Patchwork : contre-cultures

Essentiels livres…

Désigner les livres produits non essentiels n’est pas bon signe. Je n’ai pas envie de polémiquer ici, mais vous devinez mon agacement. Enfin, les commerces ont de nouveau le droit d’ouvrir et de vendre ces fameux non-essentiels, tellement mal désignés. Nous restons cependant en confinement, il faut arriver à faire baisser suffisamment les chiffres pour passer une fin d’année en famille réunie et ce n’est pas gagné. Et je sais que tant de personnes ne peuvent toujours pas travailler… Changeons donc de sujet, pour éclairer notre journée.

Aujourd’hui, je me réjouis de vous recommander un livre de patchwork français qu’on peut acheter en librairie ! Cela fait un an que je voulais écrire cet article, mais j’avais bien souvent une actualité à traiter. Cette année est passée tellement différemment de toutes mes prévisions que, presque à son issue, il me semble que je ne l’ai pas vécue.

Patchwork – Contre-cultures, le ton est donné dès le titre et sur la 4e de couverture. Les protagonistes sont les Femmes ! Ce livre est posé sur mon quilt Castelnau (présenté dans BeeBook)

Il s’agit d’un livre assez particulier dont l’éditeur, Jean Poderos, raconte l’histoire en préface. Vous vous souvenez de Jacqueline Morel qui enchantait les pages de Marie-Claire Idées avec des quilts poétiques. A sa disparition, nous étions bouleversées et j’avais écrit cet article en hommage. La famille de Jacqueline, consciente de son impact sur le monde des quilteuses françaises, a ardemment souhaité laisser une trace plus conséquente que de simples présentations de quilts dans un magazine.

Ainsi est né le projet du livre. En le feuilletant, on voit que des doubles pages en fond noir parsèment le volume : c’est ici l’histoire de Jacqueline Morel, illustrée de ses quilts qui accompagnent les tendances que nous avons nous aussi traversées depuis les années 1980. C’est le Portrait de Jacqueline Morel au long cours en neuf parties. Nous parcourons la vie de cette artiste et nous apprécions son sens des couleurs, son goût du travail manuel bien fait, ses talents de dessinatrice et son humanité… Un régal de parcourir ainsi sa vie de quilteuse, et la nôtre en miroir.

Quant aux pages imprimées sur fond blanc, c’est là aussi une très bonne surprise. Je ressens beaucoup d’affinités avec les thèmes présentés par les auteures. Enfin, un livre français qui raconte en détails l’histoire du patchwork dans le monde et sous toutes ses coutures ! Vous y trouverez aussi bien l’économie rurale et le « faire avec ce qu’on a » que les quilts de concours ou le simple loisir, la force des appliqués, la folie des crazy tout comme la symétrie du patchwork en blocs, et aussi les quilts bavards et contestataires, les quilts faits en commun, la sororité… Autant de thèmes auxquels vous êtes habituées, vous lectrices de la Ruche des Quilteuses !

Très bien structuré, l’ouvrage passe en revue de nombreux thèmes que vous avez pu aussi lire ici dans mon blog. Le livre a l’atout majeur d’avoir un déroulement logique, et de plus en plus je ressens la faiblesse de mon blog : comment s’y retrouver dans près de 1 100 articles étalés sur 9 ans ? Il y a bien les rubriques et la magie des liens, mais moi-même j’ai parfois du mal à retrouver un article… Je suis ravie de trouver imprimées en français les idées que j’ai déjà abordées – et bien plus encore ! – avec ordre et logique. Bravo à l’audace de l’éditeur, bravo aux auteures Marie Le Goaziou et Nathalie Bresson !

J’avoue ne pas connaître Marie Le Goaziou. En revanche, Nathalie Bresson est mon amie sur Facebook depuis plusieurs années, ça crée des liens ! Elle a activement participé à ce livre et j’apprécie sa culture encyclopédique du monde des textiles, toujours bien à propos.

C’est donc un livre que je vous recommande sans hésitation. Décembre, c’est le mois des cadeaux, soufflez donc cette idée à vos proches !

Et toujours, lisons…
Katell

Encore plus beau…

Maïté a immédiatement réagi à mon article sur la fêlure réparée qui rend plus fort, plus beau, sur la résilience… L’art du Kintsugi, vous en souvenez-vous ? Vous pouvez le retrouver par ici.

Le malheur n’est jamais pur, pas plus que le bonheur.
Un mot permet d’organiser une autre manière
de comprendre le mystère de ceux qui s’en sont sortis :
la résilience, qui désigne la capacité à réussir,
à vivre, à se développer en dépit d’adversité.
Boris Cyrulnik

Nous avons chacun nos forces vitales, nos fêlures aussi, nos bonheurs et nos malheurs. Cette année 2020 est une épreuve pour beaucoup. S’exprimer par l’art est une aide inestimable !

Passez une bonne journée,
merci à Maïté de partager ici ce magnifique quilt symbolique,

Katell

Dès que j’ai lu l’article sur le Kintsugi, j’ai su que j’allais en faire un quilt : la symbolique du bol tout simple, réparé et plus beau encore, résonne en moi. Le bol est un compagnon de vie pour boire et manger de la manière la plus simple possible, comme le préconise la tradition japonaise, où chaque personne possède sa tasse à thé et son bol à riz correspondant à son âge, sa taille et son sexe (d’après Dominique Loreau, L’Art de le Frugalité et de la Volupté, Éditions Robert Laffont, 2009). Immédiatement, j’ai senti qu’était venu le moment de faire un quilt de bols, encore d’après Kaffe Fassett, qui décidément ne me quitte pas en ce moment (voir l’article précédent).

Rice Bowls, Kaffe Fassett

Je suis folle du BLEU. J’ai immédiatement imaginé tous mes bols japonais bleus, et je me suis à nouveau plongée avec délice dans mes chutes où j’ai déniché les bleus souhaités sans difficulté. J’avais même l’embarras du choix.

Chaque bol appliqué est souligné d’un point de tige gris à un fil.
Je me suis amusée à matelasser machine la silhouette du bol sur le pourtour après avoir cousu un faux passepoil rouge qui souligne tous mes bleus :

La symbolique de la résilience est dans le titre brodé :

Encore plus beau… Encore plus résistant… Encore plus précieux… Encore là !

Le bol central bleu uni réparé avec de la poudre d’or (kintsugi) représente ma fille. 

N’est-ce pas le plus beau ?

La fêlure laisse passer la lumière !

Maïté

100 000 Chemises…

Maïté est au clavier pour cet article et le prochain !

100 000 chemises… 50 ans de bonheur

Avez-vous le souvenir de la marque 100 000 Chemises ? C’est que vous n’êtes plus toute jeune, comme moi ! C’était la qualité à la française appliquée aux chemises d’homme.  Une marque, un savoir-faire, un patrimoine que nous avons laissé filer. Un de plus. 

Pendant plus d’un siècle, des femmes ont coupé, cousu, repassé, plié bien plus que 100 100 chemises !
Yvan Bernaer, Nous, les 100 000 chemises (Éditions La Bouinotte)

Sur cette carte postale ancienne, c’est la sortie des ouvrières de 100 000 Chemises à Châteauroux (Indre). L’usine fut ouverte de 1891 à 2004. Les premiers ateliers de 100.000 Chemises se situaient à Paris, puis la grande usine ouvrit à Châteauroux, puis une blanchisserie à Creil.

 

Le fondateur de ce petit empire du textile est Moïse Schwob (1838-1914), un Alsacien ayant choisi la naturalisation française en 1870 et le prénom de Maurice. Ici avec son épouse, Anna. Dès la fin du XIXe siècle, il avait créé le début de prêt-à-porter et le fameux Satisfait ou Remboursé.

 

M. Schwob créa une encyclopédie des chemises et l’acheteur remplissait une fiche avec toutes ses mesures et choix de finitions. Cela évolua vers les chemises avec diverses tailles et caractéristiques préparées d’avance (tour de cou, longueur de manches, forme du col…)

 

Salle de repassage à Creil (Oise). Le travail était rude, mais Maurice Schwob se fit aussi remarquer par les innovations sociales envers ses ouvrières (forme de sécurité sociale).

 

La coupe du tissu, c’est du sérieux !! Ici sont employés des hommes – Manufacture 100 000 Chemises de Châteauroux

Naguère, dans la plupart des villes françaises, il y avait un magasin 100.000 Chemises et les produits s’exportaient très bien. Les 30 dernières années, les chemises de Châteauroux étaient destinées à la marque britannique Burberry.

Vous allez vite comprendre le titre de mon quilt : j’ai hérité une belle quantité de chemises de mon amie Marie-Hélène qui sait que j’accepte tout textile recyclable. C’est elle qui m’avait offert le rouleau d’exercices que j’ai eu le plaisir de vous présenter après rénovation. En même temps, j’avais reçu quantité de chemises venant de son papa décédé à 101 ans.

J’ai sélectionné les rayures les plus colorées pour interpréter le modèle tiré du livre de Kaffe Fassett, devenu un grand classique : 

C’est ce modèle qui me fascine !

Ce fut une jubilation de jouer et jongler avec toutes ces rayures et ces couleurs, tant et si bien que l’assemblage du top fut plus rapide que prévu (« avantage » du confinement !).
J’ai matelassé en suivant dans 95 % des cas la ligne des rayures (parfois la diagonale des petits carrés). Tout est quilté à la machine, maintenant que l’arthrose m’empêche de le faire à la main.


Je compte offrir ce patchwork à mon amie Marie-Hélène pour ses 50 ans de mariage le 27 février 2021. En attendant, CHUUUT !!


Je suis fière de ce deuxième recyclage des dons de mon amie. En ces temps oh combien difficiles, rien ne vaut de remuer ses doigts et ses méninges.

Une Abeille de la Ruche des Quilteuses,
Beebee Maïté

VOS Diabolical Jane

Le modèle Diabolical Jane vous enthousiasme !

 

Je rappelle que ce sont trois amies de la Modern Quilt Guild de Washington DC qui ont admiré un quilt américain anonyme de 190 ans, l’ont baptisé, ont publié leurs inspirations de ce quilt sur Instagram et l’une d’entre elles a eu la générosité de partager les explications sur son blog.

Les trois amies ont chacune un compte Instagram : 
@quirkygranolagirl (Melinda), @chixdigneedles (Jane) et @jessiealler (Jessie)

Les explications sont sur le blog de Jessie : https://jessiealler.com/2016/02/05/diabolical-jane-a-tutorial/

Comme ce modèle suscite votre vive attention à la suite de mon récent article, je vous propose de faire le relai pour montrer vos avancées – car vous êtes nombreuses à vous y lancer !

Si vous souhaitez que paraisse dans ce blog une photo de votre Diabolical Jane en cours, puis fini, écrivez-moi à l’adresse dédiée :

diabolicaljane@gmail.com

Votre adresse mail ne sera jamais divulguée ni utilisée, je supprimerai les messages de cette boite mail au fur et à mesure des parutions sur ce blog*. Merci d’envoyer une photo, si possible de moins de 500 Ko, cela m’évitera d’y retoucher (si c’est du chinois pour vous, envoyez-moi ce que vous avez). Ajoutez le nom ou pseudo que je pourrai mettre en légende. Vous pouvez l’accompagner d’un petit texte que je copierai-collerai.

*la consommation énergétique du numérique dépasse celle de tous les transports aériens (déjà avant Covid, encore + à présent). Plus on conserve des mails, plus on consomme.

Quand j’aurai reçu plusieurs mails, j’en ferai un article. A vos cutters, vos tissus, vos machines à coudre !

Il est évident que ce quilt, vous l’appellerez comme vous voulez, mais nous garderons comme nom générique Diabolical Jane, DJ entre nous, pour respecter et remercier celles par qui ce modèle nous est parvenu.

Si vous le publiez sur Instagram ou autres réseaux sociaux, utilisez l’étiquette #diabolicaljane et éventuellement #laruchedesquilteuses. Je souhaite simplement que ce modèle revive à travers toutes vos réalisations !

Imaginez, au Paradis des Quilteuses,
la fierté de Celle qui vécut il y a 200 ans et créa ce quilt…
Peut-être s’appelait-elle Jane, le prénom le plus courant à l’époque !
J’ai toujours envie d’ajouter un peu de spiritualité
– ou simplement de rêve – à notre art…

Je vous rappelle que vous pouvez adapter la grandeur de votre quilt DJ en décidant de la dimension du carré de base, voir les explications dans mon article. Prenez le temps de bien disposer vos tissus en utilisant à la fois des briques que vous pouvez découper, mais aussi l’ingénieux schéma en PDF de Jessie en fin d’article.

Bon Diabolical Jane !

 

Des Ariégeois en Amérique

Madeleine est une Abeille de la Ruche, même si le patchwork ne fait plus partie de son quotidien, son Sampler de Mariage de Sylvia* étant un peu en panne… tout comme le mien. Et pourtant, que de belles réalisations en quelques années ! Avant de lui laisser la plume… heu, le clavier, je vous montre quelques-uns de ses quilts déjà publiés sur ce blog, juste pour le plaisir.

*de Jennifer Chiaverini, livre en français chez Éditions de Saxe

Le Haras, 2008, présent dans cet article et celui-ci.

Bouquet d’Antan, 2010, article ici.

Mini-quilt aux dés, 2011, voir article ici

Jeu de Cubes, 2012, voir article ici

Bouquets d’Hiver, 2013, voir article ici

Madeleine a participé à la Délégation France Patchwork 31 de 2012 à 2017, à tous nos quilts en commun… Nous avons beaucoup de souvenirs toutes ensemble et une amitié sincère nous lie pour toujours.

L’article Y Cwilt entrait en résonance avec ma dernière lecture, je m’en suis confiée à Katell qui m’a demandé d’écrire sur ce livre pour la Ruche, ce dont je m’acquitte avec joie.

Anne Icart, Parisienne d’adoption mais toujours Ariégeoise de cœur.

Son auteure, Anne Icart, est Ariégeoise comme moi et je viens de la découvrir avec son 5e roman, Lettres de Washington Square. Paru en février 2020, il a manqué de publicité en raison de la tourmente mondiale qui nous secoue cette année.

Dès que j’ai eu vent de ce roman sur Radio-Couserans, notre radio locale de Saint-Girons, je me suis précipitée dans ma librairie car son histoire se passe en partie à Ercé, dans une vallée ariégeoise que je connais bien ; j’ai lu le livre presque d’une traite. Émue, j’y ai revécu les souvenirs de la génération de mes parents, la rude vie à la montagne. Une partie de ma famille par alliance est partie, comme les grands-parents d’Anne Icart, à New-York. Ma belle-sœur y est née : ses parents, originaires d’Ercé, s’étaient exilés avec d’autres membres de leur famille tenter leur chance à New-York, pour travailler dans la restauration.  Certains s’y sont installés de façon définitive, d’autres sont revenus dans leur village d’Ercé.

La maïzoun* du roman garde le souvenir de l’odeur de la croustade, cette tarte aux pommes dont chaque famille garde jalousement la recette… Mes amies Abeilles connaissent bien ma version !

*maison

Ercé, carte postale ancienne.

Voilà pour les connexions personnelles. Mais je ne recommanderais pas ce roman si son seul atout était de me faire revivre des souvenirs. Le roman dévoile une belle richesse historique sur la vie des exilés du début du 20e siècle et montre, une fois de plus, que les secrets de famille, cachotteries faites un jour sans en mesurer les conséquences à long terme, impactent les descendants.

L’envie d’une vie meilleure, le courage de vivre ses rêves malgré ce qu’il en coûte, la liberté qu’on s’accorde ou pas, c’est ce qu’écrit Baptiste, celui qui est parti en Amérique. Une histoire d’exil, d’adaptation et de résilience vécue par des millions de personnes mais une expérience unique pour chacun, comme dans le petit livre de Valériane Leblond et bien d’autres romans sur ce thème.

La liberté, mon fils, la liberté. Celle de partir ou de rester.
Celle de bâtir ou de détruire.
Celle de s’envoler ou de s’enterrer.
Celle d’aimer ou de haïr…
Baptiste, dans Lettres de Washington Square

Les femmes de mon pays ont du caractère, forgé par la rudesse des éléments et la frugalité de la vie montagnarde. Elles ont un cœur gros comme ça, mais il leur arrive d’être rancunières… Je vous laisse découvrir l’amour filial, les secrets trop longtemps gardés, et aussi la vie de ces Ariégeois, ceux qui sont restés et ceux qui sont partis…

Madeleine,
Ariégeoise pour toujours

Je ne suis pas la seule à avoir aimé ce livre dépaysant, si bien écrit : il a gagné plusieurs prix littéraires. Ne passez pas à côté.

OH! Gwen

Je vous l’ai déjà dit, le conte pour enfants de Valériane Leblond The Quilt m’a séduite. Il raconte avec poésie l’arrachement d’une famille du Pays de Galles aux alentours de 1900 vers une vie meilleure, vers leur Terre Promise, les États-Unis. Et bien sûr, il est question d’un quilt.

Une suite impromptue s’est imposée à moi comme dans un rêve, tandis que je préparais mon quilt Diabolical Jane ; la petite Gwen a grandi dans le pays qui est désormais le sien. La famille Lewis vit dans une vallée fertile non loin de l’Ohio River. Leurs voisins sont les Jones, Llywelyn et Enid, avec leurs trois grands fils Rhian, Brieg et Dylan.

Ma petite suite n’aura jamais le charme du conte de Valériane, il y manque ses merveilleuses illustrations et sa touche bien à elle. Pour ne pas rendre la lecture trop aride, je l’ai tout de même agrémentée de quelques images, parfois décalées.
Redevenons enfant le temps de cette lecture, tout devient possible, voyageons dans l’espace et le temps grâce aux simples mots, c’est ma seule ambition !

Katell


Ceci est une fiction. Toute ressemblance a un sens…

Juin 1909

Bien sûr, je me sens bien chez moi, dans la vallée où mes parents ont choisi de s’installer quand j’étais toute petite. J’ai appris à lire, écrire et compter dans la petite école rouge située à un mile de chez nous. Mon petit frère Tom, 11 ans, y va encore le matin, mais ce qui lui plaît, c’est le travail à la ferme. Père commence à se faire vieux, il a mal partout ; Tom reprendra les terres cultivées de notre famille. La ferme Lewis a bien grandi depuis notre arrivée voilà 12 ans et nos légumes se vendent bien au marché de la ville voisine, à Marietta.

Ce que j’aime le plus, c’est lire de belles histoires… et coudre : la voisine et meilleure amie de Mère, Enid Jones, m’a appris à faire des vêtements, les ajuster pour les rendre bien seyants. J’aimerais devenir modiste en ville, ou bien vendre des livres.

Mère et moi avons découvert ensemble, grâce au Cercle de Femmes Galloises animé un vendredi par mois par Enid Jones, comment faire du patchwork à l’américaine. Oh c’est très intéressant, au lieu de coudre de grandes pièces en médaillon comme au Pays de Galles, nous pouvons utiliser des tas de petits bouts de tissus variés que nous organisons en blocs. Un bloc, c’est une petite unité de patchwork qu’on assemble à d’autres similaires. C’est très beau et très moderne !

Comme le montre Valériane Leblond sur cette peinture, les quilts traditionnels du Pays de Galles sont le plus souvent montés en médaillon (on tourne autour d’un centre, agrandissant ainsi le top). Noir et rouge étaient des couleurs très populaires. Cependant, les liens étroits entre les USA et le Pays de Galles font que certains blocs sont utilisés aussi en Europe au XIXe siècle.
Quilt patriotique américain en rouge, blanc et bleu, avec 20 variantes d’Étoiles de l’Ohio (changement de tissus uniquement)

Septembre 1909

Le mois dernier, le jour de mes 17 ans, ma vie a changé. Je ne suis plus une jeune fille insouciante depuis que Dylan, le troisième fils de nos voisins Llywelyn et Enid Jones, m’a déclaré qu’il souhaitait faire sa vie avec moi – et moi aussi, car je l’apprécie depuis toujours ! Oh je sens que je deviens adulte ! Nous avons beaucoup parlé, nous nous sommes découverts autres que les simples enfants que nous fûmes, courant dans les bois alentour, jouant dans la grange, courant après les poules… Nous avons déclaré nos intentions à nos parents, ils en étaient heureux mais ne semblaient pas surpris ! Le mariage se fera donc en avril prochain, au moment où les hirondelles reviennent nicher dans la grange.

Si moi je sais que j’aime les livres et les tissus, Dylan sait qu’il veut aller vivre dans une ville moderne… et dans l’Ouest. Oh quelle idée aventureuse, ça me fait un peu peur. Jamais je n’y aurais pensé, mais après tout pourquoi pas ? Dylan voudrait aller aussi loin qu’au bout de la terre, au bord de l’Océan de l’Ouest. Il avait lu que San Francisco était une belle ville… avant le terrible séisme d’il y a 3 ans. Trois milles morts, a-t-on lu dans le Marietta Times… Oh non, je ne veux pas vivre là où tremble la terre ! Aller vers l’Ouest, je veux bien, mais un peu moins loin quand même…

San Francisco en ruine après le séisme de 1906

Je lis le Marietta Times presque tous les jours, mais en décalé, car c’est Dylan qui le reçoit et me le cède après l’avoir lu. Je fais la lecture à Mère qui ne voit plus très bien et qui n’a jamais su lire d’ailleurs.

Jane Seymour dans Dr Quinn, Femme médecin, une série télévisée à grand succès.

Oh Mère, une femme médecin a exercé pendant 42 ans dans le Colorado et elle vient de mourir. Elle était très connue et appréciée, disent-ils dans le journal. Je n’ai jamais vu de femme médecin, comment est-ce possible ? Crois-tu que nous puissions être aussi intelligentes que les hommes ? Moi je crois que oui. Dylan est un homme intelligent, mais parfois il dit des choses bêtement comiques !

– Ma Gwen, c’est un secret encore bien gardé… Tu verras, Dylan croira diriger sa vie mais c’est toi qui le conduiras où tu veux si tu t’y prends bien. Mais dis-moi, ton mariage va vite arriver, Enid a prévu une réunion du Cercle le 15 du mois prochain pour commencer ensemble ton quilt de mariage. Réfléchis-y, tu es assez douée pour choisir ton bloc et animer le Cercle cette fois-ci. Enid est sûre que tu te débrouilleras parfaitement.

Oh, tant de choses à prévoir. Puisque je ne veux pas aller à San Francisco, il faut que je propose une autre destination à Dylan. Alors je réfléchis. Oh la femme médecin vivait à Colorado Springs, ce doit être une bien belle ville pour que les gens acceptent de se faire soigner par une femme !

Quant au quilt de mariage, j’ai ma petite idée. La semaine dernière, j’ai vu dans la gazette un bloc qui s’appelle « l’étoile de Jane« . Un nom banal pour une bien belle étoile. Mon quilt de mariage sera l’occasion d’utiliser le magnifique coupon de tissu de coton que j’ai reçu pour mes 15 ans : 4 yards du plus beau bleu indigo que je connaisse, en coton de l’Alabama ! Oh j’imagine bien les étoiles de Jane en divers tissus jaunes sur le fond indigo ! Oh que je suis heureuse de ces préparatifs !

Je vais donc demander à chaque quilteuse d’apporter des tissus jaunes de leur panier de chutes. Je vais leur préparer les gabarits en carton, un carré de trois inch pour le centre et les coins du bloc, puis un triangle pour faire les pointes d’étoiles, à couper en jaune et indigo. Chaque étoile fera donc 9 inch et pour ma Pluie d’étoiles, je souhaiterais avoir 6 rangées de 5 blocs. Trente étoiles, n’est-ce pas trop demander au Cercle ? Je dois voir avec Enid.

110 ans plus tard, la communauté des quilteuses aime toujours les étoiles de l’Ohio jaunes sur fond indigo (ici premier bloc de la Pluie d’Étoiles de Michelle Braun, challenge FP, novembre 2020)

Oh et je sais comment j’appellerai ce bloc d’étoile : OH Star ! Il paraît que je dis oh à tout bout de champ. L’aviez-vous remarqué ? Oui, vraiment ? Au début, je faisais exprès, car nous habitons dans l’État de l’Ohio et ça me faisait rire, OH ! 

Novembre 1909

Partir sitôt mariée, au moment où les hirondelles reviendront nicher dans la grange, en ai-je vraiment envie ? Je suis bien attirée par la vie moderne en ville, et Marietta, tout près de chez nous, c’est déjà bien, non ? J’aime tellement me promener le long de l’Ohio et rêver en voyant les bateaux à fond plat qui vont vers l’Ouest, aller chercher des livres à la bibliothèque, acheter des tissus à la mercerie générale. Marietta, c’est un bien joli nom pour une ville ! C’était ici un territoire français jusqu’en 1803 ; Marietta fut baptisée en l’honneur de Marie-Antoinette, la pauvre Reine que des Français ont décapitée, quelle horreur.

Décembre 1909

J’ai assemblé les trente étoiles et je commence le quilting. Oh zut, flûte et crotte de bique, un tissu jaune a été cousu à l’envers ! Faut-il tout défaire ? Qui donc a mal fait son travail ? Je remarque soudain que c’est un tissu de Mère et ma colère tombe. Oh la pauvre, sa vue baisse encore. Et puis elle a toujours dit qu’elle préférait coudre la flanelle de laine plutôt que le coton, car on ne peut pas se tromper, il n’y a ni endroit ni envers. Alors je vais garder cette petite erreur et je crois bien que ce bloc sera mon préféré, quand je me blottirai dans ce quilt, loin de Mère, là-bas dans l’Ouest.

Février 1910

L’hiver fait rage. Après la neige, c’est la pluie. L’Ohio River est sortie de son lit et les inondations sont impressionnantes à Marietta. Cela arrive tous les 2 ou 3 ans, c’est terriblement décourageant. Heureusement, notre maison est assez loin de l’Ohio, mais ça me rappelle les dévastations après la tornade en 1902, le toit de notre grange avait eu un gros trou et tout dedans fut anéanti. Je déteste la terre qui tremble, je déteste les tornades, je déteste les inondations. Je déteste ressentir les douleurs des autres, même inconnus. J’ai si peur de la violence de la nature et des hommes.

Tornade à Marietta le 25 juin 1902.
La Poste de Marietta au bord de l’Ohio, le 1er février 1910.
La rue principale, inondation de 1910
Pont de chemin de fer effondré à Marietta, 1910

Mars 1910

Si nous partons vraiment vers l’Ouest, pourquoi pas Colorado Springs ? Dylan et moi en avons longuement parlé, c’est presque décidé ! Je suis allée me renseigner à Marietta et c’est finalement bien simple d’y aller en temps normal : de Marietta on va jusqu’à Saint-Louis (Missouri) soit en bateau sur l’Ohio, soit en train, et là on a un autre train vers Denver (Colorado), Springs est la gare juste avant cette grande ville. Mais avec le pont de chemin de fer de Marietta emporté lors de l’inondation et la rivière encore non navigable, il faudra aller prendre le train à Athens, terminus temporaire des trains vers l’Ouest, le temps de la reconstruction.

Gwen a consulté ce panneau de la Baltimore-Ohio Railroad. Le train de cette Compagnie va bien jusqu’à Saint-Louis, la Porte vers l’Ouest.
La suite du voyage se fera avec la Missouri Pacific Railway Company.
Nikola Tesla dans son laboratoire expérimental de Colorado Springs. Cet homme était un génie.

Dylan veut bâtir des maisons en bois ou en pierre, mais des maisons modernes. A Colorado Springs, on peut avoir l’eau qui coule d’un robinet chez soi ! De plus en plus, les gens modernes ont une pièce consacrée à la toilette. Pour l’électricité, il faudra attendre, malgré les célèbres expériences très bizarres de l’inventeur Nikola Tesla à Colorado Springs il y a 10 ans, qui cherchait le moyen de transmettre l’électricité partout dans le monde à bas coût. Ce sont autant de domaines qui enthousiasment Dylan. Il faudra travailler dur, mais Dylan est un pur-sang gallois, ça ne lui fait pas peur et en ville, on trouve toujours du travail quand on est fort et courageux. Après avoir beaucoup lu sur le sujet, il est d’accord d’aller dans les montagnes, à Colorado Springs, il a confiance en moi et en sa bonne étoile (de l’Ohio ?).

Mes parents m’ont fait quitter notre terre natale par nécessité et c’était la même histoire, tristement banale, pour les Jones et tant de compatriotes. Nous sommes venus en Ohio parce que la communauté galloise permet de faciliter l’installation en nous réconfortant avec nos petites habitudes, nos fêtes, notre langue, notre cuisine. L’autre communauté la plus proche est Amish, ils sont très gentils mais un peu vieux jeu : au lieu de faire des quilts américains modernes en coton, les femmes préfèrent coudre des couvertures qui ressemblent à mon bon vieux cwilt du Pays de Galles, en flanelle de laine, tout en utilisant cependant les blocs américains.

Quilt amish en flanelle de laine du début du 20e siècle. Le log cabin est fait avec 5 couleurs, tout en subtilité.
Charles Ingalls jouant du fiddle, le violon, populaire en Irlande et au Pays de Galles

L’hiver se termine, mon quilting aussi. Il sera prêt pour le mariage. J’entends Dylan qui s’entraîne à jouer au fiddle avec ses frères, il sait que j’adore danser !

Avril 1910

Les hirondelles sont arrivées pour nicher dans la grange. Dylan et moi sommes unis et heureux, notre voyage vers l’Ouest est imminent. Notre communauté galloise est chaleureuse, mais elle ne correspond pas à la vie dont nous rêvons tous deux. Quand nous serons installés à Colorado Springs, je ferai un nouveau quilt, il s’appellera Jane-quelque-chose, parce qu’après tout L’étoile de Jane, qui illustre le début de ma vie d’adulte, ce n’était pas mal du tout comme nom de bloc. Selon mon humeur, je l’appellerai peut-être Dear Jane, Calamity jane ou Diabolical Jane, comme si le quilt était pour une secrète amie ou une sœur que je n’ai pas eue, qui serait fière et rebelle… Oh j’y mettrai beaucoup de tissus fleuris, très modernes ! Colorado Springs attire les artistes par son climat sec et la beauté de son paysage, je suis sûre que j’y trouverai aussi de beaux cotons américains pour mes quilts.

Ici, on ne croise presque plus d’Iroquois, car nous les Blancs, nous prenons toute la place en Ohio. Dans l’Ouest, de terribles guerres ont massacré les Indiens au siècle dernier mais il y a heureusement des survivants. Colorado Springs est connue pour ses sources très minéralisées et bienfaisantes, que que les Blancs ont ôtées aux Indiens. Même si je suis fière d’être Américaine, j’ai un malaise au sujet de la confiscation de leurs terres qui sont toute leur richesse. Après tout, nous sommes chez eux. Comme j’ai l’intention de faire partie d’un Cercle de Quilteuses à Colorado Springs, j’espère m’y faire aussi une amie cheyenne, fière et rebelle. Les Indiennes du Colorado font-elles du patchwork ? Ou restent-elles complètement séparées de notre vie citadine, parquées dans leur réserve ? Que de choses à découvrir, que de nouvelles personnes à rencontrer ! Oh il me tarde maintenant de partir vers l’Ouest ! Encore une semaine de préparatifs, de célébrations, d’adieux…

Quitter nos familles et nos amis est un crève-cœur. Malgré la crainte angoissante de ne plus jamais les revoir, oh comme un mustang, je piaffe d’impatience d’aller loin vers l’Ouest avec Dylan, vers cette nouvelle vie pleine de promesses, une vie d’Américains que nous sommes devenus. J’ai moins peur de tout, j’ai confiance en notre avenir et j’éprouve de la gratitude pour la vie. Dylan prendra avec lui son fiddle et ses outils ; moi aussi je partirai avec peu de choses, avec le quilt Pluie d’étoiles de l’Ohio fait pour notre mariage, et peut-être mon cher souvenir d’enfance, le vieux cwilt mité rouge et noir… Je n’ose le demander à Mère, mais peut-être devinera-t-elle mon envie ?

Gwen Lewis Jones,
une jeune Américaine pleine d’avenir

OH! Gwen (vous comprenez à présent pourquoi), top fait en novembre 2020, Katell

 

Diabolical Jane

J’ai récemment découvert un modèle de quilt inspiré d’un quilt ancien américain, très simple à faire, rapide et scrappy… Pour moi, l’idéal pour vider la tête et alléger un peu mes tiroirs de tissus. Son nom ?

Diabolical Jane !

Jane, Jessie et Melinda, membres de la Modern Quilt Guild de Washington DC, sont tombées amoureuses d’un quilt anonyme des années 1830, lors d’une visite au Musée National des Femmes Artistes (https://nmwa.org/ à Washington, DC). Ce Musée expose de nombreuses artistes telles que Sonia Delaunay, Frida Kahlo ou Faith Ringgold. L’exposition temporaire, « Workt by Hand, Hidden Labor and Historical Quilts », provenant du Musée des Arts de Brooklyn (New-York), a eu lieu fin 2013 – début 2014. L’expo est photographiée dans ce livre :

Catalogue de l’expo, édition épuisée
On voit LE quilt au centre, photo Lee Stalsworth
Voici le quilt original que les historiens situent aux alentours de 1830. Photo du livre “Workt by Hand” faite par Jessie Aller. Les carrés manquants en bas rendent possibles la mise sur un lit à baldaquin (avec des colonnes).

Les trois amies se sont penchées sur les photos du quilt, Jessie a créé un article avec d’excellentes explications et elles se sont lancées dans leur réalisation. Est-ce LA Jane du groupe, la Diabolical Jane du titre qu’on n’oublie pas ?… 
Vous pouvez voir leurs quilts ainsi que les inspirations sur Instagram #diabolicaljane.

Jessie a interprété le quilt, marquant bien le X central avec des tissus fortement contrastés, jouant avec des imprimés que nulle part ailleurs on n’oserait associer !
Le quilt est immense, il a été très joliment quilté par Rachel Hauser, voir son article avec des photos du quilt fini.

Alors c’est décidé, pendant ce confinement, je fais un Diabolical Jane !

J’avais un réel besoin d’entrer dans ma bulle créative, pour « digérer » de mauvaises nouvelles, un décès, une maman souffrante, une amie proche très malade. Parfois, il faut égoïstement penser à soi pour surmonter une épreuve et ensuite pouvoir soutenir les autres. Les actualités anxiogènes n’arrangent rien. Alors m’immerger dans un nouveau projet de quilt me rend plus forte. 

Un de mes tissus préférés sera dans mon Diabolical Jane. Impossible de retrouver ses références, désolée…

En fouillant dans mes tiroirs, j’ai eu envie de bleu, ce bleu lumineux que je n’ai pas utilisé récemment, car mes derniers tops sont verts et orange, je vous les montrerai une fois quiltés. J’ai acheté voilà 3 ans des fat quarters de tissus épais tendance japonaise, bleus avec des impressions noires (Twilight de Windham Fabrics). Et, pensant à Valériane Leblond qui met presque toujours des oiseaux dans ses tableaux, j’ai ajouté comme base le reste de mes petits oiseaux adorés aux ailes d’un bleu approchant, dont j’ai depuis longtemps oublié la provenance :

La palette de couleurs s’est enrichie sans trop y penser d’or et d’argent, je veux dire de jaune et de gris. Et voilà ! Tissus modernes et traditionnels, vieux fonds de tiroirs et achats récents, tissus japonais, américains de chez Alice et indiens de Neelam cohabitent en un vrai scrap-quilt. J’ai consacré trois pleines journées à ce top, égoïstement et sans aucun remords. Un jour et demi pour choisir les tissus, les couper, les combiner, les changer maintes fois de place, et un jour et demi pour assembler les briques.

J’ai souhaité travailler en cm. Je me suis aperçue que chaque brique mesure 3 carrés + marges de coutures. J’ai donc choisi des carrés coupés de 9 cm, cousus de 7,5 cm. Une brique coupée mesure chez moi (3 x 7,5) + 1,5 cm sur (1 x 7,5 cm) + 1,5 cm = 24 x 9 cm. Il faut en couper 8 par tissu (cela rentre dans un fat quarter), 16 si le tissu est répété, ou 4 seulement si c’est dans le grand X central.

Le montage est comme un 1/2 log cabin, qu’on reproduit à l’identique 4 fois. Voyez les schémas de Jessie Aller pour mieux visualiser la structure. Le truc amusant de ce modèle, c’est qu’on commence par un carré qui se trouvera au milieu de la bordure ! Le X central assemble les 4 parties et, même si ses couleurs sont importantes, il ne se coud qu’à la fin.

Le placement des couleurs : j’ai utilisé le PDF disponible en fin d’article de Jessie Aller, un schéma de placement des briques. Mon brouillon est tout gribouillé, le résultat est différent de ma dernière version écrite et peu importe, ce qui compte est que je suis satisfaite du résultat !

Voici le centre de ma Jeanne la Diabolique. Je tenais à mettre un petit oiseau au centre !

 

Le départ d’un quart de top se trouve ici à droite, un carré gris et deux triangles jaunes. Et puisqu’on est entre nous, je vous montre ici le carré plus clair qui ne devrait pas être ainsi : je me suis trompée de sens, le tissu est à l’envers. Une erreur de débutante ? Une erreur de quilteuse qui a eu la flemme de découdre et recoudre juste pour ça.

 

Ce top mesure 2 m de côté. Il serait très beau plus petit aussi, avec par exemple des briques coupées de 18 x 7 cm (carrés de 7 cm coupés, 5,5 cm cousus). On ne le voit pas beaucoup, mais je voulais vous montrer, sur la droite, mon oranger du Mexique (Choisya ternata) fleuri comme si on était en avril… Il embaume divinement ! Ce dimanche, premier jour de ciel gris depuis longtemps ici du côté de Toulouse, mais la température reste étonnamment douce pour la mi-novembre.

J’étais bien concentrée sur ma tâche mais, comment dire, mon esprit vagabondait. Et c’était bien le but, m’échapper un temps de la réalité. En préparant ce top, j’avais en tête à la fois l’épopée de la Route 66, l’Histoire des USA avec ses migrants européens fuyant la pauvreté comme dans Y Cwilt Je pensais à cette petite fille galloise du conte de Valériane Leblond. Elle a pris vie, elle m’a chuchoté pourquoi, des années plus tard, elle voulait partir à son tour. Promis, elle vous le racontera ici prochainement. Dans cette petite histoire sans prétention, vous saurez faire la correspondance entre la fiction et la réalité, car dans tout récit on y met du sien !

A très vite avec Gwen,
Katell

Ce quilt veut s’appeler  OH ! Gwen… Vous comprendrez bientôt pourquoi !

Y Cwilt

Certains livres pour enfants ont un charme qui vit longtemps en nous, comme une mélodie souvent fredonnée. C’est ce qui m’arrive avec ce livre :

Je regrette de ne pas pouvoir le lire en gallois, la version originale… J’ai bien sûr choisi la version anglaise :

C’est Valériane Leblond qui raconte l’histoire d’une petite Galloise au tournant du XXe siècle. La vie est simple et rude, mais la famille y vit depuis toujours, en symbiose avec la nature.

C’est l’automne en Pays de Galles, c’est ici que commence l’histoire de la fillette. (photo facebook Valériane Leblond)

L’hiver au coin du feu, le père sculpte des objets dans du vieux bois, la mère taille des bouts de flanelle de laine noire et rouge pour en faire un cwilt. Mais un hiver plus difficile rend la faim tenace et les parents décident de quitter leur pays, un seul ballot en main : le quilt rouge et noir… La petite fille découvre une ville, un port, un bateau, un long voyage en mer. Dans la chaleur du quilt, elle trouve la consolation du déchirement de l’émigration. 

Dans ce nouveau pays jamais cité, dans une nature différente mais généreuse, avec le travail acharné des parents, la famille crée son nouveau foyer, sa nouvelle vie, son nouveau chez-eux, avec le fameux quilt rouge et noir qui rappelle la vie d’avant…

Faire de ses rêves une réalité plus douce, c’est la réussite de cette famille.

La fillette observe et comprend à sa manière les changements dans leur vie, se rassure en voyant les hirondelles du printemps, symbole de la résilience. La finesse des dessins souligne la justesse de l’histoire, vécue par des millions de migrants quittant l’Europe pour une vie meilleure aux États-Unis.

La grande ville d’où part le bateau se reconnaît à sa skyline (sa ligne d’horizon), c’est Liverpool (photo Facebook Valériane Leblond).

Dans ce livre, au Pays de Galles comme en Amérique, le ciel et la mer ne sont jamais bleus, mais des mille nuances glaz qui sont comme la vie, changeantes.

Le quilt, fait de la flanelle noire des costumes du père, de la flanelle rouge des robes de la mère, est assemblé point par point avec amour, la mère décorant avec fantaisie au fil rouge la rigueur du patchwork. Cela rappelle l’intuition de plusieurs historiennes, pensant que les femmes Amish, à la fin du 19e siècle, se sont inspirées des quilts gallois lorsqu’elles ont décidé de remplacer leurs couettes par des quilts (lire aussi : De la couette au quilt et les autres articles sur les Amish).

Vous l’avez donc deviné, ce tout petit livre est un coup de cœur ! J’imagine que toute quilteuse américaine au sang gallois offrira ce livre à ses enfants ou petits-enfants pour Noël. 

Il est en vente pour environ 7 € en anglais ou en gallois. Il reste à savoir si, un jour, il sera publié en français… 

Pour passer l’année prochaine avec la poésie de Valériane, le calendrier 2021 est disponible dans sa boutique ETSY. Attention, il est en gallois !

L’auteure nous offre sa belle histoire, et elle a fait son chemin, sans y réfléchir une suite a pris forme en moi, tout en jouant avec mes tissus. Cette fillette galloise, je lui ai donné un prénom, Gwen, que porte mon aînée en second prénom et qui rappelle aux quilteuses la reine des quilts libérés, Gwen Marston. C’est en pensant à cette petite Gwen que j’ai fait, ces derniers jours, un top que je vous présenterai prochainement. Je vous raconterai comment, même en suivant un modèle, j’ai rêvé à la petite Gwen…

Pour garder le moral, jouons avec nos tissus, rêvons… et aimons la vie simple, riche des beautés de la nature,
Katell

Lumière d’automne (par une belle journée comme aujourd’hui) Valériane Leblond

 

 

 

VOTE quilts

Aux États-Unis, c’est une vieille habitude de s’exprimer sur des quilts. Les orientations politiques en quilts devinrent populaires après la parution des modèles faits en carrés et demi-carrés dans le magazine Kansas City Star en 1931 : l’éléphant Ararat pour les Republicans, l’âne Giddap pour les Democrats.

Top des années 1930, Laura Fischer quilts
Au Gilbert Museum Quilt show en 2012.

Voici les modèles originaux :

D’où viennent les symboles d’âne pour le parti démocrate et d’éléphant pour le parti républicain ?

J’aime beaucoup Political Circus de Misty Cole, fait en 2016. Voir son histoire par ici.

Petite histoire des deux partis politiques aux USA

Le Parti Démocrate est le plus ancien. Il fut créé en 1828, juste avant l’élection d’Andrew Jackson, premier Président d’origine modeste. Il a été notamment élu sur son programme de « débarrasser l’Ouest des USA de tous les Amérindiens », pour faire de la place aux Blancs. Il est responsable de plusieurs génocides de tribus indiennes. Eh oui, c’est l’Histoire… Il s’appelait Jackson, ses détracteurs l’appelaient jackass, le bourricot, et plutôt que de combattre cette image, il en fit une fierté.

Jackson attisait la défiance du pouvoir central et favorisait les autonomies locales. Plus tard, le Parti Démocrate se déchirera entre modérés et esclavagistes. Il sera le Parti défendant l’esclavage lors de la guerre de Sécession (1861-1865). Le Vieux Sud devint ensuite une région ultra-ségrégationniste et anti-fédéraliste ; le Ku Klux Klan était en quelque sorte, à l’origine, le bras armé des Démocrates du Sud. Au début du XXe siècle dans le Nord, les Démocrates se tournent vers un progressisme universitaire, soutiennent les migrants (comme les Irlandais catholiques), les minorités (les Juifs), font voter des lois protégeant les petits propriétaires ruraux, le droit de vote pour les femmes de l’ensemble des USA en 1920.

Le parti démocrate moderne confirmera son esprit d’opposant au pouvoir central fédéral, aux puissants capitalistes, mais restera longtemps indifférent à la ségrégation sudiste. Roosevelt et son New Deal font du parti démocrate une force moderne, progressiste. Le parti démocrate fut dépoussiéré de son encombrante histoire raciste par le charisme de Présidents issus de minorités avec John Kennedy (catholique) qui soutient le révérend Martin Luther King, puis Barack Obama (métis)… La majorité des Afro-américains votent pour ce Parti à présent, comme la plupart des minorités, car il déclare vouloir assurer une protection pour les moins puissants.

Le Parti Républicain est l’autre force en présence dans la politique américaine, héritière de la pensée du libéralisme classique de John Locke et de Montesquieu. Il fut créé en 1854 pour développer une société progressiste, une société industrielle et éduquée fondée sur la liberté individuelle, la promotion sociale par l’effort et le mérite, excluant toute forme d’asservissement économique (esclavage). C’est dès l’origine un parti rassemblant les Puritains (les Protestants les plus stricts), comme les Quakers qui aidèrent les fugitifs noirs.

Son premier Président est Abraham Lincoln, qui mena la lutte contre l’esclavage des États du Sud et gagna la Guerre Civile. Ensuite, les Républicains se font les défenseurs de l’industrialisation, du développement des transports (chemin de fer, routes), le Parti du business et des Puritains créationnistes, et en même temps une représentation de la Great America. Quand arrive la Grande Dépression en 1929, les Républicains non-interventionnistes sont incapables de gérer la crise. Ils ne s’en remettront qu’après la Seconde Guerre mondiale, avec Eisenhower qui modernise le pays, lui donne un souffle de grand optimisme, conforte la certitude des Américains d’être un peuple moderne, et que dans ce pays, tout est possible. Cette période s’accompagne cependant du Maccarthysme, la chasse aux communistes (jusqu’en 1954) et la Guerre Froide.

Ronald Reagan fit dans les années 1980 une révolution conservatrice et les partisans du parti républicain sont devenus majoritairement blancs, banlieusards ou ruraux, évangéliques, très patriotes et, par la suite, généralement climato-sceptiques. Ils regrettent la dominance affaiblie de leur pays et des WASP (les Blancs Protestants d’origine anglo-saxonne). Au fil du temps, ce parti est donc devenu conservateur, profitant du désenchantement des Blancs des classes ouvrières qui ne se retrouvent plus dans l’élite intellectuelle démocrate. Il reste favorable à la responsabilité individuelle et au moindre engagement de l’Union (pas de sécurité sociale), à la liberté du port d’armes et reste très attaché aux valeurs religieuses protestantes, tout en étant toujours globalement proche des milieux d’affaires traditionnels. Ce Parti était beaucoup plus uni que le Parti Démocrate, toujours riche en dissensions, mais Donald Trump le divise profondément.

Et l’éléphant républicain ? C’est un illustrateur, Thomas Nast (1840-1902), ami de Mark Twain, qui reprit l’âne (Jackass) dans ses caricatures et utilisa le premier l’éléphant pour le Parti Républicain. Ces dessins de presse sont devenus des symboles reconnus qui perdurent. Nast créa aussi le dessin de l’Oncle Sam, celui du Père Noël à barbe (qui devint rouge avec Coca-Cola)…

Merry Old Santa Claus, par Thomas Nast. Gravure sur bois publiée le 1er janvier 1881 par le Harper’s Weekly.

Inciter à voter dans un pays qui vote peu traditionnellement, c’est ce que font parfois les quilteuses.

Quilt de Irene Williams, quilteuse de Gee’s Bend, Alabama, en 1975. Il est fait avec des tissus imprimés VOTE. Le bloc est le célèbre Housetop – nom que préfèrent les Noires Américaines à Log Cabin ou Courthouse Steps.

Il faut dire que l’organisation des votes n’est pas simple aux USA.

Les quilts VOTE pour cette élection

On sait déjà que, avant de connaître le gagnant des élections qui se font en ce moment aux USA, les Américains ont beaucoup plus voté que d’habitude. Et les quilteuses ont été prolixes à ce sujet ! C’est un véritable phénomène : des centaines de quilts ont déferlé sur Instagram avec quatre lettres : V O T E. Certaines quilteuses prennent parti en présentant leur quilt, d’autres restent neutres. La plupart des quilts sont avec les 3 couleurs du drapeau. On peut en déchiffrer certains car le rouge est la couleur des Républicains, le Bleu celle des Démocrates. Je n’ai pas vu d’âne ou d’éléphant cette fois-ci, mais des quilts d’inspiration très moderne. En voici quelques-uns, pour le plaisir !

@kristinshields
@aquilterstable
@weirdbirds
@kagcreates
@tjquilt36
@jennifersampou (en 2016)
@tinytomatoesdesign
@sherrilynnwood
@subsistenceslicker
@elizabethkray
@teresacoates
@sewwhatquilts
@surori_textiles

… et bien d’autres, à voir sur Instagram #votequilt. De belles inspirations…

Nous n’avons pas le gouvernement par la majorité.
Nous avons le gouvernement par la majorité qui participe.
Thomas Jefferson

Avec le vote indirect et les Grands Électeurs, ce n’est pas toujours le cas aux États-Unis. Espérons malgré tout que les résultats ne mettront pas le feu aux poudres.

Bonne journée, à bientôt, Katell

Pluie d’étoiles

⭐🌟⭐Pluie d’étoiles, c’est le nouveau challenge de France Patchwork⭐🌟⭐

Pluie d’étoiles, c’est un défi de 30 jours avec 30 étoiles en patchwork, des blocs de 18 cm de côté. Chacun fait des étoiles pour son propre plaisir, avec la dynamique du groupe, la joie de partager les photos, les trucs techniques, pour conserver une belle énergie malgré tout.

A nos tissus !

Ne perds jamais espoir. Lorsque le soleil se couche, les étoiles apparaissent.

Pour suivre ce challenge, rendez-vous sur le forum France Patchwork par ici !