VOTE quilts

Aux États-Unis, c’est une vieille habitude de s’exprimer sur des quilts. Les orientations politiques en quilts devinrent populaires après la parution des modèles faits en carrés et demi-carrés dans le magazine Kansas City Star en 1931 : l’éléphant Ararat pour les Republicans, l’âne Giddap pour les Democrats.

Top des années 1930, Laura Fischer quilts
Au Gilbert Museum Quilt show en 2012.

Voici les modèles originaux :

D’où viennent les symboles d’âne pour le parti démocrate et d’éléphant pour le parti républicain ?

J’aime beaucoup Political Circus de Misty Cole, fait en 2016. Voir son histoire par ici.

Petite histoire des deux partis politiques aux USA

Le Parti Démocrate est le plus ancien. Il fut créé en 1828, juste avant l’élection d’Andrew Jackson, premier Président d’origine modeste. Il a été notamment élu sur son programme de « débarrasser l’Ouest des USA de tous les Amérindiens », pour faire de la place aux Blancs. Il est responsable de plusieurs génocides de tribus indiennes. Eh oui, c’est l’Histoire… Il s’appelait Jackson, ses détracteurs l’appelaient jackass, le bourricot, et plutôt que de combattre cette image, il en fit une fierté.

Jackson attisait la défiance du pouvoir central et favorisait les autonomies locales. Plus tard, le Parti Démocrate se déchirera entre modérés et esclavagistes. Il sera le Parti défendant l’esclavage lors de la guerre de Sécession (1861-1865). Le Vieux Sud devint ensuite une région ultra-ségrégationniste et anti-fédéraliste ; le Ku Klux Klan était en quelque sorte, à l’origine, le bras armé des Démocrates du Sud. Au début du XXe siècle dans le Nord, les Démocrates se tournent vers un progressisme universitaire, soutiennent les migrants (comme les Irlandais catholiques), les minorités (les Juifs), font voter des lois protégeant les petits propriétaires ruraux, le droit de vote pour les femmes de l’ensemble des USA en 1920.

Le parti démocrate moderne confirmera son esprit d’opposant au pouvoir central fédéral, aux puissants capitalistes, mais restera longtemps indifférent à la ségrégation sudiste. Roosevelt et son New Deal font du parti démocrate une force moderne, progressiste. Le parti démocrate fut dépoussiéré de son encombrante histoire raciste par le charisme de Présidents issus de minorités avec John Kennedy (catholique) qui soutient le révérend Martin Luther King, puis Barack Obama (métis)… La majorité des Afro-américains votent pour ce Parti à présent, comme la plupart des minorités, car il déclare vouloir assurer une protection pour les moins puissants.

Le Parti Républicain est l’autre force en présence dans la politique américaine, héritière de la pensée du libéralisme classique de John Locke et de Montesquieu. Il fut créé en 1854 pour développer une société progressiste, une société industrielle et éduquée fondée sur la liberté individuelle, la promotion sociale par l’effort et le mérite, excluant toute forme d’asservissement économique (esclavage). C’est dès l’origine un parti rassemblant les Puritains (les Protestants les plus stricts), comme les Quakers qui aidèrent les fugitifs noirs.

Son premier Président est Abraham Lincoln, qui mena la lutte contre l’esclavage des États du Sud et gagna la Guerre Civile. Ensuite, les Républicains se font les défenseurs de l’industrialisation, du développement des transports (chemin de fer, routes), le Parti du business et des Puritains créationnistes, et en même temps une représentation de la Great America. Quand arrive la Grande Dépression en 1929, les Républicains non-interventionnistes sont incapables de gérer la crise. Ils ne s’en remettront qu’après la Seconde Guerre mondiale, avec Eisenhower qui modernise le pays, lui donne un souffle de grand optimisme, conforte la certitude des Américains d’être un peuple moderne, et que dans ce pays, tout est possible. Cette période s’accompagne cependant du Maccarthysme, la chasse aux communistes (jusqu’en 1954) et la Guerre Froide.

Ronald Reagan fit dans les années 1980 une révolution conservatrice et les partisans du parti républicain sont devenus majoritairement blancs, banlieusards ou ruraux, évangéliques, très patriotes et, par la suite, généralement climato-sceptiques. Ils regrettent la dominance affaiblie de leur pays et des WASP (les Blancs Protestants d’origine anglo-saxonne). Au fil du temps, ce parti est donc devenu conservateur, profitant du désenchantement des Blancs des classes ouvrières qui ne se retrouvent plus dans l’élite intellectuelle démocrate. Il reste favorable à la responsabilité individuelle et au moindre engagement de l’Union (pas de sécurité sociale), à la liberté du port d’armes et reste très attaché aux valeurs religieuses protestantes, tout en étant toujours globalement proche des milieux d’affaires traditionnels. Ce Parti était beaucoup plus uni que le Parti Démocrate, toujours riche en dissensions, mais Donald Trump le divise profondément.

Et l’éléphant républicain ? C’est un illustrateur, Thomas Nast (1840-1902), ami de Mark Twain, qui reprit l’âne (Jackass) dans ses caricatures et utilisa le premier l’éléphant pour le Parti Républicain. Ces dessins de presse sont devenus des symboles reconnus qui perdurent. Nast créa aussi le dessin de l’Oncle Sam, celui du Père Noël à barbe (qui devint rouge avec Coca-Cola)…

Merry Old Santa Claus, par Thomas Nast. Gravure sur bois publiée le 1er janvier 1881 par le Harper’s Weekly.

Inciter à voter dans un pays qui vote peu traditionnellement, c’est ce que font parfois les quilteuses.

Quilt de Irene Williams, quilteuse de Gee’s Bend, Alabama, en 1975. Il est fait avec des tissus imprimés VOTE. Le bloc est le célèbre Housetop – nom que préfèrent les Noires Américaines à Log Cabin ou Courthouse Steps.

Il faut dire que l’organisation des votes n’est pas simple aux USA.

Les quilts VOTE pour cette élection

On sait déjà que, avant de connaître le gagnant des élections qui se font en ce moment aux USA, les Américains ont beaucoup plus voté que d’habitude. Et les quilteuses ont été prolixes à ce sujet ! C’est un véritable phénomène : des centaines de quilts ont déferlé sur Instagram avec quatre lettres : V O T E. Certaines quilteuses prennent parti en présentant leur quilt, d’autres restent neutres. La plupart des quilts sont avec les 3 couleurs du drapeau. On peut en déchiffrer certains car le rouge est la couleur des Républicains, le Bleu celle des Démocrates. Je n’ai pas vu d’âne ou d’éléphant cette fois-ci, mais des quilts d’inspiration très moderne. En voici quelques-uns, pour le plaisir !

@kristinshields
@aquilterstable
@weirdbirds
@kagcreates
@tjquilt36
@jennifersampou (en 2016)
@tinytomatoesdesign
@sherrilynnwood
@subsistenceslicker
@elizabethkray
@teresacoates
@sewwhatquilts
@surori_textiles

… et bien d’autres, à voir sur Instagram #votequilt. De belles inspirations…

Nous n’avons pas le gouvernement par la majorité.
Nous avons le gouvernement par la majorité qui participe.
Thomas Jefferson

Avec le vote indirect et les Grands Électeurs, ce n’est pas toujours le cas aux États-Unis. Espérons malgré tout que les résultats ne mettront pas le feu aux poudres.

Bonne journée, à bientôt, Katell

Octobre Noir

L’année 2020 est pourrie, on l’a bien compris. Et pourtant, en septembre, qui aurait parié sur un Octobre aussi Noir ?

Je m’excuse auprès de toutes les autres années
que je disais pourries,
je n’avais pas encore vécu 2020.

Le mois noir commença avec la tempête Alex : deux belles vallées des Alpes-Maritimes ravagées, faisant de nombreuses victimes, certaines ont perdu la vie, d’autres ont perdu tout le reste. C’est pour ces personnes en détresse que nous pourrons offrir un quilt. Ce n’est pas essentiel, mais c’est un petit cadeau de solidarité qui réchauffera les cœurs et les corps au moment de la distribution, en 2021 sans doute. Je relaierai l’adresse d’envoi postal dès que je la connaîtrai. 

@solidarite06 est une association caritative sise à Nice, qui travaille avec le Secours Populaire pour faire cheminer les dons pour les sinistrés. C’est peut-être par eux que se fera l’offre des quilts. Attendons cependant les recommandations de France Patchwork pour une action coordonnée.

Solidarité des quilteuses du monde : les incendies gigantesques en Australie qui nous émurent en janvier 2020, ont engendré 15 000 blocs d’arbres, soit 750 quilts à faire. L’Australie ne passe pas à côté du Coronavirus et malgré tout, leurs quilteuses vivent une année unique, entre excitation et lassitude, esprit de solidarité et découragement, tant le travail est immense. Mais elles avancent avec détermination… Voici un tout petit florilège des quilts terminés :

Les actions solidaires des Quilteuses sont autant de sourires, à condition que l’organisation soit solide. Les quilteuses australiennes font face à ce gigantesque travail de choix des blocs à mettre 20 par 20, d’assemblage, mise en sandwich, quilting, bande de finition… Nous savons ce que cela représente… à faire 750 fois !! Alors encore un immense bravo aux Australiennes !

Octobre Noir… Que dire de la décapitation d’un prof ? Pour des dessins ?? Ce vendredi 16 octobre, jour des vacances, aurait dû être un jour joyeux. Un ami de ma fille, prof dans ce collège, avait partagé avec son copain et collègue Samuel son dernier déjeuner, ils avaient fait une partie de ping-pong ensemble avant 14h. Quel traumatisme pour tous les proches, tous les profs, toute la population.

Et comme si cela ne suffisait pas, les contagions du coronavirus se multiplient et nous voici de nouveau confinés ce soir-même. 

On peut se croire en enfer, mais la commune Les Rousses dans le Jura, se demande si on n’est pas déjà au Paradis. Cette photo date de mars 2020 et continue de faire le tour des réseaux sociaux

Ce mois d’octobre déjà bien noir se termine avec le début d’un nouveau confinement. Un choc, une chape de tristesse, même si on nous y préparait depuis 2 jours.

Beaucoup de personnes, pour diverses raisons, éprouvent de grandes difficultés directement à cause de la pandémie – santé défaillante, séparation, manque de revenus, perte d’emploi… De la tristesse, de la révolte qui couve… Quand on voit les tensions dans certains pays récemment reconfinés, on sait que tout peut arriver. Certains se révoltent néanmoins avec humour : un père de famille de Newport (Pays de Galles) s’est présenté en supermarché en caleçon et masque, car lors de ce confinement, les magasins n’ont plus le droit de vendre ce qui est non essentiel, comme les vêtements…

Les vêtements sont devenus non-essentiels, d’après le gouvernement du Pays de Galles. Alors… Photo Wales News Service

Nous allons donc entrer en résistance. Observer le confinement puisque c’est la solution pour contrer le virus galopant, mais nous allons aussi nous distraire et nous motiver mutuellement. Pour ma part, avec la Ruche des Quilteuses, je continuerai de mêler arts textiles et lectures, pour une évasion immobile, avec un ou deux articles par semaine.

Ne broyons pas du noir quand nous avons tant d’autres couleurs !

Ensemble malgré tout, c’était l’élan créatif impulsé par France Patchwork au début du premier confinement. 

Samedi : Halloween, Samain et Pleine Lune

Commençons par une bonne nouvelle : après-demain, samedi, il fera beau temps et, la nuit venue, nous pourrons admirer la Pleine Lune, un spectacle qui me ravit toujours. On a encore le droit de regarder le ciel et rêver.

Samedi, ce sera le dernier jour d’un mois noir et le dernier jour de l’année dans le calendrier celtique. On connaît cette journée sous les couleurs d’Halloween en orange & noir, une formidable inspiration pour les quilteuses :

Halloween miniquilt, Pinkadot Quilts
Squelette en lisières, Riel Nason
Les citrouilles de Bonnie Hunter, modèle dans son livre String Frenzy.
Etoile à 5 branches de Victoria Findlay Wolfe, aux couleurs de Halloween, même si ce n’est pas le sujet du quilt !

Halloween (contraction de mots anglais) est une fête grand public, devenue très commerciale. Nous n’en avons que l’écume, les bonbons et les décorations. Et pourtant, cette célébration vient d’Europe, on la dit millénaire et on l’appelle aussi Samain (mot gaélique/celtique) : elle n’est pas une création américaine, ce sont les Irlandais qui ont émigré avec leurs traditions ancestrales et, dans leur nouveau pays, les croyances et habitudes se sont modifiées. C’est un peu la même histoire que les quilts qui ont traversé l’Océan avec les migrants : la plupart des blocs de patchwork ont été créés dans le Nouveau Monde, mais le patchwork, l’appliqué et le quilting existaient déjà.

Samaïn est une fête de fermeture de l’année écoulée, et d’ouverture de l’année à venir, c’est une charnière en dehors du temps. Comme toutes les sociétés archaïques, la société celtique était une structure très organisée où chacun connaissait sa place. Mais les Celtes savaient que seule une rupture abolissant ordre et structure et permettant au chaos de régner pouvait rendre cet ordre psychologiquement confortable. C’était le rôle de Samaïn. Les trois jours de ce festival échappaient au temps et chacun y faisait ce qui lui plaisait : les hommes s’habillaient en femme et vice versa, les barrières des fermiers étaient démontées et jetées dans les fossés, les chevaux changés de prés, et les enfants visitaient les voisins en exigeant des cadeaux et des gâteries, une tradition qui survit de façon atténuée dans la fête de Halloween (contraction de « All hallows eve » : la veille de la Toussaint, le 31/10).
Les Celtes comptaient le temps en partant de la nuit et en allant vers le jour, exprimant ainsi leur espoir dans l’évolution d’une conscience endormie vers une conscience éveillée. C’est pourquoi l’année celte commence avec une fête au cœur de l’obscurité : c’est la fête de Samaïn, dont le nom signifie littéralement « la chute du soleil ».
Samaïn ouvre donc le premier quartier, avec une fête qui dure trois jours : les 31 octobre, 1er et 2 novembre.
Samaïn est le Nouvel An celte.
Isabelle Padovani – Facebook
Il est bien difficile de rétablir ce qui se passait naguère en pays celtes, par manque d’écrits ou de traces archéologiques évidentes. Qui est sûr de l’interprétation des menhirs de Carnac ou de Stonehenge ? Ce que nous pouvons en lire est fondé sur des suppositions, des déductions, des convictions, plus que sur des certitudes.
 
La Wicca, ou l’éloge du paganisme et des sorcières
Ce qui est évident, c’est que nous avons raboté la plupart des rites anciens et que l’appel pour plus de sens dans nos vies, plus de merveilleux, titille beaucoup d’Occidentaux en quête de racines, d’authenticité… et de rêves.
Ainsi est née la Wicca, une nouvelle croyance occidentale.
Qu’est-ce que la Wicca ? C’est une croyance basée sur des racines païennes, qui tourne autour de la célébration des cycles naturels et des saisons.
Encore peu connue en France sous ce terme, la Wicca (qui vient de Witch Craft, l’Art de la Magie) rassemble à présent plusieurs millions d’adeptes dans le monde. Elle fut créée par un Britannique dans les années 1950. Pour ses détracteurs, la Wicca est un joyeux fatras de fadaises, anciennes superstitions et ramassis de bêtises ésotériques. 
Ce dessin celtique est le symbole de la série télévisée américaine Charmed, dans la droite lignée de la Wicca.
Et pour ses adeptes ?
On appelle aussi la wicca : le néo-paganisme moderne.
C’est la confluence de multiples pratiques pour célébrer la Force de Vie, c’est un chemin vers le savoir, la sagesse, l’acceptation des forces qui ne se voient pas. Les Wiccans – les adeptes de la Wicca – réapprennent les savoirs oubliés des ancêtres et découvrent un art de vivre lié aux énergies de la Terre et du Ciel. A leur guise, les Wiccans utilisent divers rituels et peuvent s’appuyer sur la cartomancie, l’astrologie, les cycles lunaires, les cristaux… pour capter et interpréter les énergies, pour mieux vivre et pourquoi pas, pour guérir. L’apprentissage et la pratique sont « à la carte », en solo ou en groupe.
L’étoile à 5 branches (ou pentacle) est devenu un signe wiccan
Samain et Pleine Lune, 13 Pleines Lunes dans l’année…
 
La nuit du 31/10/2020 sera chargée pour les Wiccans et les Sorcières avec une double actualité : la célébration de Samain tombe cette année à la Pleine Lune, phénomène rare puisque cette correspondance Samain/Pleine Lune n’était pas arrivée depuis 1944.
 
Une année comme 2020 avec 13 Pleines Lunes (ce qui arrive tous les 2 ou 3 ans), c’est un signe d’année troublée selon les anciens. Pour 2020, on peut aisément faire la liste des malheurs du monde et confirmer cette assertion. Les années à 12 pleines Lunes sont-elles pour autant calmes ?… C’est là qu’on se rend compte que les croyances peuvent nous convaincre de tout, notre souvenir peut associer aux années de 13 Pleines Lunes les drames de l’année… mais les autres années n’en sont pas exemptes.
C’est la responsabilité de chacun de vivre sa vie et croire en pleine conscience, avec discernement. 
 
Même en période noire, il y a la lumière quelque part… Orange & noir…
Naguère, les feux de joie ponctuaient toutes les fêtes. Photo Toa Heftiba
Feu de camp, quilt de Bernadette Mayr.

Si vous avez oublié l’actualité pendant 5 minutes, c’est déjà ça 😁
 
A bientôt pour vous montrer encore plein de belles choses et partager de bons moments ensemble,
Katell

La Route 66, la nostalgie joyeuse – Le départ, Chicago, Illinois

Bonjour, quel plaisir de revenir sur mon blog pour vous y retrouver !

Depuis 9 ans ½, j’aime vous présenter ici les arts textiles aussi bien par le petit bout de la lorgnette qu’avec des perspectives culturelles et historiques. En cette rentrée, laissez-moi vous raconter les premiers tours de roue d’un périple qui ira jusqu’en juin 2021.

Nous voilà parties, une soixantaine de girls en voyage sur la Route 66 ! Nous traverserons 8 des 50 États des USA. Je précise que c’est un voyage virtuel, le groupe est sur Facebook, je crois qu’on peut encore s’inscrire cette semaine, ensuite ce sera privé. https://www.facebook.com/groups/2960575844038884

On the Route 66, je suis la participante n° 40 !


Pendant une partie des vacances, je me suis demandé quel serait mon projet personnel… J’ai sérieusement envisagé une création sur toute la musique que j’aime qui vient de là qui vient du blues… Le titre aurait été Rock n’ Blues, mais voilà, je peinais à trouver un projet qui collait à l’idée, à tenir sur 8 mois. Finalement, je vais faire une carte des États-Unis en scraps (petits bouts de tissus bons à jeter… normalement) et j’ai donc repris le joli jeu de mots lu quelque part : ce sera la carte United Scraps of America !

Je vais docilement suivre le modèle de carte offert par ici et construire mon top, état par état, tel un puzzle. La seule chose que je sais, c’est que je broderai dessus le trait figurant la Route 66, le reste est encore flou…

Je ne sais même combien mesure ce quilt fini mais j’ai préparé les photocopies, c’est grand, c’est certain !


Patou Pat, notre meneuse de revue, nous a demandé de commencer par l’étiquette, c’étaient les devoirs de vacances pour ancrer chacune dans le projet. Voici la mienne :

Skyline de Chicago se reflétant dans le Lac Michigan

 

Notre ville de départ est Chicago, dans l’Illinois, une très belle ville moderne dont on parle relativement peu en France, depuis que Al Capone est tombé 🙂. Né à New-York et mort à Miami, Al Capone marqua surtout l’histoire de Chicago devenue sans foi ni loi dans les années 1920-30, la Cosa Nostra ayant mainmise sur la Police, la Justice et la Politique… 

Dans ma famille quand j’étais adolescente, j’entendais souvent parler de Chicago, siège social de la société où mon père a travaillé pendant presque 20 ans. La marque est connue, elle se résume à 2 lettres : IH (International Harvester), mais la société garde la sympathie du monde rural avec le nom de ses tracteurs et de son fondateur : McCormick.

Cyrus Hall McCormick est un inventeur du 19e siècle, concevant d’abord des faucheuses tractées par un cheval, puis des moissonneuses innovantes qui se vendent très bien grâce à des pratiques commerciales nouvelles (le début du marketing).

Le succès de la marque devient mondial après l’Exposition Universelle de Londres au Crystal Palace en 1851. Hélas, son fils était moins avisé, bien plus brutal et antipathique… Je vous la fais courte, mais le 1er mai 1886 eut lieu une grande grève à Chicago qui commença dans l’usine McCormick, pour réclamer la division de la journée en tranches de 8 heures :

A l’époque, les ouvriers travaillaient 10 heures 6 jours par semaine.

Si le mouvement commença chez McCormick, couvant déjà depuis des mois, il s’étendit en grève générale du 1er au 4 mai 1886 pour se terminer dans un bain de sang  le soir du 4, sur la place Haymarket de Chicago.

Tract pour le rassemblement à Haymarket, en anglais et allemand, en raison de l’origine des travailleurs. Ce sont des anarchistes pacifistes qui mènent le mouvement, certains deviendront les martyrs de cette soirée où règnera la plus grosse confusion. Les policiers ont ordre de « tirer pour tuer » (phrase reprise récemment par D. Trump) et un inconnu tira une bombe, tuant un policier. L’émeute qui s’ensuit fait d’autres victimes et Chicago devient l’emblème des luttes sociales.

Le résultat de ce chaos est que le 1er mai 1886 fut le premier des 1er mai, Jour du Travail jusqu’à aujourd’hui ! La journée des huit heures fut votée deux ans après.

Revenons à notre périple, prochaines étapes Springfield, St Louis… avec peut-être d’autres histoires à vous raconter !

Let the road trip begin !

 

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Symbole de l’essor de la voiture particulière, des grands espaces, des vacances et de la liberté, la Route 66 est dans mes rêves pour ce voyage immobile !

Le prochain article vous montrera mon top Météo : qu’on a eu chaud encore cet été, pfff… J’espérais ne pas utiliser ma couleur dédiée aux 40 à 42°, mais si… La sécheresse sévit encore ici, dans la région toulousaine. Avec ce projet Météo, nous garderons d’autant plus en mémoire cette année 2020, si particulière… En attendant, portez-vous bien, suivez votre route et à bientôt !

Katell

 

Cadillac à Detroit, Buick à Williams

C’est la Fête Nationale des États-Unis, bonne fête à tous mes amis américains !

Quilt patriotique de Judy Martin

Magnifique, encore en l’état de top, fait par Isa la Quilteuse.

Les Patriotic quilts conviennent bien au style quilts Country, voici un très joli de Cheri Payne.

Ravissante mise en scène d’un mini-quilt patriotique fait par Muriel Gendreau, qui écrit l’élégant blog Verveine & Lin. Ce quilt est inspiré d’un modèle de la même Cheri Payne. Modèle gratuit ici.

Le 14 juin dernier, Flag Day (Jour du Drapeau), Marie-Claude Picon a publié plusieurs photos de ses quilts patriotiques sur FB : tous splendides !

Mon seul quilt patriotique ! Il est petit, il mesure environ 50 cm de côté.

Son étiquette au dos me rappelle que je l’ai fait lors des précédentes élections présidentielles américaines…

Pour ce 4 juillet, célébré comme toujours dans tout le pays en rouge-blanc-bleu (et avec un masque SVP), faisons un tour en voiture. Mais prenons le chemin de l’Histoire, pas à pas…

L’Amérique a été conquise par des aventuriers, et si le temps est à la remise en cause des héros et des décisions du passé, il n’en reste pas moins qu’on peut admirer l’épopée de beaucoup de ceux qui ont fait l’Histoire.

Imaginez un jeune homme, né en 1658 en terre gasconne, comme les Mousquetaires et notre nouveau Premier Ministre (mais la comparaison s’arrête là), plus précisément à Saint-Nicolas-de-la-Grave au nord de Toulouse et à l’ouest de Montauban. Il est né dans une famille bourgeoise, son père étant avocat au Parlement de Toulouse et sa mère de famille commerçante aisée. On ne sait trop ce qu’il a fait ou subi, mais Antoine Laumet sent qu’il doit se faire oublier et prend le large à 25 ans. Le large, le grand large ! Il arriva d’abord à Port-Royal en Acadie, terre alors française (Canada), explora les terres de la côte Est et de l’Acadie française en se familiarisant avec les autochtones, leurs langues et coutumes. Comme nombre de Français, il fit le commerce de fourrures en échange d’alcools, achetant aux Indiens et vendant aux Anglais (et inversement). Le Gascon s’est inventé une nouvelle identité en s’anoblissant au passage et devient Antoine de Lamothe, Sieur de Cadillac. Simplement parce ça sonnait bien comme ça… et avec les réminiscences du nom d’un ami de son père du Parlement de Toulouse !

Timbre de la Poste américaine, édité en 1951, célébrant les 250 ans de l’établissement de Lamothe-Cadillac à Detroit en 1701.

Je vous la ferai courte, sa vie est riche en expériences et en esprit d’entreprise, mais aussi en (més)aventures. Le Sieur avait fort mauvais caractère et aussi l’envie de s’enrichir, mais pas toujours de manière légale ! L’Histoire retient surtout de lui que, visionnaire, il fonda, en un lieu stratégique, une colonie française sur un détroit (en réalité, une rivière, entre les lacs Huron et Érié) : Fort Pontchartrain du Détroit, en 1701. L’appellation s’allégera du nom du Ministre de la Marine de Louis XIV, Pontchartrin, et de son accent français sur le e pour devenir simplement Detroit. Cette rivière est actuellement sur la frontière entre le Canada et les USA.

Statue de Cadillac à Detroit ; subit-elle en ce moment l’outrage du déboulonnage ou du peinturlurage ?

Héros sublime pour certains, fieffé coquin pour d’autres, Cadillac mena une vie constamment agitée et aventureuse, militaire, corsaire, colonisateur avec des honneurs, des titres, des fortunes, il devint même Gouverneur de Louisiane (qui s’étendait alors des Grands Lacs au Golfe du Mexique !), mais aussi des poursuites et même un emprisonnement à la Bastille… Cadillac décida de finir Gouverneur de Castelsarrasin, près de sa ville natale, et y mourut à l’âge de 72 ans. Un sacré personnage à la vie bien remplie !

L’histoire ne s’arrête pas là. Detroit était effectivement un point stratégique, la ville française se développa puis fut cédée aux Etats-Unis en 1783, à cette nouvelle nation indépendante depuis le 4 juillet 1776. Detroit continua son développement au 19e siècle en fabriquant les carrioles pour se déplacer en ville et à la campagne mais aussi les chariots en bois destinés à rouler vers le Far West, les voies navigables favorisant le transport lacustre du bois.

 

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Transport en traîneau dans Detroit, les hivers y sont rigoureux ! Années 1900 – Archives de Detroit News

Au tournant du 20e siècle,
la richesse de Detroit en fit « le Paris du Midwest »,
avec de somptueux immeubles Beaux-Arts et baroques,
de larges avenues et espaces verts publics.

Vers 1910, voitures à chevaux et voitures à moteur se partagent le travail de déplacement des personnes, ainsi que le tramway mû à l’électicité.

Detroit, Woodward Avenue, avant 1920

La ville de Detroit célébra en grande pompe les deux cents ans de sa création en 1901. Au même moment, au même endroit, Leland, Murphy et Bowen, constructeurs de « chariots à moteur », des automobiles, baptisèrent leur premier joyau en hommage au fondateur dont le nom était sur toutes les lèvres : en 1902, la mythique Cadillac est née ! Dès lors, les progrès et inventions se succèdent chez les multiples constructeurs d’automobiles américains, concentrés à Detroit.

La première Cadillac n’était pas une voiture de luxe, mais un prototype avec beaucoup d’innovations techniques. Photo de 1903 – Smithsonian Institution.

Le 1er logo des voitures Cadillac, c’est simplement le blason du Sieur de Cadillac.

Detroit continuera, au long du 20e siècle, d’être la Motor town, LA ville des constructions automobiles. Les chevaux de chair et de sang sont remplacés par ceux sous le capot.

Voiture de luxe extravagante des années 1950-60, la Cadillac Eldorado. Après avoir maîtrisé la crise des années 1930, Cadillac se positionne à la tête des voitures de prestige pendant plusieurs décennies.

Son logo a souvent changé, à présent il est stylisé à la Mondrian mais garde le souvenir du Frenchy !

Les grandes voitures américaines ont le chic pour avoir des noms qui parlent, j’avais déjà évoqué les Ford Mustang par ici.

Et la Pontiac, autre gamme de voitures très chic ? Elle honore Obwandiyag (prononciation : bwon-diac, d’où Pontiac), un grand chef Amérindien du 18e siècle de cette région de Detroit qui, comme bien souvent, s’entendait très bien avec les Français mais pas du tout avec les Anglais !

Pontiac, 1720-1769, homme politique, chef de guerre

Une Pontiac. Le logo représente une flèche stylisée, en l’honneur du chef indien.

Toutes les voitures mythiques américaines qui peuplent notre imaginaire, les Cadillac, les Pontiac, les Buick, les Chevrolet, les Mustang, les Chrysler furent construites à Detroit. Éternel rival de Ford, General Motors fut fondé par un certain Durant, d’ascendance française lui aussi. Il lança même la marque Frigidaire en 1918 pour des compresseurs pour la climatisation de voitures… puis on sait ce que cela devint !

Detroit connut un essor fantastique, la construction automobile faisant appel à une nombreuse main d’oeuvre, la population consommant et boostant l’économie ! Elle fut la 4e ville américaine avec près de 2 millions d’habitants (1955-60). Mais les automobiles américaines perdirent leur monopole pour diverses raisons et peu à peu, avec la gestion exécrable de la ville et la catastrophe des subprimes, celle-ci a sombré, jusqu’à sa mise en faillite en 2013. Ses habitants, plus que 700 000, vivent majoritairement dans une grande pauvreté (les revenus les plus bas par habitant des USA, alors qu’en 1960 Detroit détenait la 1ère place) et l’insécurité. Detroit renaîtra-t-elle de ses cendres ?

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C’est l’usine de carrosserie historique de General Motors, laissée à l’abandon comme des milliers de bâtiments et maisons à Detroit.

Detroit n’est pas sur la Route 66, mais je souhaitais faire un clin d’œil à ce Sieur de Cadillac pour qu’on se souvienne que les pionniers ont beaucoup travaillé et innové, ils ont été imparfaits sans doute, mais aussi vaillants et novateurs ; les massacres ou mauvaises orientations sont bien souvent dus aux ordres et décisions des gouvernements européens puis des USA…

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Pour finir, je vous dévoile ma voiture
pour mon grand voyage de septembre 2020 :

Cette Buick vintage brille de mille feux, elle est pour moi !

Pour ce road trip avec mes copines du groupe Facebook Route 66,
j’ai hérité du numéro 40 :

J’ai photographié cette merveille tout juste rénovée à Williams, petite ville d’Arizona traversée par la Route 66 (nous y sommes, sur le trottoir !). En 2018, nous avions suivi la Route 66 sur plusieurs centaines de km, j’y reviendrai !

Buick choisie pour sa couleur turquoise,
et aussi pour son chauffeur,
l’Unique, the King :

 Elvis en personne !

Je ne sais pas vous, mais moi je suis fin prête pour l’aventure sur la Route 66 !

Surtout, ne me réveillez pas encore…
Katell

Pendant ma pause estivale, je risque fort de rêver encore à la Route 66… Je vous retrouverai sur le blog dans quelques semaines. En attendant, je resterai active sur Facebook, en particulier sur le groupe Quilt Météo 2020 !

Voyage en Joyeuse Nostalgie : la Route 66

Je n’ai pas un tempérament particulièrement nostalgique. J’aime évoquer l’Histoire pour mieux comprendre d’où viennent les choses, mais en général, je vais de l’avant dans ma vie et mon époque. En voyageant, je réalise ma part de rêves et pour voyager dans le temps, les lectures et les films me font faire une pause dans la réalité. 

Le seul, le vrai, l’unique voyage est de changer de regard.
Marcel Proust

Mais cette année est bien particulière… Je ressens un gros besoin de lâcher un peu la pression de la vraie vie et m’offrir une grande évasion, même virtuelle ! Alors quand j’ai lu sur Facebook la constitution d’un groupe de quilteuses francophones sur le sujet de la mythique Route 66, je n’ai pas hésité longtemps… Échappons-nous un temps des préoccupations de 2020 et de notre avenir à construire avec vigilance, vivons-rêvons un peu dans une des périodes les plus joyeuses et optimistes : les années 1950-60 aux USA, country music, swing and rock ‘n roll à fond dans les oreilles !

Musique iciParoles et traduction ici !

La Route 66 a de nombreux surnoms, Mother Road, la Route Mère, est le plus connu.

Tout d’abord, éclaircissons un détail de vocabulaire : la Route 66, ce n’est pas une route française égarée aux USA, le mot route signifie parcours, itinéraire en anglais et ce long périple entre Chicago et Los Angeles emprunte des voies urbaines déjà existantes et diverses routes tracées pour traverser le continent de manière horizontale, presque comme un grand sourire. 

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Illustration postée dans le groupe par Nicole S. : on a la banane sur la Route 66 !

Officiellement née le 11 novembre 1926, le tracé de la Route 66 a varié, elle a été progressivement recouverte d’asphalte : cette première route transcontinentale des USA de plus de 3 500 km a vu le jour avec l’accroissement des voitures en circulation.

Si l’automobile a bien été inventée en Europe, sa construction a d’abord été artisanale. Aux États-Unis, la fabrication en série donna le coup d’envoi pour sa démocratisation et une vie progressivement organisée autour des voitures. Ici la Ford T en 1910, 1ère voiture fabriquée en grande série à Detroit (un jour, je vous raconterai l’histoire de cette ville et de la Cadillac !). C’est l’organisation des gigantesques abattoirs de Chicago (chaque salarié travaillant à son poste sur la même partie de la bête) qui donna l’idée de créer une ligne d’assemblage pour automobiles dès 1908. 

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Cette Route suit plus ou moins, sur la moitié ouest, le tracé d’une des voies de chemin de fer du siècle antérieur ; elle est devenue mythique pour les Américains tant elle a vu de migrations temporaires ou définitives vers l’Ouest ! Certaines étaient bien difficiles, à pied pour les victimes de la Grande Dépression et/ou du Dust Bowl (voir ici) ou pleines de joie de vivre lors de la découverte des vacances en voiture particulière après la seconde guerre mondiale, ou quand les Hippies voulurent vivre le Flower Power en Californie 🌺.

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Elle a été officiellement déclassée en 1985, remplacée par des Interstates et autres variantes, même si 80 % du chemin initial existe encore. Mais la Route 66 persiste dans le cœur des gens et des tronçons sont désormais conservés comme « route historique »…

La Route 66 est bien un symbole du XXe siècle,
avec ce sentiment unique de liberté
que procure un voyage en voiture ou en moto
dans les grands espaces américains !
 

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Le groupe Facebook Route 66 US, créé par Patou Pat, comporte déjà plus de 40 membres : des quilteuses, toutes motivées pour commencer un quilt en septembre, au rythme d’étapes avec les 8 États traversés par ce parcours mythique. Il reste encore quelques places mais il faut s’engager à être active, c’est-à-dire créer un quilt au cours de ce voyage. Si vous êtes motivée, une vraie quilteuse-routarde US dans l’âme, contactez donc Patou Pat sur Facebook.

Et pour moi, au cours de ces prochains mois, ce sera l’occasion de vous embarquer dans ce voyage et sans doute compléter mon carnet de voyage Western Spirit, que vous pouvez lire ou relire par ici.

Personnellement, je n’ai encore aucune idée de mon ouvrage à venir, mais j’ai l’été pour y penser !

 

Le Baiser…

Le baiser est notre arme la plus forte, mais il faut craindre de l’émousser. Sa valeur, ne l’oublie pas, est relative, purement convention. Elle change sans cesse suivant les circonstances, les dispositions du moment, l’état d’attente et d’extase de l’esprit.
Le baiser – Guy de Maupassant

 Il est des œuvres d’art, comme des baisers, basés sur des malentendus.

Dans une rue de Vilnius, capitale de la Lituanie. Photo Petras Malukas/AFP – Artiste : Mindaugas Bonanu

Des photos de cette fresque murale, dévoilée le 13 mai 2016, ont fait le tour du monde. Elle symbolisait l’entente affichée alors entre Vladimir Poutine, dirigeant de la Russie, et le candidat iconoclaste et inattendu à la présidence des États-Unis d’Amérique, Donald Trump. Beaucoup ont simplement compris ce dessin satirique comme s’ils étaient tournés en ridicule avec une relation « contre nature » comme une complicité homosexuelle, encore si mal vue, mal comprise, mal acceptée dans notre monde… et en particulier en Russie. C’est en tout cas la lecture primaire de cette peinture graffiti, pourtant si puissante qu’elle est érigée en oeuvre d’art à décrypter.

Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître🎶 (La Bohème, Aznavour)… alors je crois que tous mes lecteurs s’en souviennent ! L’Union Soviétique et le bloc de l’Est choquaient avec leurs goulus baisers entre chefs politiques ! C’est bien la référence d’origine de la fresque de Vilnius, et cette photo en particulier :

Cette fabuleuse photo est celle d’un photographe français, Régis Bossu/Sygma. 
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La photo a été reprise sur un vestige du Mur de Berlin par Dmitri Vrubel en 1990. Traduction de la légende en allemand : Mon Dieu, aide-moi à survivre à cet amour mortel. C’est une icône de la pop culture !

C’est la plus connue de toutes les embrassades qui nous parvenaient de l’autre côté du Rideau de Fer, Leonid Brejnev et Erich Hoenecker à Berlin, à l’occasion du 30e anniversaire de la RDA (=Allemagne de l’Est) en 1979. Dans la Russie traditionnelle, le bisous sur la bouche en deux êtres humains est un signe de paix, d’amitié, de cordialité. Dix ans après, celui avec le même Hoenecker et Gorbatchev pour les 40 ans de la RDA, toujours à Berlin, fut plutôt considéré comme le baiser de la mort :

Gorbachev et Hoenecker, en 1989, un mois avant la chute du Mur de Berlin… Écoutez le podcast de 5 mn de Michel Scott à ce sujet ! 

Autres baisers de la Mort, ceux de la Mafia où un baiser signe l’arrêt de mort, il bacio della morte, voir le film de Cosa Nostra ou Le Parrain 2, sans doute hérités du baiser de Judas… qui pourraient bien avoir leur place dans le monde politique !

En 2011, Benetton fait une campagne publicitaire très controversée, inspirée de ces embrassades, unissant deux adversaires politiques avec le mot Unhate, Ne hais point.

Et bien plus récemment, en 2018, on s’est amusé de notre président Macron reprenant ces codes confus de fraternité ou d’audace à la française… Les Américains parlaient de Bromance, contraction de brother (frère) et romance. D’autres souvenirs remontaient à la surface, les fameux baisers russes !

Revenons au Baiser de Vilnius (Lituanie) entre Trump et Poutine. Dans la nouvelle Russie, les embrassades politiques à la Russe ont cessé avec Poutine. Soucieux de son image virile chez lui et dans le monde, il a rompu avec la tradition de son pays.

Un couple s’embrasse devant le graffiti montrant le Président russe Vladimir Putin, à gauche, et le candidat Républicain Donald Trump, sur le mur d’un bar dans la vieille ville de Vilnius, Lituanie, le 14 mai 2016. (AP Photo/Mindaugas Kulbis). Plus à gauche, il a été ajouté le slogan « Make everything great again », en référence au Make America great again de Trump.

Il a doublement marqué Maryte Collard, une amie quilteuse, Lituanienne de naissance, devenue Américaine. Elle a raconté en 2017, alors qu’elle participait à « Threads of Resistance », Les Fils de la Résistance (un mouvement artistique contre l’élection de Donald Trump) pourquoi elle avait interprété la fresque murale en quilt. Vous avez l’original ici en anglais ; en résumé, cette scène imaginaire illustre la connivence dangereuse entre ces deux hommes, en particulier pour la paix dans les pays proches de la Russie mais aussi dans le monde. Les Pays Baltes sont une zone tampon entre la Russie et l’OTAN, ils pourraient avoir un rôle-clé dans la politique mondiale. Déjà, avec ce Baiser, ils sont entrés dans l’Histoire de l’art contemporain.

The Kiss, Maryte Collard, créé avec l’autorisation des créateurs de la fresque Dominykas Ceckauskas (propriétaire du restaurant) et Mindaugas Bonanu (artiste), une superbe interprétation de la peinture de street art en textile.

Voilà, en un temps où les baisers sont déconseillés, j’ai souhaité simplement vous distraire un instant !

Bisous virtuels et néanmoins très amicaux,
Katell

Site, galerie et blog de Maryte Collard : http://marytequilts.eu/

Fahrenheit et Celsius

Aujourd’hui, c’est Kristine qui nous informe en nous distrayant !

 

Nous entendons souvent : il fait chaud, il fait froid, c’est la canicule, on se gèle, combien fait-il, quel temps fait-il ?
La température s’affiche partout, dans la rue, sur les enseignes des pharmacies, à la télévision, à la radio, sur notre téléphone, nos stations météo domestiques, dans les aéroports, les gares, les voitures, etc. Elle est accompagnée de drôles de signes : °F ou °C.

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Thermomètre géant à Barcelone

Cette année 2020, de nombreuses quilteuses et un quilteur sont encore bien plus attentifs aux températures, relevant les moyennes du jour, les mini ou maxi, ou encore une à heure fixe… Les personnes qui vivent cette aventure du Quilt Météo 2020 ont vu, au moment des préparatifs, que les Américaines avaient une échelle de couleurs en degrés Fahrenheit (°F), alors que, bien sûr, nous préférons utiliser ce que nous connaissons, les degrés Centigrade ou Celsius (°C). Mais que se cache-t-il derrière ces deux systèmes ?

Messieurs Fahrenheit et Celsius étaient deux savants européens qui auraient pu se rencontrer : ils étaient contemporains, tous deux voyagèrent beaucoup à travers l’Europe et ont travaillé, parmi bien d’autres sujets, sur la thermométrie.

Gabriel Fahrenheit (Gdansk 1686 – La Haye 1736), brillant physicien, inventa notamment le thermomètre à mercure, plus performant que les précédents à alcool ou autres liquides. Parallèlement, l’échelle de températures qu’il inventa est fine : l’eau gèle à 32°F et bout à 212°F, soit un écart de 180°. Quant à la tranche 96°F – 100°F, c’est la température normale du corps humain.

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Thermomètre à mercure de Fahrenheit, au Musée de Galilée de Florence (Italie)

Fahrenheit 451, livre de Ray Bradbury, est un livre de science-fiction où, horreur pour moi et tant d’autres, les livres sont interdits et brûlés… 451 °F est le point d’auto-inflammation du papier (232,4 °C)

Le film de Truffaut, tourné en 1966, est sans doute daté, mais les multiples thèmes de la société de l’image, de l’abrutissement du peuple, de la coupure de l’humanité à son histoire sont présents. De plus, que penser d’une société où ses Soldats du feu sont mandatés pour brûler les livres ?

Anders Celsius (1701-1744, Uppsala, Suède) était surtout astronome, il étudia le phénomène des aurores boréales, des éclipses et autres observations du ciel, des mesures géodésiques avec notamment la mesure de l’arc méridien, confirmant les travaux de Newton sur la forme de la Terre, sphère aplatie aux pôles. Il inventa un thermomètre pour ses observations météorologiques avec, en graduation, 100° pour le point de congélation de l’eau et 0° pour l’ébullition… inverse de ce que nous connaissons ! Il se trouve que c’est le botaniste suédois Carl von Linné – ou le Lyonnais Jean-Pierre Christin, selon les sources – qui le mettra dans l’autre sens quelques années après.

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Anders Celsius

Les degrés Fahrenheit furent vite adoptés dans le monde occidental et les degrés Celsius (ou Centigrade, la différence est pour les physiciens) utilisés à la marge par les savants. Mais la Révolution Française passa par là et avec elle, la normalisation de tout ce qui pouvait l’être en système métrique… l’échelle de degrés de 0 à 100 était donc parfaite ! Au fil du temps, les degrés Centigrade de l’échelle de Celsius s’impose partout, à quelques exceptions près : les États-Unis, Belize, les Îles Caïman… Les Américains sont globalement réticents au système métrique et préfèrent les Fahrenheit en raison de leur finesse : 1°C est 1,8 fois plus grand que 1°F (100°C entre le gel et l’ébullition de l’eau contre 180°F). Ensuite, d’autres critères plus politiques entrent en jeu, comme la volonté d’indépendance par rapport à l’Europe !

Ce cher Anders Celsius imaginait-il que son invention de thermomètre à degrés centigrade immortaliserait son nom, bien plus que tous ses autres travaux ? Probablement pas… C’est la beauté des surprises que nous réserve l’Histoire !

Mon quilt météo rend hommage à cet homme dont l’invention fait partie de notre quotidien.

Voici donc le début de Merci Anders Celcius, mon projet de calendrier météo 2020, avec les jours du mois de janvier et début février en polygones colorés par les températures de ma ville près de Toulouse :

Sur certains jours, j’ai mis quelques signes… Le vendredi, c’est rencontre avec les amies Abeilles et l’épi de blé, c’est mon anniversaire (je suis originaire de la Beauce !)

La photographie est disproportionnée pour le moment, comme la plupart des Quilts Météo 2020 en colonnes, mais ce projet m’enthousiasme !

Kristine

Des Femmes et l’Espace

Que faire au 19e siècle aux Etats-Unis quand on a un esprit curieux et scientifique ? Pour un homme, la question ne se pose pas dans ces termes. Pour une femme, il faut que ce soit acceptable, convenable.

Pour une femme vivant dans l’Iowa rural, une des occupations scientifiques convenables était l’astronomie, sans doute parce que c’était propre et lointain… Sarah Ellen Harding Baker (1847-1886) réussit à mener sa vie familiale avec 7 enfants nés (5 survivant aux difficultés de la petite enfance) et ses recherches sur le système solaire. Elle n’eut pas le temps de poursuivre longuement sa carrière, la tuberculose l’emporta à 38 ans.

Pour transmettre son savoir acquis par de multiples lectures pointues, elle faisait des conférences… mais elle n’avait pas de Power point… Elle fit donc un quilt immense, bien visible en conférence : 225 x 269 cm !

Le top est fait sur une étoffe de laine noire, doublé d’un tissu laine et coton, brodé et appliqué de laine et de soie. Il fut terminé au bout de 7 ans. Il est dans l’esprit des gravures scientifiques d’alors et son système solaire est exact. Elle passa de longues heures au télescope de Chicago pour bien capter les lunes de Jupiter, les anneaux de Saturne… Bien sûr Pluton n’y est pas, planète découverte en 1930.

Ce quilt est conservé au National Museum of American History, à Washington D.C.

Une vue artistique d’une comète.

Ce n’est pas le seul quilt astronomique. Barbara Brackman en a fait un article ici.

L’Allemande Caroline Herschel (1750-1848… vécut 97 ans et 10 mois !) fut la première femme astronome professionnelle au monde, suivie par Maria Mitchell (1818-1889) aux USA. Toutes deux furent de brillantes astronomes. Dans la galaxie des scientifiques de l’espace, elles y laissèrent leur nom (chacune a un cratère de la Lune à son nom, ainsi que des comètes). L’Américaine, en bonne Quaker, ne s’habillait jamais en coton, pour ne pas soutenir l’économie du coton américain lié à l’esclavage… 

Je prends ici le temps de vous présenter une oeuvre de Judy Chicago, artiste contemporaine, qui dans les années 1970 créa une table triangulaire de 39 places, chacune étant dédiée à une femme remarquable. Pour chacune, une place avec des symboles, un chemin de table brodé par l’artiste. Certaines évocations très explicites sur l’anatomie féminine ont fait couler beaucoup d’encre !

The Dinner Party, exposé à présent au Musée de Brooklyn

Parmi ces femmes, l’Allemande Caroline Herschel est présentée ainsi :

Broderie à la main par Judy Chicago. C’est superbe, sans scandale, sans critique !

« Miss Cecilia H. Payne – Harvard Obs. Astron. »

Au XXe siècle, la chercheuse brillantissime Cecilia Payne, née en Angleterre en 1900, fit scandale quand elle décida de garder son poste alors qu’elle venait de se marier. Pire, elle osa faire une conférence enceinte de 5 mois. Chocking n’est-ce pas ? Je ne saurai pas entrer dans les détails, mais elle fut la première à découvrir, à 24 ans, que les étoiles sont primairement faites d’hydrogène, elle fit de brillantes recherches sur les étoiles variables, les supernovas… et elle broda, au crépuscule de la vie, une image pixelisée des vestiges de la supernova Cassiopée :

Représentation de ce qui se passa il y a des centaines d’années, à des milliers d’années-lumière de chez nous, avec un art traditionnel féminin. Quelle poésie ! Cette broderie est conservée dans les archives de Harvard. 1975

Au 21e siècle, des femmes sont astronautes… et néanmoins quilteuses, du moins Karen Nyberg ! Pendant les 5 mois de travail intensif dans la station spatiale en 2013, elle trouva le temps de coudre le premier bloc fait dans l’espace ! Elle raconte qu’elle a eu du mal à couper et coudre en apesanteur et estime que ce n’est pas un chef d’oeuvre… mais quel exploit, indéniablement ! Dans cette video elle partage avec nous ses difficultés avec humour et lance un challenge.

Les tissus ne se laissent pas couper facilement en apesanteur.

Une étoile libérée à la manière de Gwen Marston…

C’était en 2013. Elle propose en fin de vidéo que des quilteuses cousent d’autres blocs d’étoiles pour en faire un quilt à exposer à Houston en 2014. Ce qui fut fait, et au-delà !

Une star, Karen Nyberg, autour d’autres stars… 2 200 blocs d’étoiles sont arrivés à la suite de sa proposition et 28 quilts ont été faits ! A Houston en 2014, voici Karen avec le quilt comportant son étoile faite dans l’espace…

 

Une blogueuse, Katie, a photographié les 28 quilts que vous pouvez voir ici. L’exposition itinérante continue son chemin, elle était à Winedale (TX) en février dernier. La collection de quilts a été offerte au Briscoe Center for American History à Austin (Texas).

Parmi la myriade d’étoiles, un bloc fit sensation :

« Portrait de l’astronaute quand elle était jeune fille ». Il se trouve dans le même quilt que l’étoile de Karen.

Vive le patchwork et ses belles histoires !

BeeBook, un livre pour les quilteuses curieuses d’évoluer vers plus de créativité :
souscription ici jusqu’au 15 mai !

Attention, vous n’avez plus que quelques jours pour profiter du tarif préférentiel…

 

Western Spirit 4 – Rendons visite aux Patriarches

Avant de rendre visite aux Patriarches au pied du Mont Rainier, je te présente cette montagne qu’on voit de Seattle dès que le temps est clément.

J’opte désormais pour le tutoiement dans la série Western Spirit tous les mardis, car c’est un partage d’idées, d’aventures et d’expériences qu’on partage entre amis !

Skyline (« silhouette urbaine ») de Seattle au coucher du soleil, avec la silhouette du Mont Rainier (photo d’ici)

Le Mont Rainier est ce volcan qui, tel le Mont Fuji pour Tokyo, domine la ville de Seattle du haut de ses 4 392 mètres. Distant de la ville d’une petite centaine de kilomètres, il est considéré comme le volcan le plus dangereux des Etats-Unis (sans compter le Kilauea d’Hawaii, en constante activité…)

Des 26 volcans de la chaîne, le Mont Rainier est l’un des plus dangereux. Non loin, l’éruption de Mont St-Helens en 1980 fit de gros dégâts et surtout 57 morts dans une région peu peuplée.  Le Mont Rainier est le plus haut sommet de la chaîne des Cascades qui s’étale du Canada à la Californie, le long du Pacifique. On sait que la faille San Andreas poursuit plus au sud les risques majeurs de séismes. La Terre est toujours en activité, c’est loin d’être un astre mort !

En suivant ce lien, tu verras que plusieurs villes dans le monde sont menacées par un volcan actif, comme l’est Seattle.

Le Mont Rainier est néanmoins un but de randonnée privilégié, nous avons assisté avec émotion au dévoilement progressif du mastodonte au fil des heures dans la région du Sunrise en étant déjà à environ 2 000 m d’altitude :

Et les Patriarches ?

Ils se trouvent du côté de l’Ohanapecosh River, au pied sud-est du Mont-Rainier. Nous  ne sommes plus qu’à environ 500 m d’altitude. Les Patriarches sont les héros de cette forêt primaire, plusieurs dizaines d’arbres millénaires qu’on peut approcher après avoir traversé un pont suspendu.

Traversée sécurisée de la rivière. On nous conseille de traverser le pont un par un car chaque pas engendre des vibrations. C’est pourtant drôle de s’amuser dessus à plusieurs ! Cela me rappelle des passerelles en lianes en Côte d’Ivoire dans la région de Man quand j’étais toute jeune, bien plus instables :

                               

Les racines spectaculaires de cet arbre tombé en 1970 permettent de photographier des enfants dans le centre de l’arbre, c’est ici le cliché habituel. N’ayant pas d’enfant sous la main, le creux reste vide, on ne se sent donc pas bien compte de l’échelle 😉

Les arbres tombés sont laissés car ils deviennent parfois des arbres-pépinière : les troncs morts en cours de décomposition, pleins d’insectes, de mousses et de champignons servent de support et de nourriture à de jeunes plants. La forêt primaire suit son cours complet.

Les arbres locaux sont des Douglas (appelés ainsi d’après David Douglas, un botaniste écossais qui fit 10 000 km en 1825-26, à pied et en canoë, pour découvrir la flore le long du Pacifique), des tsugas (autres conifères), et des cèdres rouges (thuyas géants). Ces derniers étaient de première importance pour les Indiens, procurant la matière première pour faire notamment des paniers ou même des capes imperméables avec l’écorce qu’on peut tisser. Ce bois quasi-imputrescible se travaille et se fend facilement ; on le creusait pour faire des canoës, on le sculptait pour faire des mâts totémiques*, on le coupait pour faire les maisons… De nos jours, il continue d’être exploité pour couvrir les maisons en bois traditionnellement sous forme de shingles (bardeaux), sert à l’industrie des meubles, repousse naturellement les insectes (en particulier les mites textiles)… et, merveille culinaire découverte chez LeeAnn et cuisinée par son mari, ce bois donne au saumon un goût incomparable quand on pose le poisson sur une planche de cèdre rouge et qu’on le cuit au barbecue !! Dans ces cas-là, j’adore la cuisine américaine !

*Les totems sont sur-représentés dans notre imaginaire sur les Indiens d’Amérique (la faute aux westerns !). En Amérique du Nord, les mâts totémiques n’existaient que chez les peuples qui s’étendaient de l’Alaska à l’Etat de Washington (en passant donc par la partie ouest du Canada), on les nomme les Indiens du Nord-Pacifique. Les mâts totémiques correspondaient, non pas à une religion, mais à un emblème clanique, un blason, un hommage à une personne décédée ou une commémoration (la victoire d’une guerre par exemple). Il y a donc confusion de termes avec d’autres civilisations utilisant des mâts vaguement similaires ayant une symbolique religieuse.
De même, jamais aucun Indien, à part devant les caméras, ne fit whoo-whoo-hoo en battant la main devant la bouche pour partir à la guerre… et je reviendrai un jour sur le mythe des cowboys, attention déceptions en vue !

Un cèdre rouge qui connut de plus beaux jours… mais sa décomposition enrichira le sol.

Une longue passerelle en bois est aménagée pour que nos pas ne tassent pas la terre, ne blessent pas les racines.

Nous découvrons ébahis de vénérables arbres de 1 000 ans, toujours vivants, appelés les Patriarches.

On les appelle les jumeaux Douglas, ils ont mille ans, malgré leur allure alerte seule une couronne d’environ 20 à 25 cm est encore vivante. LeeAnn et moi ne sommes pas jumelles mais nous sommes sœurs de cœur !

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 Quelle émotion de toucher ces arbres… Ils fournissent une force énergétique et je comprends les peuples qui les ont divinisés.

Rappelle-toi Pocahontas, dessin animé de Walt Disney (1995)  où l’héroïne demande conseil à sa « grand-mère feuillage » qui est la voix de la sagesse…

Plus généralement, ce film est une ode à la tolérance entre les peuples ainsi que l’encouragement à écouter et protéger la nature. C’est bien ce que nous enseigne l’étude de la vie des Indiens qui vivaient en symbiose avec la nature il y a encore peu de temps. Nous sommes bien moins sages. Sans bouder des aspects formidables du progrès, il y a urgence à revoir notre mode de fonctionnement, nous reconnecter à la nature dont nous faisons partie et mieux la respecter, c’est tout notre intérêt.

Nous n’avons pas visité la péninsule d’Olympia, au sud-ouest de Seattle. C’est encore là un lieu exceptionnellement préservé, une forêt primaire extraordinaire. Je t’invite à rendre visite à ce blog, l’un de ceux qui m’ont aidée à organiser notre voyage. Il est écrit par un professeur de géographie de l’université d’Orléans. On y voit ici de magnifiques photos de la péninsule.

Au fil de notre périple dans l’Ouest américain, nous nous sommes posé une question : pourquoi, dans notre vieille Europe, n’avons-nous que peu de très grands arbres ? Nous avons des Arbres Remarquables dûment répertoriés, certes, mais justement pas de très vieux arbres en abondance. Malgré la violence des incendies, ouragans ou tornades qui balaient ce pays américain, nous avons vu tant de très vieux arbres à la circonférence étonnante, même au centre de San Francisco ! La réponse est dans l’histoire des hommes.

800px-Défrichements_médiévaux_L’Europe est, depuis bien longtemps, bien plus densément peuplée que l’Amérique. Si à l’origine, les forêts recouvraient la plus grande partie des territoires européens, au 11e siècle (à partir de l’An 1000), une conjonction d’événements changea la donne. Le climat connut un épisode très doux, la population s’accrut, une meilleure stabilité politique s’instaurait en même temps induisant la sécurité, le développement de l’agriculture et de l’élevage et donc un besoin de gagner de la terre. Mais un défrichement massif sans discernement fut effectué, les forêts furent souvent brûlées, comme un reset, une mise à zéro, ce qui fait qu’on a peu d’arbres très anciens, les arbres jeunes adultes étant exploités, depuis lors, au fur et à mesure des besoins. A noter qu’après 3 siècles de relative prospérité, le Moyen-Âge se termina avec un fort déclin de la population européenne au 14e siècle avec la Guerre de Cent Ans, la Grande Famine, la Peste noire… La Renaissance ne permit pas aux forêts de se reconstituer : les arbres étaient des produits de consommation de première nécessité, sans parler des constructions navales et autres industries avides d’énergie. On était à la recherche constante de bois de construction ou de chauffage : le petit peuple n’avait le droit que de glaner les branches, les troncs étant réservés aux propriétaires terriens.

Au 20e et 21e siècle, nous n’avons jamais eu autant de forêts en France, du moins depuis le 11e siècle ! En revanche, elle ne sont que rarement naturelles. Même les flancs de montagnes sont reboisés, ce qui est formidable, mais souvent avec une seule essence et cette politique favorise la propagation des maladies et insectes ravageurs. Ainsi, au printemps dernier, nous avons frémi à la vue de la forêt du Causse Noir à l’est de Millau, reboisé de pins noirs d’Autriche : ils furent ravagés en 2017 par les chenilles processionnaires et il n’y reste que des milliers d’arbres morts…

Photo prise en 2017. https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/aveyron/rodez/millions-chenilles-processionnaires-ont-envahi-causse-noir-aveyron-1358275.html

La dernière forêt primaire d’Europe se trouve en Pologne, près de la Biélorussie, et elle semble menacée par une campagne de défrichement

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Arbres en décomposition dans le parc national de Bialowieza. / Gryf/Stock.adobe.com

En Amérique, c’est une toute autre histoire, les Indiens étaient numériquement très peu nombreux en regard de l’immensité du territoire. Leur prélèvement de bois sur la nature était insignifiant. Et lorsque vinrent les Européens, quels arbres choisirent-ils pour construire leurs maisons (les log cabins), pour élever leurs clôtures, pour brûler dans la cheminée ? Certainement pas les plus grands et les plus vieux, sans doute pour le respect qu’ils inspiraient, mais encore plus certainement parce que les plus jeunes ont des diamètres bien plus pratiques à couper et à transporter !

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Famille dans le Minnesota en 1890 devant leur cabane en rondins. On voit bien que les arbres utilisés ne sont pas très vieux…

C’est donc pour ces raisons qu’on peut voir encore aux USA des régions extraordinairement préservées. Pour retrouver l’ambiance de la découverte des très anciens arbres de l’Ouest américain au 19e siècle, je recommande la lecture du roman de Tracy Chevalier A l’Orée du Verger, maintenant disponible en format de Poche.

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Et pour illustrer cet article avec quelques quilts, en voici que j’aime beaucoup avec des forêts qui me rappellent celles de l’Etat de Washington, ainsi que quelques arbres remarquables :

J’aime ce modèle classique des années 1930 je crois !

Bear in the Wood par Emma Louise, avec l’ours fait en couture sur papier d’après un modèle de Margaret Rolfe.

Uncommon Forest de Debbie de Seattle, probablement inspirée par les belles forêts de son Etat, Washington. Je suis amoureuse de ce quilt aux couleurs différentes de celles d’un Noël traditionnel !

On change d’univers artistique avec Redwoods de Merle Axelrad. Tissus collés puis quiltés. Bluffant de réalisme !

L’érable de Ruth McDowell, si artistique…

La Forêt, oeuvre collective faite dans le Tarn, dirigée par Cécile Milhau, voir l’article de Christophe pour des photos de détails. Cécile Milhau, ancienne déléguée FP du Tarn, est une artiste surprenante, aussi à l’aise dans la broderie, le patchwork que l’art textile mix-media.

Je reviendrai un jour sur des arbres que j’ai découverts en Utah, mais dès mardi prochain nous plongerons ensemble dans une ambiance western !

Until later, porte-toi bien,
Katell

Une Abbaye à visiter en Occitanie

Grâce à Tata-Georgette qui tient pour nous un agenda rigoureux sur les arts textiles, je suis allée visiter une exposition sur les kimonos jeudi dernier.

Pour mieux apprécier ces œuvres uniques peintes à la main, riches de symboles de longévité, de protection, de sincérité des sentiments, lisez la fiche disponible à l’accueil écrite par la collectionneuse Anita Henry, elle vous fera mieux apprécier la visite. On peut regretter la pénombre un peu trop marquée, protectrice des fibres bien sûr, mais mes yeux ne s’habituaient pas à l’obscurité, dommage. Nous reconnaissons sur ces kimonos anciens les grands thèmes recopiés pour nos collections de tissus de patchwork, somme toute plutôt fidèles ! Cette vidéo en est une charmante présentation, avec une bien meilleure luminosité que celle qu’on avait, sans doute parce l’exposition a été rallongée de plusieurs mois :

Nous apprenons de nombreux détails sur les symboles japonais et les usages, comme la longueur des manches d’un kimono de cérémonie qui dit si une femme est mariée ou pas !

Les kimonos étaient le but de ma visite, évidemment, mais j’ai découvert dans cette abbaye bien plus par la même occasion…

S’ensuit une excellente exposition sur le japonisme, ou la mode de l’esthétique japonaise dans les arts de la table, de 1870 à nos jours.

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Ces quelques pièces du service en faïence de Creil Montereau sont dans l’esprit japonais. Claude Monet choisira ce modèle pour Giverny.

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Couteaux aux manches identiques aux poignards japonais.

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Japonisme toujours en 2018 : on aime en ce moment les lignes minimalistes avec des irrégularités comme le service Myoko (d’après un volcan sur l’île Honshu) cherchant à imiter la glasure des grès nippons.

Au même niveau, de l’autre côté d’un large couloir qui m’a fascinée (voir plus bas) se trouve une exposition permanente sur le thé et les théières de Chine. Que de beaux objets d’exception et du quotidien, majoritairement en terre rouge, des grès de Yixing, là où on inventa tout simplement la théière pour laisser infuser les feuilles ! Auparavant, on préparait le thé en décoction, le thé mis à chauffer avec l’eau… C’est la plus grande collection de théières en grès d’Occident qui, à elle seule, vaut la visite. Et pour en savoir plus sur l’art du thé au Japon, il faut suivre Marie-Claude Tsuruya sur Facebook, elle y présente en ce moment des Histoires de thés. Son blog, la Chambre des Couleurs, est un enchantement pour qui aime le patchwork et le Japon !

 

 

Cette Abbaye cistercienne de Belleperche (82) est devenue un beau Musée des Arts de la Table, où l’on passe de l’écuelle à l’assiette, du Moyen-Âge au XXIe siècle… J’ai beaucoup aimé cette joyeuse présentation de l’évolution des us et coutumes, de la fourchette naguère jugée satanique, de l’utilisation des pains de sucre et tant d’autres détails savoureux !

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Pain de sucre, marteau, sucriers, pinces à sucre… 

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Objet oublié, un présentoir d’ananas, signe de bienvenue pour un centre de table mais aussi signe de richesse : un tel fruit coûtait horriblement cher, alors on pouvait le louer juste pour une soirée… Voir une histoire de l’ananas ici.

Le Musée est très complet et je préfère vous laisser découvrir l’ensemble du Musée. Les enfants ne s’ennuient pas un instant, on a pensé aussi à eux lors des présentations. Et pendant les vacances, certains jours des jeux de rôles sont proposés… A voir dans leur agenda !

L’Abbaye a connu bien des vicissitudes au gré des siècles, comme tout bâtiment ancien d’envergure qui parvient jusqu’à nous.

 

Les destructions et rénovations successives ont largement modifié le site, cependant la visite est un enchantement.

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Les gypses toulousains sont précieusement conservés dans ce réfectoire.

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Rénovations très soignées…

J’ai vraiment aimé découvrir ce lieu que j’ai ressenti empreint de joie et légèreté !

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L’Abbaye de Belleperche : son achat par le département du Tarn-et-Garonne lui évita de devenir une boîte de nuit en 1983…

La galerie des graffitis est très étonnante ! Voici quelques vues des murs qui racontent de nombreux épisodes du lieu, des histoires d’amour, des passages de militaires, des séjours de prostituées et tout simplement la visite de centaines de personnes au fil du temps :

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Locution latine signifiant : le nom des imbéciles se trouve toujours sur les murs… 

On a de superbes vues de la Garonne à partir des fenêtres :

 

J’aime à croire que la douceur de vivre de la région rendait la vie dans cette abbaye bien agréable !

A quelques centaines de mètres se trouve une fontaine mystérieuse, à l’architecture monumentale. On n’a pas d’explication définitive, le secret est peut-être dans de très lointaines vénérations pré-catholiques de cette source…

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Tout ceci se trouve à une petite heure de route de Toulouse, à l’ouest de Montauban. L’Abbaye de Belleperche mérite votre visite !

Abbaye de Belleperche 82700 CORDES TOLOSANNES – http://www.musee-arts-de-la-table.fr/

Entrée abbaye : 2€
Groupe à partir de 5 personnes : 1€ / personne
Gratuit : 18 ans, groupes scolaires, personnes en situation de handicap, demandeurs d’emploi

De mai à septembre :
Du mardi au samedi : 10h-18h
Dimanche : 14h-18h
Fermé le lundi et le dimanche matin

A voir dans les environs, l’ouest du Tarn-et-Garonne : la belle ville de Montauban (et leurs liens avec les Amérindiens Osages d’Oklahoma), Moissac, ses extraordinaires sculptures romanes et un des plus beaux cloîtres, Lafrançaise et son panorama sur les Pyrénées (presque de la Méditerranée à l’océan par temps dégagé !) ainsi que des tombes pyramidales mystérieuses, et plus au nord la superbe ville de Lauzerte… N’hésitez pas à vous arrêter en chemin, les fruits vendus dans les fermes sont délicieux !