J’ai toujours plusieurs projets en cours, au contraire de plusieurs de mes amies qui détestent savoir qu’elles ont des tops en attente. Pour moi les pauses sont souvent essentielles car l’improvisation va chez moi de pair avec mûrissement, décantation, fermentation des idées, une vraie cuisine mentale qui me réveille parfois la nuit. Mon amie Annie raconte toujours en détails la genèse de chaque quilt sur son blog Des Tulipes et des Cœurs et je retrouve bien dans ses articles les joies et les doutes de la création !
Alors sans entrer dans les détails techniques, voici d’où me vient l’inspiration de mon nouveau quilt, un petit panneau où rien n’est droit.
Je pars presque toujours d’un quilt ou d’une image de la nature qui m’inspire. Cette fois-ci, c’est un quilt de Jill qui m’a donné le point de départ :

J’ai donc décidé de faire ces blocs avec un centre rose vif imprimé ou pas, puis le souligner d’une bande unie marine et enfin terminer chaque bloc en log cabin irrégulier avec des tissus bleu-vert-turquoise, clairement inspiré du quilt de Jill. En avant pour l’aventure !
N’ayant pas fait de photos intermédiaires, je vais vous la faire courte : une petite dizaine de blocs faits, non équerrés, en attente pendant 6 mois. Et puis un jour, à vrai dire il y a 3 jours, l’envie de m’y remettre me saisit et en cherchant d’autres tissus roses dans mes boîtes je tombe sur des tissus offerts par LeeAnn, des grands coupons et de tout petits. LeeAnn n’achète presque jamais de tissus de patchwork car ils n’ont pas « vécu », elle se fournit dans les « thrift shops », boutiques de 2e main, vide-greniers et puces des couturières… Alors ses tissus sont étonnants ! J’y ai cherché du rose, j’y ai trouvé un petit rectangle de velours rouge. C’est décidé, ce sera mon focus !

Le petit rectangle de velours rouge m’inspire un encadrement de bandes, puis les blocs déjà faits prennent leur place tout autour. Au dernier moment, je décide d’ajouter du jaune orangé car l’ensemble se semblait trop froid malgré le vert acide, puis j’ajoute enfin des petits sourires, un tissu offert par une quilteuse de Williams, Arizona, que je présenterai un jour dans la série Western Spirit. En une journée j’ai terminé ce top qui s’agençait tout seul grâce au velours rouge de LeeAnn.

Et voilà, le quiting très simple commence en encadrant le velours rouge et continue en droites -pas toujours très droites !- et le quilt est coupé sans être équerré, pour garder l’esprit organique, vivant du projet.
Bonne journée !








Le top est fait de blocs en blue jean recyclé, d’un bout de soie blanche (récupération de restes de robes de mariées, tissus offerts par notre amie Annick Subra de Salafa) et d’un assortiment de fils moulinés couleurs brique et pastel (les couleurs de Fibre Occitane). J’ai fait l’assemblage en « doodle patchwork », sans gabarit ni mesure exacte, juste pour voir comment cela rendrait… Personne n’a critiqué le manque de régularité des bandes d’assemblage, du moins ouvertement !



























































pour ce partage !



















Cette année, un roman prend une place considérable dans le rappel de cette époque d’esclavage (qu’on aimerait tant être uniquement un drame du passé). Il s’appelle simplement Underground Railroad. Ce roman a raflé plusieurs Prix littéraires prestigieux, grâce à son écriture visuelle et son héroïne tellement touchante. L’originalité est que l’auteur New-yorkais imagine un VRAI chemin de fer souterrain pour passer plusieurs endroits difficiles… Ce roman risque fort de transformer l’imaginaire américain et cette fiction deviendra peut-être, pour beaucoup, une réalité du passé !
Brackman ou Christiane Billard en France, sont d’accord pour assurer qu’il n’y a absolument aucune trace de quilt, aucun écrit et surtout que c’était irréaliste, ne serait-ce que parce que certains blocs n’existaient pas encore, mais aussi parce qu’il aurait été bien difficile de faire circuler les infos sur la signification des blocs sans attirer l’attention… Franchement, cette histoire a été crue car elle est très belle et correspond aussi à l’imaginaire américain, on aurait aimé qu’elle fût vraie ! Cette belle histoire, racontée par une femme soutenant qu’elle la tenait de tradition orale de sa famille sur plusieurs générations, provient bien plus probablement de souvenirs de livres d’enfants des années 1980 et en particulier le très mignon Sweet Clara and the Freedom Quilt.
Au début des années 2000 d’innombrables quilts ont été faits d’après un livre d’Eleanor Burns et Sue Bouchard, un manuel pour réaliser un Sampler donnant les clés des codes. Il raconte la rencontre avec Ozella Williams sur un marché, heureuse d’avoir l’oreille attentive d’une femme quilteuse historienne. L’histoire fait rêver certes, mais il est clairement écrit d’une manière que je dirais légère, pour être gentille. Cet immense succès de librairie manque cruellement de justifications historiques. Il n’en reste pas moins que le sampler est très harmonieux et c’est l’occasion de raconter la jolie fable des quilts codés. Mais l’exploitation de cette histoire donnée alors pour vraie par des spécialistes du patchwork traditionnel me laisse un goût amer. C’est un grand succès de librairie, certes. Il suffisait de dire que c’était un jeu, une fable ou un mythe, et tout allait bien !

