Trois petites filles montrent le chemin

… L’avenir de l’homme est la femme
Elle est la couleur de son âme…
Louis Aragon, 1963
Zadjal (poésie arabo-andalouse) édité dans Le Fou d’Elsa

Au moment où les États-Unis connaissent de forts soubresauts – ce 6 janvier avec l’assaut du Capitole marquera l’Histoire – je souhaite aller sur le chemin de l’espoir. Les problèmes de discriminations sont différents d’un pays à l’autre, fonction de leurs passés. Pour moi l’arme universelle est l’éducation pour un accès indiscriminé au travail, à la dignité sociale et à la culture. Illustration avec trois petites filles noires ou métisses de 6 ans, sur le chemin de l’école.

Betty Ford-Smith

Vous connaissez les quilts de Betty, qui vit actuellement en Floride, venue nous rendre visite en juin 2018. Elle est donc devenue célèbre en Occitanie, poursuit son chemin couronné de lauriers aux USA et nous continuons d’avoir de très affectueuses conversations par mail.

Betty a grandi dans l’État de New-York. On n’a pas idée en France des ségrégations de la vie quotidienne dans les USA, pays qui se proclame de la liberté – et qui l’est, mais pas encore pour tout le monde, loin de là. Dans cette partie des USA, dans le Nord-Est progressiste, la ségrégation strictement officielle n’existait plus dans la fin des années 1950 et voici une adorable photo de mon amie, 6 ans en 1957, avec son petit frère, sur le chemin de son école, acceptant les enfants de toutes couleurs de peau :

Betty porte à la main un cahier et un crayon. J’adore le nœud blanc sur sa tête aux cheveux tressés à l’arrière, les socquettes blanches, le petit costume vichy et les mêmes chaussures à boucles que moi quelques années après ! 
 

Grâce à ses capacités intellectuelles et l’appui de sa famille, Betty fut une des toutes premières jeunes filles noires à avoir suivi les cours dans l’université très select du Bennett Junior College de Millbrook. Je vous encourage à lire cet article très touchant, avec une vidéo bruissant de fantômes dansant sur la voix de Madonna…

Styliste de mode, c’était le rêve de Betty, mais impossible de percer à l’époque quand on a la peau noire. Ségrégation quand même… Alors Betty s’est forgé une carrière d’éducatrice d’enfants handicapés, pour finir proviseur de lycée. Puis l’amitié et l’amour du textile l’ont propulsée dans le monde du patchwork…

Betty a appris l’art du pine cone quilt avec Miss Sue, déjà très âgée. Cette amitié a sans aucun doute éclairé la fin de vie de cette petite dame à la vie tumultueuse, tout en donnant un tournant à la vie de Betty.

Ruby Bridges

Dans le Sud des USA, la ségrégation était encore virulente dans l’après-seconde guerre mondiale et des personnes de caractère ont fait évoluer la situation. On peut évoquer Rosa Parks en 1955 qui refusa de laisser sa place à un passager blanc dans un bus ou Martin Luther King, toujours pacifiste, qui fit des Marches, des discours qui restent dans nos mémoires (I have a dream), dont c’est l’anniversaire de naissance le 15 janvier (et jour férié chaque 3e lundi du mois de janvier, cette année c’est aujourd’hui-même).

Ruby Bridges était une petite fille de 6 ans en 1960. Comme des millions d’enfants, elle s’est rendue dans son école à pied, le 14 novembre. Mais elle fut escortée de 4 policiers chargés de sa protection (puis tous les jours de cette année scolaire). Pourquoi ? C’était simplement la première élève noire à rejoindre une école de Blancs en Louisiane.

Cette petite fille toute mignonne sur le chemin de l’école a été immortalisée par le grand peintre réaliste Norman Rockwell. On aperçoit les gardes adjoints du Marshal, des graffitis honteux sur le mur, une tomate écrasée qui vient de manquer la petite cible.

The Problem we all live with, Notre problème à tous, tableau à l’huile de Norman Rockwell, 1964.

Au moment où Norman Rockwell peignait ce célèbre tableau, mon amie Betty alors petite fille vivait tout près de chez ce grand peintre, dans le comté de Westchester (New Rochelle, État de New-York). Elle aurait pu servir de modèle au peintre !

Photo officielle de La Maison Blanche par Pete Souza

Le tableau de Norman Rockwell se trouve dans la Maison Blanche, tout près du Bureau Ovale – du moins du temps d’Obama qui accueillit, le 15 juillet 2011, la petite Ruby devenue grande. Le Président lui a déclaré que sans elle, il ne serait pas devenu Président. Ruby Bridges a œuvré toute sa vie pour promouvoir les valeurs de la tolérance, du respect et de l’appréciation des différences.

La rentrée du premier enfant noir dans une école blanche en Louisiane reste un fait marquant de l’histoire américaine.

Cette intégration ne se fit pas sans heurt, des parents blancs sortirent leurs enfants de cette école ; tous les enseignants, sauf une, refusèrent de l’avoir en classe et la petite Ruby resta isolée sans amis pendant longtemps… Son père, pourtant héros de la guerre de Corée, perdit son travail, sa mère Lucille n’était pas servie dans certains magasins… Ruby est devenue agent de voyage et a toujours œuvré pacifiquement pour les droits civiques pour tous.

Après une vie consacrée aux droits civiques, Ruby Bridges vient d’écrire ce livre, This is your time (C’est à votre tour) pour motiver la jeune génération à rester vigilante et à poursuivre pacifiquement le combat. Elle eut la douleur de perdre son fils aîné dans la violence ordinaire américaine. Elle recommande courageusement de ne pas être comme eux, comme les trumpistes et autres violents…

Kindness is an act of protest, dit-elle, la gentillesse est un acte de protestation.

Kamala Harris

Kamala, sa petite sœur Maya et sa maman Shyamala Gopalan Harris (aujourd’hui décédée). Les petites filles ont une allure typique de l’époque, avec toujours les jolies petites chaussures à boucle ! Berkeley, 1970 (photo Instagram du compte de Kamala Harris, qui y partage ses souvenirs)

Kamala Harris va prendre ses fonctions de Vice-Présidente des États-Unis  le 20 janvier. Ses parents sont deux intellectuels de haut niveau, tous deux nés dans des ex-colonies britanniques, l’Inde et la Jamaïque, et ils se sont rencontrés dans le campus universitaire d’Oakland, en Californie, bruissant d’idées progressistes. Le couple n’a pas longtemps tenu, c’est la mère qui a principalement élevé ses filles, poursuivant parallèlement une brillante carrière de chercheuse sur la cancer du sein au Canada. Kamala est le symbole d’un melting-pot qui peut prendre mille visages. Elle est née le 20 octobre 1964, l’année où Norman Rockwell peignait The Problem we all live with, le fameux tableau avec Ruby. 

Au moment de la victoire de Joe Biden à la Présidence des États-Unis pour les 4 prochaines années, une photo est devenue virale aux États-Unis, moins chez nous car nous n’avons pas le contexte culturel permettant de l’apprécier pleinement :

Kamala Harris en Power Woman (Femme de Pouvoir) qu’elle est, talons aiguille, costume sombre et brushing parfait, et son ombre, la petite Ruby : du chemin vers l’école au chemin vers la Présidence, un grand pas pour ces femmes ! Photo-montage @briagoeller et @goodtrubble.

Ma mère me disait :
Kamala, tu seras peut-être la première à faire beaucoup de choses,
 fais en sorte de ne pas être la dernière.

Nous avons tellement plus de choses en commun que ce qui nous sépare.

Rêvez avec ambition, dirigez avec conviction.

Notre unité est notre force et notre diversité est notre pouvoir.
Kamala Harris

Grâce à Betty, j’ai compris le sens de cette photo qui fait le parallèle entre la petite Ruby vers l’école et la grande Kamala vers la Maison Blanche, une marche confiante et décidée vers une société plus juste. L’éducation est pour tous, y compris les femmes et les non-Blancs ! J’ose espérer que c’est évident en France en 2021, mais tant de gens ont dû se battre pour cela auparavant, et ce n’est pas encore gagné partout…

C’est ainsi qu’avec l’aide éclairée de Betty, j’ai pu vous expliquer le contexte d’une double page de l’art contemporain qui marque la société américaine, avec un tableau de 1964 et une photographie de 2020.

Jusqu’où peut nous mener une bonne éducation ? Jusqu’à nos rêves…

Kamala Harris, le 12 août 2020 (Photo Olivier DOULIERY / AFP)

Kamala Harris est une potentielle héroïne de ces prochaines années, souhaitons-lui bonne chance !

Betty & Katell

Le bonheur, c’est quand vos actes
sont en accord avec vos paroles.
Gandhi

Le poids du Corona 2020

Aux USA, faire un quilt sur commande est chose relativement courante quand on est reconnu(e) artiste de talent. Betty, spécialiste des Pine Cone quilts, en a déjà vendu plusieurs. Cette fois-ci la cliente avait quelques exigences, ce qu’a accepté notre amie.

Petit quilt deviendra grand… C’est ainsi que commença l’ouvrage que Betty a entamé fin juin dernier, avec des carrés de 10 cm de côté pliés à la main au fur et à mesure et fixés par petits points avec un fil épais de coton blanc. De nombreuses techniques existent, mais celle-ci est celle des femmes du Sud-Est des USA.

 

Jour après jour, le quilt avance. Betty coupe habituellement ses carrés à 5 inch, soit 12,5 cm de côté. Ici, les carrés plus petits font que les rangs se suivent plus serrés encore que d’habitude… C’est une demande de la cliente qui veut un quilt d’exception.

 

Il grandit, jour après jour, semaine après semaine, les doigts font mal, les épaules sont endolories, Betty s’endort parfois dessus… 

 

Déjà, il est spectaculaire. Oserais-je dire qu’il me fait penser à… un pangolin géant ? 🙃 Un animal inoffensif en voie de disparition, étalé sur les marchés chinois, vrai ou faux transmetteur d’un coronavirus qui n’aurait jamais dû être en contact avec les mammifères humains…

 

Ah-ha, Betty l’appelle justement Corona 2020 !

 

A la fin, il faut 7 heures de travail continu pour un tour complet. Betty m’a écrit que c’est sans doute son dernier quilt « king size »… mais on ne sait jamais !

 

Les pine cone quilts d’antan se faisaient avec des tissus très usagés, c’était l’ultime recyclage de tous les textiles. Betty utilise des tissus neufs de qualité patchwork, pour la beauté du résultat et la durabilité.

 

 

Voici ce que montre le dos : un travail d’artisane, fait avec beaucoup de constance et de patience.

C’est peut-être chez les artisans qu’il faut chercher
les preuves les plus admirables de la sagacité de l’esprit,
de sa patience et de ses ressources.
Denis Diderot – L’Encyclopédie

Traditionnellement, la plupart des quilteuses du Sud ne cachaient pas leurs points, fières de leur régularité ! Et toujours, ce fil blanc qui sert à tout. Betty conserve la manière traditionnelle de travailler, apprise par Miss Sue.

 

Près de 10 000 carrés plus tard, 940 heures de travail, le voici fini, posé sur un drap pour la photo.

C’était en décembre : Betty m’écrit qu’enfin, son Corona 2020 était fini ! Je lui ai demandé de ne pas oublier de le mesurer et le peser avant l’envoi. C’est chose faite, ce nouveau « bébé » mesure 260 x 265 cm et pèse… 23,5 kg !! 

Le petit monstre rouge et violet est parti vers sa propriétaire !

Ce quilt rejoindra donc la collection d’une artiste qui a déjà acheté un Pine Cone quilt à Betty (le vert). Cette femme est spécialisée dans l’expression artistique textile des afro-américaines et elle apprécie le travail extraordinaire de Betty à sa juste valeur. Vous pouvez voir ici la biographie de Dr. Carolyn Mazloomi et les 12 livres qu’elles a écrits par ici. Sans avoir la moindre idée de l’auteure, j’avais présenté un de ses livres par ici, je l’avais acheté, lu et bien apprécié, puis offert à une amie… Un livre très riche et documenté.

Dr. Carolyn Mazloomi est une femme infatigable, quilteuse elle-même, qui mena de front sa passion du patchwork, de l’Histoire des femmes afro-américaines, de la promotion des ouvrages d’art avec une carrière d’ingénieure aérospatiale en étant investigatrice aux crash tests à la NASA. Avez-vous vu le film Les Figures de l’Ombre ? Elle a succédé à ces héroïnes !

J’aime beaucoup ce film, sorti aux USA le 13 janvier 2017, il y a pile 4 ans. J’ai le DVD et je crois bien que je vais le revoir bientôt, avec un plaisir intact !

Je vous propose aussi de (re)lire l’article Les Femmes et l’Espace…

Félicitations à Betty !
Katell

Je dédie cet article à Anne-Marie, qui reçut si bien Betty à Bézac. Toutes mes sincères condoléances, mon amie.

Iktsuarpok, Gezellig, Fika

L’année 2021 avance masquée :

Kristine m’a fait, comme chaque année, la surprise de la bannière de janvier : 2021 en chiffres romains, quelle bonne idée ! Évidemment quelques abeilles butinent et les imprimés à texte nous incitent à être joyeuses (be joyful), créatives (creative), inspirées (inspired), gentilles (caring), heureuses (happy), humbles (humble), vraies (true), uniques (original)… Be You, Etre Nous-mêmes!… Ce sont les couleurs choisies par Pantone pour 2021 : gris sombre et jaune acide, allégorie de la lumière au bout du tunnel. J’ajoute : Heureux Anniversaire à Kristine, ce 11 janvier !

2020 laissera un souvenir indélébile, celui d’une pandémie mondiale qui a tout déréglé. Pour les quilteuses, c’est l’arrêt de la plupart des joies des rencontres autour du patchwork, les JA, les Salons, les Expositions… Téléphone, mails, réseaux sociaux permettent heureusement de garder contact, mais les rencontres en vrai, c’est devenu rare et néanmoins irremplaçable.

Ce mot de la langue inuit, ceux que naguère on appelait les Esquimaux, est intraduisible directement : c’est l’excitation qui vous saisit dans l’attente d’une visite, celle qui vous fait regarder par la fenêtre ou sortir sur le palier pour savoir plus vite si l’invité arrive…

C’est ce je fais, comme une gamine qui guetterait l’attelage du Père Noël dans les nuages, quand la Ruche se réunit chez moi. Vendredi en début d’après-midi, j’étais complètement iktsuarpok !

Nous nous sommes montré nos dernières réalisations, le temps est passé vite à papoter (beaucoup !) et à coudre des oiseaux en vue d’un quilt à faire ensemble. L’ambiance était gezellig comme j’aime.

C’est un mot hollandais aux sonorités très gutturales, mais qui décrit un état de béatitude, un sentiment de confort et de bonheur quand on est ensemble, en bonne compagnie, en toute sécurité et confiance.

Nous avons d’abord choisi la disposition des blocs faits à l’automne pour un quilt destiné à une famille sinistrée dans les Alpes-Maritimes, ce projet a été très retardé en raison du confinement :

Scrappy Trips around the World, modèle de Bonnie Hunter/Quiltville.

Puis ce fut l’habituel Montre & Raconte :

Andrée est sur le point de terminer ce splendide quilt aux tissus japonais, mis en valeur par un fond de plusieurs nuances de bleus doux. Je l’aime infiniment. C’est interprété d’un quilt paru dans un livre de Tilda.

Danièle nous avait montré l’avancée de ses quilts en tissus Neelam lors de la Ruche juste avant Noël :

Danielle a beaucoup aimé s’amuser avec ces trois couleurs, et sa fille a réservé ce quilt pour elle !

Diabolical Jane

Je reviendrai très bientôt sur les Diabolical Jane, car j’ai reçu des photos de vos réalisations sur diabolicaljane@gmail.com. Ceux que j’ai déjà reçus sont splendides ! En attendant, en voici quelques-uns des Abeilles :

C’est celui d’Évelyne, avec le vert acide qu’elle aime tant mettre dans presque chacun de ses ouvrages. Sans bordure ajoutée, une option très moderne.
Son beau dos, en patchwork de restes, montre le travail de quilting à la machine, très réussi !
C’est celui de Kristine, avec une bordure qui lui permet d’utiliser un ruban ancien hérité de sa mère. Frais, printanier et harmonieux !
Comme toujours, Kristine brode des étiquettes informatives et superbes, avec un petit échantillon du ruban de bordure (le carré fleuri)
Andrée a laissé parler l’exubérance des wax, quelle réussite !
Maïté a modifié le modèle pour en faire SON DJ unique, très spectaculaire !

Le 18 décembre dernier, jour de la Ruche précédente, nous avions déjà vu les beaux DJ de Chantal et de Vive, les Abeilles manquantes avant-hier. Je les ajouterai lors d’un article récapitulatif. Danièle en a fait un splendide également, très coloré… Je n’ai pas toutes les photos. Quelle émulation ! Et le mien est très grand, 2 m de côté, pour le lit de ma fille aînée qui vient de fêter son anniversaire (une Capricorne de plus), je vous en ferai une bonne photo pour le prochain article à ce sujet.

Quilts Météo

Ah quelle aventure que ce quilt météo ! Pour chacun qui l’a fait en 2020, cela restera un ouvrage très spécial, lié aux événements personnels de 366 jours mais aussi à cette année dont le fil rouge restera à jamais l’expansion mondiale du Covid19. Dans le groupe privé Facebook qui réunit à ce jour 712 membres, on voit une diversité extraordinaire d’ouvrages, tous plus beaux les uns que les autres. Les quilteuses font preuve d’endurance et de créativité ! D’ores et déjà, je peux vous annoncer qu’une exposition de quilts météo pourra se faire dans le Tarn, fin juin 2022, les modalités seront à finaliser avec les organisateurs. J’espère que nous aurons d’autres propositions car ces quilts méritent de voyager pour être vus et revus un peu partout !

Éliane montre son quilt terminé, hormis les bordures et le quilting.
Elle a résolu son problème des deux mois accolés de 31 jours, juillet et août, qui décalaient les colonnes, en incluant des losanges où est brodé le titre.
Si vous avez la chance de voir un jour ce quilt de près, vous verrez que Maïté a ajouté de nombreux détails brodés…

Cerise sur le gâteau, des quilteuses ont entamé un quilt météo 2021 !

La Pause

Fika (café en verlan suédois !) est le moment privilégié où on fait une pause avec un bon café et un petit gâteau (pour nous c’était thé aux cerises/hibiscus et oreillettes d’Éliane), une pause qui peut s’étirer parce qu’on est simplement bien ensemble…

Après avoir vu tant de belles choses, nous avons fait la pause Fika et nous avons évoqué l’assaut du Capitole, un traumatisme de plus infligé par un Président qui n’a cessé de nous navrer. Et nous avons encore bavardé, nous souvenant des inoubliables journées passées avec nos chères amies américaines LeeAnn, Jeanne, Tari, Betty – et j’ai distribué avec grand plaisir les calendriers que Betty a offerts aux Abeilles pour 2021. Betty, you will be with us in our ateliers! Thank you so much again 💗

Et la sécurité ? Nous ne sommes pas kamikazes (autre mot venant d’ailleurs), nous vivons toutes plutôt isolées, la plupart en maison individuelle à la campagne ou presque. La pause Fika s’est faite dans une autre pièce en remettant nos masques après chaque gorgée de thé. Notre département est actuellement relativement peu impacté, nous avons jugé raisonnable de nous revoir dans cette grande pièce où l’air circule bien.
S’il est reconnu que la peur et le stress affaiblissent les défenses immunitaires,
j’ose penser que notre rencontre vitaminée les booste momentanément !

Oiseaux de passage

Nous avons une bonne nouvelle qui, espérons-le, ne tombera pas à l’eau… La Ruche des Quilteuses est invitée à exposer en juin prochain à Lacaze dans le Tarn ! Ce sera un week-end très festif où chacun sera heureux de replonger dans une vie faite d’art et d’amitié. Nous ne serons pas seules, à l’appel de Christine Meynier et Cécile Milhau, Les Filles du Rouvray, les quilteuses passionnées qui travaillaient dans le premier magasin de patchwork de France, exposeront une belle sélection de leurs œuvres. Ce sera un grand événement, d’autant plus que cette année, de nouveaux lieux d’exposition ouvriront dans le village en cumulant les expositions 2020 et 2021, avec de nombreuses animations et surprises ! Alors réservez dès à présent votre dernier week-end de juin pour visiter le cœur de l’Occitanie, près d’Albi-la-Belle.

Lacaze, au cœur de l’Occitanie

Pour remercier Les Amis du Château de Lacaze, l’association organisatrice de cet événement, nous allons faire un quilt pour une tombola. Son nom temporaire est Oiseaux de passage, car nous l’avons imaginé lors des passages des oiseaux migrateurs. Qu’on aime voir les oiseaux voler et parfois se poser en groupe dans la campagne, avant de les admirer repartir en nuée sonore… Un spectacle éblouissant !

Malheureusement, depuis 40 ans les oiseaux sont décimés eux aussi. Ces petits animaux à la fois familiers et merveilleux doivent désormais bénéficier de protections drastiques. L’écrin de verdure de Lacaze est un lieu idéal pour rappeler ces évidences. La première étape s’est passée hier, avec le choix de faire des oiseaux aux ailes en tissu Wax (batik africain) et au corps uni, en couture improvisée. Des Abeilles faisant des oiseaux, mais oui tout arrive !

Il faut d’abord bien comprendre comment faire un piou-piou.
A la recherche du tissu uni qui ira avec le wax…
On aura sans doute assez de tissus !
On maîtrise la coupe des piou-pious, tout va bien !

 

 

Iktsuarpok, Gezellig, Fika, ces trois mots qui n’existent pas en français résument notre première journée de l’année ensemble. Ces mots (et ces illustrations) sont tirés du petit livre Lost in Translation d’Ella Frances Sanders, malheureusement pas traduit en français. Vous y trouverez une cinquantaine de petits mots tout mignons comme ceux-là !

Merci du fond du cœur pour tous vos vœux, je crois que je ne réussirai pas à répondre à chacun, veuillez m’en excuser. En revanche, je vais reprendre le chemin un peu oublié des réseaux sociaux et de nouveau alimenter mon blog. 

Que la sérénité me soit donnée d’accepter ce qui ne peut être changé
et le courage de changer ce qui peut l’être
mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre.
Marc-Aurèle

Que chacun réussisse à passer la meilleure année MMXXI possible !

Bonne année à tous, ici et ailleurs !

Katell et ses amies

Étonnant recyclage de quilts anciens

Bien sûr, on adore acheter des tissus ! Un jour cependant se pose le problème du recyclage des restes. Pour ma part, je suis rarement à court d’idées pour faire un scrap quilt qui rassemble sans façon des centaines de bouts de tissus disparates, y compris des vêtements, des draps. Mais récemment, une lectrice m’a posé une colle : que faire de blocs orphelins qui n’ont rien en commun ? Elle avait apprécié l’idée de la Voie Lactée dans BeeBook, mais recherche autre chose, car elle a l’habitude de faire beaucoup d’essais de techniques. Je lui ai proposé, sans trop de conviction, d’en faire des pochettes, des coussins… Avez-vous des suggestions ?

Commencer un ouvrage, c’est une excitation et un pari sur notre capacité de le réaliser jusqu’au bout. Mais c’est si long que la motivation peut s’évanouir s’il ne répond pas parfaitement à nos attentes. Selon le tempérament de chacune, il sera fini coûte que coûte, sera mis de côté en attendant ou mis au rancart sans état d’âme, sans doute retaillé ou mis en dos de quilt recomposé. C’est ma tendance. Pour moi, la vie est trop courte pour m’astreindre à finir ce qui ne me plaît plus assez pour y consacrer encore du temps.

J’accepte de laisser tomber un ouvrage
s’il ne m’apporte plus de joie.

Les quilts anciens se vendent très bien aux USA. Les Américains ont la possibilité d’en acheter à des prix très raisonnables. Il doit s’en vendre des dizaines, voire des centaines par jour à travers les USA, car on le sait bien :

Un lit n’est un vrai lit qu’avec un quilt dessus !

On peut en acheter chez des antiquaires en boutique ou en ligne, dans presque toutes les brocantes, ou bien sur le site d’Hannah, Stitched and Found qui, année après année, confirme son succès. Vous pouvez lire l’article où je vous la présentais il y a un an et demi. Depuis, elle a un second enfant, encore tout bébé, et des centaines de nouveaux quilts qu’elle montre sur Instagram et qui sont vendus parfois très vite…

Hannah et ses quilts : trouvailles dans les vide-greniers et brocantes, réhabilitation et revente sur son site.

En France, beaucoup n’apprécient pas la valeur d’un quilt. Ils n’en ont pas la culture. En conséquence, voici ce qui peut arriver :

Ça me fend le cœur ! Une photo-choc pas prise à Marseille par Marius, mais à Toulouse la semaine dernière. J’espère qu’aucune de mes amies quilteuses toulousaines ne reconnaîtra un cadeau fait naguère…

Certains quilts anciens sont en parfait état, d’autres sont partiellement usagés. Sur Instagram défilent les tendances qui se font et défont à la vitesse de l’éclair et une des dernières bonnes idées est d’utiliser des quilts anciens pour en faire… des vestes d’hiver !

La recette : on prend un quilt, un patron de veste, on taille dans les portions de quilts bien conservées, on assemble… et on porte la veste, parée pour les frimas ! Bon, il faut être bonne couturière, certaines vestes ne font pas envie… 

Non, pas de photo de veste loupée, j’ai un minimum de compassion pour les ratages !

Dans la Ruche, nous sommes toujours amoureuses de la veste de Kristine, qu’elle a faite à partir de fat quarters de chez Neelam, avec un tissu déjà matelassé acheté au mètre (qu’on voit à l’intérieur de la veste), un gros grain noir et des brandebourgs :

Au Loto des 30 ans de France Patchwork à Balma (31), nous avions disposé, à droite de la scène, le quilt des 30 ans fait par la Délégation, la veste de Kristine et un petit sac, le tout en tissus Neelam. Nous, on adore !
Dès qu’il fait frisquet ❄, Kristine arrive le vendredi à la Ruche avec sa veste. On espère toujours vaguement qu’elle l’oublie, mais non 🙃

Quant à Caroline, une amie de Kristine, elle a acheté une veste indienne qui lui a tapé dans l’œil :

Le charme du patchwork en veste, un grand classique de vestes made in India qu’on trouve dans des magasins exotiques ou sur certains marchés de plein vent. Celle-ci est particulièrement jolie !

Faire des vestes à partir d’un quilt ancien, c’est le pari de plusieurs jeunes stylistes cette année 2020, et les clients sont là ! La semaine dernière, on pouvait voir notre cher Roderick Kiracofe, collectionneur de quilts et auteur de plusieurs livres essentiels sur le patchwork, porter sa nouvelle veste faite par Reclaimed Fabric :

Très chic Roderick ! (photo Instagram @roderick752)


C’est devenu un véritable phénomène de mode, que le New-York Times a décortiqué dans un article voilà 15 jours. En prêt-à-porter ou même en haute-couture, on avait déjà vu des vêtements rappelant le patchwork traditionnel. Mais la mode actuelle est d’utiliser de vrais quilts anciens, ceux qu’on trouve encore en nombre dans les vide-greniers et dans presque chaque famille, et de tailler dedans.
Sacrilège ?
Pillage de l’héritage des grands-mères ?
Y a-t-il un risque de couper dans de beaux quilts qui pourraient avoir leur place dans un Musée ? La réponse de la styliste Rebecca Wright est qu’elle ne prend que des quilts à sauver de la poubelle. Ainsi, la démarche a un sens, c’est une réhabilitation de matière première, un recyclage malin.
Mode éphémère ? On verra bien ! Mais si la veste est bien faite, elle durera de longues années. Elle changera peut-être de propriétaire, mais elle continuera de tenir une personne au chaud.
D’autre part, la demande de vestes est si forte qu’on commence à faire faire des quilts à Haïti (main d’œuvre bon marché) avec des tissus vintage POUR en faire des vestes… Un vrai phénomène de mode, je vous le disais bien !

Get a hippy look with a Quilt Coat! The New-York Times, 16/11/2020

La plupart des plus belles vestes en quilt vues sur Instagram proviennent du même compte @psychic.outlaw, même si l’offre est très variée. Rebecca Wright, qui aime les bandanas, les quilts et les vêtements un peu fous, a créé l’année dernière sa société Psychic Outlaw et a embauché cette année 13 personnes. Outre de formidables robes d’été en bandanas, elle peut vous faire une veste à partir d’un de vos quilts, ou d’un de sa collection. Vous n’imaginez sans doute pas ce que cela peut rendre, alors voici des photos !

Voici Rebecca Wright, la jeune modiste texane avec une de ses créations en bandanas.
Psychic Outlaw – Star of Texas
Psychic Outlaw – Anneaux de mariage
Psychic Outlaw – Points de croix
Psychic Outlaw – Pinwheel
Psychic Outlaw – Assiette de Dresde ensoleillée
Psychic Outlaw – Étoiles à 8 pointes
Psychic Outlaw – Kansas Trouble
Psychic Outlaw – Calico Starburst
Psychic Outlaw – Ranch Style
Psychic Outlaw – Confetti

C’est un petit aperçu de ses créations. Chaque veste est évidemment une pièce unique.

Faire une veste à partir de blocs orphelins,
voilà qui peut séduire ma correspondante,
c’est aussi une idée pour des tops pas finis,
en ne quiltant que les parties utiles pour la veste.
Osons les vêtements qui se remarquent,
les couleurs qui claquent, les recyclages innovants
sans nécessairement tailler dans nos plus beaux quilts !!!… 
Et ne donnons pas l’excuse de notre âge,
au contraire restons jeunes grâce à notre allure unique !

Katell

Vêtements Psychic Outlaw – Photo Shelby Rahe

Patchwork : contre-cultures

Essentiels livres…

Désigner les livres produits non essentiels n’est pas bon signe. Je n’ai pas envie de polémiquer ici, mais vous devinez mon agacement. Enfin, les commerces ont de nouveau le droit d’ouvrir et de vendre ces fameux non-essentiels, tellement mal désignés. Nous restons cependant en confinement, il faut arriver à faire baisser suffisamment les chiffres pour passer une fin d’année en famille réunie et ce n’est pas gagné. Et je sais que tant de personnes ne peuvent toujours pas travailler… Changeons donc de sujet, pour éclairer notre journée.

Aujourd’hui, je me réjouis de vous recommander un livre de patchwork français qu’on peut acheter en librairie ! Cela fait un an que je voulais écrire cet article, mais j’avais bien souvent une actualité à traiter. Cette année est passée tellement différemment de toutes mes prévisions que, presque à son issue, il me semble que je ne l’ai pas vécue.

Patchwork – Contre-cultures, le ton est donné dès le titre et sur la 4e de couverture. Les protagonistes sont les Femmes ! Ce livre est posé sur mon quilt Castelnau (présenté dans BeeBook)

Il s’agit d’un livre assez particulier dont l’éditeur, Jean Poderos, raconte l’histoire en préface. Vous vous souvenez de Jacqueline Morel qui enchantait les pages de Marie-Claire Idées avec des quilts poétiques. A sa disparition, nous étions bouleversées et j’avais écrit cet article en hommage. La famille de Jacqueline, consciente de son impact sur le monde des quilteuses françaises, a ardemment souhaité laisser une trace plus conséquente que de simples présentations de quilts dans un magazine.

Ainsi est né le projet du livre. En le feuilletant, on voit que des doubles pages en fond noir parsèment le volume : c’est ici l’histoire de Jacqueline Morel, illustrée de ses quilts qui accompagnent les tendances que nous avons nous aussi traversées depuis les années 1980. C’est le Portrait de Jacqueline Morel au long cours en neuf parties. Nous parcourons la vie de cette artiste et nous apprécions son sens des couleurs, son goût du travail manuel bien fait, ses talents de dessinatrice et son humanité… Un régal de parcourir ainsi sa vie de quilteuse, et la nôtre en miroir.

Quant aux pages imprimées sur fond blanc, c’est là aussi une très bonne surprise. Je ressens beaucoup d’affinités avec les thèmes présentés par les auteures. Enfin, un livre français qui raconte en détails l’histoire du patchwork dans le monde et sous toutes ses coutures ! Vous y trouverez aussi bien l’économie rurale et le « faire avec ce qu’on a » que les quilts de concours ou le simple loisir, la force des appliqués, la folie des crazy tout comme la symétrie du patchwork en blocs, et aussi les quilts bavards et contestataires, les quilts faits en commun, la sororité… Autant de thèmes auxquels vous êtes habituées, vous lectrices de la Ruche des Quilteuses !

Très bien structuré, l’ouvrage passe en revue de nombreux thèmes que vous avez pu aussi lire ici dans mon blog. Le livre a l’atout majeur d’avoir un déroulement logique, et de plus en plus je ressens la faiblesse de mon blog : comment s’y retrouver dans près de 1 100 articles étalés sur 9 ans ? Il y a bien les rubriques et la magie des liens, mais moi-même j’ai parfois du mal à retrouver un article… Je suis ravie de trouver imprimées en français les idées que j’ai déjà abordées – et bien plus encore ! – avec ordre et logique. Bravo à l’audace de l’éditeur, bravo aux auteures Marie Le Goaziou et Nathalie Bresson !

J’avoue ne pas connaître Marie Le Goaziou. En revanche, Nathalie Bresson est mon amie sur Facebook depuis plusieurs années, ça crée des liens ! Elle a activement participé à ce livre et j’apprécie sa culture encyclopédique du monde des textiles, toujours bien à propos.

C’est donc un livre que je vous recommande sans hésitation. Décembre, c’est le mois des cadeaux, soufflez donc cette idée à vos proches !

Et toujours, lisons…
Katell

Encore plus beau…

Maïté a immédiatement réagi à mon article sur la fêlure réparée qui rend plus fort, plus beau, sur la résilience… L’art du Kintsugi, vous en souvenez-vous ? Vous pouvez le retrouver par ici.

Le malheur n’est jamais pur, pas plus que le bonheur.
Un mot permet d’organiser une autre manière
de comprendre le mystère de ceux qui s’en sont sortis :
la résilience, qui désigne la capacité à réussir,
à vivre, à se développer en dépit d’adversité.
Boris Cyrulnik

Nous avons chacun nos forces vitales, nos fêlures aussi, nos bonheurs et nos malheurs. Cette année 2020 est une épreuve pour beaucoup. S’exprimer par l’art est une aide inestimable !

Passez une bonne journée,
merci à Maïté de partager ici ce magnifique quilt symbolique,

Katell

Dès que j’ai lu l’article sur le Kintsugi, j’ai su que j’allais en faire un quilt : la symbolique du bol tout simple, réparé et plus beau encore, résonne en moi. Le bol est un compagnon de vie pour boire et manger de la manière la plus simple possible, comme le préconise la tradition japonaise, où chaque personne possède sa tasse à thé et son bol à riz correspondant à son âge, sa taille et son sexe (d’après Dominique Loreau, L’Art de le Frugalité et de la Volupté, Éditions Robert Laffont, 2009). Immédiatement, j’ai senti qu’était venu le moment de faire un quilt de bols, encore d’après Kaffe Fassett, qui décidément ne me quitte pas en ce moment (voir l’article précédent).

Rice Bowls, Kaffe Fassett

Je suis folle du BLEU. J’ai immédiatement imaginé tous mes bols japonais bleus, et je me suis à nouveau plongée avec délice dans mes chutes où j’ai déniché les bleus souhaités sans difficulté. J’avais même l’embarras du choix.

Chaque bol appliqué est souligné d’un point de tige gris à un fil.
Je me suis amusée à matelasser machine la silhouette du bol sur le pourtour après avoir cousu un faux passepoil rouge qui souligne tous mes bleus :

La symbolique de la résilience est dans le titre brodé :

Encore plus beau… Encore plus résistant… Encore plus précieux… Encore là !

Le bol central bleu uni réparé avec de la poudre d’or (kintsugi) représente ma fille. 

N’est-ce pas le plus beau ?

La fêlure laisse passer la lumière !

Maïté

100 000 Chemises…

Maïté est au clavier pour cet article et le prochain !

100 000 chemises… 50 ans de bonheur

Avez-vous le souvenir de la marque 100 000 Chemises ? C’est que vous n’êtes plus toute jeune, comme moi ! C’était la qualité à la française appliquée aux chemises d’homme.  Une marque, un savoir-faire, un patrimoine que nous avons laissé filer. Un de plus. 

Pendant plus d’un siècle, des femmes ont coupé, cousu, repassé, plié bien plus que 100 100 chemises !
Yvan Bernaer, Nous, les 100 000 chemises (Éditions La Bouinotte)

Sur cette carte postale ancienne, c’est la sortie des ouvrières de 100 000 Chemises à Châteauroux (Indre). L’usine fut ouverte de 1891 à 2004. Les premiers ateliers de 100.000 Chemises se situaient à Paris, puis la grande usine ouvrit à Châteauroux, puis une blanchisserie à Creil.

 

Le fondateur de ce petit empire du textile est Moïse Schwob (1838-1914), un Alsacien ayant choisi la naturalisation française en 1870 et le prénom de Maurice. Ici avec son épouse, Anna. Dès la fin du XIXe siècle, il avait créé le début de prêt-à-porter et le fameux Satisfait ou Remboursé.

 

M. Schwob créa une encyclopédie des chemises et l’acheteur remplissait une fiche avec toutes ses mesures et choix de finitions. Cela évolua vers les chemises avec diverses tailles et caractéristiques préparées d’avance (tour de cou, longueur de manches, forme du col…)

 

Salle de repassage à Creil (Oise). Le travail était rude, mais Maurice Schwob se fit aussi remarquer par les innovations sociales envers ses ouvrières (forme de sécurité sociale).

 

La coupe du tissu, c’est du sérieux !! Ici sont employés des hommes – Manufacture 100 000 Chemises de Châteauroux

Naguère, dans la plupart des villes françaises, il y avait un magasin 100.000 Chemises et les produits s’exportaient très bien. Les 30 dernières années, les chemises de Châteauroux étaient destinées à la marque britannique Burberry.

Vous allez vite comprendre le titre de mon quilt : j’ai hérité une belle quantité de chemises de mon amie Marie-Hélène qui sait que j’accepte tout textile recyclable. C’est elle qui m’avait offert le rouleau d’exercices que j’ai eu le plaisir de vous présenter après rénovation. En même temps, j’avais reçu quantité de chemises venant de son papa décédé à 101 ans.

J’ai sélectionné les rayures les plus colorées pour interpréter le modèle tiré du livre de Kaffe Fassett, devenu un grand classique : 

C’est ce modèle qui me fascine !

Ce fut une jubilation de jouer et jongler avec toutes ces rayures et ces couleurs, tant et si bien que l’assemblage du top fut plus rapide que prévu (« avantage » du confinement !).
J’ai matelassé en suivant dans 95 % des cas la ligne des rayures (parfois la diagonale des petits carrés). Tout est quilté à la machine, maintenant que l’arthrose m’empêche de le faire à la main.


Je compte offrir ce patchwork à mon amie Marie-Hélène pour ses 50 ans de mariage le 27 février 2021. En attendant, CHUUUT !!


Je suis fière de ce deuxième recyclage des dons de mon amie. En ces temps oh combien difficiles, rien ne vaut de remuer ses doigts et ses méninges.

Une Abeille de la Ruche des Quilteuses,
Beebee Maïté

VOS Diabolical Jane

Le modèle Diabolical Jane vous enthousiasme !

 

Je rappelle que ce sont trois amies de la Modern Quilt Guild de Washington DC qui ont admiré un quilt américain anonyme de 190 ans, l’ont baptisé, ont publié leurs inspirations de ce quilt sur Instagram et l’une d’entre elles a eu la générosité de partager les explications sur son blog.

Les trois amies ont chacune un compte Instagram : 
@quirkygranolagirl (Melinda), @chixdigneedles (Jane) et @jessiealler (Jessie)

Les explications sont sur le blog de Jessie : https://jessiealler.com/2016/02/05/diabolical-jane-a-tutorial/

Comme ce modèle suscite votre vive attention à la suite de mon récent article, je vous propose de faire le relai pour montrer vos avancées – car vous êtes nombreuses à vous y lancer !

Si vous souhaitez que paraisse dans ce blog une photo de votre Diabolical Jane en cours, puis fini, écrivez-moi à l’adresse dédiée :

diabolicaljane@gmail.com

Votre adresse mail ne sera jamais divulguée ni utilisée, je supprimerai les messages de cette boite mail au fur et à mesure des parutions sur ce blog*. Merci d’envoyer une photo, si possible de moins de 500 Ko, cela m’évitera d’y retoucher (si c’est du chinois pour vous, envoyez-moi ce que vous avez). Ajoutez le nom ou pseudo que je pourrai mettre en légende. Vous pouvez l’accompagner d’un petit texte que je copierai-collerai.

*la consommation énergétique du numérique dépasse celle de tous les transports aériens (déjà avant Covid, encore + à présent). Plus on conserve des mails, plus on consomme.

Quand j’aurai reçu plusieurs mails, j’en ferai un article. A vos cutters, vos tissus, vos machines à coudre !

Il est évident que ce quilt, vous l’appellerez comme vous voulez, mais nous garderons comme nom générique Diabolical Jane, DJ entre nous, pour respecter et remercier celles par qui ce modèle nous est parvenu.

Si vous le publiez sur Instagram ou autres réseaux sociaux, utilisez l’étiquette #diabolicaljane et éventuellement #laruchedesquilteuses. Je souhaite simplement que ce modèle revive à travers toutes vos réalisations !

Imaginez, au Paradis des Quilteuses,
la fierté de Celle qui vécut il y a 200 ans et créa ce quilt…
Peut-être s’appelait-elle Jane, le prénom le plus courant à l’époque !
J’ai toujours envie d’ajouter un peu de spiritualité
– ou simplement de rêve – à notre art…

Je vous rappelle que vous pouvez adapter la grandeur de votre quilt DJ en décidant de la dimension du carré de base, voir les explications dans mon article. Prenez le temps de bien disposer vos tissus en utilisant à la fois des briques que vous pouvez découper, mais aussi l’ingénieux schéma en PDF de Jessie en fin d’article.

Bon Diabolical Jane !

 

Des Ariégeois en Amérique

Madeleine est une Abeille de la Ruche, même si le patchwork ne fait plus partie de son quotidien, son Sampler de Mariage de Sylvia* étant un peu en panne… tout comme le mien. Et pourtant, que de belles réalisations en quelques années ! Avant de lui laisser la plume… heu, le clavier, je vous montre quelques-uns de ses quilts déjà publiés sur ce blog, juste pour le plaisir.

*de Jennifer Chiaverini, livre en français chez Éditions de Saxe

Le Haras, 2008, présent dans cet article et celui-ci.

Bouquet d’Antan, 2010, article ici.

Mini-quilt aux dés, 2011, voir article ici

Jeu de Cubes, 2012, voir article ici

Bouquets d’Hiver, 2013, voir article ici

Madeleine a participé à la Délégation France Patchwork 31 de 2012 à 2017, à tous nos quilts en commun… Nous avons beaucoup de souvenirs toutes ensemble et une amitié sincère nous lie pour toujours.

L’article Y Cwilt entrait en résonance avec ma dernière lecture, je m’en suis confiée à Katell qui m’a demandé d’écrire sur ce livre pour la Ruche, ce dont je m’acquitte avec joie.

Anne Icart, Parisienne d’adoption mais toujours Ariégeoise de cœur.

Son auteure, Anne Icart, est Ariégeoise comme moi et je viens de la découvrir avec son 5e roman, Lettres de Washington Square. Paru en février 2020, il a manqué de publicité en raison de la tourmente mondiale qui nous secoue cette année.

Dès que j’ai eu vent de ce roman sur Radio-Couserans, notre radio locale de Saint-Girons, je me suis précipitée dans ma librairie car son histoire se passe en partie à Ercé, dans une vallée ariégeoise que je connais bien ; j’ai lu le livre presque d’une traite. Émue, j’y ai revécu les souvenirs de la génération de mes parents, la rude vie à la montagne. Une partie de ma famille par alliance est partie, comme les grands-parents d’Anne Icart, à New-York. Ma belle-sœur y est née : ses parents, originaires d’Ercé, s’étaient exilés avec d’autres membres de leur famille tenter leur chance à New-York, pour travailler dans la restauration.  Certains s’y sont installés de façon définitive, d’autres sont revenus dans leur village d’Ercé.

La maïzoun* du roman garde le souvenir de l’odeur de la croustade, cette tarte aux pommes dont chaque famille garde jalousement la recette… Mes amies Abeilles connaissent bien ma version !

*maison

Ercé, carte postale ancienne.

Voilà pour les connexions personnelles. Mais je ne recommanderais pas ce roman si son seul atout était de me faire revivre des souvenirs. Le roman dévoile une belle richesse historique sur la vie des exilés du début du 20e siècle et montre, une fois de plus, que les secrets de famille, cachotteries faites un jour sans en mesurer les conséquences à long terme, impactent les descendants.

L’envie d’une vie meilleure, le courage de vivre ses rêves malgré ce qu’il en coûte, la liberté qu’on s’accorde ou pas, c’est ce qu’écrit Baptiste, celui qui est parti en Amérique. Une histoire d’exil, d’adaptation et de résilience vécue par des millions de personnes mais une expérience unique pour chacun, comme dans le petit livre de Valériane Leblond et bien d’autres romans sur ce thème.

La liberté, mon fils, la liberté. Celle de partir ou de rester.
Celle de bâtir ou de détruire.
Celle de s’envoler ou de s’enterrer.
Celle d’aimer ou de haïr…
Baptiste, dans Lettres de Washington Square

Les femmes de mon pays ont du caractère, forgé par la rudesse des éléments et la frugalité de la vie montagnarde. Elles ont un cœur gros comme ça, mais il leur arrive d’être rancunières… Je vous laisse découvrir l’amour filial, les secrets trop longtemps gardés, et aussi la vie de ces Ariégeois, ceux qui sont restés et ceux qui sont partis…

Madeleine,
Ariégeoise pour toujours

Je ne suis pas la seule à avoir aimé ce livre dépaysant, si bien écrit : il a gagné plusieurs prix littéraires. Ne passez pas à côté.

OH! Gwen

Je vous l’ai déjà dit, le conte pour enfants de Valériane Leblond The Quilt m’a séduite. Il raconte avec poésie l’arrachement d’une famille du Pays de Galles aux alentours de 1900 vers une vie meilleure, vers leur Terre Promise, les États-Unis. Et bien sûr, il est question d’un quilt.

Une suite impromptue s’est imposée à moi comme dans un rêve, tandis que je préparais mon quilt Diabolical Jane ; la petite Gwen a grandi dans le pays qui est désormais le sien. La famille Lewis vit dans une vallée fertile non loin de l’Ohio River. Leurs voisins sont les Jones, Llywelyn et Enid, avec leurs trois grands fils Rhian, Brieg et Dylan.

Ma petite suite n’aura jamais le charme du conte de Valériane, il y manque ses merveilleuses illustrations et sa touche bien à elle. Pour ne pas rendre la lecture trop aride, je l’ai tout de même agrémentée de quelques images, parfois décalées.
Redevenons enfant le temps de cette lecture, tout devient possible, voyageons dans l’espace et le temps grâce aux simples mots, c’est ma seule ambition !

Katell


Ceci est une fiction. Toute ressemblance a un sens…

Juin 1909

Bien sûr, je me sens bien chez moi, dans la vallée où mes parents ont choisi de s’installer quand j’étais toute petite. J’ai appris à lire, écrire et compter dans la petite école rouge située à un mile de chez nous. Mon petit frère Tom, 11 ans, y va encore le matin, mais ce qui lui plaît, c’est le travail à la ferme. Père commence à se faire vieux, il a mal partout ; Tom reprendra les terres cultivées de notre famille. La ferme Lewis a bien grandi depuis notre arrivée voilà 12 ans et nos légumes se vendent bien au marché de la ville voisine, à Marietta.

Ce que j’aime le plus, c’est lire de belles histoires… et coudre : la voisine et meilleure amie de Mère, Enid Jones, m’a appris à faire des vêtements, les ajuster pour les rendre bien seyants. J’aimerais devenir modiste en ville, ou bien vendre des livres.

Mère et moi avons découvert ensemble, grâce au Cercle de Femmes Galloises animé un vendredi par mois par Enid Jones, comment faire du patchwork à l’américaine. Oh c’est très intéressant, au lieu de coudre de grandes pièces en médaillon comme au Pays de Galles, nous pouvons utiliser des tas de petits bouts de tissus variés que nous organisons en blocs. Un bloc, c’est une petite unité de patchwork qu’on assemble à d’autres similaires. C’est très beau et très moderne !

Comme le montre Valériane Leblond sur cette peinture, les quilts traditionnels du Pays de Galles sont le plus souvent montés en médaillon (on tourne autour d’un centre, agrandissant ainsi le top). Noir et rouge étaient des couleurs très populaires. Cependant, les liens étroits entre les USA et le Pays de Galles font que certains blocs sont utilisés aussi en Europe au XIXe siècle.
Quilt patriotique américain en rouge, blanc et bleu, avec 20 variantes d’Étoiles de l’Ohio (changement de tissus uniquement)

Septembre 1909

Le mois dernier, le jour de mes 17 ans, ma vie a changé. Je ne suis plus une jeune fille insouciante depuis que Dylan, le troisième fils de nos voisins Llywelyn et Enid Jones, m’a déclaré qu’il souhaitait faire sa vie avec moi – et moi aussi, car je l’apprécie depuis toujours ! Oh je sens que je deviens adulte ! Nous avons beaucoup parlé, nous nous sommes découverts autres que les simples enfants que nous fûmes, courant dans les bois alentour, jouant dans la grange, courant après les poules… Nous avons déclaré nos intentions à nos parents, ils en étaient heureux mais ne semblaient pas surpris ! Le mariage se fera donc en avril prochain, au moment où les hirondelles reviennent nicher dans la grange.

Si moi je sais que j’aime les livres et les tissus, Dylan sait qu’il veut aller vivre dans une ville moderne… et dans l’Ouest. Oh quelle idée aventureuse, ça me fait un peu peur. Jamais je n’y aurais pensé, mais après tout pourquoi pas ? Dylan voudrait aller aussi loin qu’au bout de la terre, au bord de l’Océan de l’Ouest. Il avait lu que San Francisco était une belle ville… avant le terrible séisme d’il y a 3 ans. Trois milles morts, a-t-on lu dans le Marietta Times… Oh non, je ne veux pas vivre là où tremble la terre ! Aller vers l’Ouest, je veux bien, mais un peu moins loin quand même…

San Francisco en ruine après le séisme de 1906

Je lis le Marietta Times presque tous les jours, mais en décalé, car c’est Dylan qui le reçoit et me le cède après l’avoir lu. Je fais la lecture à Mère qui ne voit plus très bien et qui n’a jamais su lire d’ailleurs.

Jane Seymour dans Dr Quinn, Femme médecin, une série télévisée à grand succès.

– Oh Mère, une femme médecin a exercé pendant 42 ans dans le Colorado et elle vient de mourir. Elle était très connue et appréciée, disent-ils dans le journal. Je n’ai jamais vu de femme médecin, comment est-ce possible ? Crois-tu que nous puissions être aussi intelligentes que les hommes ? Moi je crois que oui. Dylan est un homme intelligent, mais parfois il dit des choses bêtement comiques !

– Ma Gwen, c’est un secret encore bien gardé… Tu verras, Dylan croira diriger sa vie mais c’est toi qui le conduiras où tu veux si tu t’y prends bien. Mais dis-moi, ton mariage va vite arriver, Enid a prévu une réunion du Cercle le 15 du mois prochain pour commencer ensemble ton quilt de mariage. Réfléchis-y, tu es assez douée pour choisir ton bloc et animer le Cercle cette fois-ci. Enid est sûre que tu te débrouilleras parfaitement.

Oh, tant de choses à prévoir. Puisque je ne veux pas aller à San Francisco, il faut que je propose une autre destination à Dylan. Alors je réfléchis. Oh la femme médecin vivait à Colorado Springs, ce doit être une bien belle ville pour que les gens acceptent de se faire soigner par une femme !

Quant au quilt de mariage, j’ai ma petite idée. La semaine dernière, j’ai vu dans la gazette un bloc qui s’appelle « l’étoile de Jane« . Un nom banal pour une bien belle étoile. Mon quilt de mariage sera l’occasion d’utiliser le magnifique coupon de tissu de coton que j’ai reçu pour mes 15 ans : 4 yards du plus beau bleu indigo que je connaisse, en coton de l’Alabama ! Oh j’imagine bien les étoiles de Jane en divers tissus jaunes sur le fond indigo ! Oh que je suis heureuse de ces préparatifs !

Je vais donc demander à chaque quilteuse d’apporter des tissus jaunes de leur panier de chutes. Je vais leur préparer les gabarits en carton, un carré de trois inch pour le centre et les coins du bloc, puis un triangle pour faire les pointes d’étoiles, à couper en jaune et indigo. Chaque étoile fera donc 9 inch et pour ma Pluie d’étoiles, je souhaiterais avoir 6 rangées de 5 blocs. Trente étoiles, n’est-ce pas trop demander au Cercle ? Je dois voir avec Enid.

110 ans plus tard, la communauté des quilteuses aime toujours les étoiles de l’Ohio jaunes sur fond indigo (ici premier bloc de la Pluie d’Étoiles de Michelle Braun, challenge FP, novembre 2020)

Oh et je sais comment j’appellerai ce bloc d’étoile : OH Star ! Il paraît que je dis oh à tout bout de champ. L’aviez-vous remarqué ? Oui, vraiment ? Au début, je faisais exprès, car nous habitons dans l’État de l’Ohio et ça me faisait rire, OH ! 

Novembre 1909

Partir sitôt mariée, au moment où les hirondelles reviendront nicher dans la grange, en ai-je vraiment envie ? Je suis bien attirée par la vie moderne en ville, et Marietta, tout près de chez nous, c’est déjà bien, non ? J’aime tellement me promener le long de l’Ohio et rêver en voyant les bateaux à fond plat qui vont vers l’Ouest, aller chercher des livres à la bibliothèque, acheter des tissus à la mercerie générale. Marietta, c’est un bien joli nom pour une ville ! C’était ici un territoire français jusqu’en 1803 ; Marietta fut baptisée en l’honneur de Marie-Antoinette, la pauvre Reine que des Français ont décapitée, quelle horreur.

Décembre 1909

J’ai assemblé les trente étoiles et je commence le quilting. Oh zut, flûte et crotte de bique, un tissu jaune a été cousu à l’envers ! Faut-il tout défaire ? Qui donc a mal fait son travail ? Je remarque soudain que c’est un tissu de Mère et ma colère tombe. Oh la pauvre, sa vue baisse encore. Et puis elle a toujours dit qu’elle préférait coudre la flanelle de laine plutôt que le coton, car on ne peut pas se tromper, il n’y a ni endroit ni envers. Alors je vais garder cette petite erreur et je crois bien que ce bloc sera mon préféré, quand je me blottirai dans ce quilt, loin de Mère, là-bas dans l’Ouest.

Février 1910

L’hiver fait rage. Après la neige, c’est la pluie. L’Ohio River est sortie de son lit et les inondations sont impressionnantes à Marietta. Cela arrive tous les 2 ou 3 ans, c’est terriblement décourageant. Heureusement, notre maison est assez loin de l’Ohio, mais ça me rappelle les dévastations après la tornade en 1902, le toit de notre grange avait eu un gros trou et tout dedans fut anéanti. Je déteste la terre qui tremble, je déteste les tornades, je déteste les inondations. Je déteste ressentir les douleurs des autres, même inconnus. J’ai si peur de la violence de la nature et des hommes.

Tornade à Marietta le 25 juin 1902.
La Poste de Marietta au bord de l’Ohio, le 1er février 1910.
La rue principale, inondation de 1910
Pont de chemin de fer effondré à Marietta, 1910

Mars 1910

Si nous partons vraiment vers l’Ouest, pourquoi pas Colorado Springs ? Dylan et moi en avons longuement parlé, c’est presque décidé ! Je suis allée me renseigner à Marietta et c’est finalement bien simple d’y aller en temps normal : de Marietta on va jusqu’à Saint-Louis (Missouri) soit en bateau sur l’Ohio, soit en train, et là on a un autre train vers Denver (Colorado), Springs est la gare juste avant cette grande ville. Mais avec le pont de chemin de fer de Marietta emporté lors de l’inondation et la rivière encore non navigable, il faudra aller prendre le train à Athens, terminus temporaire des trains vers l’Ouest, le temps de la reconstruction.

Gwen a consulté ce panneau de la Baltimore-Ohio Railroad. Le train de cette Compagnie va bien jusqu’à Saint-Louis, la Porte vers l’Ouest.
La suite du voyage se fera avec la Missouri Pacific Railway Company.
Nikola Tesla dans son laboratoire expérimental de Colorado Springs. Cet homme était un génie.

Dylan veut bâtir des maisons en bois ou en pierre, mais des maisons modernes. A Colorado Springs, on peut avoir l’eau qui coule d’un robinet chez soi ! De plus en plus, les gens modernes ont une pièce consacrée à la toilette. Pour l’électricité, il faudra attendre, malgré les célèbres expériences très bizarres de l’inventeur Nikola Tesla à Colorado Springs il y a 10 ans, qui cherchait le moyen de transmettre l’électricité partout dans le monde à bas coût. Ce sont autant de domaines qui enthousiasment Dylan. Il faudra travailler dur, mais Dylan est un pur-sang gallois, ça ne lui fait pas peur et en ville, on trouve toujours du travail quand on est fort et courageux. Après avoir beaucoup lu sur le sujet, il est d’accord d’aller dans les montagnes, à Colorado Springs, il a confiance en moi et en sa bonne étoile (de l’Ohio ?).

Mes parents m’ont fait quitter notre terre natale par nécessité et c’était la même histoire, tristement banale, pour les Jones et tant de compatriotes. Nous sommes venus en Ohio parce que la communauté galloise permet de faciliter l’installation en nous réconfortant avec nos petites habitudes, nos fêtes, notre langue, notre cuisine. L’autre communauté la plus proche est Amish, ils sont très gentils mais un peu vieux jeu : au lieu de faire des quilts américains modernes en coton, les femmes préfèrent coudre des couvertures qui ressemblent à mon bon vieux cwilt du Pays de Galles, en flanelle de laine, tout en utilisant cependant les blocs américains.

Quilt amish en flanelle de laine du début du 20e siècle. Le log cabin est fait avec 5 couleurs, tout en subtilité.
Charles Ingalls jouant du fiddle, le violon, populaire en Irlande et au Pays de Galles

L’hiver se termine, mon quilting aussi. Il sera prêt pour le mariage. J’entends Dylan qui s’entraîne à jouer au fiddle avec ses frères, il sait que j’adore danser !

Avril 1910

Les hirondelles sont arrivées pour nicher dans la grange. Dylan et moi sommes unis et heureux, notre voyage vers l’Ouest est imminent. Notre communauté galloise est chaleureuse, mais elle ne correspond pas à la vie dont nous rêvons tous deux. Quand nous serons installés à Colorado Springs, je ferai un nouveau quilt, il s’appellera Jane-quelque-chose, parce qu’après tout L’étoile de Jane, qui illustre le début de ma vie d’adulte, ce n’était pas mal du tout comme nom de bloc. Selon mon humeur, je l’appellerai peut-être Dear Jane, Calamity jane ou Diabolical Jane, comme si le quilt était pour une secrète amie ou une sœur que je n’ai pas eue, qui serait fière et rebelle… Oh j’y mettrai beaucoup de tissus fleuris, très modernes ! Colorado Springs attire les artistes par son climat sec et la beauté de son paysage, je suis sûre que j’y trouverai aussi de beaux cotons américains pour mes quilts.

Ici, on ne croise presque plus d’Iroquois, car nous les Blancs, nous prenons toute la place en Ohio. Dans l’Ouest, de terribles guerres ont massacré les Indiens au siècle dernier mais il y a heureusement des survivants. Colorado Springs est connue pour ses sources très minéralisées et bienfaisantes, que que les Blancs ont ôtées aux Indiens. Même si je suis fière d’être Américaine, j’ai un malaise au sujet de la confiscation de leurs terres qui sont toute leur richesse. Après tout, nous sommes chez eux. Comme j’ai l’intention de faire partie d’un Cercle de Quilteuses à Colorado Springs, j’espère m’y faire aussi une amie cheyenne, fière et rebelle. Les Indiennes du Colorado font-elles du patchwork ? Ou restent-elles complètement séparées de notre vie citadine, parquées dans leur réserve ? Que de choses à découvrir, que de nouvelles personnes à rencontrer ! Oh il me tarde maintenant de partir vers l’Ouest ! Encore une semaine de préparatifs, de célébrations, d’adieux…

Quitter nos familles et nos amis est un crève-cœur. Malgré la crainte angoissante de ne plus jamais les revoir, oh comme un mustang, je piaffe d’impatience d’aller loin vers l’Ouest avec Dylan, vers cette nouvelle vie pleine de promesses, une vie d’Américains que nous sommes devenus. J’ai moins peur de tout, j’ai confiance en notre avenir et j’éprouve de la gratitude pour la vie. Dylan prendra avec lui son fiddle et ses outils ; moi aussi je partirai avec peu de choses, avec le quilt Pluie d’étoiles de l’Ohio fait pour notre mariage, et peut-être mon cher souvenir d’enfance, le vieux cwilt mité rouge et noir… Je n’ose le demander à Mère, mais peut-être devinera-t-elle mon envie ?

Gwen Lewis Jones,
une jeune Américaine pleine d’avenir

OH! Gwen (vous comprenez à présent pourquoi), top fait en novembre 2020, Katell