant les temples ont souhaité acquérir des drapeaux. Quelques Hougans (des prêtres vaudou) acceptèrent, car le besoin d’argent pour aider la communauté était criant. Ils firent d’autres drapeaux pour leurs temples, puis directement pour le marché touristique.
Au-delà des couleurs et de la signification religieuse derrière les images, ce sont les bordures décoratives qui attirèrent mon regard parce qu’ils me rappelaient les quilts des USA. Les perles et sequins sont cousus sur du coton ou de la récupération de sacs texturés en plastique ayant contenu du riz ou des haricots, puis doublés de beau satin, encadrant le tableau d’un surplus de brillance. Chaque scène est faite de perles et sequins fixés à la main avec du fil et une aiguille, l’un après l’autre ; de une à quatre personnes peuvent y travailler en même temps.
Ces drapeaux sont d’incroyables œuvres d’art, scintillantes et hypnotiques. On trouve tout un monde de symbolismes, aussi bien les symboles des cartes à jouer (Cœur, Carreau Trèfle et Pique) que ceux des Francs-Maçons, librement utilisés, mais aussi des bougies, des têtes de mort, des visages de Saints, etc. dans le design de ces tableaux uniques.
Les Haïtiens échangent avec les Esprits – ou Loas, du mot français Loi – dans un système de croyances et rituels fortement codifiés, ce qu’ils savent décoder dans les représentations des drapos. La plupart des collectionneurs sont comme hypnotisés par les couleurs, la brillance et la qualité de l’artisanat de chaque ouvrage. Parfois, le nom de l’Esprit invoqué est marqué dessus, sur d’autres il y a un indice appelé vévé, un symbole graphique :
De plus en plus, les noms sont écrits pour faciliter la compréhension et l’identification de l’Esprit du drapo.
Les drapeaux étaient traditionnellement cousus par les hommes, mais à présent quelques femmes ont rejoint les rangs des experts. J’ai lu quelque part que les sequins et perles furent découverts dans les manufactures de confection tenues par des Français installés à Haïti. A la fin de la journée, tout ce qui était tombé par terre était balayé… Au lieu de les jeter, les Haïtiens ont inventé comment les utiliser d’une autre manière. Ils avaient reçu l’enseignement très pointu de couturières et tailleurs français, leur imagination, leur foi ont fait le reste : les drapos vaudou étaient nés…
De nos jours, certains touristes sont devenus amis avec des fabricants de drapeaux : ils leur envoient des perles du monde entier, pour aider ce peuple si pauvre à continuer d’exercer leur art.
Betty Ford-Smith
Betty est donc à la tête d’une grande collection d’art vaudou, de drapeaux qui forment une exposition itinérante en Floride, où vivent de nombreux Haïtiens. Mais l’intérêt est général, sa dernière expo a remporté un franc succès ! Soixante-quatre drapos de sa collection furent exposés dans le Highland Museum of the Arts de Sebring (Floride) en fin d’année dernière :
Je vous en avais déjà parlé par ici en 2014, mais je voulais compléter ce sujet que Betty m’a fait découvrir et qu’elle continue de faire connaître au grand public, tout comme les Pine cone quilts !
A la suite de cet article qui présentait un mini, mini quiltprobablement de Thaïlande, Huguette du club de la Courtepointe à Réalmont (Tarn) m’en confirme la provenance, car elle aussi a succombé au charme de ce genre d’ouvrage dans ce beau pays !
Elle nous adresse la photo du sac qu’elle en a fait :
Ce sac est un sourire pour bien commencer la journée !