Diabolical Jane

J’ai récemment découvert un modèle de quilt inspiré d’un quilt ancien américain, très simple à faire, rapide et scrappy… Pour moi, l’idéal pour vider la tête et alléger un peu mes tiroirs de tissus. Son nom ?

Diabolical Jane !

Jane, Jessie et Melinda, membres de la Modern Quilt Guild de Washington DC, sont tombées amoureuses d’un quilt anonyme des années 1830, lors d’une visite au Musée National des Femmes Artistes (https://nmwa.org/ à Washington, DC). Ce Musée expose de nombreuses artistes telles que Sonia Delaunay, Frida Kahlo ou Faith Ringgold. L’exposition temporaire, « Workt by Hand, Hidden Labor and Historical Quilts », provenant du Musée des Arts de Brooklyn (New-York), a eu lieu fin 2013 – début 2014. L’expo est photographiée dans ce livre :

Catalogue de l’expo, édition épuisée
On voit LE quilt au centre, photo Lee Stalsworth
Voici le quilt original que les historiens situent aux alentours de 1830. Photo du livre “Workt by Hand” faite par Jessie Aller. Les carrés manquants en bas rendent possibles la mise sur un lit à baldaquin (avec des colonnes).

Les trois amies se sont penchées sur les photos du quilt, Jessie a créé un article avec d’excellentes explications et elles se sont lancées dans leur réalisation. Est-ce LA Jane du groupe, la Diabolical Jane du titre qu’on n’oublie pas ?… 
Vous pouvez voir leurs quilts ainsi que les inspirations sur Instagram #diabolicaljane.

Jessie a interprété le quilt, marquant bien le X central avec des tissus fortement contrastés, jouant avec des imprimés que nulle part ailleurs on n’oserait associer !
Le quilt est immense, il a été très joliment quilté par Rachel Hauser, voir son article avec des photos du quilt fini.

Alors c’est décidé, pendant ce confinement, je fais un Diabolical Jane !

J’avais un réel besoin d’entrer dans ma bulle créative, pour « digérer » de mauvaises nouvelles, un décès, une maman souffrante, une amie proche très malade. Parfois, il faut égoïstement penser à soi pour surmonter une épreuve et ensuite pouvoir soutenir les autres. Les actualités anxiogènes n’arrangent rien. Alors m’immerger dans un nouveau projet de quilt me rend plus forte. 

Un de mes tissus préférés sera dans mon Diabolical Jane. Impossible de retrouver ses références, désolée…

En fouillant dans mes tiroirs, j’ai eu envie de bleu, ce bleu lumineux que je n’ai pas utilisé récemment, car mes derniers tops sont verts et orange, je vous les montrerai une fois quiltés. J’ai acheté voilà 3 ans des fat quarters de tissus épais tendance japonaise, bleus avec des impressions noires (Twilight de Windham Fabrics). Et, pensant à Valériane Leblond qui met presque toujours des oiseaux dans ses tableaux, j’ai ajouté comme base le reste de mes petits oiseaux adorés aux ailes d’un bleu approchant, dont j’ai depuis longtemps oublié la provenance :

La palette de couleurs s’est enrichie sans trop y penser d’or et d’argent, je veux dire de jaune et de gris. Et voilà ! Tissus modernes et traditionnels, vieux fonds de tiroirs et achats récents, tissus japonais, américains de chez Alice et indiens de Neelam cohabitent en un vrai scrap-quilt. J’ai consacré trois pleines journées à ce top, égoïstement et sans aucun remords. Un jour et demi pour choisir les tissus, les couper, les combiner, les changer maintes fois de place, et un jour et demi pour assembler les briques.

J’ai souhaité travailler en cm. Je me suis aperçue que chaque brique mesure 3 carrés + marges de coutures. J’ai donc choisi des carrés coupés de 9 cm, cousus de 7,5 cm. Une brique coupée mesure chez moi (3 x 7,5) + 1,5 cm sur (1 x 7,5 cm) + 1,5 cm = 24 x 9 cm. Il faut en couper 8 par tissu (cela rentre dans un fat quarter), 16 si le tissu est répété, ou 4 seulement si c’est dans le grand X central.

Le montage est comme un 1/2 log cabin, qu’on reproduit à l’identique 4 fois. Voyez les schémas de Jessie Aller pour mieux visualiser la structure. Le truc amusant de ce modèle, c’est qu’on commence par un carré qui se trouvera au milieu de la bordure ! Le X central assemble les 4 parties et, même si ses couleurs sont importantes, il ne se coud qu’à la fin.

Le placement des couleurs : j’ai utilisé le PDF disponible en fin d’article de Jessie Aller, un schéma de placement des briques. Mon brouillon est tout gribouillé, le résultat est différent de ma dernière version écrite et peu importe, ce qui compte est que je suis satisfaite du résultat !

Voici le centre de ma Jeanne la Diabolique. Je tenais à mettre un petit oiseau au centre !

 

Le départ d’un quart de top se trouve ici à droite, un carré gris et deux triangles jaunes. Et puisqu’on est entre nous, je vous montre ici le carré plus clair qui ne devrait pas être ainsi : je me suis trompée de sens, le tissu est à l’envers. Une erreur de débutante ? Une erreur de quilteuse qui a eu la flemme de découdre et recoudre juste pour ça.

 

Ce top mesure 2 m de côté. Il serait très beau plus petit aussi, avec par exemple des briques coupées de 18 x 7 cm (carrés de 7 cm coupés, 5,5 cm cousus). On ne le voit pas beaucoup, mais je voulais vous montrer, sur la droite, mon oranger du Mexique (Choisya ternata) fleuri comme si on était en avril… Il embaume divinement ! Ce dimanche, premier jour de ciel gris depuis longtemps ici du côté de Toulouse, mais la température reste étonnamment douce pour la mi-novembre.

J’étais bien concentrée sur ma tâche mais, comment dire, mon esprit vagabondait. Et c’était bien le but, m’échapper un temps de la réalité. En préparant ce top, j’avais en tête à la fois l’épopée de la Route 66, l’Histoire des USA avec ses migrants européens fuyant la pauvreté comme dans Y Cwilt… Je pensais à cette petite fille galloise du conte de Valériane Leblond. Elle a pris vie, elle m’a chuchoté pourquoi, des années plus tard, elle voulait partir à son tour. Promis, elle vous le racontera ici prochainement. Dans cette petite histoire sans prétention, vous saurez faire la correspondance entre la fiction et la réalité, car dans tout récit on y met du sien !

A très vite avec Gwen,
Katell

Ce quilt veut s’appeler  OH ! Gwen… Vous comprendrez bientôt pourquoi !

Y Cwilt

Certains livres pour enfants ont un charme qui vit longtemps en nous, comme une mélodie souvent fredonnée. C’est ce qui m’arrive avec ce livre :

Je regrette de ne pas pouvoir le lire en gallois, la version originale… J’ai bien sûr choisi la version anglaise :

C’est Valériane Leblond qui raconte l’histoire d’une petite Galloise au tournant du XXe siècle. La vie est simple et rude, mais la famille y vit depuis toujours, en symbiose avec la nature.

C’est l’automne en Pays de Galles, c’est ici que commence l’histoire de la fillette. (photo facebook Valériane Leblond)

L’hiver au coin du feu, le père sculpte des objets dans du vieux bois, la mère taille des bouts de flanelle de laine noire et rouge pour en faire un cwilt. Mais un hiver plus difficile rend la faim tenace et les parents décident de quitter leur pays, un seul ballot en main : le quilt rouge et noir… La petite fille découvre une ville, un port, un bateau, un long voyage en mer. Dans la chaleur du quilt, elle trouve la consolation du déchirement de l’émigration. 

Dans ce nouveau pays jamais cité, dans une nature différente mais généreuse, avec le travail acharné des parents, la famille crée son nouveau foyer, sa nouvelle vie, son nouveau chez-eux, avec le fameux quilt rouge et noir qui rappelle la vie d’avant…

Faire de ses rêves une réalité plus douce, c’est la réussite de cette famille.

La fillette observe et comprend à sa manière les changements dans leur vie, se rassure en voyant les hirondelles du printemps, symbole de la résilience. La finesse des dessins souligne la justesse de l’histoire, vécue par des millions de migrants quittant l’Europe pour une vie meilleure aux États-Unis.

La grande ville d’où part le bateau se reconnaît à sa skyline (sa ligne d’horizon), c’est Liverpool (photo Facebook Valériane Leblond).

Dans ce livre, au Pays de Galles comme en Amérique, le ciel et la mer ne sont jamais bleus, mais des mille nuances glaz qui sont comme la vie, changeantes.

Le quilt, fait de la flanelle noire des costumes du père, de la flanelle rouge des robes de la mère, est assemblé point par point avec amour, la mère décorant avec fantaisie au fil rouge la rigueur du patchwork. Cela rappelle l’intuition de plusieurs historiennes, pensant que les femmes Amish, à la fin du 19e siècle, se sont inspirées des quilts gallois lorsqu’elles ont décidé de remplacer leurs couettes par des quilts (lire aussi : De la couette au quilt et les autres articles sur les Amish).

Vous l’avez donc deviné, ce tout petit livre est un coup de cœur ! J’imagine que toute quilteuse américaine au sang gallois offrira ce livre à ses enfants ou petits-enfants pour Noël. 

Il est en vente pour environ 7 € en anglais ou en gallois. Il reste à savoir si, un jour, il sera publié en français… 

Pour passer l’année prochaine avec la poésie de Valériane, le calendrier 2021 est disponible dans sa boutique ETSY. Attention, il est en gallois !

L’auteure nous offre sa belle histoire, et elle a fait son chemin, sans y réfléchir une suite a pris forme en moi, tout en jouant avec mes tissus. Cette fillette galloise, je lui ai donné un prénom, Gwen, que porte mon aînée en second prénom et qui rappelle aux quilteuses la reine des quilts libérés, Gwen Marston. C’est en pensant à cette petite Gwen que j’ai fait, ces derniers jours, un top que je vous présenterai prochainement. Je vous raconterai comment, même en suivant un modèle, j’ai rêvé à la petite Gwen…

Pour garder le moral, jouons avec nos tissus, rêvons… et aimons la vie simple, riche des beautés de la nature,
Katell

Lumière d’automne (par une belle journée comme aujourd’hui) Valériane Leblond

 

 

 

VOTE quilts

Aux États-Unis, c’est une vieille habitude de s’exprimer sur des quilts. Les orientations politiques en quilts devinrent populaires après la parution des modèles faits en carrés et demi-carrés dans le magazine Kansas City Star en 1931 : l’éléphant Ararat pour les Republicans, l’âne Giddap pour les Democrats.

Top des années 1930, Laura Fischer quilts
Au Gilbert Museum Quilt show en 2012.

Voici les modèles originaux :

D’où viennent les symboles d’âne pour le parti démocrate et d’éléphant pour le parti républicain ?

J’aime beaucoup Political Circus de Misty Cole, fait en 2016. Voir son histoire par ici.

Petite histoire des deux partis politiques aux USA

Le Parti Démocrate est le plus ancien. Il fut créé en 1828, juste avant l’élection d’Andrew Jackson, premier Président d’origine modeste. Il a été notamment élu sur son programme de « débarrasser l’Ouest des USA de tous les Amérindiens », pour faire de la place aux Blancs. Il est responsable de plusieurs génocides de tribus indiennes. Eh oui, c’est l’Histoire… Il s’appelait Jackson, ses détracteurs l’appelaient jackass, le bourricot, et plutôt que de combattre cette image, il en fit une fierté.

Jackson attisait la défiance du pouvoir central et favorisait les autonomies locales. Plus tard, le Parti Démocrate se déchirera entre modérés et esclavagistes. Il sera le Parti défendant l’esclavage lors de la guerre de Sécession (1861-1865). Le Vieux Sud devint ensuite une région ultra-ségrégationniste et anti-fédéraliste ; le Ku Klux Klan était en quelque sorte, à l’origine, le bras armé des Démocrates du Sud. Au début du XXe siècle dans le Nord, les Démocrates se tournent vers un progressisme universitaire, soutiennent les migrants (comme les Irlandais catholiques), les minorités (les Juifs), font voter des lois protégeant les petits propriétaires ruraux, le droit de vote pour les femmes de l’ensemble des USA en 1920.

Le parti démocrate moderne confirmera son esprit d’opposant au pouvoir central fédéral, aux puissants capitalistes, mais restera longtemps indifférent à la ségrégation sudiste. Roosevelt et son New Deal font du parti démocrate une force moderne, progressiste. Le parti démocrate fut dépoussiéré de son encombrante histoire raciste par le charisme de Présidents issus de minorités avec John Kennedy (catholique) qui soutient le révérend Martin Luther King, puis Barack Obama (métis)… La majorité des Afro-américains votent pour ce Parti à présent, comme la plupart des minorités, car il déclare vouloir assurer une protection pour les moins puissants.

Le Parti Républicain est l’autre force en présence dans la politique américaine, héritière de la pensée du libéralisme classique de John Locke et de Montesquieu. Il fut créé en 1854 pour développer une société progressiste, une société industrielle et éduquée fondée sur la liberté individuelle, la promotion sociale par l’effort et le mérite, excluant toute forme d’asservissement économique (esclavage). C’est dès l’origine un parti rassemblant les Puritains (les Protestants les plus stricts), comme les Quakers qui aidèrent les fugitifs noirs.

Son premier Président est Abraham Lincoln, qui mena la lutte contre l’esclavage des États du Sud et gagna la Guerre Civile. Ensuite, les Républicains se font les défenseurs de l’industrialisation, du développement des transports (chemin de fer, routes), le Parti du business et des Puritains créationnistes, et en même temps une représentation de la Great America. Quand arrive la Grande Dépression en 1929, les Républicains non-interventionnistes sont incapables de gérer la crise. Ils ne s’en remettront qu’après la Seconde Guerre mondiale, avec Eisenhower qui modernise le pays, lui donne un souffle de grand optimisme, conforte la certitude des Américains d’être un peuple moderne, et que dans ce pays, tout est possible. Cette période s’accompagne cependant du Maccarthysme, la chasse aux communistes (jusqu’en 1954) et la Guerre Froide.

Ronald Reagan fit dans les années 1980 une révolution conservatrice et les partisans du parti républicain sont devenus majoritairement blancs, banlieusards ou ruraux, évangéliques, très patriotes et, par la suite, généralement climato-sceptiques. Ils regrettent la dominance affaiblie de leur pays et des WASP (les Blancs Protestants d’origine anglo-saxonne). Au fil du temps, ce parti est donc devenu conservateur, profitant du désenchantement des Blancs des classes ouvrières qui ne se retrouvent plus dans l’élite intellectuelle démocrate. Il reste favorable à la responsabilité individuelle et au moindre engagement de l’Union (pas de sécurité sociale), à la liberté du port d’armes et reste très attaché aux valeurs religieuses protestantes, tout en étant toujours globalement proche des milieux d’affaires traditionnels. Ce Parti était beaucoup plus uni que le Parti Démocrate, toujours riche en dissensions, mais Donald Trump le divise profondément.

Et l’éléphant républicain ? C’est un illustrateur, Thomas Nast (1840-1902), ami de Mark Twain, qui reprit l’âne (Jackass) dans ses caricatures et utilisa le premier l’éléphant pour le Parti Républicain. Ces dessins de presse sont devenus des symboles reconnus qui perdurent. Nast créa aussi le dessin de l’Oncle Sam, celui du Père Noël à barbe (qui devint rouge avec Coca-Cola)…

Merry Old Santa Claus, par Thomas Nast. Gravure sur bois publiée le 1er janvier 1881 par le Harper’s Weekly.

Inciter à voter dans un pays qui vote peu traditionnellement, c’est ce que font parfois les quilteuses.

Quilt de Irene Williams, quilteuse de Gee’s Bend, Alabama, en 1975. Il est fait avec des tissus imprimés VOTE. Le bloc est le célèbre Housetop – nom que préfèrent les Noires Américaines à Log Cabin ou Courthouse Steps.

Il faut dire que l’organisation des votes n’est pas simple aux USA.

Les quilts VOTE pour cette élection

On sait déjà que, avant de connaître le gagnant des élections qui se font en ce moment aux USA, les Américains ont beaucoup plus voté que d’habitude. Et les quilteuses ont été prolixes à ce sujet ! C’est un véritable phénomène : des centaines de quilts ont déferlé sur Instagram avec quatre lettres : V O T E. Certaines quilteuses prennent parti en présentant leur quilt, d’autres restent neutres. La plupart des quilts sont avec les 3 couleurs du drapeau. On peut en déchiffrer certains car le rouge est la couleur des Républicains, le Bleu celle des Démocrates. Je n’ai pas vu d’âne ou d’éléphant cette fois-ci, mais des quilts d’inspiration très moderne. En voici quelques-uns, pour le plaisir !

@kristinshields
@aquilterstable
@weirdbirds
@kagcreates
@tjquilt36
@jennifersampou (en 2016)
@tinytomatoesdesign
@sherrilynnwood
@subsistenceslicker
@elizabethkray
@teresacoates
@sewwhatquilts
@surori_textiles

… et bien d’autres, à voir sur Instagram #votequilt. De belles inspirations…

Nous n’avons pas le gouvernement par la majorité.
Nous avons le gouvernement par la majorité qui participe.
Thomas Jefferson

Avec le vote indirect et les Grands Électeurs, ce n’est pas toujours le cas aux États-Unis. Espérons malgré tout que les résultats ne mettront pas le feu aux poudres.

Bonne journée, à bientôt, Katell

Pluie d’étoiles

⭐🌟⭐Pluie d’étoiles, c’est le nouveau challenge de France Patchwork⭐🌟⭐

Pluie d’étoiles, c’est un défi de 30 jours avec 30 étoiles en patchwork, des blocs de 18 cm de côté. Chacun fait des étoiles pour son propre plaisir, avec la dynamique du groupe, la joie de partager les photos, les trucs techniques, pour conserver une belle énergie malgré tout.

A nos tissus !

Ne perds jamais espoir. Lorsque le soleil se couche, les étoiles apparaissent.

Pour suivre ce challenge, rendez-vous sur le forum France Patchwork par ici !

 

 

 

 

Rien n’est Noir

                     Photo Tomas Criger

Il est un livre où l’on avance au gré des passions aux couleurs primaires, bleu, rouge, jaune, avec des chapitres aux nuances poétiques, où tout est vibrant, fleuri, éclatant, flamboyant, ténébreux, brillant, multicolore, lumineux, ombrageux, chatoyant, incandescent…
Seuls les cheveux et les yeux de l’héroïne sont noirs, un Noir à la Soulages, un Noir de lumière et d’émotion.

                                     

Après avoir écrit deux articles sur Frida Kahlo au printemps, j’ai continué de me sentir impressionnée par cette femme, elle restait obstinément quelque part dans mon cœur et ma mémoire. J’ai donc lu, cet été, deux parmi les nombreux livres qui lui sont consacrés. J’ai grandement apprécié la biographie de Frida Kahlo écrite par la franco-mexicano-cubaine Rauda Jamis, puis j’ai plongé dans le roman de la parisienne-bretonne Claire Berest. Chaque portrait rend avec vérité, je le sens, ce feu follet que fut Frida. Chaque écrivaine est inspirée, sinon habitée par l’Inspiratrice, ayant tout lu, tout vu, tout visité, tout ressenti d’Elle.

Lien vers mon article Frida Kahlo, icône féminine
J’évoque dans le deuxième article des femmes inspirées et des quilts sur Frida Kahlo l’Unique, devenue un symbole qui touche intimement de nombreuses femmes. Lien vers l’article Frida, Laura & Betty.

Si vous avez été touchée par Frida à travers ces articles, vous adorerez les livres* et en particulier Rien n’est noir :

Ce livre vient tout juste de sortir en Poche et a remporté le Grand Prix des lectrices du magazine ELLE 2020 en juin dernier. @claireberest

L’écrivaine s’est tellement imprégnée de son héroïne que parfois, on ne sait plus de qui sont les mots, de l’auteure ou si les phrases sont extraites du Journal ou encore de la volumineuse correspondance de Frida. Ce livre est rempli des passions et des émotions de Frida, ses émois comme ses douleurs, ses amours comme ses colères. Claire et Frida ne font plus qu’Une. La fusion est tellement forte qu’elle s’est mise à ressembler à son sujet ! Un jeu esthétique bluffant.

Claire Berest, 2016
@claireberest (compte instagram de Claire Berest, 2020)
@claireberest

Après avoir lu ce livre, on a envie de porter de longues jupes éclatantes, de se charger de volumineux bijoux ethniques et piquer des fleurs dans ses cheveux !

Le titre Rien n’est Noir résonnait en moi quand j’écrivais Octobre Noir. Même quand on est saturé de tristesse, d’angoisse, de révolte, on peut s’accrocher à des exemples qui aident à s’élever, comme la Déesse du 20e siècle qu’est devenue Frida Kahlo, ou toute personne que vous admirez. 

Ne perds jamais espoir. Lorsque le soleil se couche, les étoiles apparaissent.

 Derrière chaque difficulté, il y a une opportunité.
Albert Einstein

* Naturellement, il est judicieux d’attendre la réouverture des librairies pour acheter ces livres…

Autre personne qui me touche, plus près de nous. Rose l’Angevine a écrit plusieurs commentaires pertinents à l’issue de quelques-uns de mes articles. Elle vit en EHPAD où 9 personnes sont contaminées, d’où un confinement strict, une solitude accrue, mais elle continue de faire du patchwork l’après-midi ! Elle a offert son quilt du confinement « Ensemble malgré tout » à un de ses fils médecin pour son anniversaire, elle suit le quilt mystère France Patchwork actuel et elle vient tout juste de coudre une crapaudine… La crapaudine est un sac à ouvrages qui a une grande ouverture, bien pratique pour transporter un ouvrage. C’est un très vieux modèle que j’ai vu en tapisserie (petit point) chez ma grand-mère, en brocante (cela devait être populaire !), puis dans des livres, sur internet… Je l’ai refait à mon goût du jour et mis en modèle dans BeeBook. La semaine dernière donc, Rose l’Angevine a transformé une robe de plage en crapaudine ! Un exemple de recyclage intelligent, fort bien fait… 

Une jolie robe d’été…
…transformée en ravissant sac à ouvrage !

A 82 ans, Rose continue d’être curieuse, active et connectée. Elle a remué ciel et terre pour que les personnes en EHPAD ne soient plus isolées pendant le confinement. Ce sont des actions comme les siennes qui ont fait assouplir les règles, pour qu’il n’y ait plus le ravage du glissement fatal dû à l’isolement mortellement ennuyeux… Un immense bravo ! Même si la vie n’est pas toujours rose, cette dame positive et pugnace a choisi ce pseudo Rose l’Angevine… Il n’y a pas de hasard !

 Ce que l’optimiste voit en rose, le pessimiste le voit en noir.
Victor Hugo

Annie du blog Des Tulipes et des Coeurs a aussi un grand ❤ et aime les couleurs ! Pour son groupe, elle a préparé les instructions en français d’un quilt moderne et bien gai, destiné aux sinistrés de la tempête Alex dans les Alpes-Maritimes. Le modèle est paru dans le magazine Curated Quilts :

Modèle de Heather Kojan

Annie a reçu l’autorisation de diffuser ces instructions dans un but non commercial. Si vous souhaitez les recevoir pour faire un quilt seul(e) ou en groupe, écrivez-lui (colonne de droite de son blog), elle vous les enverra très vite gracieusement par email.

Merci pour ce partage Annie !

Le chaos est rempli d’espoir parce qu’il annonce une renaissance.
Coline Serreau

Et mon petit doigt me souffle que dès ce matin, sur le forum France Patchwork, il va y avoir des nouveautés…

C’est gris bien sombre pour l’activité de nos villages et nos centres-villes. Un mal pour un bien, le premier confinement a largement favorisé la fourniture des denrées alimentaires locales, et je crois qu’heureusement cela continue. Mais nous avons aussi besoin de nourrir notre esprit…

Depuis hier soir, nous savons que les librairies ne rouvriront pas dans l’immédiat. Le terme « bien non-essentiel » fait mal.

L’espoir, ce n’est pas l’optimisme.
Ce n’est pas non plus la conviction qu’une chose va bien se passer,
mais au contraire la certitude que cette chose a un sens,
quelle que soit la façon dont elle va se passer.
Vaclav Havel

Rien n’est noir, les merceries et donc beaucoup de magasins de tissus sont, cette fois-ci, considérés comme essentiels… Gardons le moral et restons tous prudents afin de retrouver au plus vite une vie pleine de couleurs.

Octobre Noir

L’année 2020 est pourrie, on l’a bien compris. Et pourtant, en septembre, qui aurait parié sur un Octobre aussi Noir ?

Je m’excuse auprès de toutes les autres années
que je disais pourries,
je n’avais pas encore vécu 2020.

Le mois noir commença avec la tempête Alex : deux belles vallées des Alpes-Maritimes ravagées, faisant de nombreuses victimes, certaines ont perdu la vie, d’autres ont perdu tout le reste. C’est pour ces personnes en détresse que nous pourrons offrir un quilt. Ce n’est pas essentiel, mais c’est un petit cadeau de solidarité qui réchauffera les cœurs et les corps au moment de la distribution, en 2021 sans doute. Je relaierai l’adresse d’envoi postal dès que je la connaîtrai. 

@solidarite06 est une association caritative sise à Nice, qui travaille avec le Secours Populaire pour faire cheminer les dons pour les sinistrés. C’est peut-être par eux que se fera l’offre des quilts. Attendons cependant les recommandations de France Patchwork pour une action coordonnée.

Solidarité des quilteuses du monde : les incendies gigantesques en Australie qui nous émurent en janvier 2020, ont engendré 15 000 blocs d’arbres, soit 750 quilts à faire. L’Australie ne passe pas à côté du Coronavirus et malgré tout, leurs quilteuses vivent une année unique, entre excitation et lassitude, esprit de solidarité et découragement, tant le travail est immense. Mais elles avancent avec détermination… Voici un tout petit florilège des quilts terminés :

Les actions solidaires des Quilteuses sont autant de sourires, à condition que l’organisation soit solide. Les quilteuses australiennes font face à ce gigantesque travail de choix des blocs à mettre 20 par 20, d’assemblage, mise en sandwich, quilting, bande de finition… Nous savons ce que cela représente… à faire 750 fois !! Alors encore un immense bravo aux Australiennes !

Octobre Noir… Que dire de la décapitation d’un prof ? Pour des dessins ?? Ce vendredi 16 octobre, jour des vacances, aurait dû être un jour joyeux. Un ami de ma fille, prof dans ce collège, avait partagé avec son copain et collègue Samuel son dernier déjeuner, ils avaient fait une partie de ping-pong ensemble avant 14h. Quel traumatisme pour tous les proches, tous les profs, toute la population.

Et comme si cela ne suffisait pas, les contagions du coronavirus se multiplient et nous voici de nouveau confinés ce soir-même. 

On peut se croire en enfer, mais la commune Les Rousses dans le Jura, se demande si on n’est pas déjà au Paradis. Cette photo date de mars 2020 et continue de faire le tour des réseaux sociaux ! 

Ce mois d’octobre déjà bien noir se termine avec le début d’un nouveau confinement. Un choc, une chape de tristesse, même si on nous y préparait depuis 2 jours.

Beaucoup de personnes, pour diverses raisons, éprouvent de grandes difficultés directement à cause de la pandémie – santé défaillante, séparation, manque de revenus, perte d’emploi… De la tristesse, de la révolte qui couve… Quand on voit les tensions dans certains pays récemment reconfinés, on sait que tout peut arriver. Certains se révoltent néanmoins avec humour : un père de famille de Newport (Pays de Galles) s’est présenté en supermarché en caleçon et masque, car lors de ce confinement, les magasins n’ont plus le droit de vendre ce qui est non essentiel, comme les vêtements…

Les vêtements sont devenus non-essentiels, d’après le gouvernement du Pays de Galles. Alors… Photo Wales News Service

Nous allons donc entrer en résistance. Observer le confinement puisque c’est la solution pour contrer le virus galopant, mais nous allons aussi nous distraire et nous motiver mutuellement. Pour ma part, avec la Ruche des Quilteuses, je continuerai de mêler arts textiles et lectures, pour une évasion immobile, avec un ou deux articles par semaine.

Ne broyons pas du noir quand nous avons tant d’autres couleurs !

Ensemble malgré tout, c’était l’élan créatif impulsé par France Patchwork au début du premier confinement. 

Samedi : Halloween, Samain et Pleine Lune

Commençons par une bonne nouvelle : après-demain, samedi, il fera beau temps et, la nuit venue, nous pourrons admirer la Pleine Lune, un spectacle qui me ravit toujours. On a encore le droit de regarder le ciel et rêver.

Samedi, ce sera le dernier jour d’un mois noir et le dernier jour de l’année dans le calendrier celtique. On connaît cette journée sous les couleurs d’Halloween en orange & noir, une formidable inspiration pour les quilteuses :

Halloween miniquilt, Pinkadot Quilts
Squelette en lisières, Riel Nason
Les citrouilles de Bonnie Hunter, modèle dans son livre String Frenzy.
Etoile à 5 branches de Victoria Findlay Wolfe, aux couleurs de Halloween, même si ce n’est pas le sujet du quilt !

Halloween (contraction de mots anglais) est une fête grand public, devenue très commerciale. Nous n’en avons que l’écume, les bonbons et les décorations. Et pourtant, cette célébration vient d’Europe, on la dit millénaire et on l’appelle aussi Samain (mot gaélique/celtique) : elle n’est pas une création américaine, ce sont les Irlandais qui ont émigré avec leurs traditions ancestrales et, dans leur nouveau pays, les croyances et habitudes se sont modifiées. C’est un peu la même histoire que les quilts qui ont traversé l’Océan avec les migrants : la plupart des blocs de patchwork ont été créés dans le Nouveau Monde, mais le patchwork, l’appliqué et le quilting existaient déjà.

Samaïn est une fête de fermeture de l’année écoulée, et d’ouverture de l’année à venir, c’est une charnière en dehors du temps. Comme toutes les sociétés archaïques, la société celtique était une structure très organisée où chacun connaissait sa place. Mais les Celtes savaient que seule une rupture abolissant ordre et structure et permettant au chaos de régner pouvait rendre cet ordre psychologiquement confortable. C’était le rôle de Samaïn. Les trois jours de ce festival échappaient au temps et chacun y faisait ce qui lui plaisait : les hommes s’habillaient en femme et vice versa, les barrières des fermiers étaient démontées et jetées dans les fossés, les chevaux changés de prés, et les enfants visitaient les voisins en exigeant des cadeaux et des gâteries, une tradition qui survit de façon atténuée dans la fête de Halloween (contraction de « All hallows eve » : la veille de la Toussaint, le 31/10).
Les Celtes comptaient le temps en partant de la nuit et en allant vers le jour, exprimant ainsi leur espoir dans l’évolution d’une conscience endormie vers une conscience éveillée. C’est pourquoi l’année celte commence avec une fête au cœur de l’obscurité : c’est la fête de Samaïn, dont le nom signifie littéralement « la chute du soleil ».
Samaïn ouvre donc le premier quartier, avec une fête qui dure trois jours : les 31 octobre, 1er et 2 novembre.
Samaïn est le Nouvel An celte.
Isabelle Padovani – Facebook
Il est bien difficile de rétablir ce qui se passait naguère en pays celtes, par manque d’écrits ou de traces archéologiques évidentes. Qui est sûr de l’interprétation des menhirs de Carnac ou de Stonehenge ? Ce que nous pouvons en lire est fondé sur des suppositions, des déductions, des convictions, plus que sur des certitudes.
 
La Wicca, ou l’éloge du paganisme et des sorcières
Ce qui est évident, c’est que nous avons raboté la plupart des rites anciens et que l’appel pour plus de sens dans nos vies, plus de merveilleux, titille beaucoup d’Occidentaux en quête de racines, d’authenticité… et de rêves.
Ainsi est née la Wicca, une nouvelle croyance occidentale.
Qu’est-ce que la Wicca ? C’est une croyance basée sur des racines païennes, qui tourne autour de la célébration des cycles naturels et des saisons.
Encore peu connue en France sous ce terme, la Wicca (qui vient de Witch Craft, l’Art de la Magie) rassemble à présent plusieurs millions d’adeptes dans le monde. Elle fut créée par un Britannique dans les années 1950. Pour ses détracteurs, la Wicca est un joyeux fatras de fadaises, anciennes superstitions et ramassis de bêtises ésotériques. 
Ce dessin celtique est le symbole de la série télévisée américaine Charmed, dans la droite lignée de la Wicca.
Et pour ses adeptes ?
On appelle aussi la wicca : le néo-paganisme moderne.
C’est la confluence de multiples pratiques pour célébrer la Force de Vie, c’est un chemin vers le savoir, la sagesse, l’acceptation des forces qui ne se voient pas. Les Wiccans – les adeptes de la Wicca – réapprennent les savoirs oubliés des ancêtres et découvrent un art de vivre lié aux énergies de la Terre et du Ciel. A leur guise, les Wiccans utilisent divers rituels et peuvent s’appuyer sur la cartomancie, l’astrologie, les cycles lunaires, les cristaux… pour capter et interpréter les énergies, pour mieux vivre et pourquoi pas, pour guérir. L’apprentissage et la pratique sont « à la carte », en solo ou en groupe.
L’étoile à 5 branches (ou pentacle) est devenu un signe wiccan
Samain et Pleine Lune, 13 Pleines Lunes dans l’année…
 
La nuit du 31/10/2020 sera chargée pour les Wiccans et les Sorcières avec une double actualité : la célébration de Samain tombe cette année à la Pleine Lune, phénomène rare puisque cette correspondance Samain/Pleine Lune n’était pas arrivée depuis 1944.
 
Une année comme 2020 avec 13 Pleines Lunes (ce qui arrive tous les 2 ou 3 ans), c’est un signe d’année troublée selon les anciens. Pour 2020, on peut aisément faire la liste des malheurs du monde et confirmer cette assertion. Les années à 12 pleines Lunes sont-elles pour autant calmes ?… C’est là qu’on se rend compte que les croyances peuvent nous convaincre de tout, notre souvenir peut associer aux années de 13 Pleines Lunes les drames de l’année… mais les autres années n’en sont pas exemptes.
C’est la responsabilité de chacun de vivre sa vie et croire en pleine conscience, avec discernement. 
 
Même en période noire, il y a la lumière quelque part… Orange & noir…
Naguère, les feux de joie ponctuaient toutes les fêtes. Photo Toa Heftiba
Feu de camp, quilt de Bernadette Mayr.

Si vous avez oublié l’actualité pendant 5 minutes, c’est déjà ça 😁
 
A bientôt pour vous montrer encore plein de belles choses et partager de bons moments ensemble,
Katell

Quilt bavard/1

Est-ce notre dernier changement d’heure d’hiver ce matin ? Le sujet est devenu secondaire, bien derrière les horaires de couvre-feu…

Les Abeilles se focalisent sur leur amitié et leurs tissus de toutes les couleurs pour oublier les incertitudes de cette année noire. Cela contribue tellement à conserver le moral 🌞. Même masquées, nous sommes heureuses de nous retrouver chaque vendredi, tant que le confinement n’est pas de nouveau d’actualité.

😷

Avant-hier, nous avons finalisé le projet de quilt que nous allons faire pour les victimes de la tempête Alex dans le département des Alpes-Maritimes. Nous vous le montrerons quand il sera fini, en décembre j’espère. Je crains que peu de quilts ne soient faits pour cette cause, les catastrophes se succèdent à une telle cadence cette année, parasitant nos habitudes…

😷

Après le confinement printanier, nous avions fait chez moi un atelier de piéçage (couture) de lettres, bien éloignées de la calligraphie. Ce sont des lettres improvisées, irrégulières et rebelles ! A l’issue de ce bel après-midi, j’avais écrit un article présentant ce thème et nous avons décidé de mettre en pratique cet apprentissage, chacune devant faire un quilt avec un mot ou une petite expression. Pour nous mettre un peu de pression, nous essayons de les finir pour fin décembre.

Notre guide pour cet exercice est l’excellent livre de Tonya Ricucci, dont je vous ai déjà souvent parlé et qui date de 2011 – comme le temps passe…

Maïté a fini le sien la première, nous ferons bientôt une jolie photo de son quilt pour vous le présenter. Il est très original, vous verrez ! Et vendredi dernier, c’est Kristine qui nous a montré son quilt terminé… Un mot, un seul, mais oh combien éloquent pour nous :

Il faut habiller le mot, aussi beau soit-il ! Kristine s’est inspirée des quilts d’Inde où les femmes font tenir des pièces de tissu avec un point avant. De la reprise utilitaire et nécessaire, elles font des œuvres d’art, en Inde mais aussi un peu partout ailleurs (au Japon, cela s’appelle le Boro). Cette année, mon amie Sujata Shah donne des cours sur cette méthode par internet. Les quilteuses américaines en raffolent !

Un travail… d’Abeille ! Kristine a directement quilté les pièces de tissus posées à cru (sans marge de couture retournée), ce qui les fixe et évite tout effilochage. Des fils de soie qui dormaient dans un tiroir offrent une belle brillance.
Agatha en 1925 (35 ans). Saviez-vous qu’elle parlait français avec le délicieux accent du Sud-Ouest ? Enfant, elle vécut 6 mois à Pau !

Nous étions ce vendredi chez Vive, avec qui nous partageons notamment le goût des polars. La Reine en est incontestablement, pour nous, Agatha Christie ! Celle-ci avait (un peu) terni mes 15 ans, disparaissant le jour de mon anniversaire, quand je venais justement de la découvrir. Mais son œuvre demeure, avec ses détectives récurrents inoubliables. Ils nous touchent, avec leurs talents mais aussi leurs faiblesses qui les rendent si touchants. Hercule Poirot, orgueilleux, obséquieux parfois, très fier de ses moustaches et de ses petites cellules grises, suscite néanmoins notre admiration et de nombreux sourires. La petite Miss Marple, qui ne bouge pas de son village, toujours curieuse, intuitive, un brin ringarde, connaît pourtant tout des failles de l’âme humaine. Quant au couple Beresford, il reste plus discret dans les mémoires, sauf si on a vu Catherine Frot et André Dussolier les camper au cinéma ! J’avais évoqué ma passion pour Agatha Christie un jour de confidences.

Vive a chez elle un présentoir ancien de cartes postales, sur lequel elle a disposé des livres des éditions du Masque, avec leur célèbre couverture jaune. Alors sans aller jusqu’à une sororité avec Agatha, nous l’associons au quilt de Kristine pour la photo :

Sororité, quilt bavard de Kristine, 2020

Encore une fois, quilts et livres font bon ménage et aident à garder le cap ! Cette présentation est donc le début d’une série de quilts bavards… A suivre !

Katell

 

Cercles de Femmes

Mis à part quelques rares hommes, tellement talentueux d’ailleurs, ce sont les femmes qui s’expriment dans l’art textile, et comme bien d’autres femmes, après avoir vécu dans un milieu mixte ou à majorité masculine, j’ai découvert le bonheur d’avoir un entourage majoritairement féminin. Évidemment, quelques exceptions perturbent l’ambiance ça et là, mais c’est un problème qui ne tient pas au genre, juste à la nature humaine.

L’entourage des quilteuses m’a tellement apporté ! Les Abeilles, mes amies, bien sûr, et tant d’autres rencontrées dans ma région, en stages, en Journées de l’Amitié… 

J’avais déjà l’amour inconditionnel de mes trois sœurs, un peu plus jeunes que moi mais si proches. Ce capital confiance est inestimable, pour la vie. Mais dans notre société, malgré le féminisme qui prend racine dans le Siècle des Lumières et se concrétise avec les mêmes droits à l’éducation, au travail, au vote (etc.) que les hommes, il a fallu encore et toujours combattre le patriarcat, le sexisme… Les suffragettes, puis d’autres mouvements plus récents comme le MLF, ont fait avancer les mentalités dans notre société – des hommes comme des femmes. Et des hommes ont aussi contribué à ces avancées. Pas tous… malgré leur renommée.

L’homme crée, la femme procrée. JJ Rousseau

Le génie ne peut être que masculin. Proud’hon

Naïvement, je croyais le droit de cuissage, la promotion canapé et autres pratiques de domination masculine quasi obsolètes, mais #metoo ou #balancetonporc ont dénoncé leur douloureuse actualité, tellement fréquente encore. Nous verrons dans les prochaines années si ce mouvement de masse fait que durablement ces scandaleuses pratiques diminuent. Toujours est-il que ces dénonciations sont un élan de solidarité féminine, bien plus vive depuis quelques années, avec l’esprit de sororité (vient du latin soror, sœur ou cousine), ce sentiment de respect, de confiance, de connivence entre femmes, qui est encore autre chose que la pure amitié. Ce n’est pas un mot nouveau :

… Et tu seras protecteur de leur sororité. François Rabelais, le Tiers Livre, 1546

Photo Cercle de Femmes – Montréal (Canada)

Des réunions de femmes existent bien sûr depuis « toujours » : cercles d’amies, cercles littéraires, cercles de quilteuses, mais désormais éclosent des cercles de paroles de femmes pour être femme et vivre femme. Sans rejeter les hommes mais sans en avoir besoin, comme une complétude. Beaucoup se tiennent à la nouvelle ou la pleine Lune, pour célébrer la proximité de la femme avec cet astre. En général, ce n’est pas un endroit de thérapie, mais simplement un lieu où l’on se sent en sécurité pour partager son vécu et apprendre de l’autre. Ces cercles de femmes reprennent des coutumes ancestrales, dans nombre de civilisations traditionnelles, et ce sont les Amérindiennes qui sont mises généralement en avant comme modèle.

 Pendant ces quelques jours considérés comme sacrés, les hommes œuvraient pour que les femmes ne manquent de rien et soient pleinement disponibles pour communier, écouter leurs intuitions, se transmettre du savoir et recevoir les visions qui pouvaient être utiles à l’ensemble de la tribu. Bhakti

J’ai découvert récemment Leah Dorion, artiste Metis (peuple canadien issu d’anciens métissages amérindiens/européens, principalement français) qui illustre avec simplicité et beauté ces cercles de femmes. Elle peint son héritage du Saskatchewan (Canada), célèbre les femmes de son peuple, leur spiritualité dédiée aux forces de la nature ou des scènes de la vie ; que ces petits bijoux vous emplissent de joie, et peut-être vous inspirent une œuvre textile !

Femmes qui dansent, Leah Dorion (2007)

Les petits cercles partagés en quatre, en rouge-jaune-blanc-noir, sont présents dans presque toutes les peintures de Leah Dorion où se trouvent des femmes. C’est la roue de la médecine amérindienne.
Donneuses de Vie, Leah Dorion.

Cueillette d’amélanches, Leah Dorion
Douzième Lune, Leah Dorion
Treizième Lune, Leah Dorion
Souffle de Vie, Leah Dorion
Menant les chevaux, Leah Dorion
Hymne au Tremble (l’arbre), Leah Dorion, 2015

Leah et son chien Lightening (Éclair)

Voici le site de cette artiste : https://www.leahdorion.ca/

Après ce monde de couleurs et de belles sensations, la chute n’en est que plus dure, je suis au regret de vous annoncer que le covid a eu raison du rêve de Pierrette : ni le FIFO, ni donc l’exposition de Béatrice Bueche n’auront lieu cette année (voir l’article de Marmotte Rousse).

Finissons en couleurs et musique en écoutant un entretien avec Leah, lors d’une de ses expositions :

 

La tente des femmes, Leah Dorion 2009

La Route 66 – Mythique Mississippi

Mississippi, c’est la transcription du mot qu’utilisent les Ojibwés (Amérindiens des plaines, autour des Grands Lacs, aux USA et au Canada) pour parler du fleuve, « le père des eaux » qui serpentait dans les immenses prairies peuplées de quelques centaines de milliers d’Indiens nomades, d’animaux et plantes sauvages, pendant des millénaires…

Un Dreamcatcher, attrape-rêves ou capteur de rêves, est un objet du monde des Ojibwés. Dans les années 1960, les Ojibwés ont commencé à en fabriquer pour les touristes blancs et c’est devenu un très joli objet de décoration désacralisé. Certains autres Amérindiens leur en veulent toujours…  Un capteur de rêves se pose au-dessus du lit et capture, comme une araignée attrape des mouches, les cauchemars dans ses fils, pour ne laisser filtrer que les vrais rêves. Pour les Indiens, les rêves sont l’expression des besoins de l’âme, le moyen de communiquer avec le Grand Esprit auquel nous sommes tous liés.
Source photo: Img arcade

Embarquons sur ce fleuve, grande voie de communication qui coule du Nord au Sud, avec des dessins de Morris et un scénario de Goscinny dans un album qui évoque la course entre deux capitaines ennemis, à partir de la Nouvelle-Orléans jusqu’à Minneapolis.

La Nouvelle-Orléans a encore conservé le souvenir de la France.
En remontant le Mississipi, Lucky Luke nous fait découvrir les caprices et dangers de ce fleuve et plusieurs faits historiques. L’album est aussi vieux que moi, de janvier 1961, mais lui n’a pas pris une ride !

Les rides devraient simplement être l’empreinte des sourires.
Mark Twain

Ce qui a tout de même vieilli, c’est l’image du Noir flemmard mais sympa. De nos jours, politiquement incorrect.

Dans cet album de Lucky Luke, on retrouve la plupart des thématiques autour du fleuve : sa majesté, ses dangers, son utilité commerciale… Deux thèmes historiques y sont traités : la course folle de deux steamers (bateaux à aubes) en 1870 et un des premiers boulots d’un futur écrivain célèbre…

La course mythique en remontant le Mississippi

La bande dessinée nous raconte de manière assez fidèle la course engagée entre deux capitaines de steamers (bateaux propulsés à la vapeur grâce à une roue à aubes) en juillet 1870. Tous les coups étaient permis et l’envie de gagner était attisée par les paris gigantesques dans tout le pays !  Cette course particulière est restée fameuse, en raison de son enjeu : démontrer que les bateaux avaient encore un avenir en ralliant New-Orleans à Saint-Louis en moins de 4 jours, malgré la concurrence féroce du chemin de fer…

Avec Lucky Luke, les noms des capitaines et des bateaux sont changés, la ville d’arrivée aussi, mais l’ambiance est presque la même !

Ces courses n’étaient pas rares, elles se terminaient parfois par l’explosion de la chaudière et presque autant de morts que de passagers, la plupart ne sachant pas nager. Les milliers de bateaux sur le Mississippi transportaient des personnes, mais surtout des marchandises comme le charbon, le coton, le maïs, le blé etc. La contenance s’estimait en balles de coton (les ballots jaunes sur les images).

Pour la vraie course, les paris ont dépassé tout ce qu’on peut imaginer !


L’écrivain marqué à vie par le Mississippi

Samuel L. Clemens, 15 ans (en décembre 1850) déjà typographe à New-York…

Samuel Langhorn Clemens, alias Mark Twain, né dans le Missouri en 1835, fut un grand voyageur. Sa plume le distingue comme un des plus grands écrivains, son tempérament en fait un esprit ouvert, généreux, iconoclaste, facétieux… Que j’aimerais qu’existent + de Mark Twain dans le monde !

Dans 20 ans, vous serez plus déçu par les choses que vous n’avez pas faites que par celles que vous avez faites. Alors sortez des sentiers battus. Mettez les voiles. Explorez. Rêvez. Découvrez.

Voyager est fatal aux préjugés, à l’intolérance et à l’étroitesse d’esprit.

En France, on le prend pour un écrivain pour la jeunesse parmi d’autres (Les aventures de Tom Sawyer et Huckleberry Finn). Mark Twain est en réalité au pinacle des écrivains, un de ceux qui a exalté l’état d’esprit américain, dans son meilleur sens : le droit de chacun d’améliorer sa vie, l’optimisme qui fait avancer, le respect de toutes les religions, la liberté et la capacité d’entreprendre tout ce qu’on aime… J’aimerais prendre le temps un jour de le lire bien plus que les quelques romans lus lors mon adolescence. 

De retour à sa maison d’enfance en 1902, à Hannibal, village au bord du Mississippi, dans le Missouri. Elle est devenue un très beau musée en l’honneur de l’écrivain.

Twain était entièrement à l’aise par empathie avec tous et partout, mais avec une distance constante lui permettant un jugement sûr, très humain mais distancié. Son ironie, ses aphorismes m’enchantent. Alors à défaut de lire son œuvre dès demain, voici quelques citations :

Éloignez-vous des personnes qui tentent de modérer vos ambitions.
Les petites personnes font toujours cela.
Mais celui qui est génial vous fait sentir que vous aussi, vous pouvez être génial.

Je n’aime pas avoir l’idée de devoir choisir entre le paradis et l’enfer :
j’ai des amis dans des deux.

Il y a plusieurs choses humoristiques en ce monde ;
parmi elles, le fait que l’homme blanc se croit moins sauvage que les autres sauvages.

Il vaut mieux être un optimiste qui a parfois tort
qu’un pessimiste qui a toujours raison.

 

Enfant, Samuel Clemens avait cette vue du Mississippi de chez lui. Représentation artistique de John Stobart (1979).

Avant tous les autres, il défendait ardemment la cause animale :

Il n’y a que la vanité et la désinvolture de l’homme
pour croire qu’un animal est muet,
c’est parce que nos perceptions limitées
ne nous permettent pas de l’entendre.


Si l’on croisait les humains avec les chats,
cela améliorerait les humains,
mais ce serait une catastrophe pour les chats.


Si les animaux pouvaient parler,
le chien serait un compagnon plein d’une franchise maladroite
mais le chat aurait la rare élégance de ne jamais dire un mot de trop.


Plus j’en apprends sur les gens, plus j’aime mon chien.

Certaines phrases font écho aux livres de développement personnel actuels :

Ne vous disputez jamais avec des imbéciles
car ils vont vous ramener à leur niveau de bêtise
et vous battre sur ce terrain avec leur plus grande expérience.

Nous ne sommes rien d’autre qu’un pot-pourri d’ancêtres disparus.

Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.

Quel rapport avec l’album de Lucky Luke ??

Goscinny et Morris empruntent des pans de la jeunesse de Mark Twain, quand vers ses 20 ans il commença à travailler sur un steamboat (bateau à vapeur) par fascination du milieu, après y avoir voyagé comme passager. Il fit connaissance de centaines de personnages hauts en couleurs, au franc-parler imagé, pour lesquels il se prit d’affection.

Il commença en bas de l’échelle, mesurant la hauteur d’eau du Mississippi pour que le bateau ne s’enlise pas. Il fallait que la jauge marque plus de 2 pieds de profondeur, et quand on criait « Mark twain », marque double avec l’accent, cela signifiait l’alerte d’une profondeur insuffisante…

La sonde était marquée tous les pieds (environ 30 cm) et on ne pouvait plus passer s’il n’y avait plus que 2 ou 3 pieds de profondeur.

Samuel Clemens fut vite capitaine de bateau, jusqu’à la déclaration de la Guerre de Sécession en 1861, puis partit ensuite vers d’autres aventures après 5 années de vie sur le Mississippi. Ses souvenirs lui donneront matière à écrire plusieurs formidables romans. Retranscrivant les accents locaux, décrivant les gens tels qu’ils étaient, il fut le premier grand écrivain réaliste.

Il raconta aussi une autre version de son pseudonyme, Twain/twin qui signifie double, jumeau. Sa mère avait attendu des jumeaux (ce qui n’est pas avéré…), et l’un est mort à la naissance :  Oui, a-t-il dit, je me demande qui, de mon frère jumeau ou de moi, est mort à la naissance, nous nous ressemblions tellement. Mark Twain avait une vision bien particulière de la vérité, à géométrie variable… Sujet inépuisable !

La vérité est la chose la plus précieuse que nous ayons.
Économisons-la.

Mentez courtois, que diable ! Avec aplomb et élégance.

La vérité est toujours plus surprenante que la fiction,
parce que la fiction doit coller à ce qui est possible,
alors que la vérité, elle, n’y est pas obligée.

Un mensonge peut faire le tour de la terre
le temps que la vérité mette ses chaussures.

Dans le doute, dites la vérité.

 

Samuel naquit 2 semaines après le passage de la comète Halley en 1835 ; reconnu comme le plus grand écrivain vivant, il écrivit un an avant sa mort :

Je vins au monde avec la comète de Halley en 1835. Elle reviendra l’année prochaine, et je m’attends à partir avec elle. Le Tout-Puissant a dit: “Voyez donc ces deux monstres inexplicables ; ils sont venus ensemble, ils doivent repartir ensemble”.

Intuition ? Accablement après la mort de ses proches ? Ultime ironie ? Il mourut 3 semaines avant le passage de la comète de Halley de 1910 qu’on ne voit que tous les 76 ans. Poussière d’étoiles…

Une Star du Midwest

Revenons un instant sur la Route 66, c’est fou comme on y croise des Harley-Davidson !

Superbe quilt fait de tissus et de tee-shirts, créé par notre autre Star de l’étape, Victoria Findlay-Wolfe. Ce modèle, Star Storm, est vendu ici. Attention, envoi postal (pas en PDF).

La source du Mississippi, ce fleuve qu’on a traversé près de Saint-Louis sur la Route 66, est dans le Minnesota, près de la frontière canadienne. C’est là qu’est née Victoria (déjà citée dans La Ruche des Quilteuses).

Les quatre livres de Victoria, par ordre de parution de gauche à droite.

Pour faire un lien avec l’article de l’étape 1, voici un autre quilt de la grande Victoria Findlay Wolfe (grande autant par sa taille que son talent), une belle tige poussée dans la campagne du Minnesota, près de la source du « Père des Eaux », « Old Man River ». Pour elle, le rouge éclatant s’appelle toujours le rouge McCormick :

Big Red, de Victoria Findlay Wolfe (2014) avec le sigle McCormick au centre du quilt et une bordure qui rappelle les traces profondes laissées dans les champs par les tracteurs.

Même si Victoria vit depuis des années à Manhattan (New-York City), elle ne manque jamais de rappeler qu’elle a grandi dans une ferme, que ses parents sont des éleveurs de bœufs au fin fond du Midwest et que sa grand-mère Elda faisait des quilts improvisés, avec ce qu’elle avait de disponible : elle sait d’où elle vient et l’héritage familial n’est pas un vain mot.

Son blog n’est plus alimenté, cela lui prenait sans doute trop de temps, mais son site est ici et Victoria poste assez souvent des photos sur Instagram.

Victoria m’a offert la photo d’un de ses quilts de style improvisé pour mon livre BeeBook (page 17), j’en ai été très honorée ! C’est une des artistes innovantes qui inspire les jeunes et moins jeunes et grâce à qui l’art du patchwork continue de vivre intensément.

BeeBook, édité en 2019 par France Patchwork, est un livre dont je reste très fière, en vente sur le site France Patchwork.

So long, quilters, writers, cowboys and drivers on Route 66!
Katell

La Route 66 – Étape 3, vers Saint-Louis, MO

Un voyage virtuel et néanmoins extraordinaire, c’est ce que nous nous offrons, les routardes quilteuses sur la Route 66 ! Nos véhicules pétaradent chaque jour vers un endroit à visiter, le plus souvent rempli de nostalgie joyeuse. La routarde n°8 est une ambulance conduite par Giroflée, notre sauveuse si d’aventure nous sommes patraques… Elle mène sa Route elle aussi sur son blog, je vous en recommande chaleureusement la lecture car elle y distille de la musique locale, son sourire est contagieux et ses blocs brodés nous enchantent !

Le Jardin de Giroflée

Un peu d’histoire et de géographie, du côté de Saint-Paul, MO

Lors de cette étape, nous franchissons la première frontière d’État. Pour passer de l’Illinois au Missouri, il faut traverser le mythique Mississippi ! La Route 66 passa naguère par ce pont fait pour elle, maintenant trop fragile pour supporter d’autres passants que les piétons et les cyclistes :

Ce pont est courbé en son centre, un compromis technique entre le sous-sol rocheux et les contraintes de navigation. Mauvais choix, il y eut de nombreux accidents au Chain of Rocks Bridge…

https://fr.wikipedia.org/wiki/Chain_of_Rocks_Bridge

Une fois sur la rive ouest, nous sommes dans l’État du Missouri. Il est essentiellement rural et appartient au Midwest, quelle que soit la carte choisie (choix ci-dessous😉). C’est à Saint-Louis que ce trouvait le siège social du symbole de l’agriculture industrielle, Monsanto, jusqu’à son absorption par Bayer. Les abattoirs industriels commencèrent à Chicago, les cultures industrielles dans les grandes plaines. C’était un miracle économique, les agriculteurs mieux rémunérés, les cultures mécanisées, la population nourrie par l’agro-alimentaire, pouvant alors consacrer leur vie à autre chose que faire pousser leurs légumes en autarcie. La nourriture industrielle est moins chère, plus sûre, plus stockable, plus variée… On en connaît désormais les limites et les dangers. La malbouffe rend malade. Des agriculteurs américains expérimentent de nouvelles rotations du cultures, des cultures associées, pour restaurer l’azote manquant dans les terres épuisées par les pratiques précédentes, mais cela reste généralement aux produits chimiques et aux semences OGM. Parallèlement, comme chez nous, de plus en plus d’Américains cherchent à se nourrir avec des produits non transformés et bios. Ainsi, les produits Amish cultivés « normalement » ont un succès fou !

Ce fut tout d’abord, comme partout aux USA, un territoire occupé par des Indiens (ici des Sioux et Algonquins) et ces plaines étaient d’immenses prairies. Les premiers Européens découvrant ce territoire furent des Français, Jolliet et Marquette, en 1673.

Le fort français de Saint-Louis, baptisé en l’honneur de Louis XIV, fut créé en 1764 en raison de sa position au confluent du Missouri et du Mississipi. Les Français régnèrent des décennies sur un très vaste territoire, du Canada à la Nouvelle-Orléans, et le Mississippi s’appela un temps le fleuve Colbert !

Saint-Louis fut le point de départ de l’expédition épique dont tout Américain a entendu parler, celle de Lewis & Clark le long du Missouri et jusqu’à l’Océan Pacifique.

En 1803, la petite ville de mille habitants fut vendue et devint américaine, comme l’immense territoire de la Louisiane. Ce fut bizarrement, au milieu de 19e siècle, le 2e port des USA après New-York, alors qu’il se trouve à + de 1000 km de l’océan à vol d’oiseau, 1 800 km de voie fluviale ! Son déclin viendra avec le développement du chemin de fer. Autre singularité : bien que très, très long (3 780 km), le Mississippi est moins long que son affluent le Missouri (4 370 km). Tout est grand aux USA… Une goutte d’eau à la source du Mississippi, au nord du Minnesota, mettra 90 jours pour arriver au delta du fleuve, à la Nouvelle-Orléans… 

Même si l’eau peut faire des ravages comme récemment dans les Alpes-Maritimes et il y a 6 jours en Louisiane (ouragan Delta, justement au delta du Mississippi), l’eau c’est la vie. Et j’ai lu que 92% de l’agriculture des USA est tributaire de l’eau du bassin du Mississippi ! 

On pourrait longuement écrire sur les aménagements du Mississippi pour protéger des crues et qui les empirent, des constructions en zones inondables… Mêmes soucis que chez nous, à vouloir dompter la nature on a fait trop souvent des bêtises.

Sur la Route 66, c’est ici uniquement que nous sommes en contact avec ce géant qui nourrit notre imaginaire de mille images. Nous voyagerons sur le mythique Mississippi dès dimanche, avec le prochain article, une balade mi-littéraire mi-quiltesque !

En 1896, Saint-Louis était une ville en pleine expansion, alors la 4e plus grande ville des USA (la 65e aujourd’hui avec 300 000 habitants).

Saint-Louis est riche de nombreux musées, parmi lesquels le récent Musée du Blues ouvert en 2016, célébrant la musique originaire des chants s’élevant des champs où trimaient les Afro-américains, chants rythmés par la répétition des gestes, l’effort, la tristesse et les déboires d’une vie injuste.

Saint-Louis a aussi un très beau parc botanique, de nombreuses universités, et ce pourrait être une ville où il fait bon vivre. 

Située à la confluence du Missouri et du Mississipi, Saint-Louis partage cette particularité avec Lyon, au confluent de la Saône et du Rhône, d’où leur jumelage.

C’est pourtant une des villes en grande difficulté (voir Détroit ici). La ville de Saint-Louis fut classée en 2000 la ville la plus dangereuse des États-Unis. En dépit de nombreuses entreprises, le seuil de pauvreté était de 27% en 2015 (15% au niveau national), 38% dans la population afro-américaine qui constitue presque 50% de la population de la ville.

The Gateway Arch, l’Arche du Passage, érigée dans les années 1960, est symboliquement la porte d’entrée vers l’Ouest, le départ de Lewis & Clark puis la ruée vers le Wild, Wild West, la conquête des terres inconnues et l’espoir d’une belle vie… l’Arche en acier inoxydable mesure 192 mètres de hauteur et se reflète sur le Mississippi.

Histoire de cartes

Le projet de quilt Route 66 est pour moi une carte à faire en textile, ce qui mérite quelques préparatifs. J’aime beaucoup cette carte imagée de chez Lulu la Taupe :

Ah si j’étais une bonne brodeuse, je me lancerais peut-être dans ces images… Des candidates ?

Existe-t-il des régions dans ce grand pays ? J’ai cherché et… oui, il en existe, mais elles changent selon les thèmes ! En résumé, il n’y a pas de découpage administratif aussi fixe que chez nous (voir Wikipedia). J’ai tout de même envie de faire ma carte en quilt avec des codes couleurs par région. J’ai donc choisi ce découpage :

Non, celui-ci :

Non, celui-ci :

… Finalement, c’est ce découpage que je préfère :

Le Nord-Ouest, de l’État du Washington au Wyoming, forme bien une unité géographique selon moi. J’aime l’association de l’Utah, du Colorado, du Nouveau-Mexique et de l’Arizona, avec le Nevada et la Californie… Adopté !

Histoire de carte en quilt

C’est la première étape concrète, après avoir déjà beaucoup rêvé mon quilt Route 66, je vais faire simple :

Pour ne pas me perdre au moment du découpage des pièces de ce puzzle, j’ai inscrit les deux lettres d’abréviation sur chaque état, à l’aide d’une carte. Forte révision de géographie !!

Le découpage n’est pas toujours si simple. Mais qui va me reprocher d’avoir escamoté Cape Cod ? D’avoir saccagé les bords de la Chesapeake Bay ? De même, je mettrai bien sûr Hawaï et l’Alaska, mais sans doute pas la myriade d’îles à l’ouest de l’État nordique. On verra. L’important est de bien positionner la carte. Ici je repère que la pointe de la Floride est légèrement trop haute par rapport à la pointe du Texas.

Je me concentre à présent sur la région Nord-Ouest que je viens de découper, que je veux en vert. Audition de mes tissus préférés, il n’en faut que 5.

Découpage de chaque État concerné, collage des tissus sur intissé, puis sur le fond, youpi la carte prend forme ! Je me conforme à une des règles d’un bon scrapquilt : mélanger les valeurs, c’est-à-dire les clairs, les moyens et les foncés.

Si vous le souhaitez, pour la prochaine région je ferai plusieurs photos pour montrer ma méthode de collage. Ce sera la région du Midwest, par où passe la Route 66, yeah !

A très vite pour une croisière agitée sur le Mississippi !
Katell