Des Femmes et l’Espace

Que faire au 19e siècle aux Etats-Unis quand on a un esprit curieux et scientifique ? Pour un homme, la question ne se pose pas dans ces termes. Pour une femme, il faut que ce soit acceptable, convenable.

Pour une femme vivant dans l’Iowa rural, une des occupations scientifiques convenables était l’astronomie, sans doute parce que c’était propre et lointain… Sarah Ellen Harding Baker (1847-1886) réussit à mener sa vie familiale avec 7 enfants nés (5 survivant aux difficultés de la petite enfance) et ses recherches sur le système solaire. Elle n’eut pas le temps de poursuivre longuement sa carrière, la tuberculose l’emporta à 38 ans.

Pour transmettre son savoir acquis par de multiples lectures pointues, elle faisait des conférences… mais elle n’avait pas de Power point… Elle fit donc un quilt immense, bien visible en conférence : 225 x 269 cm !

Le top est fait sur une étoffe de laine noire, doublé d’un tissu laine et coton, brodé et appliqué de laine et de soie. Il fut terminé au bout de 7 ans. Il est dans l’esprit des gravures scientifiques d’alors et son système solaire est exact. Elle passa de longues heures au télescope de Chicago pour bien capter les lunes de Jupiter, les anneaux de Saturne… Bien sûr Pluton n’y est pas, planète découverte en 1930.

Ce quilt est conservé au National Museum of American History, à Washington D.C.

Une vue artistique d’une comète.

Ce n’est pas le seul quilt astronomique. Barbara Brackman en a fait un article ici.

L’Allemande Caroline Herschel (1750-1848… vécut 97 ans et 10 mois !) fut la première femme astronome professionnelle au monde, suivie par Maria Mitchell (1818-1889) aux USA. Toutes deux furent de brillantes astronomes. Dans la galaxie des scientifiques de l’espace, elles y laissèrent leur nom (chacune a un cratère de la Lune à son nom, ainsi que des comètes). L’Américaine, en bonne Quaker, ne s’habillait jamais en coton, pour ne pas soutenir l’économie du coton américain lié à l’esclavage… 

Je prends ici le temps de vous présenter une oeuvre de Judy Chicago, artiste contemporaine, qui dans les années 1970 créa une table triangulaire de 39 places, chacune étant dédiée à une femme remarquable. Pour chacune, une place avec des symboles, un chemin de table brodé par l’artiste. Certaines évocations très explicites sur l’anatomie féminine ont fait couler beaucoup d’encre !

The Dinner Party, exposé à présent au Musée de Brooklyn

Parmi ces femmes, l’Allemande Caroline Herschel est présentée ainsi :

Broderie à la main par Judy Chicago. C’est superbe, sans scandale, sans critique !

« Miss Cecilia H. Payne – Harvard Obs. Astron. »

Au XXe siècle, la chercheuse brillantissime Cecilia Payne, née en Angleterre en 1900, fit scandale quand elle décida de garder son poste alors qu’elle venait de se marier. Pire, elle osa faire une conférence enceinte de 5 mois. Chocking n’est-ce pas ? Je ne saurai pas entrer dans les détails, mais elle fut la première à découvrir, à 24 ans, que les étoiles sont primairement faites d’hydrogène, elle fit de brillantes recherches sur les étoiles variables, les supernovas… et elle broda, au crépuscule de la vie, une image pixelisée des vestiges de la supernova Cassiopée :

Représentation de ce qui se passa il y a des centaines d’années, à des milliers d’années-lumière de chez nous, avec un art traditionnel féminin. Quelle poésie ! Cette broderie est conservée dans les archives de Harvard. 1975

Au 21e siècle, des femmes sont astronautes… et néanmoins quilteuses, du moins Karen Nyberg ! Pendant les 5 mois de travail intensif dans la station spatiale en 2013, elle trouva le temps de coudre le premier bloc fait dans l’espace ! Elle raconte qu’elle a eu du mal à couper et coudre en apesanteur et estime que ce n’est pas un chef d’oeuvre… mais quel exploit, indéniablement ! Dans cette video elle partage avec nous ses difficultés avec humour et lance un challenge.

Les tissus ne se laissent pas couper facilement en apesanteur.

Une étoile libérée à la manière de Gwen Marston…

C’était en 2013. Elle propose en fin de vidéo que des quilteuses cousent d’autres blocs d’étoiles pour en faire un quilt à exposer à Houston en 2014. Ce qui fut fait, et au-delà !

Une star, Karen Nyberg, autour d’autres stars… 2 200 blocs d’étoiles sont arrivés à la suite de sa proposition et 28 quilts ont été faits ! A Houston en 2014, voici Karen avec le quilt comportant son étoile faite dans l’espace…

 

Une blogueuse, Katie, a photographié les 28 quilts que vous pouvez voir ici. L’exposition itinérante continue son chemin, elle était à Winedale (TX) en février dernier. La collection de quilts a été offerte au Briscoe Center for American History à Austin (Texas).

Parmi la myriade d’étoiles, un bloc fit sensation :

« Portrait de l’astronaute quand elle était jeune fille ». Il se trouve dans le même quilt que l’étoile de Karen.
Vive le patchwork et ses belles histoires !

BeeBook, un livre pour les quilteuses curieuses d’évoluer vers plus de créativité :
souscription ici jusqu’au 15 mai !

Attention, vous n’avez plus que quelques jours pour profiter du tarif préférentiel…

 

Des piles de vêtements

Qui n’aime pas voir de belles piles de linge ancien ?

Photo Au fil des marquoirs

Ou un rangement à la Marie Kondo ?

Cette méthode de rangement en 10 points chez Younma Tarazi.

Chez nous, chez nos enfants ou petits-enfants, on a parfois peur devant les piles de linge… A-t-on vraiment besoin de tout ça ? Évitons désormais les vêtements faussement bon marché, ceux qui ne durent que 3 lavages, ceux qui consomment eau et énergie pour un résultat non durable et font travailler hommes, femmes et enfants dans un environnement inacceptable…
Tout simplement évitons autant que possible la surconsommation textile qui se traduit par ceci :

Tant pis si on nous voit et revoit avec le même tee-shirt ou chemisier ! Bien choisi, il est joli et utile pour des années…

Un des avantages de la qualité, il peut nourrir le marché seconde-main, appelé à se développer !

J’ai entamé cet article non pas pour faire la morale, mais parce que je viens de découvrir un homme qui utilise des tonnes – littéralement – de vêtements pour en faire des œuvres d’art monumentales. Comme quoi il y a toujours des solutions originales.

C’est le p’tit bonheur du jour !

Dans une vitrine à Chicago en 2011, pour une exposition NO WASTE (ZÉRO DÉCHET), oeuvre de Derick Melander.
+ de 2 tonnes de vêtements de récupération convertis en grande vague arc-en-ciel. Le sol de la galerie a dû être renforcé avant l’installation !

 

Wilderness, Derick Melander, 2012 – Plus de 100 vêtements pliés à 30 cm de large et roulés sur une hauteur de 90 cm.

 

Ceaselessly Broken and Reconstituted , Derick Melander, 2017. Jeu de couleurs en cube avec une structure en bois. 845 kg, cube de 210 cm et 180 cm de large et profondeur.

 

Ceaselessly Broken and Reconstituted, détail de la transition de couleurs intenses vers des gris-noirs.
Le cube Ceaselessly Broken and Reconstituted  a été réalisé en France (Saint-Denis) avec une petite équipe, pour l’expo 2017 au Carreau de Temple.

Mon préféré sans doute, le ciel de nuit à New-York, la ville qui ne dort jamais, où ne brillent que les plus brillantes étoiles :

Night Sky, Derick Melander, 2016.
Night Sky, Derick Melander : 122 cm de haut, 96 cm de large, 15 cm de profondeur. Environ 90 kg.
Détail des vêtements pliés, les bleus sont majoritairement des blue jeans… Il y en a assez dans le monde pour tous les artistes, n’est-ce pas Ian Berry ? 🙂

Retrouvez les œuvres de Derick Melander sur son site. Ne manquez pas les vidéos montrant le processus de son travail et son explication de la philosophie de ses œuvres.

BeeBook, un livre pour les quilteuses curieuses d’évoluer vers plus de créativité :
souscription ici jusqu’au 15 mai !

Full Bloom

Les Californiens du Sud ne parlent pas de printemps, mais de Full Bloom, ce moment magique où les fleurs éclosent pour un festival de couleurs et un bonheur indicible. Depuis presque dix ans, pas de printemps, pas de full bloom, parce que la pluie a terriblement manqué. L’aridité rendait la nature brune. Mais cet hiver, il a plu, les graines sauvages allaient-elles de nouveau germer ?

Voici des photos prises par la randonneuse Cecelia Cabral hier matin :

Après la pluie le beau temps, après la pluie le bonheur !
Ces photos ont été prises par Cecelia Cabral hier, au sud-est de Los Angeles, dans le Walker Canyon. Les fleurs orange sont des pavots de Californie.

L’harmonie se trouve dans la nature, ne trouvez-vous pas que le Pine Cone d’Andrée C. correspond parfaitement aux couleurs de Full Bloom ?

Bon dimanche, des couleurs plein la tête !

 

 

 

 

Jolis cadeaux entre amies

Nous aimons le recyclage des tissus, c’est tendance mais surtout nous nous réapproprions la sagesse de nos ancêtres qui n’avaient même pas de mot pour la poubelle, car elle n’existait simplement pas.
Le terme poubelle voit le jour en 1884 et provient du nom de son inventeur éponyme, le préfet de la Seine, Eugène Poubelle (source Wikipédia).

Cette poubelle fait actuellement le tour du Net pour sa ressemblance (tirée par les cheveux… jaunes) avec un certain Président. 

Je ne vais pas vous faire une leçon Zéro Déchet, mais simplement partager l’initiative de Maïté, notre amie Abeille, qui en ce début d’année a offert à chaque Abeille une pochette remplie de carrés démaquillants lavables et réutilisables ! La règle du jeu est d’utiliser des tissus de chez elle, ne rien acheter. Alors elle a choisi de jolies étoffes et des parties intactes de serviettes en bouclette éponge usagées. Oh que nous avons apprécié ce geste ! Nous sommes nombreuses dans la Ruche du vendredi et chacune a été gâtée…

La semaine suivante, c’est Andrée, désireuse aussi de vider ses tiroirs tout en nous faisant plaisir, qui nous apporte des pochettes aux bordures de dentelle blanche crochetée à la main par sa grand-mère en 1953… remplies d’autres lingettes démaquillantes ! Pour elle, la face pour le démaquillage est en doux molleton de coton tissé (comme pour les tables de repassage ou les alèses) retrouvé dans un tiroir.

Ces lingettes démaquillantes passent bien sûr à la machine à laver et prennent une place insignifiante dans le tambour mais on peut aussi les laver au fur et à mesure à l’eau savonneuse. Stars de la slow cosmétique en vogue, les lingettes s’achètent, les patrons aussi : ces petits travaux de couture font le bonheur des jeunes femmes avides de solutions écologiques et font de parfaits cadeaux ! Alors mille mercis à Maïté et Andrée, éternellement jeunes et généreuses 💗

DSCN4916.jpg
A gauche, la pochette faite par Andrée provient de bordures d’étagères faites par sa grand-mère et les lingettes sont en tissu damassé blanc et molleton de coton ; Maïté a choisi du lin et du tissu d’ameublement fin aux tons très féminins pour la pochette. Un pur bonheur !

A nous l’écologie dans la salle de bain ! Je les utilise avec reconnaissance pour essuyer les pchitts d’eau de rose achetée sur le site Passionaturel : un peu de pub au site de ma sœur ne fait pas de mal non plus !

cropped-passionaturel-1
Passionaturel, c’est par ici !

 

Une Abbaye à visiter en Occitanie

Grâce à Tata-Georgette qui tient pour nous un agenda rigoureux sur les arts textiles, je suis allée visiter une exposition sur les kimonos jeudi dernier.

Pour mieux apprécier ces œuvres uniques peintes à la main, riches de symboles de longévité, de protection, de sincérité des sentiments, lisez la fiche disponible à l’accueil écrite par la collectionneuse Anita Henry, elle vous fera mieux apprécier la visite. On peut regretter la pénombre un peu trop marquée, protectrice des fibres bien sûr, mais mes yeux ne s’habituaient pas à l’obscurité, dommage. Nous reconnaissons sur ces kimonos anciens les grands thèmes recopiés pour nos collections de tissus de patchwork, somme toute plutôt fidèles ! Cette vidéo en est une charmante présentation, avec une bien meilleure luminosité que celle qu’on avait, sans doute parce l’exposition a été rallongée de plusieurs mois :

Nous apprenons de nombreux détails sur les symboles japonais et les usages, comme la longueur des manches d’un kimono de cérémonie qui dit si une femme est mariée ou pas !

Les kimonos étaient le but de ma visite, évidemment, mais j’ai découvert dans cette abbaye bien plus par la même occasion…

S’ensuit une excellente exposition sur le japonisme, ou la mode de l’esthétique japonaise dans les arts de la table, de 1870 à nos jours.

IMG_0185
Ces quelques pièces du service en faïence de Creil Montereau sont dans l’esprit japonais. Claude Monet choisira ce modèle pour Giverny.
IMG_0187
Couteaux aux manches identiques aux poignards japonais.
IMG_0192
Japonisme toujours en 2018 : on aime en ce moment les lignes minimalistes avec des irrégularités comme le service Myoko (d’après un volcan sur l’île Honshu) cherchant à imiter la glasure des grès nippons.

Au même niveau, de l’autre côté d’un large couloir qui m’a fascinée (voir plus bas) se trouve une exposition permanente sur le thé et les théières de Chine. Que de beaux objets d’exception et du quotidien, majoritairement en terre rouge, des grès de Yixing, là où on inventa tout simplement la théière pour laisser infuser les feuilles ! Auparavant, on préparait le thé en décoction, le thé mis à chauffer avec l’eau… C’est la plus grande collection de théières en grès d’Occident qui, à elle seule, vaut la visite. Et pour en savoir plus sur l’art du thé au Japon, il faut suivre Marie-Claude Tsuruya sur Facebook, elle y présente en ce moment des Histoires de thés. Son blog, la Chambre des Couleurs, est un enchantement pour qui aime le patchwork et le Japon !

 

 

Cette Abbaye cistercienne de Belleperche (82) est devenue un beau Musée des Arts de la Table, où l’on passe de l’écuelle à l’assiette, du Moyen-Âge au XXIe siècle… J’ai beaucoup aimé cette joyeuse présentation de l’évolution des us et coutumes, de la fourchette naguère jugée satanique, de l’utilisation des pains de sucre et tant d’autres détails savoureux !

IMG_0238

IMG_0235
Pain de sucre, marteau, sucriers, pinces à sucre… 
IMG_0225
Objet oublié, un présentoir d’ananas, signe de bienvenue pour un centre de table mais aussi signe de richesse : un tel fruit coûtait horriblement cher, alors on pouvait le louer juste pour une soirée… Voir une histoire de l’ananas ici.

Le Musée est très complet et je préfère vous laisser découvrir l’ensemble du Musée. Les enfants ne s’ennuient pas un instant, on a pensé aussi à eux lors des présentations. Et pendant les vacances, certains jours des jeux de rôles sont proposés… A voir dans leur agenda !

L’Abbaye a connu bien des vicissitudes au gré des siècles, comme tout bâtiment ancien d’envergure qui parvient jusqu’à nous.

 

Les destructions et rénovations successives ont largement modifié le site, cependant la visite est un enchantement.

IMG_0157
Les gypses toulousains sont précieusement conservés dans ce réfectoire.
IMG_0158
Rénovations très soignées…

J’ai vraiment aimé découvrir ce lieu que j’ai ressenti empreint de joie et légèreté !

Abbaye_belleperche_garonne.jpg
L’Abbaye de Belleperche : son achat par le département du Tarn-et-Garonne lui évita de devenir une boîte de nuit en 1983…

La galerie des graffitis est très étonnante ! Voici quelques vues des murs qui racontent de nombreux épisodes du lieu, des histoires d’amour, des passages de militaires, des séjours de prostituées et tout simplement la visite de centaines de personnes au fil du temps :

IMG_0168IMG_0206IMG_0199

IMG_0220
Locution latine signifiant : le nom des imbéciles se trouve toujours sur les murs… 

On a de superbes vues de la Garonne à partir des fenêtres :

 

J’aime à croire que la douceur de vivre de la région rendait la vie dans cette abbaye bien agréable !

A quelques centaines de mètres se trouve une fontaine mystérieuse, à l’architecture monumentale. On n’a pas d’explication définitive, le secret est peut-être dans de très lointaines vénérations pré-catholiques de cette source…

IMG_0243

Tout ceci se trouve à une petite heure de route de Toulouse, à l’ouest de Montauban. L’Abbaye de Belleperche mérite votre visite !

Abbaye de Belleperche 82700 CORDES TOLOSANNES – http://www.musee-arts-de-la-table.fr/

Entrée abbaye : 2€
Groupe à partir de 5 personnes : 1€ / personne
Gratuit : 18 ans, groupes scolaires, personnes en situation de handicap, demandeurs d’emploi

De mai à septembre :
Du mardi au samedi : 10h-18h
Dimanche : 14h-18h
Fermé le lundi et le dimanche matin

A voir dans les environs, l’ouest du Tarn-et-Garonne : la belle ville de Montauban (et leurs liens avec les Amérindiens Osages d’Oklahoma), Moissac, ses extraordinaires sculptures romanes et un des plus beaux cloîtres, Lafrançaise et son panorama sur les Pyrénées (presque de la Méditerranée à l’océan par temps dégagé !) ainsi que des tombes pyramidales mystérieuses, et plus au nord la superbe ville de Lauzerte… N’hésitez pas à vous arrêter en chemin, les fruits vendus dans les fermes sont délicieux !

Betty au Bennett Junior College de Millbrook (NY)

Que de passionnantes conversations avec Betty pendant une semaine ! 

Beautiful Betty à Montricoux (82)

Un jour nous avons parlé de la formation de Betty qui, après le bac, a été tournée vers des études majoritairement artistiques. Elle fut une des très rares jeunes filles de couleur à avoir été formées au Bennett College de Millbrook qui dispensait un enseignement pour les « jeunes filles de bonne famille » autour de la littérature, les sports, les langues étrangères et tout un éventail de disciplines artistiques : danse, dessin, stylisme, musique, etc. Environ 200 jeunes personnes vivaient ensemble dans ce grand établissement, ainsi que le personnel enseignant. Pour info, cela faisait juste 2 ans que les jeunes filles noires pouvaient s’y inscrire et elles étaient 3 en 1969.

Publicité pour cette école privée très chic !

Elle y entra en 1969 et passa deux années très intéressantes. Le stylisme de mode était sa matière favorite. Hélas, en sortant de ces études, Betty se rendit compte qu’en 1971, il n’y avait pas de place pour une styliste noire à New-York City. Elle fit alors d’autres études qui la menèrent finalement à un Master d’éducation pour enfants handicapés, des années d’enseignement puis un poste de Proviseur. Et c’est quelques années avant la retraite qu’elle apprit l’art du pine cone quilt, revenant à son amour des couleurs et des formes !

Bennett Junior College à Millbrook, installé depuis 1907 dans cette demeure bâtie en 1890.
Grande bâtisse faite de moellons et de shingle en cèdre dans le style Queen Anne, Halcyon Hall, ancien hôtel de luxe avec ses 200 pièces, est imposant. 
Pendant des décennies, on y pratiqua le golf, l’équitation, le tennis, l’escrime, etc. Un esprit sain dans un corps sain !
Cours d’escrime au début du XXe siècle
Le studio d’art, au début du XXe siècle

Betty a de drôles de souvenirs de ces deux années à Bennett College, comme celui d’un festival de musique dans le comté voisin où elle passa la journée du 15 août 1969 ; elle et ses copines ne se rendaient pas compte qu’elles étaient à un endroit qui deviendrait absolument mythique : le festival de Woodstock !!

Betty ne s’est jamais reconnue sur une de ces légendaires photos… On le comprend, trop de monde !! Le temps exécrable (voyez le sol boueux) n’a pas empêché 500 000 jeunes (au lieu des 50 000 prévus) de vivre intensément « ces jours de paix et de musique », slogan des organisateurs. Le Gouverneur de l’Etat de New-York prononça l’état de zone sinistrée dès le 2e jour de concert, tant les dégâts étaient importants. Ce n’était d’ailleurs pas à Woodstock, mais sur le terrain d’un fermier de Bethel à 75 km de Woodstock… C’est drôle comme l’Histoire charrie des inexactitudes à la pelle !

Qu’est devenu le Bennett College de l’Etat de New-York ? C’est là que la nostalgie s’installe… En 1978, en raison de trop de travaux pour rétablir un chauffage décent et autres rénovations urgentes tous azimuts, des comptes dans le rouge et un manque de modernisation de l’enseignement (non-mixité, programmes vieillots…), l’établissement ferma définitivement ses portes en 1978. Des projets avortés de vente, une explosion du système d’eau un jour de grande chaleur et voilà ce bâtiment abandonné à la vigueur de la nature et aux dégradations de quelques visiteurs peu respectueux. 

Studio d’art à l’abandon (photo Sébastien Barré)
Photo Sébastien Barré/Flickr
Photo Sébastien Barré/Flickr
Photo Andy Milford
Photo Andy Milford

L’ensemble de l’établissement s’étalait sur près de 9 hectares, mais c’est toujours le Halcyon Hall qui retient surtout l’attention.

Sur certains blogs on met en avant des phénomènes paranormaux comme les fantômes de jeunes femmes qui s’y suicidèrent… des explorateurs de lieux abandonnés s’y donnent rendez-vous… Les photographes se succèdent, avec ou sans autorisation… Ce College fascine encore plus à l’état de ruine ! La dégradation est arrivée à un point de non-retour. Plusieurs fois, on projeta de raser le bâtiment, mais il reste encore debout. Pour combien de temps ?

Et pour des centaines de femmes comme Betty qui passèrent quelques années dans ce College, cette vidéo fait battre le cœur plus fort.

Cliquez ici si cela ne fonctionne pas sur la photo. Chanson « This used to be my playground » (C’était mon terrain de jeux) est chanté par Madonna, ici paroles et traduction.

ooo

Plusieurs personnes, trois en fait, m’ont demandé comment Betty vivait sa condition de femme noire aux Etats-Unis. C’était une curiosité saine, pour combler une connaissance superficielle du sujet. En raison de mon amitié si sincère pour Betty d’une part et ayant étudié des sujets cousins (à l’université d’Abidjan : Littérature de l’Afrique de l’Ouest et Histoire de l’esclavage vers l’Amérique) je me permets de répondre.

Betty est plus diplômée que la plupart d’entre nous, elle fait partie des personnes qui, par leur intelligence, l’éducation dispensée par leurs parents et leurs immenses qualités propres, ont fait leur vie dans la classe moyenne aisée. Surtout, loin de nier ses origines, Betty a appris à connaître en profondeur ses racines, elle est allée en Afrique de l’Ouest (Sénégal et Nigeria), elle a étudié les Arts Africains et Afro-américains, elle a constitué une collection que lui envieraient de nombreux musées. Elle sait donc la valeur de son héritage et n’a aucun complexe vis-à-vis de personnes bêtement racistes. Dans l’amitié et dans l’amour, les esprits se rencontrent et communiquent quelle que soit la couleur de la peau… Tout n’a pas été facile dans sa vie de femme noire, loin de là, mais elle a toujours eu la force de positiver. Dans sa famille aussi, de génération en génération les femmes ont été fortes, solaires, elles ont entretenu des connaissances spirituelles qui leur donnent un état d’esprit combatif ! 

Voir aussi cet articlequelques jours après sa parution, Betty m’écrivait pour la première fois grâce à LeeAnn Decker !

Smitty-modified
Betty a aussi des talents de guérisseuse, connaissances et sensibilité héritées de sa grand-mère maternelle de Caroline du Sud et ses ancêtres plus lointaines. Ce quilt, fait avec amour pendant que son mari subissait une opération à cœur ouvert, accéléra selon elle la convalescence de Smitty, tel un Soleil aux rayons bienfaisants. N’est-ce pas follement touchant ?

Après cet article très personnel, nous reviendrons aux vacances de Betty et Smitty en France avec de belles rencontres : plus d’une centaine de quilteuses occitanes !

I miss you so much Betty, tu me manques tant !

Sylvothérapie

Hier j’ai arpenté les rayonnages d’une librairie toulousaine, Ombres Blanches. Quelle ne fut pas ma surprise de voir l’envahissement des livres sur la sylvothérapie ! A-t-on besoin de tant de mots, d’encre et de papier pour savoir que se promener en forêt fait un bien fou ? J’ai la grande chance d’habiter à l’orée d’une forêt et c’est une évidence qu’après une balade, sportive ou contemplative, quelle que soit la saison, je rentre heureuse et en paix avec le monde et moi-même.

J’ai une autre sylvothérapie, c’est passer du temps avec mon amie Sylvie, ma Vive qui me donne toujours le sourire, mais c’est une autre histoire…

Bien sûr je me suis précipitée l’année dernière sur le livre-événement d’un garde-forestier allemand qui a détaillé les connections extraordinaires entre les arbres (La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben). J’ai feuilleté récemment celui d’un Japonais qui, sûrement à juste titre, revendique l’art et la science des bains de forêt dans la tradition japonaise, j’ai jeté hier un œil sur tant de livres qui parlent de l’énergie que nous procurent les arbres… Oui, d’accord, mais cela m’est tellement évident que je n’ai acheté aucun de ces ouvrages.

Mais aujourd’hui, c’est différent…

Je fais pleinement confiance à ce monsieur pour me guider à la découverte d’histoires d’arbres et de forêts extraordinaires. Ses expériences professionnelles multiples lui donnent l’expertise pour associer art, science, culture et environnement. J’espère trouver en lui l’émerveillement de la nature tel que je l’ai découvert avec les livres de Jean-Marie Pelt il y a plus de trente ans.

ATWIET-225x300.jpg

Son livre est richement illustré par Lucille Clerc :

Alors j’ai commandé ce livre, paru hier en Grande-Bretagne (et aux USA, mais aussi en Allemagne… pas encore en France malheureusement).

33400756_2017400505254688_2164663405514850304_n
Illustration Lucille Clerc

Pourquoi tant de confiance en ce monsieur ? Eh bien, ça fait un peu midinette (beaucoup ? bon d’accord), mais Jonathan Drori est le mari de ma romancière préférée, Tracy Chevalier ! Alors je fonce, pleine de confiance !

33600782_2017390141922391_6109060631703322624_n.jpg
La page FB de Jon Drori est pleine de photos fabuleuses et d’extraits du livre qui excitent ma curiosité ! Ici la forêt de Sibérie, qui me rappelle mon livre préféré de Sylvain (prénom prédestiné) Tesson, Dans les forêts de Sibérie.

Je vous en donnerai des nouvelles… En attendant, je vous remontre ces quelques quilts sur ce thème, en gardant la certitude qu’on ne perd jamais son temps en faisant du patchwork ou en se promenant en forêt !

arbre-dans-glycine.jpg
Mon Arbre de Vie Vert reste un de mes quilts préférés…
mais aussi cette forêt automnale déstructurée au clair de lune…
dscn4659.jpg
J’aime les quilts avec des arbres… même en dos de quilt !

Dames aux éventails

fccdf39899d18a5a207acef481fbeaf9
Femme à l’éventail, Gustav Klimt, 1918. Son dernier tableau (inachevé), avant de succomber à la grippe espagnole. Le centenaire de sa disparition est célébré cette année à Vienne (Autriche).

Naguère les élégantes sortaient rarement sans leur éventail. Ici dans le Sud-Ouest, l’été, certaines femmes renouent avec cette habitude perdue au cours du 20e Siècle, celui du progrès où l’on misait plutôt sur la climatisation. Pourtant, agiter un éventail est si simple, écolo, efficace… et gracieux !

Jeudi dernier à Balma, la délégation France Patchwork 31 nous a invitées à une conférence extraordinaire sur les éventails. Nous avons appris leur extrême ancienneté, admiré la variété des styles et matières,  découvert leur lexique aux mots étranges, leur langage et tant d’autres choses ! Leur raffinement, leur beauté fragile ont conquis tous les cœurs.

Les intervenants,  Madame Yvette Ferran et son frère Jean Bisson, ont tout au long de leur vie collectionné des éventails de toutes sortes, de toutes époques, de tous lieux. Leur grand-mère et arrière-grands-parents étaient éventaillistes chez Duvelleroy ! Avec passion et non sans humour, ils nous ont fait aimer pour toujours ces petits objets qui allient l’utile à l’agréable. Je ne vous dévoilerai pas tout ce que nous avons appris mais je peux vous montrer quelques exemples de leur fabuleuse collection :

L’après-midi, nous avons bien sûr abordé le bloc de l’éventail, que chaque membre de la délégation avait déjà décliné avec de belles idées !

Bravo et merci pour cette très belle journée printanière, où nous avons pu aussi admirer de nombreux quilts sur le thème des fleurs :

Je voulais faire des photos de chaque quilt, mais je n’ai pas eu le temps 😉 J’ai tellement apprécié retrouver les amies sans me soucier de l’intendance…

Les deux Arbres de Vie de Caohagan vous seront montrés de près dans quelques jours, le temps d’en faire de belles photos.

Heureux printemps à tous !

Une idée du paradis

Chacun a son idée du paradis.

Katsuhiko Sakiyama, ancien directeur japonais d’une maison d’édition de livres de voyage, trouva son paradis un jour de 1986, lors de vacances aux Philippines consacrées à la plongée sous-marine. Une île aux 2 km de plages, vierge de toute pollution, était en vente. Désireux de conserver ce bijou, il l’acheta.

L’interminable plage de sable blanc permet de longues baignades. C’est l’île de Caohagan (ou Khao Hagan), dans un archipel corallien des Philippines.

Cette île était habitée, 330 personnes y vivaient en quasi-autarcie, presque sans monnaie. Les premiers contacts entre les habitants et M. Sakiyama se firent dans la simplicité et un immense respect  commun pour la vie telle qu’elle est organisée dans cette petite île, complètement en symbiose avec la nature. Lui-même évoque la puissance de Kami dans ce lieu privilégié. Kami, c’est l’esprit divin, les forces de la Nature dans la religion shintoïste, base de la mythologie japonaise. Si, d’après les statistiques, les gens de cette île sont parmi les plus pauvres de la planète, ils ne sont certainement pas les plus malheureux. Il y règne une idée simple, vivre heureux en étant une part de la Nature, tout simplement.

Les maisons sont faites avec les matériaux qu’on a sous la main… comme naguère chez nous.

Il ne fallait surtout pas casser cette symbiose, mais il fallait tout de même apporter des possibilités de soins, d’éducation pour la population. De même tout a été fait pour protéger les récifs coralliens, la pérennité de la pêche locale qui nourrit les habitants. Le couple Sakiyama y a fait un remarquable travail de conservation de la nature avec des ONG, en concertation avec la population naturellement.

Le tourisme raisonné est une des ressources de l’île, mais aussi, pour le tiers, la vente de… quilts ! C’est bien sûr la raison de ma présentation de cette île…

A Caohagan, la population est montée à environ 600 personnes parmi lesquelles 120 quiltent 

M. Sakiyama est marié à une styliste et quilteuse, Junko Yoshikowa. J’ai eu le grand honneur de discuter avec eux à Sitges, où étaient exposés de nombreux quilts venus de l’île de Caohagan.

Photo prise par LeeAnn dans d’autres circonstances, car j’ai rencontré ces deux charmantes personnes, Junko Yoshikowa-Sakiyama et Katsuhiko Sakiyama  séparément… A chacun son tour de permanence à Sitges !

Au début dans les années 1990, Junko montra à quelques femmes le travail de patchwork avec des gabarits. Peine perdue, cela n’intéressa pas grand monde. Mais elle avait laissé les tissus et lors d’une autre visite, elle se rendit compte que certaines avaient commencé à couper des formes spontanées issues des modèles qu’elles avaient autour d’elles : les arbres, les fleurs, les poissons, les maisons, les chats, les chiens… Junko les encouragea à poursuivre, les aida techniquement… et les quilts de Caohagan sont nés !

(photo de ce blog)

Chacun de ces quilts est unique au monde, il est fait sans plan ni gabarit et toujours à la main. Seul le biais de finition est cousu à la machine, puis fermé comme nous à la main. La plupart des tissus proviennent de Cebu, la 2e plus grande ville des Philippines (après Manille), lieu d’arrimage de Magellan en 1521.

Ces quilts sont créés artistiquement, avec audace, dans un esprit de représentation de leur environnement, avec un sens naturel d’association des couleurs, tel qu’on l’apprend en observant la nature. Les quilts ne sont pas droits ? Et alors ? La nature est-elle faite de lignes droites ?

Les quilts de l’île Caohagan présentés à Sitges cette année m’ont enthousiasmée. Je n’avais pas eu la chance de voir l’exposition de Nantes en 2012, c’était donc une découverte.

A Caohagan, des hommes quiltent également.
A peine finis, les quilts sont lavés dans l’eau de mer : le sel fixe les couleurs. C’est un geste important, une sorte de baptême du quilt fini. Ensuite ils sont rincés à l’eau claire. On peut laver les quilts de Caohagan à la machine à laver.

Ils m’ont rappelé les quilts afro-américains, si libres, mais aussi les quilts européens et américains du passé, ceux dont parle avec talent Christiane Billard dans Les Nouvelles n°136, celui qui vient de sortir.

Quilt anglais du 19e siècle : la quilteuse (inconnue) y a appliqué tout ce que son imagination lui dictait, avec les tissus qu’elle avait. Musée V&A, Londres.
Ce quilt d’Harriet Power est un important témoignage de la culture afro-américaine. Il a été acheté par le Museum of Fine Arts de Boston. En voici une description détaillée.

Junko et son mari sont devenus les ardents représentants des artistes de cette île, en exposant et vendant les quilts dans le monde entier. A l’exposition de Sitges, j’y ai trouvé mon bonheur, mon mari et moi avons acquis deux quilts présentant chacun un Arbre de Vie, un de mes thèmes préférés. Je serai ravie de les montrer à notre Journée de l’Amitié départementale la semaine prochaine (le 29 mars à Balma, organisé par la délégation France Patchwork 31 et le club de patchwork de Balma). L’un est fait par Narda, l’autre par Akang. Sans les connaître, j’ai tellement envie de les remercier ! Admirer leurs quilts est un pur bonheur. Je réserve la primeur à mes amis de Haute-Garonne, mais promis je les montrerai ensuite sur ce blog ! 

Photo Judy Schwender

Une île où l’on vit simplement tout en faisant des quilts, n’est-ce pas une idée du paradis ?

Les photos sans source sont du site Caohagan.com.

 

Une croisière et du patchwork : le bonheur !

C’est devenu très banal aux Etats-Unis, cela arrive en Europe : une croisière couplée avec notre activité préférée, des stages de patchwork on bord !

28576675_10212672496900328_4608751362883840036_n.jpg

La plupart des renseignements sont sur l’affiche. Je retiens surtout que les professeurs sont :

Tous les détails de cette croisière (itinéraire, conditions, prix) se trouvent en suivant ce lien : http://www.croisiere-patchwork.croisiland.com/

Exceptionnellement, les commentaires sont fermés, merci de contacter l’agence pour de plus amples renseignements.

Faites de beaux projets !

expo9.jpg
Ours de Cyriaque
expo2.jpg
Quilt de Gabrielle Paquin
expo8.jpg
Quilt de Sheila Frampton-Cooper
expo3.jpg
Pojagi de Maryse Allard