Reiko Kato à l’Isle-Jourdain rien que pour vous !

Connaissez-vous Reiko Kato, cette charmante quilteuse japonaise qui a souvent exposé à Nantes avec Quiltmania ? Elle a édité plusieurs livres, tous sur sa passion, les petits objets ou quilts en appliqué main. Elle a d’abord donné un coup de jeune à Sunbonnet Sue et Billy dans Les Petites Histoires de Sue et Billy, puis d’autres ouvrages sont apparus, tous des succès : Heartful Quilts, puis Dream Quilts, Garden Quilts, Petites Histoires de Chats, le quilt mystère 2013 de Quiltmania, etc.

Malgré toutes les photos d’explications, rien ne vaut d’apprendre en stage tous les trucs et astuces n’est-ce pas ? C’est cette possibilité que vous offre mon copain David, brodeur et quilteur émérite, mon presque voisin, même si nous ne sommes pas dans le même département, lui dans le Gers et moi en Haute-Garonne… 15 km seulement nous séparent.

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David a rencontré Reiko à maintes reprises à Nantes, mais la dernière fois était dans la boutique de Reiko en avril dernier au Japon, David nous raconte cette rencontre ici.

Voici l’alléchante proposition :

Vous avez tout ou presque sur l’affiche ci-dessus, et surtout l’@dresse email pour vous renseigner et vous inscrire. Il ne manque pas d’hébergements dans le coin, David pourra sûrement vous donner des adresses. D’autre part, un train régional part de la gare de Toulouse directement vers l’Isle-Jourdain plusieurs fois par jour.

Si vous ne savez pas que demander en cadeau de Noël, en voilà une bonne idée !…

Allez voir le blog de David, cela vous donnera une idée de son expertise tout autant que sa gentillesse. Je sais, c’est bizarre parce que le blog est en anglais… La raison est simple, je ne trahirai rien en disant que David est prof d’anglais et qu’il quilte en anglais dans sa tête 🙂 Je vous l’avais également présenté ici.

Cette organisation de stage est faite bénévolement, financièrement au plus juste, pour nous faire profiter de la présence lumineuse de Reiko ! 

Winter, Reiko Kato (détail)

Deux gros pavés bien noirs

Cet automne, malgré des journées enthousiasmantes et de très beaux projets, autour de moi des difficultés de santé ou des accidents de vie ont entamé mon entrain, sans parler de la tristesse ambiante, l’inquiétude face à l’avenir. Alors je me suis réfugiée alternativement dans le patchwork et dans le noir. J’ai déjà écrit sur le noir dans Les Nouvelles n° 130, mais ici c’est d’un autre noir qu’il s’agit, celui qui fait peur et vous déconnecte momentanément de votre quotidien.

Complot de Nicolas Beuglet, éditions XO et Le Signal de Maxime Chattam, éditions Albin Michel

Je suis une lectrice à la marge de ce style littéraire, mais après avoir entendu les auteurs qui faisaient leurs promos à la radio, je me suis laissée embarquer successivement par Nicolas Beuglet en octobre et Maxime Chattam en novembre, deux auteurs français de carrure internationale. Ce ne sont pas leurs premiers livres mais c’était la première fois que je les lisais. Ils ont en commun la maîtrise du suspense qui fait tourner les pages jusqu’au bout de la nuit avec une histoire qui intrigue et des personnages bien campés, mais aussi un fond qui fait toucher du doigt un problème de société ou un secret trop longtemps caché… Ni l’horreur, ni les morts odieuses ne me détournent de ces histoires, chaque auteur jouant avec moi au chat et à la souris au fil des pages.

Chacun de ces livres m’a rappelé un style connu d’autres auteurs. C’est sans doute réducteur, surtout pour Nicolas Beuglet, mais ainsi vous pourrez choisir si vous les connaissez déjà. L’un fait 500 pages, l’autre 740, alors autant ne pas se tromper !

Si vous avez aimé les meilleurs Dan Brown (Le Da Vinci Code et autres succès, le dernier étant Origine) mais surtout les polars nordiques, vous aimerez Complot. Il faut savoir que c’est une suite du livre Le Cri, mais nul besoin de l’avoir lu pour appréhender celui-ci. Eblouie par ce Complot, j’ai lu Le Cri en poche à la suite, également très fort.
Si vous avez aimé Stephen King, peut-être en particulier Dôme (mais pas en série TV, très moyenne), mais aussi le film des Goonies, bande d’ados sympas et courageux, et aussi la récente série de Netflix Stranger Things, vous tomberez dans les nasses de Maxime Chattam.

Au-delà de la distraction apportée par ces deux excellents livres bien rythmés, tous deux font référence à la place de la femme dans l’histoire et dans notre société, et ça dans des polars écrits par des hommes c’est plutôt nouveau. Pour Maxime Chattam, ce sont de petites réflexions sur quelques hommes bien lourdauds qui mériteraient une dénonciation #metoo, mais pour Nicolas Beuglet c’est, sans vouloir rien dévoiler, carrément le thème principal du livre. Le livre terminé, j’y pense encore, invitant le sujet à table, scrutant des indices dans d’autres écrits, vérifiant des assertions sur Google… Complot est pour moi, bien au-delà du divertissement, un livre ambitieux qui continue de me faire réfléchir.

Ne comptez pas sur moi pour dévoiler les intrigues, ne lisez pas non plus les 4e de couverture qui parfois sont trop bavardes… S’il fallait faire un match entre les deux, ma préférence irait sans aucun doute à Complot qui a nécessité des recherches et un état d’esprit éclairé ; ses convictions, étayées par des références historiques bluffantes, sont lancées dans ce polar avec un talent fou. Et pourtant Le Signal tient toutes ses promesses et sa couverture est la plus belle ! Il donne aussi une explication sur les idées virales qui deviennent réalité, ce qui n’est pas sans rappeler l’actualité : les énergies des idées convergentes se propagent sans contrôle…

Les vacances arrivent, octroyez-vous du temps rien que pour vous, égoïstement le nez dans un livre…

https://livresplies.fr/?p=517

Plumes d’Indien pour Caspar

Avant de vous parler d’Indiens d’Amérique l’année prochaine, les grands absents temporaires de Western Spirit, voici un joyeux quilt fait par Maïté l’Abeille pour un petit Caspar né récemment dans sa famille. Je lui laisse volontiers… la plume !

Photo Marta Job

Voici le quilt destiné à Caspar :

Ce quilt est inspiré d’un modèle de Anna Maria Horner, qui a même transposé ce très joli bloc sur sa robe.

Le modèle de son quilt est disponible en PDF par ici. Il a eu un immense succès dès sa sortie et je lui souhaite de rester dans les annales du patchwork ! Mes plumes sont, pour les 3/4, constituées de lisières longtemps collectionnées ou de tissus ayant un texte.

J’ai résolument choisi beaucoup de bleus et de rouges qui puissent trancher sur ce fond gris (encore un tissu à texte !) afin que l’ouvrage soit gai.

Caspar est un prénom rare en France, de la famille de Gaspard. Il est plus fréquent (notamment écrit Kaspar) en Allemagne et rappelle également Casper, le gentil petit fantôme !
Puisque ma main me lâche, je suis maintenant adepte du quilting à la machine : c’est mieux que d’arrêter de faire du patchwork, n’est-ce pas ?

Petit incident au dos : un trou dans la doublure colmaté par mon abeille (ma signature) qui s’échappe de l’étiquette.

Ce quilt sera offert avant la fin de l’année !

Maïté de la Ruche des Quilteuses

Anna Maria Horner a dessiné aussi de nombreuses gammes de tissus aux grands imprimés et aux couleurs chatoyantes.

Western Spirit 10 – Tombstone, trop coriace pour mourir

Une pluie torrentielle sur les cactus entre Sedona et Tucson nous donna le bon prétexte pour nous approcher à 50 km de la frontière mexicaine. Nous ne sommes pas allés n’importe où : Tombstone, ville au passé tumultueux.

En bas à droite de cette carte de l’Arizona : Tombstone
Tombstone en 1891, une ville majoritairement en bois qui flambera plusieurs fois. Sa population alla jusqu’à 14 000 habitants avec 110 saloons, mais cela ne dura que le temps de l’opulence de la mine, jusqu’à ce que les galeries ne tombent sur les nappes phréatiques en 1886. L’eau à pomper fit couler à pic l’exploitation de la mine… C’est le grand paradoxe de cette terre aride où le manque d’eau reste un grand problème alors que les sous-sols en regorgent.
Affiche anonyme photographiée dans le métro parisien et diffusée sur Facebook.

Tombstone poussa comme un champignon à partir de 1877 dès lors qu’Ed Schieffelin eut découvert de riches filons d’argent dans les monts environnants, entraînant une ruée vers l’argent. On est dans le county de Cochise, du nom de cet Apache longtemps pacifique, qui prit finalement le commandement des Indiens dans la région pour mener une longue guerre contre les envahisseurs. La paix fut signée en 1872, après 10 années sanglantes. La paix avec les Indiens ne veut pas dire que la vie y fut paisible ensuite ! C’était ici la ville de la détente et du défoulement, la ville des hors-la-loi et des prostituées, des brutes et des truands, des prisons et des pendaisons, des alcoolos et des joueurs, des saloons et des tables de poker, des French cancans et des spectacles de magie… (Re)lis les bandes dessinées Lucky Luke et Blueberry, tu es en plein dans l’ambiance. Dans ces deux albums, on est à Tombstone :

En français on ne se rend pas bien compte de l’originalité macabre du nom de la ville. Au prospecteur qui, dans les années 1870, cherchait dans la région des filons d’or ou d’argent, on lui dit : « Ici tu ne trouveras que le rocher pour faire ta tombe (tombstone), et rien d’autre ». Ed Schieffelin trouva non seulement de l’argent, mais fonda la ville en l’appelant ironiquement Tombstone, Pierre Tombale.

C’est pour toujours et à jamais la ville où se passèrent les 30 secondes de la fusillade la plus connue de l’Ouest le 26 octobre 1881, populaire sous le nom de « Règlement de compte à OK Corral« , le film de 1957 qui la rendit inoubliable, avec Burt Lancaster (Wyatt Earp) et Kirk Douglas (Doc Holliday), héros sublimés par Hollywood.

De nombreux autres films et livres racontent cette histoire de bons et de méchants, avec comme vedettes les frères Virgil, Morgan et Wyatt Earp et Doc Holliday, les bons, contre des cow-boys vaguement voleurs, les frères McLaury, les frères Clanton et Billy Clairborne. Cette fusillade est rejouée chaque jour pour les touristes dans les lieux-mêmes, d’abord dans une cour puis dans la rue adjacente. L’histoire réelle entre ces hommes reste encore, à vrai dire, un peu confuse.

Après l’abandon de la mine, cette ville refusa de devenir ville-fantôme et de mourir comme tant d’autres. Too tough to die, trop coriace pour mourir, telle est sa devise, magistralement aidée par cette histoire montée en épingle par Hollywood !

Je dois dire que j’ai un faible pour le film Wyatt Earp (1994), campé par Kevin Costner, alors au sommet de sa gloire :

Un film long, trop long pour la plupart (3h10) mais je me souviens, il y a 20 ans, d’un après-midi de vacances au coin de la cheminée à vivre intensément cette histoire,  le Père Noël ayant apporté le DVD… Aux prochaines vacances on recommence !!

La vraie histoire de Wyatt est singulière jusqu’au bout : il vécut jusqu’à 80 ans en 1929, marié à une actrice, gagnant sa vie en jouant au poker et en faisant des affaires immobilières. A Hollywood il rencontra de jeunes acteurs parmi lesquels John Wayne, l’incarnation même du cow-boy !

Il faisait encore bien gris lorsque nous arrivâmes à Tombstone…

Et maintenant, est-ce intéressant d’aller à Tombstone ? Pour nous, mille fois oui !

Le lendemain sous le soleil, c’était tellement mieux !

Nous sommes arrivés dans l’après-midi, la pluie venait de cesser et la ville était quasiment vide, ce qui fera rêver ceux qui l’ont visitée au milieu de hordes de touristes (400 000 visiteurs par an). Les bâtiments ont été entretenus ou remontés à l’identique, style western, mais jamais sans doute n’ont-ils été aussi beaux, fraîchement peints, propres…

Tout nous renvoie aux Westerns : les trottoirs de bois, la rue en terre battue et gravillons, les habitants souvent en costume XIXe, les saloons au personnel qui surjoue comme si la caméra tournait, le cimetière rénové où l’on peut lire de sacrées épitaphes :

Les morts de la fusillade d’OK Corral
Ici repose George Johnson, pendu par erreur en 1882. Il avait raison, nous avions tort, mais nous l’avons pendu haut et court et maintenant il est mort (celle-ci est, paraît-il, faite pour les touristes…Grrr…)
Lynché…
Tué par un Indien Chinagan…

(photos de tombes d’ici)

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Les boutiques sont sympathiques, mais c’est bien trop souvent un bric-à-brac de friperies et de trucs made in Asia avec trop peu de jolis vêtements ou objets authentiques. Pour cela, il vaut bien mieux aller à Durango et Silverton.
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Dans cette ville on ne mâche pas ses mots, les habitants sont coriaces, c’est leur devise ! Mais ils ont l’élégance de le dire sur des pancartes, et non tagués n’importe où… (les politiciens doivent racler la merde de leurs bottes avant d’entrer)
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La rue principale à la tombée de la nuit avec à gauche le mythique Bird Cage Theater, haut lieu de distractions, de spectacles et de jeux de poker du temps de l’exploitation de la mine. C’est à présent un musée pittoresque.

Il y a un coin complètement reconstitué pour amuser la galerie et forcer le folklore, ce n’est pas ce que je préfère, même si j’ai aimé y jeter un œil :

Faute de touristes ces jours-là, c’était fermé, même le gardien s’ennuyait à mourir.

Mais moi je ne me suis pas ennuyée une seconde, il y avait même une exposition d’artistes locaux, parmi lesquels des quilteuses !

Certains quilts étaient en vente, le prix est affiché :

Et celui-ci était le premier lot de la tombola :

Tous ces quilts sont très bien faits, tous les grands ouvrages sont quiltés à la long arm, mais ici il n’y a pas d’extravagance moderne 😦 Cette galerie est presque en face du lieu où se rejoue au moins 3 fois par jour la scène d’OK Corral… sauf quand il n’y a personne :

Vois-tu le panneau OK Corral sur la gauche ?
Derrière ce portail il y a la cour qui était un corral (enclos pour les chevaux). La fusillade commence à l’intérieur et se termine dans l’autre rue parallèle. Bien sûr il faut payer pour voir l’intérieur…

Cette ville a de beaux musées retraçant l’histoire de la ville, une maison avec le plus gros rosier du monde (à partir d’une bouture venant d’Ecosse) et beaucoup d’autres surprises plus ou moins authentiques, on fait la part des choses…

Le rosier est en fleurs en juin et couvre plus de 800 m2 ! (vidéo de 2.51 mn)

Plus court (25 secondes ) : floraison de 2016

Nous avons passé de très chaleureux moments dans un saloon aux fenêtres en vitraux, le soir puis le lendemain au petit déjeuner :

C’est ici que le soir, une joyeuse famille Amish m’a sensibilisée à l’esprit de Thanksgiving au quotidien. La famille aux cinq enfants dînait comme nous dans cet établissement historique, à la table d’à côté. Nous n’avons échangé que quelques sourires, pourtant l’envie ne me manquait pas d’engager la conversation ! Combien de fois me suis-je reproché ma timidité pendant ce voyage… Le père portait une longue barbe mais était habillé comme n’importe quel Américain, tout comme les fils. Les jeunes filles en revanche portaient la même jupe longue visiblement « cousue maison » dans un tissu gris et leur mère avait une robe de la même étoffe et cachait ses cheveux sous une coiffe. Ils étaient visiblement heureux d’être à Tombstone, les discussions à leur table se faisaient dans leur dialecte germanique mais leur anglais était parfait.

Après ces dix étapes chaque mardi, je prends une pause pour mieux revenir en début d’année 2019 avec d’autres épisodes Western Spirit ! J’ai encore des choses à te raconter…

Until later,
Katell

La Forêt de Violaine

Lorsque je suis invitée à animer un stage ou une Journée de l’Amitié, chaque personne présente compte, ces rencontres sont la récompense de voyages-éclairs où, souvent, je n’ai malheureusement pas le temps de rester. Une journée passe si vite, les personnalités se dévoilent peu à peu, les échanges se précisent, on aimerait mieux apprendre à se connaître… La dynamique de groupe en stage est très particulière, un rien magique !

C’est tellement émouvant de rencontrer les lectrices de La Ruche, en même temps je crains toujours de laisser une trace de déception, car je ne suis qu’une quilteuse comme tant d’autres, qui aime écrire, certes… Nous sommes en esprit déjà des amies, nous nous sommes trouvé des traits communs, nous vibrons pour les mêmes quilts, mais la complicité se confirmera-t-elle face à face ?

Samedi dernier j’ai rencontré en particulier deux fidèles lectrices, Nadine et Violaine. Dans l’atmosphère pétillante qui régnait dans le stage de découverte des quilts improvisés, nous avons eu de précieux moments d’échanges, confirmant pour ma part la sympathie que j’éprouvais déjà pour ces deux quilteuses. Nous nous reverrons, c’est certain !

Violaine m’a rappelé qu’elle avait interprété mon quilt La Lune Blanche. Je l’avais justement apporté en exemple d’utilisation de coutures courbes et il était évidemment différent de ce qu’elle avait imaginé à partir de la photo. Interpréter, Violaine est bien placée pour le savoir*, c’est s’approprier l’idée ou le texte, pour le faire sien !

Voici donc SA Forêt :

Lumineuse, poétique, dynamique, originale, amusante, attendrissante, impressionnante… La Forêt à l’image de la quilteuse, bravo Violaine !

*La passion des couleurs a mené Violaine à faire des quilts, sa passion des mots à écrire, sa passion de l’humain à jouer… Vous l’avez sûrement vue dans un des innombrables films, téléfilms ou séries dans lesquels Violaine a campé tant de personnages ! La passion de la vie, tout simplement.

Retrouvez-la sur Facebook, Violaine Barret.

 

Une variation intéressante aux Salvages (Castres)

Plus tôt cette semaine, j’ai eu la chance de retrouver les quilteuses castraises déjà rencontrées avec Betty lors de sa venue en Occitanie. L’une d’entre elles m’a transféré cette photo :

Bravo pour cette innovation très réussie !

Le Pine Cone est monté « à l’envers », les pointes vers l’extérieur, le pliage est en trois au lieu de deux pour avoir des pointes plus aiguës (comme les Russes) et le tissu est un wax. Nous sous-estimons encore les capacités décoratives de ces tissus de style africain…

J’aimerais faire sur ce blog un récapitulatif des ouvrages faits au cours de mes stages et JA, envoyez-moi SVP vos photos d’ouvrages finis à quilteuseforever(arobase)orange(point)fr avant le 28 février 2019. Merci à chacune, les rencontres avec vous me nourrissent et m’enchantent !

Western Spirit 9 – Un peuple de cactus, les saguaros

Les cactus saguaros sont très évocateurs du désert et sont mis à toutes  les sauces :

Voici l’histoire de cette marque texane qui évoque pour tous la cuisine conviviale tex-mex. Les cactus emblématiques du logo sont pourtant des plantes circonscrites dans un espace très délimité, loin du Texas, et j’ai eu la chance de les côtoyer pendant trois jours… Au risque de passer pour fofolle, ils sont devenus mes amis. Oui, les cactus !

Ce sont plus précisément les cactus Saguaros, très à la mode en ce moment dans la décoration et les mouvements artistiques :

Ce très beau saguaro d’Helen Robinson a fait la Une de Simply Moderne n° 13.

Le saguaro (qu’on prononce sawaro) est un grand cactus arborescent qu’on ne trouve que dans une petite partie du sud de l’Arizona et au nord-ouest du Mexique. Là où nous les avons vus, c’est autour de la ville de Tucson, qui s’étale entre deux parcs nationaux, Saguaro Ouest et Saguaro Est. J’imagine que cela ne faisait qu’une étendue continue à l’origine, morcelée par les hommes. Le climat est semi-aride, mais comme je ne fais pas les choses comme tout le monde, le seul jour de pluie en un mois de vacances, un déluge à ne pas mettre une Katell dehors, fut le 1er jour dans ce sud aride ! Nous avons alors changé nos plans et continué la route, c’est ce que je vous raconterai la semaine prochaine.

Notre grande balade à l’ouest de Tucson se passa le lendemain sous une forte chaleur (impossible d’imaginer qu’il tombait des trombes la veille, tout était absorbé) avec un air très pur, débarrassé de sa poussière. Les cactus s’étaient donc faits tout beaux pour notre visite, après leur douche de la veille !

A l’ouest et l’est de la ville de Tucson se trouvent deux zones protégées où pousse, malgré le nom de désert, une grande diversité de plantes. Plusieurs randonnées sont possibles, toutes balisées. On n’a pas envie de marcher sur un serpent, une araignée ou un cactus dont certaines épines transpercent les chaussures…
La vie des jeunes saguaros dépend d’autres plantes : une protection partielle leur est quasi-indispensable. Ainsi les buissons ont leur part de travail, protégeant les bébés saguaros. L’arbuste déjà bien vieux mourra sans doute dans quelques années, laissant place à ce cactus de 80 cm et donc d’environ 25 ans ici. Il aura fait son travail protecteur. Dans 10 ans, le saguaro aura environ 1 mètre de plus et produira ses premières fleurs toute blanches, puis des fruits rubis.
Des bébés saguaros, ont-ils assez de protection ? Les petits plants sont plutôt rares, même dans les parcs nationaux qui les protègent.

A vrai dire, en me promenant parmi les saguaros, une étrange sensation m’a saisie, comme si je me trouvais parmi une foule de personnes. Pourtant alentour, seul mon mari était visible. Ces cactus ont une présence remarquable, au-delà de leur stature (jusqu’à 15 mètres). Ne craignant aucune honte, je leur attribuais une personnalité, un petit nom au passage, je leur parlais.

Coucou toi ! Tes cotes épineuses sont très jolies, comme des augmentations de mailles dans un tricot. Tu dois avoir moins de 100 ans, car tu n’as pas encore développé de bras.

Comment dire ? Les saguaros sont bienveillants malgré leurs épines qui les couvrent tel un duvet protecteur, une légère fourrure. Leurs épines sont d’autant plus grandes que les cactus sont petits, au moment où ils ont le plus besoin de protection. Quand on touche leur peau, la sensation est douce, agréable, souple et tiède grâce au soleil… un peu comme une peau humaine.  Et puis ils sont marrants, il n’y en a pas deux pareils alors qu’on les dessine toujours de la même façon ! Leurs bras ont poussé ou pas (jamais avant 60 ans), ils en ont souvent deux mais parfois les cellules se sont emballées et de nombreuses branches jaillissent du tronc. Chaque bras augmente la capacité de reproduction par les graines du fruit après floraison (jusqu’à 2000 graines par fruit si la fleur a été pollinisée).

Un très vieux saguaro et un jeune homme 😉
Un seul bras pas bien grand, tu dois avoir entre 75 et 100 ans, un bel âge pour un saguaro ! Je te trouve magnifique.

Evidemment les collectionneurs de cactus voudraient tous avoir un exemplaire de saguaro. Ils sont désormais protégés mais on peut acheter des kits :

En vente sur amazon. La photo est légèrement trompeuse, le cactus n’est pas compris dans l’envoi !

Ils poussent tellement lentement (seulement 20 cm de haut à 15 ans), la demande est tellement forte que le trafic des plants adultes est juteux. Alors les autorités font la chasse aux voleurs de cactus qui sévissent surtout la nuit.

La meilleure solution est de faire comme Emilie de Neelam : un saguaro en tissu trône fièrement sur la table de leur salon !
Voici les kits disponibles : des cactus qui ne demandent ni chaleur, ni eau, ni lumière… et ne piqueront jamais ! J’ai fait celui du milieu pour ma fille, c’est simple et très bien expliqué. Amuse-toi à créer ta collection !

Au Visitor Center nous avons visionné un film sur les saguaros après notre première visite et je n’ai été qu’à moitié étonnée que les Indiens locaux Tohono O’odham (surnommés péjorativement les Papagos, les mangeurs de haricots…) les aient considérés comme des personnages, c’était pour moi si évident. Ils considéraient ces plantes avec égards car les fruits étaient bienvenus dans leur alimentation très frugale. La floraison fugace, en avril-mai, était une telle fête que c’était, paraît-il, leur nouvel an !

Le jardin autour du Visitor Center montre toutes les plantes qu’on peut rencontrer dans le coin. L’écosystème est admirable mais si fragile.

Dans ce climat semi-aride où les températures atteignent 45° et +, les saguaros sont le garde-manger et abreuvoir d’oiseaux qui se jouent de la protection des épines. Les plus grands saguaros pèsent 5 tonnes… dont 3 d’eau ! Les piverts creusent un trou pour en faire leur nid et l’année d’après, d’autres oiseaux s’y installeront. Ces hôtes sont parfois la cause du dépérissement des cactus.

Le Gila woodpecker est un hôte récurrent des saguaros, il y trouve le gite et le couvert.
Hibou dans un saguaro en fleurs, photo d’ici.
Ce vieux bonhomme est perclus d’arthrose. Oh pardon, ce saguaro a subi une période de gel, ce qui fait que ses bras vont aussi bien vers le ciel que la terre.

La période la plus aimée pour visiter ces parcs est avril-mai, pour admirer les floraisons. Nous avons cependant vu quelques fleurs sur d’autres plantes comme celle-ci :

Ou celle-ci :

J’ai pris beaucoup de photos dans les deux parcs, mais je conclus avec celle-ci qui n’est pas de moi :

Photo prise dans le Saguaro Park par Yeahsoo, CC BY-SA 3.0, 

Le voyage me semble déjà bien lointain mais j’ai encore tant à partager encore ! Alors rendez-vous mardi prochain !

Until later, à bientôt,
Katell

Western Spirit 8 – Action de grâces, Thanksgiving

J’ai longuement développé l’origine de Thanksgiving il y a 4 ans sur ce blog, tu y comprendras pourquoi cette fête familiale est la plus importante de l’année aux Etats-Unis.

Thanksgiving entre Friends !

Remercier Dieu pour les bonnes récoltes ne se limite pas forcément au 4e jeudi de novembre ; en septembre dernier dans l’Ouest américain, j’ai assisté plusieurs fois à une petite action de grâces en début de repas : chez des hôtes, au restaurant à la table voisine, parfois discrète, d’autres fois plus démonstrative… Bien sûr je sais que la religion est très présente aux Etats-Unis, et d’ailleurs une des tablées dont je parle était amish (des touristes Amish dans le sud de l’Arizona, oui ça existe !). Alors qu’enfant je trouvais ces pratiques vieillottes et même ridicules quand d’aventure elles étaient pratiquées devant moi, à présent je ne vois plus du tout les choses de la même façon, cela m’a sincèrement touchée.

Family praying together over Thanksgiving dinner

Le repas ne sera pas le même si on le partage avec convivialité ou si on le mange distraitement devant un écran, c’est certain et d’autant plus vrai après ce qu’on appelle une action de grâces. Après avoir remercié Dieu – ou, laïquement, après avoir énoncé notre reconnaissance envers les personnes qui ont rendu possible ce bon repas – nous avons tendance à déguster, à longuement mâcher pour dégager toutes les saveurs, à manger en conscience. C’est recommandé pour la santé, le cerveau est mieux préparé à entamer toutes les phases de digestion. Nous prêtons aussi attention à la provenance des produits et le sujet s’invite dans la conversation d’une manière ou d’une autre. La conversation est dans la nature de l’être humain : le repas est le moment idéal pour renouer avec notre état d’homo sapiens dans ce qu’il a de plus basique (le livre Sapiens, une brève histoire de l’humanité de Yuval Noah Harari, brillant essai sur la nature humaine et son histoire, donne comme raison du développement de notre race d’humain notre capacité à bavarder… et faire des commérages !).

Une grande prise de conscience se fait en ce moment sur la nécessaire qualité de nos aliments (nous sommes faits de ce que nous mangeons) et pour enseigner aux enfants le respect du travail en amont et la gratitude qu’on lui serve de la qualité, 10 secondes pour y penser avant chaque repas ne me semble pas insurmontable.
Bon, c’est ma minute réac !!

Nous avons tout de même en France l’habitude de nous souhaiter :

Bon appétit !

Pourtant des personnes nous gâchent le plaisir en nous disant que ce serait impoli. Qu’en penses-tu ? Moi j’assume ! C’est pour moi aussi une façon de dire que je suis heureuse de partager mon repas avec les personnes choisies autour de moi, alors que tant de personnes sont seules.

Que c’est agréable de pouvoir manger ce qui vient de son jardin ! Mon mari nous pourvoit en légumes et quelques fruits tellement délicieux. Ma sœur qui vit à Paris a trouvé nécessaire de transformer son balcon en petit jardin d’herbes et c’est une tendance forte de vouloir retrouver la maîtrise de ce qu’on mange. Alors je n’ai pas instauré l’action de grâces à voix haute mais depuis mon retour, je prends le temps de me dire que j’ai bien de la chance d’avoir une assiette pleine de bonnes choses. Chaque moment de joie se savoure, car la vie se charge de nous fournir aussi des épreuves…

Potager en carrés, peinture sur bois de Valériane Leblond.

De tout cœur je souhaite un bon Thanksgiving à mes amis américains, cette année c’est jeudi 22 novembre, et je te donne rendez-vous mardi prochain pour une rencontre avec un peuple de géants verts… 

Until later, avec toute ma gratitude de te savoir fidèle au rendez-vous du mardi,
Katell

Croisière et arts textiles

J’ai des amies qui, loin de l’actualité des gilets jaunes, ont pris la mer hier. Une croisière en Méditerranée, pendant laquelle elles ne risquent pas de s’ennuyer puisqu’elles vont assouvir leur passion des arts textiles ! Très banale aux Etats-Unis, cette proposition l’est beaucoup moins en France, c’est pourtant une idée de dépaysement très sympathique, surtout avec des animatrices comme Sheila Frampton-Cooper, Maryse Allard, Ina Statescu et Gabrielle Paquin que, chacune, je connais et admire, ainsi que Cyriaque. Que la croisière s’amuse !

Hier soir : embarquement immédiat ! Photo de Frédérique Proust, heureuse participante de la croisière (photo Facebook)

Cet événement est organisé par Pascale Bebronne et son équipe. Beaucoup d’entre nous connaissent cette femme volontaire et énergique, qui participe activement à l’animation du monde du patchwork en France.

Son nom vous dit quelque chose sans savoir d’où ça vient ? Je vous aide : vous lisez son nom dans le magazine La Pratique du Patchwork. Ce magazine (à présent édité en version à mi-chemin entre le magazine et le livre) a indéniablement sa patte, sa culture et son énergie. Les explications de modèles, avec de nombreux pas-à-pas photographiés, sont faciles à appréhender. Quant aux dossiers, ils sont toujours complets, comme dans le dernier numéro (La Pratique + n°2) avec le quilting machine, qui répond à toutes vos questions sous la plume de la spécialiste Chantal Baquin, ou des perspectives historiques (La 1ère Guerre Mondiale et les hexagones) écrites par ma fidèle amie haute-garonnaise Denyse Saint-Arroman. Et bien sûr de nombreux portraits d’artistes viennent compléter la revue de 146 pages. Dans celui-ci, le fabuleux Ian Berry, rencontré de nouveau l’été dernier à Labastide-Rouairoux, est minutieusement portraituré par Pascale Bebronne. D’habitude, c’est lui le portraitiste, ici il en est le sujet. Son succès mondial ne lui fait pas la grosse tête, il reste si amical, accessible, humble… Il est toujours mon chouchou, un mot qui le fait toujours rire aux éclats !

Avec Les Nouvelles, Patchwork & Création Textile, unique en son genre puisque fait pour et par les adhérents de France Patchwork, les éditions de Quiltmania, celles d’Editions de Saxe, celles de Burda avec divers magazines d’Outre-Rhin traduits en français (Sabrina, Elena) et La Pratique du Patchwork +, nous quilteuses et quilteurs francophones avons une chance inouïe !

Soutenons nos associations et éditions sur le patchwork et arts textiles, elles sont de grande qualité !

Western Spirit 7 – Colorado River and Grand Canyon

Le Colorado (coloré, rouge en espagnol) est un fleuve mythique, appelé ainsi car il charrie la terre rouge des montagnes, plateaux et canyons où il passe. Les paysages traversés par le fleuve font partie des plus beaux qu’il m’a été donné de voir, comme le Grand Canyon du Colorado. On n’oublie jamais le Grand Canyon quand on a eu la chance de le voir un jour ! 

Le Colorado River prend sa source dans les Montagnes Rocheuses dans l’Etat du Colorado et serpente sur 2 330 km vers le Golfe du Mexique en passant par l’Utah, l’Arizona, le Nevada, la Californie et enfin un peu de terre mexicaine. Le parc du Grand Canyon du Colorado se trouve entre le Lake Mead et le confluent avec Little Colorado (mais coule de l’est vers l’ouest), en Arizona du Nord, ce qui fait environ 350 km de long. Seuls quelques endroits sont accessibles pour les touristes, afin de préserver au mieux l’écosystème. Le Grand Canyon n’est pas un désert, beaucoup d’animaux y vivent !
Visiteur du Grand Canyon en 1914

Le Président des Etats-Unis Théodore Roosevelt découvrit ce site au tout début du XXe siècle et réussit, contre l’avis du Congrès, à en faire un Parc National le 11 janvier 1908 (la photo ci-contre date de ce jour historique). Déjà il y avait beaucoup de tourisme, des exploitations minières, des maisons au bord de la rive, une certaine anarchie dans les constructions. Il fit un beau discours à cette occasion, en substance : Le Grand Canyon m’inspire admiration et respect. Il est au-delà de toute description, absolument inégalé de par le monde. Il faut absolument que cette merveille de la nature reste ainsi. Ne faites rien qui puisse altérer sa sublime grandeur et magnificence. On ne peut l’améliorer. La seule chose qu’on puisse faire, c’est le garder intact pour nos enfants et les enfants de nos enfants et tous ceux qui viendront après nous, pour que chaque Américain puisse le voir ainsi.

Si j’ai pu profiter de tant de paysages grandioses en septembre dernier, je sais que c’est c’est grâce à John Muir et Theodore Roosevelt. Muir est le père des Parcs Nationaux des USA mais il n’aurait jamais réussi sans le soutien du Président.

Roosevelt (1858-1919) et John Muir (1838-1914) grâce à qui de larges régions naturelles n’ont pas été saccagées.

Mais ces hommes ne sont pas assez entendus de nos jours… Parlons des choses qui fâchent. Même si nous avons vu des paysages fantastiques et qu’on se sentait si bien dans cette région, le Colorado River, que nous appelons fleuve en français (nous distinguons ainsi les cours d’eau qui se jettent dans la mer ou l’océan), est en danger. Mais le Colorado est-il toujours un fleuve ? On ne sait plus quoi dire car l’embouchure, un grand delta au nord du Mexique, est… asséché.

Le delta du Colorado : au mieux, il est humide… Photo de Franck Vogel, GEO Magazine

Plus d’eau, nada, depuis des années ça ne coule plus : seulement 9 % de l’eau du Colorado arrive près de l’embouchure car le reste est détourné en amont. Avec la chaleur, il y a une forte évaporation dans le coin, ce qui ne donne plus que 4 % de l’eau qui devrait y couler. Résultat, les Mexicains vivant traditionnellement de la pêche à cet endroit depuis des siècles sont obligés d’aller en pleine mer.

En moins d’un siècle, l’homme a créé des barrages, des réservoirs, des détournements, épuisant le fleuve. Une mauvaise nouvelle arrivant rarement seule, la neige est de moins en moins abondante et fournit moins d’eau chaque printempsC’est vrai que les lacs artificiels sont magnifiques et favorisent le tourisme mais le domptage de la nature pour notre confort n’est pas sans conséquence. Nous sommes allés bien trop loin. Bien sûr, le Colorado permet à quarante millions de personnes d’avoir de l’eau au robinet, mais il irrigue surtout des cultures qui n’ont pas lieu d’être en milieu quasi-désertique, arrose toutes les parcelles de jardins de Californie et d’Arizona chaque soir et des centaines de golfs aux pelouses vert fluo plantées dans des terres arides, et tant d’autres exagérations. La consommation à outrance est néfaste, quel que soit le sujet, mais la problématique de l’eau est cruciale. Les alertes se succèdent en cascade : l’évaporation s’accroît, concentrant notamment les pesticides et phosphates de l’agriculture (qui eux ne s’évaporent pas…), la sécheresse s’accentue, alors que les « besoins », en réalité souvent futiles, sont insatiables. On tue clairement la poule aux œufs d’or…

A l’échelle cosmique, l’eau est plus rare que l’or.
Hubert Reeves, astrophysicien, écologiste

Extraordinaire photo (d’ici) mais qui montre clairement la ligne d’eau « d’avant »… Les Navajos les appellent les traces de baignoire ! 

Encore une fois des scientifiques disent qu’il n’est pas trop tard, mais que des mesures sont urgentes pour préserver une qualité de vie « normale » dans les décennies à venir. Trop tard ou pas, je n’en sais rien, mais voyager aide à ouvrir les yeux : au milieu d’une nature paradisiaque, ce voyage m’alerte tellement sur la domestication à outrance de la nature… Un article en français d’un site suisse te fait ici l’historique des décisions et dérives…

Parfois tout de même, on fait marche arrière. Figure-toi qu’au bord du Grand Canyon, là où tout le monde se promène, se trouvait naguère une mine de cuivre exploitée pendant des décennies (à partir de 1893) jusqu’à ce qu’on découvre au début des années 1950 que les cailloux noirs qu’on jetait étaient d’une richesse folle en uranium ! De 1953 à 1969 on exploita cette mine principalement pour l’uranium, riche aussi en or, argent et encore en cuivre. L’exploitation s’interrompit non pas parce que les défenseurs de la nature gagnèrent mais parce que le prix de l’uranium s’est effondré. Il est absolument interdit d’aller s’y promener (… non merci !) mais on y passe vraiment près, on en fait le tour, ce n’est guère que de la taille d’une grande propriété. D’ailleurs sur ce site, pour accompagner la mine, un hôtel a failli voir le jour :

Ce projet est heureusement resté à l’état de vue d’artiste.

D’autres projets de mines d’uranium existent autour du Grand Canyon. Le site en serait définitivement défiguré.

Un autre projet actuel m’énerve beaucoup : la perspective de transporter les touristes peu sportifs en bas du Grand Canyon… en téléphérique. Dix mille personnes par jour pourraient faire l’aller-retour. Juteux, n’est-ce pas ? Catastrophique aussi : il y aurait un visitor center, des restaurants et hôtels… On n’imagine pas l’infrastructure que cela requiert en construction, eau, électricité et tout le reste. Le projet est annoncé au confluent du Colorado et du Petit Colodado.

171101-colorado-river-little-colorado-river-confluence-ew-713p_1b65b9648914bc507d25b1bc3cc1efea.fit-760w.jpgOr cet endroit superbe est depuis des siècles un lieu hautement sacré pour les Navajos qui rejettent ce projet de toute leur force. Ceci se trouve au début du Grand Canyon, au nord-est. La confluence entre le Colorado et le Little Colorado est encore un havre de paix… pour combien de temps ?

Beaucoup de personnes se battent contre ce projet qui détruirait irrémédiablement ce merveilleux site, mais beaucoup d’autres sentent l’odeur du billet vert…

Heureusement, cet endroit est en terre Navajo (avec un gouvernement, des institutions indépendantes) et ils ont leur mot à dire. Bref, tant de causes à devoir défendre même sur un endroit aussi exceptionnel, c’est décourageant… Theodore Roosevelt, on a besoin de vous !

La rive sud du Grand Canyon accueille la plupart des touristes (4,5 millions par an), c’est gigantesque avec de nombreuses infrastructures, mais finalement plutôt bien fait. J’imagine les Américains qui, au 19e siècle, ont pu s’installer là tranquillement, construire leur maison face au canyon… Certains étaient éblouis et passionnés, ce ne sont pas eux qui auraient voulu bousiller ce lieu ! Mais le coin n’a pas pu rester secret et d’autres ont eu des idées pour en tirer parti…

Evidemment le paysage grandiose du Grand Canyon inspire les quilteuses ! J’ai sélectionné ce quilt de Cathy Geier qui travaille avec des bandes de tissus :

Coucher de soleil à Mohave Point, Cathy Geier, 100 x 142 cm

 

Dans son livre datant de 2014 Cathy nous enseigne tout ce qu’il faut savoir pour réussir son propre tableau de bandes de tissus. Bien sûr c’est faisable avec des jelly rolls, en particulier ceux en tissus batiks ou faux-unis. Cathy nous présente aussi une dizaine d’artistes qui, comme elle, font des quilts de bandes, et donne leurs particularités. Je trouve cela très généreux de sa part et cela rend ce livre très complet. Douze tableaux y sont expliqués avec le plan de chacun en fin de livre (mais pas celui ci-dessus, réalisé après la parution du livre). S’y ajoutent quelques astuces d’embellissements et des appliqués en premier plan pour plusieurs des quilts. Si cette esthétique te séduit, c’est le bon livre pour s’y mettre !

Cerise sur le gâteau, Cathy nous offre un tuto pour faire un sous-bois de bouleaux avec diverses techniques (clique sur cette phrase) : merci Cathy !

 

Rêvons en admirant ces photos extraordinaires du Grand Canyon. En photo, ce n’est jamais aussi bien, désolée 😉

Le spectacle est impressionnant. Nous avons marché de nombreux kilomètres le long de la rive sud, le paysage est toujours différent. De certains endroits on aperçoit le fleuve tout au fond. Les géologues précisent que ce n’est pas le Colorado qui a creusé le Grand Canyon, mais que le fleuve a profité de cette faille pour passer là… et la creuser un peu plus.

A une bonne semaine d’intervalle nous avons visité la rive nord puis sud du Grand Canyon. Au nord, seuls 2 ou 3 % des touristes s’y aventurent, et pourtant c’est si beau ! Certaines formations ressemblent à des temples bouddhistes, d’autres rappellent les châteaux cathares… On jurerait que certains rochers sont des ruines ! La route pour parvenir à la rive Nord traverse une grande et belle forêt, dont une partie a malheureusement été calcinée. On y voit de nombreux animaux sauvages, principalement des biches. Nous n’avions pas suffisamment de matériel de randonnée pour descendre au fond (il faut y consacrer 2 jours). Car, contrairement à la montagne où nous avons nos habitudes, ici on commence à descendre, puis on doit monter !! Et en bas il fait une chaleur torride, 10 ° de plus qu’en haut, il faut y être préparé. Tous les ans des touristes sont hélitreuillés en urgence, c’est très dangereux (les courants d’air sont forts) et coûte une petite fortune… Bref la prudence est de mise. On garde cependant un petit pincement au cœur, notre seul regret de ce voyage, on aurait bien voulu faire cette randonnée mythique… surtout mon mari qui a bien plus de résistance que moi en randonnée !

Qu’ont pensé les premiers pionniers en découvrant ce site ? Se sont-ils découragés en voyant cette barrière naturelle si difficile à franchir ? Ou religieux avant tout, ont-ils remercié leur Dieu pour cette beauté de la nature ? Sans doute les deux !

Mardi prochain, nous réfléchirons ensemble à la signification de Thanksgiving, fête familiale, religieuse… ou pas !

Until Later,
Katell