Pexiora, un nom exotique, presque étrange… Nous sommes en terre occitane et son nom, Puègsiuran, a été interprété avec fantaisie ! C’est un nom qui circule entre brodeurs et brodeuses, quilteurs et quilteuses, et les exposants savent que les places sont limitées et donc difficiles à obtenir…
Où est-ce ?
Au milieu !
Qui vient ?
Beaucoup de beau monde !
Ce petit Salon local devenu grand se passe dans la Salle des Fêtes du village et on ne peut pas pousser les murs. Mais c’est si chaleureux ainsi !
Cela se passe la semaine prochaine, jeudi, vendredi et samedi. Allons-y nombreux !
Des petites villes bien de chez nous ont parfois une renommée inattendue ailleurs. Entre Agen et Montauban, tout près de Moissac et Castelsarrasin, le village de Saint-Nicolas-de-la-Grave se remarque d’abord par son lieu stratégique, à la confluence du Tarn et de la Garonne. C’est un endroit préservé, refuge pour les oiseaux.
La réserve ornithologique est à peine à portée d’objectif, d’après le photographe Claudio Boaretto. Les oiseaux semblent donc bien tranquilles !Je suis passée en voiture sur ce pont qui a la particularité d’enjamber à la fois la Garonne et le canal d’entre-deux-mers. Il a été rénové depuis, mais pas élargi ! On serre les fesses si, d’aventure, on croise un autre véhicule… mais ça passe ! Son histoire prouve l’impétuosité des flots garonnais : deux ans après son inauguration, en 1852, le pont s’écroule. En 1858, son tablier chute lors d’une crue mémorable. Depuis, ses fondations ont été renforcées avec des moyens plus modernes, les suspensions adaptées et il fait l’objet d’entretiens réguliers.
Le village nous enchante par le caractère de ses beaux bâtiments de brique ou de fer (la halle centrale), une qualité de vie préservée, une ambiance chaleureuse :
Mais celui qui fait sa renommée aux États-Unis, c’est Antoine Laumet, né ici en 1658. Il est bien plus connu sous le nom qu’il s’est attribué, le Sieur de Lamothe-Cadillac. Je vous avais raconté son incroyable histoire en été 2020 et vendredi dernier, j’ai eu le grand privilège de me faire ouvrir la porte de sa maison natale. Entièrement rénovée grâce à des volontés locales et la municipalité de Detroit reconnaissante, elle est devenue le Musée Cadillac, en l’honneur de ce Gascon qui s’est créé une vie à son image, hors du commun !
Danielle, passionnée d’art et de culture – et de patchwork! – a été ma guide attentionnée, elle m’a fait vivre la vie tumultueuse de ce téméraire Gascon. J’ai beaucoup appris, appréciant la qualité de la mise en contexte de l’histoire, hors des légendes… Cette vie est suffisamment extraordinaire pour ne pas avoir besoin d’en rajouter ! On peut visiter en se contentant de lire les panneaux, mais écouter un(e) bon(ne) guide est irremplaçable.
Cet homme, excessif en tout, a illustré sa Gascogne natale par son intrépidité, sa ténacité, sa passion de l’aventure, son intelligence des plus déliées et son remarquable sens des affaires. René Toujas Le Destin extraordinaire du Gascon Lamothe-Cadillac de Saint-Nicolas-de-la-Grave fondateur de Detroit, Ateliers du Moustier, Montauban, 1974
Une peintre locale, Patricia Blanchet, a réalisé l’été dernier une splendide fresque murale dans l’entrée ; elle représente le fortin créé par Lamothe-Cadillac, entouré de cette nature idéalisée qui ressemble au paradis, avec des bosquets d’aspens, mes arbres américains préférés, des oiseaux, ainsi que des personnages qui discutent en toute quiétude et courtoisie… Trois murs qui nous immergent dans la fin du XVIIe siècle dans la région des Grands Lacs ! Et savez-vous que les Français s’entendaient très bien avec la population autochtone américaine, bien mieux que les Anglais ?…
Pour tout renseignement complémentaire, vous pouvez vous référer à cet article de Tourisme-Occitanie, vous avez un numéro de téléphone pour organiser votre visite.
Lamothe-Cadillac s’est offert une vie à son image, voguant vers des horizons inconnus. Il est même devenu mondialement connu, indirectement, grâce aux voitures qui portent le nom de Cadillac en son honneur. Moins connue, la chanson d’Etienne Roda-Gil écrite pour Johnny, rend hommage au Sieur de Cadillac !!
En patchwork, nous pouvons aussi élargir nos horizons. Le club de patchwork de St-Nicolas est très réputé depuis des décennies pour la qualité de leurs quilts faits à la main. J’ai cependant été sollicitée par Isabelle pour montrer quelques techniques permettant de s’amuser à modifier ses habitudes. On ne jette pas tout par la fenêtre, mais on prend quelques idées pour moderniser ses ouvrages, changer de style, se faire plaisir sans la crainte du cutter ou de la machine à coudre. Cap sur l’improvisation, sur l’acceptation de l’imperfection, la réjouissance des effets inattendus au lieu de la réplique exacte ! En une journée, les idées ont fusé, avec des périodes d’incertitude puis la joie de la réussite… Bravo à chacune d’entre vous d’avoir osé dépasser votre zone de confort avec le sourire et beaucoup de rires, et merci infiniment pour votre accueil si chaleureux !
Vous pourrez compter sur moi pour annoncer votre prochaine exposition en 2023 et surtout, je viendrai l’admirer avec mes amies Abeilles, avec grand plaisir !
La créativité autorise chacun à commettre des erreurs. L’art c’est de savoir lesquelles garder. Scott Adams (dessinateur de BD)
Bon dimanche à tous, et offrez-vous peut-être de nouveaux horizons ! Katell
Quelle joie de voir des photos de ce modèle sur divers réseaux sociaux ! Merci Agnès Bolzer (le 2e en cours !), @catimini6, @grande_Ourse_quilt… Le modèle d’Alexandra Bordallo vous inspire, et vous êtes nombreuses à avoir commandé des tissus chez Alice !
Les finitions
La semaine dernière, vous étiez conviées à assembler vos pièces de tissus et vos blocs. Si vous l’avez terminé, vous avez le top, prêt à être quilté. Pour cela, l’étape mal-aimée de la plupart des quilteuses, c’est la mise ensandwich. Mal-aimée, car cela ne se fait pas sur le pouce, mais souvent à quatre-pattes, si l’ouvrage est grand… On parle de sandwich parce qu’on va solidariser le top (dessus) au dos, avec le molleton entre les deux. Alice en parle dans son livre page 49, et moi dans mon livre page 140.
Pour apprendre des techniques fiables, rien ne vaut d’avoir quelques Bibles sous la main… En voici deux, pas du tout au hasard, éditées en 2019 🧵🌞 BeeBook est épuisé mais se trouve chez la plupart des quilteuses francophones modernes, et Patchwork Moderne d’Alice Kreyder est toujours en vente.
Faire le sandwich se fait traditionnellement en faufilant à la main (voir les multiples vidéos ou articles sur internet), ou en utilisant de petites épingles à nourrice, ou encore des agrafes (Microstich). A vrai dire, j’alterne…
Vient le moment du quilting, du matelassage. Traditionnellement, il se fait à la main, au fil à quilter en coton (mon favori, marque YLI, lire ici). J’ai pris des cours avec une ambassadrice de la regrettée Esther Miller, Patricia Valentini, qui avait eu la gentillesse d’écrire de nombreux détails de cette précieuse connaissance dans deux articles pour ce blog, ce sont des conseils intemporels. Articles de Patricia Valentini :
On peut vouloir quilter à la main, sans y passer un temps infini. Mon alternative est le quilting au coton perlé (BeeBook page 142), c’est ce que j’ai fait pour le Baby quilt avec les carrés de 15 cm (je n’ai pas encore le prénom à broder, la naissance est pour ces jours-ci et ce quilt partira alors dans le Var). Cela prend quelques heures bien sûr, mais le résultat est visiblement artisanal, coloré, j’aime autant le processus que le résultat. J’invente les motifs au fur et à mesure !
Pour le quilting improvisé, j’utilise bien souvent mon hera marker pour marquer des lignes qui ne suivent pas les coutures. J’ai plusieurs coloris assortis, toujours du coton perlé n°8. Le quilting, sans cadre, me permet de faire de longs points, avec une aiguille Sharp de Bohin.
Pour ce Baby quilt, j’ai quilté au point avant long, au coton perlé, et j’ai ajouté quelques points de nœud pour la texture.
Puis il y a le quilting machine. Honni par bien des quilteuses il y a 20 ans, il a pris une place justifiée dans notre monde du patchwork. Tout d’abord, c’est joli si c’est bien fait, c’est rapide si c’est maîtrisé. Mais que personne ne me dise que c’est un quilting bien plus facile qu’à la main, un sous-quilt où on aurait succombé à la facilité !! Je n’ai jamais raté un matelassage à la main, à la machine, si. C’est bien plus technique, surtout si on le fait sur nos machines domestiques… mais c’est un apprentissage, comme le reste, et c’est très gratifiant de réussir à quilter en quelques heures ce qui nous aurait pris, à la main, des semaines… Rappel : sur votre machine, vous pouvez choisir de quilter avec des droites ou courbes souples en modifiant la pression du fait de l’épaisseur (ajoutez le double entraînement si votre machine le permet), ou bien au piqué libre (BeeBook page 141, Patchwork Moderne d’Alice pages 50-51). Et bien sûr, vous pouvez faire appel à une quilteuse professionnelle. Mieux vaut un quilt terminé qu’un top en déshérence !
Une fois le quilting terminé, on ferme tout avec une bordure. Là encore, plusieurs possibilités… Ici, j’ai fini le mien avec la bordure la plus connue, dont les Américaines nous attribuent l’origine (French fold binding!).
Dans la rougeur automnale des amélanchiers du Canada, Morning Sunrise flamboie…
… mais à l’ombre, les couleurs sont bien plus fidèles !
J’ai donc terminé le baby quilt aux blocs de 15 cm, le grand sera quilté également au coton perlé, prochainement !
Tourisme en Occitanie
Samedi, nous avons fait un tour dans le Lauragais, là où poussait naguère l’Isatis tinctoria, la fameuse plante qui donnait ce si beau bleu européen qui fit la fortune de Toulouse, Albi, Carcassonne. Une halte dans un des beaux villages du coin : Saint-Félix-du-Lauragais (31), m’a permis de faire quelques photos du quilt Morning Sunrise version baby et replonger dans l’histoire de ce pays vallonné où j’ai des attaches familiales.
J’y ai aimé la maison natale de Déodat de Séverac (1872-1921), chantre de la musique régionale, dont le nom est connu de tous les Toulousains, par le lycée Déodat-de-Séverac, ou le boulevard du même nom…
Né à Saint-Félix (31) et mort à Céret (66), photographié ici vers 1910, D. de Séverac a toujours préféré notre région à Paris !
La maison natale de Déodat de Séverac en 2009. Il y vécu une bonne partie de sa vie et ses descendants y vivent toujours. Elle est à présent restaurée et plus belle que jamais, gardant un beau vert émeraude pour les volets.
J’ai trouvé un écrin à Morning Sunrise sur la partie gauche de la maison récemment rénovée !
J’y ai bien moins aimé l’évocation de Guillaume de Nogaret (1260-1313), né bien plus tôt dans ce même village… Juriste et Catholique fanatique, il ne fit que du mal dans sa vie, au nom de son ambition, de la religion et du Roi Philippe le Bel… Comment un petit-fils de Cathares a-t-il pu aussi mal tourner ? Si vous connaissez Les Rois Maudits, vous vous souvenez de cet homme retors qui mit fin aux Templiers, en torturant les malheureux… et ce ne fut pas son seul méfait. Moi qui sors du dernier livre de Bernard Werber, La Prophétie des Abeilles, cela a ravivé mon antipathie envers cet homme maléfique, pourtant né dans un lieu magnifique. Quel bel endroit, quelle vue sur les collines avoisinantes et la chaîne des Pyrénées, si imposante et majestueuse… Mais chuuut, c’est un secret ! Il ne faut pas trop de monde par ici…
De l’autre côté de la grande place (Place Guillaume de Nogaret…), j’ai été attirée par cette maison pleine de fantaisie… Et encore, le petit quilt y a trouvé une place.
Entre ombre & lumière, la maison d’à côté a elle aussi un seuil accueillant !
Saint-Félix, au cœur du Pays de Cocagne, vaut bien un détour… (photo AM Stock Nature)
Voulez-vous gagner un livre d’Alice ?
Pour finir en beauté ces semaines de QAL Morning Sunrise, nous avons décidé de vous offrir un beau cadeau : un exemplaire du livre d’Alice, extrêmement bien fait, qui aidera toutes les quilteuses à s’habituer au patchwork avec machine à coudre et cutter, avec de précieux conseils techniques et d’organisation… Nos livres sont parfaitement complémentaires, nous ne faisons pas du tout double emploi.
Riche sommaire ! Patchwork moderne, initiation et projets, Alice Kreyder chez éditions Eyrolles
Pour gagner le livre 🎁, c’est facile : vous laissez un commentaire à cet article et un numéro, correspondant à l’ordre du commentaire, sera tiré au sort jeudi matin. Vous pouvez donc laisser un commentaire (un seul par personne !) pour participer, jusqu’à mercredi 27 octobre minuit. La gagnante ne le regrettera pas, je vous l’assure 🌞 !
Quand vos ouvrages seront quiltés (début décembre ??), nous pourrons faire ici une galerie de photos de vos ouvrages… En attendant, bonne chance 🍀 et à jeudi pour dévoiler le nom du gagnant !
La plupart des tapisseries qui réchauffaient les murs de châteaux montraient des scènes de guerre, de chasse, ou des thèmes religieux (un jour peut-être, une érudite me proposera-t-elle un article sur la prodigieuse Tapisserie de l’Apocalypse d’Angers ? Avis aux amatrices !).
S’il est une tapisserie médiévale extraordinairement poétique, c’est bien celle qui, généralement, se trouve au Musée de Cluny à Paris, en six panneaux :
Voici la plus énigmatique des six tapisseries de la série appelée La Dame à la Licorne, A mon seul désir (écrit en haut de la tente bleue). Sur chacune d’elles, une Dame et sa suivante sont entourées d’un bestiaire, d’un herbier, de blasons héraldiques, de scènes détaillés par les spécialistes, pour découvrir le sens profond de chaque tenture…
S’il est à présent convenu, depuis les années 1920, que les cinq sens sont illustrés sur cinq tentures, qu’en est-il de la sixième ? L’intuition, le fameux sixième sens féminin ? D’après l’esprit médiéval, les œuvres poétiques de l’époque et l’écriture sur la tente, A mon seul désir, ce sixième sens serait celui de l’esprit, ou bien du cœur et du désir féminin…. Les troubadours venus d’Occitanie, par leurs chants et poésies, avaient fait connaître l’Amour Chevaleresque et inventé l’Amour Courtois, fait de tendresse et de passion ; grâce à eux les relations entre hommes et femmes se teintaient d’élégance et de sentiments… Au Moyen-Âge, dans ce rang social élevé, on se nourrissait le cœur et l’esprit de musiques, de poésies, et pas seulement de religion ou de récits épiques !
La Dame à la Licorne et les Six Sens, cette série de tapisseries flamandes terminées en 1500, fait partie de notre plus beau patrimoine. La finesse des détails, le raffinement des compositions en font une œuvre remarquée au XIXe siècle par George Sand, qui signala un ensemble de huit tapisseries à son éphémère amant Prosper Mérimée. Lui aussi écrit qu’il y en avait d’autres, mais qu’elles furent découpées pour en faire des tapis et des couvertures de charrettes… Dans ce cas, avec 8 tapisseries ou même plus, l’interprétation des 6 sens ne tiendrait plus… Mais sans doute, ils comptèrent d’autres tapisseries qui n’étaient pas de cette série. Toujours est-il que Mérimée fit classer six tapisseries au titre des Monuments Historiques en 1841-42. Ce n’est qu’un épisode de la vie très mouvementée de cet ensemble de tapisseries, bien des livres racontent leur épopée historique. Mais mon livre préféré reste celui de Tracy Chevalier, qui nous plonge dans l’histoire romancée, mais très documentée, de leur création.
Troisième roman de Tracy Chevalier paru en 2005, après La Vierge en Bleu (1997 – 2006 pour la traduction française), qui se passe partiellement à Toulouse, puis la fabuleuse Jeune Fille à la Perle (1999)…
J’ai visité deux fois le Musée de Cluny à Paris (5e), pour m’imprégner de la Dame à la Licorne en six tapisseries, parfaitement restaurées. Je suis aussi allée tout au nord-ouest de Manhattan pour voir leurs cousines, les sept tapisseries de La Chasse à la Licorne. Elles m’inspirent, elles me parlent.
C’est la dernière des sept tapisseries de La Chasse à la Licorne, la plus simple et la plus belle, aux Mille-Fleurs splendides. La reine Anne de Bretagne, reine de France, la commanda, quelques années avant que la Dame à la Licorne ne voie le jour. Si la licorne est ici le thème principal (sa chasse, sa capture), elle ne sera qu’accompagnatrice de La Dame, moins de dix ans plus tard.
Les tapisseries Mille-fleurs étaient à la mode à la fin du Moyen-Âge, avec leurs ornements issus de la nature, le plus souvent des fleurs qui ne sont pas plantées dans le sol de manière réaliste, mais plutôt juxtaposées, souvent avec des animaux, dans un but esthétique. Il n’y en a pas mille, mais leur foisonnement donne cette impression ! Des botanistes ont su faire la liste précise de plusieurs plantes et fleurs représentées sur les tapisseries les plus connues, tellement leurs dessins sont précis (une bonne quarantaine reconnues sur La Dame à la Licorne).
Et pourquoi la licorne ? On en voit partout en ce moment, en plastique et en paillettes… Cet animal mythique est mis à toutes les sauces ! A l’origine, c’était une création païenne, il semble qu’elle symbolisait la captation de l’énergie cosmique (ou est-ce une interprétation new age ?). A ce sujet, ne manquez pas Tout ce qui est sur Terre doit périr, livre de Michel Bussi !
Une histoire mêlant avec bonheur aventures, mystère des origines des mythes et religions…
Au Moyen-Âge, du temps de ces tapisseries, la licorne avait déjà été christianisée pour être acceptée ; quant à la Chasse à la Licorne, elle est bien teintée de conquête de la virginité d’une Belle par un Chevalier !
Mille-Fleurs au MEETT
Comme bien d’autres quilteuses, mes amies et moi avions participé avec enthousiasme à la robe de mariée participative, à l’initiative de Joëlle Vétillard, avec des semis de Mille-Fleurs, ce style artistique tellement en vogue en ces temps médiévaux…
Nous avons été très nombreuses à y participer, quelle fierté ! (photo R. Levaché). Cette extraordinaire robe de mariée a de nouveau été admirée à Lacaze en juin dernier.
Nous avions tant aimé cette expérience que, peu de temps après, nous entreprîmes de faire à notre tour des semis de fleurs, sur fond vert cette fois. La première photo est dans BeeBook, page 147. Puis ça a traîné, tergiversé, jusqu’au jour où Kristine a lu que La Dame à la Licorne allait… nous rendre visite. Oui, à Toulouse !! Le déménagement de cet ensemble de tapisseries est rarissime, mais ce n’est pas la première fois que La Dame vient chez nous : elle y trouva refuge lors de la Première Guerre Mondiale, à l’abri des bombardements, au couvent des Jacobins…
Du 30 octobre 2021 au 16 janvier 2022, au Musée des Abattoirs de Toulouse, nous aurons le grand privilège de pouvoir admirer ces six tapisseries, le temps que le Musée de Cluny se refasse une beauté.
Alors nous nous sommes mobilisées, toutes les dix, pour terminer ces 5 panneaux textiles en Mille-Fleurs cet été, afin de marquer cet événement qui fait honneur à notre ville :
Pure Nature L’Embellie L’Or des Prés Passion Pavot L’Heure Bleue
Passion Pavot et L’Heure Bleue, détail
Nous avons constaté que changer l’ordre des tapisseries ne donnaient pas du tout le même effet, nous avons donc choisi cette progression du plus clair et doux au plus intense. Qu’avons-nous voulu exprimer ? Nous ne le savons pas nous-mêmes vraiment. Avec certitude, notre amour des fleurs et de la nature, ainsi que notre amitié : ensemble nous sommes plus fortes et créatives ! Mais cette lumière qui vient du ciel, cette évolution à partir des fleurs blanches, symboles de l’innocence, vers les teintes plus denses, rouge profond et bleu-violet, ne sont-elles pas une représentation de la Vie ? Nos deux premiers panneaux terminés étaient les rouge et bleu, la maturité, la sagesse… N’est-ce pas la période que nous vivons toutes dix ?
Cultivez votre amour de la nature, car c’est la seule façon de mieux comprendre l’art. Vincent Van Gogh
Merci à Nathalie Marques, co-fondatrice des Salons Tendances créatives, co-gérante avec son amie Isabelle Dnistzenski, d’avoir accepté d’exposer en exclusivité cette tenture en cinq tableaux, bien modeste en regard des tapisseries médiévales mais faite avec le cœur, ce précieux sixième sens, pour célébrer cet événement.
Vous pouvez voir nos Mille-Fleurs 2021 dès aujourd’hui au Salon des Tendances Créatives de Toulouse, c’était l’ouvrage-mystère annoncé qui vous incitera, j’espère, à aller voir le chef-d’œuvre de l’an 1500 au Musée des Abattoirs ! Nous avons mélangé de nombreuses techniques, travaillé main et machine, appliqué, brodé, improvisé, et nous sommes ravies du résultat 😊.
Nous avons commencé par l’installation de cette fresque hier matin, car c’était la grande inconnue : nous ne l’avions encore jamais vue accrochée en entier !
Cinq mètres de fleurs ! La hauteur est de 144 cm. En les voyant accrochés ainsi, nous aurions dû les faire plus longs 🤣
Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir. Henri Matisse
Pure Nature et l’Embellie, détail
J’espère vous rencontrer un de ces quatre jours au Salon, je serai bien sûr accompagnée de mes fidèles amies qui ont autant que moi participé à cette œuvre collective !
Katell et ses amies Abeilles Andrée, Évelyne, Brigitte, Kristine, Maïté, Vive, Danielle, Éliane et Chantal
Ô Toulouse ! Toulouse a donc l’immense privilège d’accueillir les six tapisseries de La Dame à la Licorne du 30 octobre 2021 au 16 janvier 2022 au Musée des Abattoirs. Pour apprécier ces chefs-d’œuvre mille fois mieux qu’en photos, une visite s’impose !
Bonjour, Bienvenue dans le blog des petits & grands voyages avec les textiles !
Cela m’enchante de vous écrire de nouveau, même si je sais que des quilteuses s’éloignent de leur ordi pendant ces mois estivaux. Plusieurs expositions, en cours ou annoncées, nous offrent une promesse de bien-être, car retrouver des quilteuses fait tant de bien ! Les expositions reprennent donc, plutôt timidement malgré tout, car c’étaient des préparatifs dans l’incertitude, tout comme nous l’avions expérimenté lors des Estivales de Lacaze (Estivales 21) en juin dernier. J’ai relevé quelques annonces sur Facebook que je relaie ici : si vous vous trouvez dans les parages, je vous les recommande chaleureusement. Puis, une expo qui m’a enchantée vendredi dernier… En route !
En Alsace
La très talentueuse – et si chaleureuse ! – Michelle Braun organise cette exposition dans le nord de l’Alsace les 14 & 15 août, je suis certaine que des merveilles seront exposées !
Dans la Drôme
Exposition d’arts & artisanats dans la Drôme jusqu’au 15 août avec Elsa Boissier.
Balade en Aveyron, vers Lacapelle-Bleys
Vendredi dernier, pas de réunion d’Abeilles de la Ruche des Quilteuses car la plupart passent de précieux moments avec leurs enfants et/ou petits-enfants. J’ai donc pris la route avec mon mari, une de celles que nous connaissons presque par cœur, dans l’Ouest aveyronnais.
Les villes principales sont à taille humaine. Rodez, avec sa cathédrale en grès rose, se voit de loin, et le musée Soulages attire chaque année de plus en plus de visiteurs (revisité en 2019). N’oublions pas pour autant la promenade dans la vieille ville, très agréable ! L’autre pôle urbain, plus près du Tarn-et-Garonne, est Villefranche-de-Rouergue, à l’opulence médiévale presque intacte. Il faut y aller le jeudi matin, pour son marché !
A Villefranche-de-Rouergue, le marché s’étend sur plusieurs places et rues adjacentes. Il y règne comme un air provençal, dans un cadre médiéval splendide.
Les très beaux villages sont nombreux dans le coin, citons les perchés comme Belcastel ou Najac, ou bien les bastides sur terrain plat, avec des places accueillantes, aux galeries ombragées avec de belles arcades, comme Sauveterre-de-Rouergue ou Villeneuve d’Aveyron (n’y manquez pas le Musée de la Photographie et les très nombreuses photos de Jean-Marie Perier, qui vit dans ce village !).
Mais ce vendredi, le cœur de notre sortie se trouvait à Lacapelle-Bleys, pour une exposition d’arts textiles, dans le sens le plus large du terme, organisée par l’Aiguille Magique avec la formidable Mijo Bessac.
Il est trop tard pour s’inscrire au stage de broderie d’or ! Les participantes au stage de stumpwork sont rentrées absolument enchantées… nul doute que les stagiaires de mercredi prochain le seront aussi.
La vitalité du village fait plaisir à voir. Il est situé au cœur d’un des vallons du Ségala, fertile région où l’agriculture raisonnée prend le dessus. Fait rare en août, pas de paillasse jaunâtre brûlée par le soleil mais des verts tendres printaniers, à la faveur des pluies récentes !
Si je vous disais que de jeunes couples, lassés de la vie citadine, s’installent ici à Lacapelle-Bleys, séduits pas la qualité de vie ? Mais oui, le Covid a renforcé la tendance déjà perceptible quelques années auparavant. Les écoles ne ferment plus dans le coin !
Mijo et ses amies ont traversé elles aussi de douloureux moments ces derniers temps. La solidarité entre amies signifie bien quelque chose ici aussi et nos groupes sont de précieux soutiens, en particulier dans ces moments chaotiques où l’empilage de mauvaises nouvelles pèse lourd.
Un Passacaglia, sublimé par le choix d’un batik parfait pour le fond, attire irrésistiblement l’œil !
Le thème des Quatre Saisons…
Les divers thèmes de l’exposition ont été bien souvent transmis par internet ces derniers temps, mais cela a titillé la créativité de certaines ! Dans cette grande salle, vous admirerez du patchwork, mais aussi d’autres travaux d’aiguilles parmi lesquels l’utilisation modernisée de la broderie Richelieu. Oui, la broderie est aussi à l’honneur à l’Aiguille Magique et nos gentilles sorcières ont des doigts de fées ! Outre la qualité des ouvrages, on sent la cohésion du groupe dans cette exposition.
Ce très beau tableau comporte des pivoines appliquées de manière traditionnelle (à la main, avec rentré minutieux) et des broderies raffinées, donnant une composition intemporelle.
A côté de l’exposition de l’Aiguille Magique se trouve celle des broderies afghanes (association Guldusi menée par Pascale Goldenberg) déjà vues à Lacaze, mais la disposition différente permet de les découvrir autrement. Et, toujours, sont disponibles des petits trésors brodés à s’offrir ! Une pensée pour ces femmes dont le quotidien ne va pas s’améliorer avec l’avancée des Talibans, et c’est un euphémisme. Espérons qu’elles pourront garder quand même leur activité salvatrice de broderie, et que Pascale Goldenberg pourra continuer à les faire arriver jusqu’à nous.
Mijo m’a montré ce qu’elle aime faire en ce moment : de la peinture à l’aiguille ! A partir d’une photo de jardin (vous en trouvez de très belles dans les magazines Mon Jardin Ma Maison, l’Ami des Jardins, etc.), elle se lance, recompose les harmonies… Quelle virtuosité ! Son fil de prédilection est le fameux Fil au Chinois pour dentelle. Voici un exemple de tableau à l’extraordinaire finesse (le préféré de mon mari !) :
Et ce n’est pas fini ! Au fond de la cour de l’école, on découvre un artisanat indien bien particulier. Nous avions admiré l’art des impressions au tampon avec Neelam dans le Gujarat(Nord-Ouest de l’Inde), nous apprenons ici l’art du kalamkari, autre technique millénaire, où des dessins sur toiles de coton sont créés à main levée au kalam ou calame (bambou taillé), ici dans le Sud-Est de l’Inde, à Kavali près de la côte de Coromandel, là où mouillaient les navires venus d’Europe…
La Maison Bleue à Kavali, centre de soins créé par André Mâge
Cela a commencé par un Français, André Mâge, arrivé en Inde au début des années 2000 pour construire une entreprise de confection de vêtements en coton, avec le désir d’appliquer les valeurs du partenariat social et des rémunérations justes. L’état sanitaire lui a sauté à la gorge lorsqu’il est intervenu après le tsunami de 2004 dans l’État du Andhra Pradesh et son chemin de vie s’est tourné vers les soins de la population, en particulier les personnes atteintes du SIDA. HELP Kavali India est né, sa femme Catherine y a créé parallèlement HKKK (en français Manufacture créative de Kavali) où des femmes retrouvent l’espoir dans un contexte socio-sanitaire dramatique. Salariées et soignées, elles apprennent les techniques et créent, sans aucune connaissance culturelle antérieure, des scènes splendides sur support textile. Vous en apprendrez beaucoup plus en discutant sur place avec Catherine, ou en vous rendant sur sa page Facebook, ou encore en allant dans son magasin à Villefranche-de-Rouergue.
Exemple de toile dessinée et peinte : la séance de coiffure, par Kalyani. Comme pour les impressions de Neelam, toutes les couleurs sont obtenues avec des produits naturels, le coton est non blanchi, le mordançage (étape préalable à la peinture) puis la fixation sont faites « comme avant », selon les connaissances traditionnelles indiennes.
Catherine Mâge est ces jours-ci à Lacapelle-Bleys, mais vous pouvez la rencontrer toute l’année à Villefranche-de-Rouergue, dans son magasin situé 21 rue Alibert à Villefranche-de-Rouergue (12). Photo La Dépêche
Vous avez peut-être déjà rencontré Catherine Mâge et ses kalamkaris, elle est régulièrement invitée dans les manifestations textiles ! Les ventes en France permettent de couvrir 50% des besoins sur le terrain, soit le soin apporté à plus de 600 patients et leur famille, et près de 30 salariés. De nouveau, nos petits achats-coups de cœur apportent un réel soutien à d’autres femmes.
Mille mercis Mijo pour ton chaleureux accueil, sans oublier tes amies brodeuses et quilteuses très sympathiques ! Espérons nous revoir bientôt… Oui, bientôt, en Alsace !!
En Alsace, j’expose !
Pour être exacte, j’expose Le Temps sous toutes ses Couleurs, la sélection de quilts météo 2020 🌞
Le Carrefour Européen du Patchwork met tout en œuvre pour que la fête soit belle, nous leur faisons confiance ! Les programmes des expos et stages sont à votre disposition sur leur site, ainsi que la billetterie. Faites-vous plaisir, allez en Alsace cette année malgré tout !
A très bientôt pour une actualité presque sportive,
Katell
Post-scriptum pour les quilteuses lectrices du Patch d’Oc. Le Patch d’Oc est le bulletin trimestriel des délégations France Patchwork de l’ouest de l’Occitanie (ex-Midi-Pyrénées). Pendant de longues années, il fut largement écrit et mis en page par Suzanne Sirvent, une amie chaleureuse, sympathique, à la grande culture, qui était aussi correspondante de La Dépêche du Midi dans le sud du département. Je l’ai connue membre de la délégation FP31 avant la mienne et nous entretenions des liens d’amitié et de respect mutuel. Sa ténacité, son courage lui ont fait traverser maints orages de la vie.
Nous pouvons retenir d’elle cette belle photo largement diffusée dans la presse régionale, avec sa jolie veste en patchwork.
Pour ce dernier post de la saison, voici de nouveaux livres acquis, lus, et que j’ai offerts parfois autour de moi lors de récents anniversaires. Pour moi, pas de bonnes vacances sans de bons livres ! Musarder à l’ombre en s’évadant, loin ou pas… Voici donc des romans, un récit, un essai et une BD.
Nous avons un seul trésor, les 26 lettres de l’alphabet. Sylvain Tesson à La Grande Librairie, le 30/06/21
Lectures bretonnes
Avec mes deux sœurs ex-parisiennes redevenues bretonnes, une nostalgie soudaine m’a envahie et je me suis divertie avec deux romans ayant lieu dans la mystérieuse forêt de Brocéliande.
Brocéliande qui, dans les temps immémoriaux, recouvrait une bonne partie de la Bretagne… Lynda Guillemaud
Les Bretons tiennent fort à leur culture et la littérature régionale se porte très bien ! Alors sont venus à moi deux livres, deux romancières. L’une est Bretonne, l’autre pas, toutes deux ont simplement été envoûtées par les forces de la nature… Vous pouvez donc lire, sans en attendre plus qu’une agréable balade chez les Bretons :
Et vous y trouverez peut-être bien plus que ce que vous pensiez ! Quand la forêt est un personnage de roman et les hommes, les femmes, pas toujours ce qu’ils prétendent être… ni les chats d’ailleurs.
S’il y a bien deux choses sur lesquelles l’homme n’a aucune prise, c’est le temps qu’il fait et le temps qui passe.
Pourquoi faut-il toujours réfléchir au drame hypothétique quand sur l’instant ne se pose que la question de la joie ?
Écoute ton instinct, il est là le génie humain.
Son Dieu à elle se cachait dans les arbres, dans les herbes, dans le soleil et dans la pluie.
Agnès Ledig
La féline du Sage
Dans les maisons de Brocéliande, des chats, toujours des chats… A propos de chats, avez-vous lu Le Chat du Dalaï-Lama et ses suites ? C’est un roman à la fois très amusant et initiatique, sur la voie de la connaissance du bouddhisme. J’ai été absolument conquise ! Paroles de la chatte du Dalaï-Lama, sa petite lionne des neiges :
Trop penser à soi est cause de beaucoup de souffrances, a dit le dalaï-lama. Inquiétude, dépression, ressentiment, crainte, tous ces symptômes sont aggravés par un trop grand souci de soi. Le mantra Moi, moi, moi n’est pas une panacée.
Il y a quelque chose de très satisfaisant quand on peut faire ce qu’on aime vraiment et être apprécié par les autres.
La meilleure façon de réaliser son propre bonheur est de faire le bonheur des autres.
Le Dalaï-Lama était absent ; malgré tout, sa présence était palpable, elle se manifestait partout, réverbérant son message : ma religion est la gentillesse.
Un rafraichissant délice de David Richie, des perles de sagesse enfilées avec légèreté par cette petite boule de poils aux yeux saphir…
A Paris
Autre romancière, parmi les plus connues, Tatiana de Rosnay : elle a dépoussiéré ce roman écrit en 1990 resté dans ses tiroirs, période proche et si lointaine, une vie sans portable ni internet… Je lis tous ses romans, j’ai beaucoup aimé celui-ci aussi, Célestine du Bac ! Souvent Tatiana s’approche de l’univers d’un autre écrivain, cette fois-ci c’est Émile Zola. Un bonheur, même si j’aurais aimé encore plus de liens littéraires dans le récit. L’amitié sincère entre un jeune homme qui se cherche et une femme de la rue illustrent à merveille la belle phrase de Saint-Exupéry :
On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.
Les deux personnes s’apprivoisent, deviennent uniques l’une pour l’autre… encore un clin d’œil à Saint-Ex ! Et l’humour à l’anglaise pimente cette très belle lecture, dans ce passé proche.
Frank Thilliez a lui aussi misé sur 1991, pour un polar sans smartphone… mais je ne l’ai pas encore lu. La nostalgie d’un temps récent est un refuge évident, après l’année chaotique que nous venons d’endurer.
Nous avons des problèmes, avons-nous des solutions ?
Après du rêve et de la nostalgie, les livres suivants sont axés sur nos problématiques actuelles, comme un fil rouge en traversant la campagne presque intacte du Massif Central, en réfléchissant sur les positions plutôt positives de spécialistes sur la démographie galopante ou le péril climatique, en se demandant si des animaux nous sauveront, et finalement en restant forcément inquiet devant l’immobilisme des décideurs…
Le Chemin des Estives m’a happée en librairie, simplement parce que j’aime les récits de voyageurs non conventionnels le long des chemins de traverse. C’est ici un mois de traversée du Massif Central, si beau, si sauvage, dans des conditions bien particulières : le narrateur n’a pas choisi son compagnon de route et n’a pas un sou en poche. Pourquoi ? C’est une épreuve du noviciat pour devenir Jésuite ! J’ai trouvé ce postulat de départ complètement anachronique, en 2019… En creux, traverser cette France peu changée, rencontrer des personnes qui se préservent du monde actuel, invite à la réflexion sur ce que nous souhaitons préserver dans la mutation de notre monde.
A part les convictions religieuses opposées – l’un catholique fervent, l’autre athée – Charles Wright ressemble fort à SylvainTesson ! Clin d’œil de la vie, chacun est fou de Rimbaud et Tesson vient de sortir Un Été avec Rimbaud… pas de hasard ! Une belle lecture, une ode à la vie poétique et un regard sur les justes valeurs de la vie. C’est parfois long un mois, à admirer les vaches paître sur son chemin et observer la pauvreté évangélique ! Mais le récit est émaillé de belles réflexions qui rendent la lecture inoubliable.
Comment bien vivre la fin de ce monde. Tel un faux Candide, Marc Welinski s’inquiète de l’avenir à moyen terme, après avoir lu notamment le remarqué Comment tout peut s’effondrer, de Pablo Servigne & Raphaël Stevens. Toutes les données additionnelles, les informations, abondent dans le sens du péril imminent à bousiller les océans, le climat, la biodiversité, la qualité de vie etc. en quelques dizaines d’années. Comme moi, il se souvient de René Dumont à la TV avec son pull rouge et son verre d’eau, lors des Présidentielles de 1974. Depuis, tout s’est empiré et il semble que nous ne faisons toujours rien, ou bien trop peu, en tout cas pas assez ou mal.
Faux Candide, pourquoi ? Parce que l’auteur fait sa liste d’inquiétudes et va voir quinze spécialistes pour établir un constat réel et une vision de l’avenir. Certains noms sont connus du grand public, d’autres pas. Les interventions ont un intérêt variable à mes yeux (Alain Minc ne m’apporte pas grand chose) et certaines réflexions, notamment de physiciens, sont ardues pour moi. J’ai pourtant apprécié le résultat de ces entretiens qui rend l’avenir potentiellement plus lumineux que le postulat de départ ; l’éclaircie de l’horizon est fondée sur le génie humain, son bon sens, le détachement croissant des dogmes religieux et intellectuels qui peuvent aider à devenir lucides et actifs…
Je suis d’accord avec le constat que beaucoup de solutions viennent de la base, du peuple qui montre qu’avec sa sagesse populaire et sa résilience, il porte plus de confiance dans l’avenir que les élites et, surtout, il AGIT. Les nouvelles organisations au niveau local (associations, AMAP…) prouvent que s’en sortir va avec la créativité au niveau local, la débrouillardise, l’amour de la vie et de ses proches. L’éducation des enfants est incontournable dans ce sens. Mais que font les pouvoirs publics pour donner les justes impulsions, indispensables pour s’en sortir vraiment ?
A vrai dire, je ressens bien cette vitalité qui vient de nous, mais je suis bien moins optimiste globalement que ce Candide et ses amis spécialistes…
Respirons avec Le Pouvoir des Animaux, le dernier Van Cauwelaert. Respirons… tant que l’air est encore disponible ! Parfois moqué parce qu’il ose croire dans les forces occultes, moi je suis toujours conquise par cet écrivain. Ce nouveau roman est une belle lecture estivale, n’hésitez pas ! C’est l’un de ses meilleurs, lisible par tous avec facilité. Tel La Fontaine, Van Cauwelaert fait parler des animaux pour mieux comprendre les hommes…
J’aime son écriture vive et simple avec, toujours, un fond sérieux, une approche scientifique, ici la destruction de l’harmonie du monde qu’on nomme évolution, et de possibles solutions, tirées de nouveau du génie humain, avec la bienveillance des animaux !!
Au moment où on ne sait toujours pas exactement comment est arrivé le covid19 dans nos vies, mais certainement du monde animal, notre survie sera-t-elle tributaire d’animaux, de la manière la plus curieuse qui soit ??
Terminons avec Les petits Pas ne Suffisent Pas, dessiné et écrit par Muriel Douru, en collaboration avec Nicolas Hulot. C’est une bande dessinée de 192 pages qui retrace la vie du médiatique ex-journaliste, ex-ministre. Parfois décrié, moqué, je lui crédite une sincérité touchante, une confiance qui confine à la naïveté, mais chaque épreuve lui apprend quelque chose. Sa dernière naïveté fut de croire qu’il pourrait changer les choses sous la présidence de E. Macron ! Cette BD est très complémentaire de l’entretien Hulot/Lenoir intitulé D’un monde à l’autre, le temps des consciences (voir cet article Un an après, le blues ?)
Gardons avec Hulot une once d’optimisme pour passer un bel été, malgré tout…
L’utopie, c’est simplement ce qui n’a pas encore été essayé.
L’émerveillement [de la nature, pendant les années Ushuaia] est le premier pas vers le respect et un premier indice de conscience.
Notre mode de vie actuel, basé sur une insatisfaction constante, ne peut s’éterniser sur une planète limitée, au risque de la rendre invivable avant la fin du siècle.
Nicolas Hulot
Moi la première, je crains de souffrir de mesures annoncées dans la métropole toulousaine : ma « vieille » voiture, bien qu’économe et en parfait état, ne pourra plus rouler en 2024… Je me considère pourtant comme consommatrice très raisonnable avec le potager de mon mari en permaculture, notre soin à diminuer les emballages et nombre d’autres mesures au quotidien. Le défi est de simplifier sa vie pour alléger sans trop de souffrances nos consommations polluantes. Mais c’est aussi une question d’échelle, il faut d’abord s’attaquer aux plus grands postes pollueurs et destructeurs mondiaux puis organiser des transitions intelligentes. Pas facile, mais faisable en favorisant le local, en revenant à des pratiques plus raisonnables…
Gaëlle sourit avant d’ajouter que dans « désespoir » on entend des espoirs… Agnès Ledig
Chemins de traverse en Aveyron
Avant de nous quitter, prenons un chemin très peu fréquenté de l’Aveyron, emprunté mardi en famille. Il ne faisait pas bien beau mais nous avions envie de respirer l’air du Rougier, au sud de ce grand département. Ce coin est connu pour sa terre rouge tirant sur le grenat, les maisons sont de ce grès typique ; la terre est pauvre et les brebis s’en contentent, procurant le lait dont on fait le Roquefort, un peu plus à l’est. Si vous saviez tout ce qu’on peut y découvrir d’insolite !! Mais non, je me tais, pour qu’il n’y ait pas une avalanche de touristes ! Cela restera juste entre nous… Nous y trouvons toujours de nouveaux villages à visiter, de nouveaux paysages, et cette fois-ci, à Sylvanès la bien-nommée, avec sa sylve de hauts arbres, nous avons vécu un sacré dépaysement : nous voilà soudain en Russie !
Une église orthodoxe russe fut fabriquée par des charpentiers en Russie, puis démontée, transportée en train, remontée ici en 1994. Un jeune Frère orthodoxe nous y accueille fraternellement.Paysage qui ne dépare pas avec l’idée qu’on peut se faire de la Russie
Pourquoi un tel site ? Dans le même village se trouve une belle abbaye cistercienne du XIIe siècle et au moment de la Perestroïka (début des années 1990), des liens soutenus se formèrent entre l’Église orthodoxe et l’abbaye au cours de rencontres spirituelles. Ainsi est né le projet d’une église russe en Aveyron, construite dans la pure tradition du VIIe siècle ! Sa construction fut l’occasion d’un rapprochement et d’une exceptionnelle fraternité entre les artisans et artistes russes et aveyronnais.
Voici l’intérieur, chaleureux grâce au bois, coloré grâce à de nombreuses reproductions d’icônes, avec une salle principale et de nombreuses « chapelles » (les nomme-t-on ainsi ?) :
Je ne vous aurais pas parlé de cette visite si je n’y avais découvert quelques textiles intéressants !
Un top rouge et or cousu en Russie est accroché devant une fenêtre, écrin insolite d’un Christ !
Dans un coin, une œuvre d’art textile a retenu mon attention, signée Renée Andréini, qui gagna le 2e Prix des Amis de la Crèche en 2011 à Nice (06). Si vous la connaissez, vous pouvez lui dire que son œuvre est en de bonnes mains en Aveyron !
Nativité, Renée Andréini-Lieutaud
Les lieux les plus insolites me ramènent bien souvent, comme un fil invisible, à une de mes passions, le patrimoine, la nature, la lecture, les arts textiles… que je continuerai de partager avec joie après une pause estivale !
Bel été, avec ou sans voyages, avec ou sans lectures et projets de patchwork ! Restons prudentes malgré tout, tout en cultivant la joie de vivre et la curiosité, Katell
Madeleine est une Abeille de la Ruche, même si le patchwork ne fait plus partie de son quotidien, son Sampler de Mariage de Sylvia* étant un peu en panne… tout comme le mien. Et pourtant, que de belles réalisations en quelques années ! Avant de lui laisser la plume… heu, le clavier, je vous montre quelques-uns de ses quilts déjà publiés sur ce blog, juste pour le plaisir.
*de Jennifer Chiaverini, livre en français chez Éditions de Saxe
Madeleine a participé à la Délégation France Patchwork 31 de 2012 à 2017, à tous nos quilts en commun… Nous avons beaucoup de souvenirs toutes ensemble et une amitié sincère nous lie pour toujours.
L’articleY Cwiltentrait en résonance avec ma dernière lecture, je m’en suis confiée à Katell qui m’a demandé d’écrire sur ce livre pour la Ruche, ce dont je m’acquitte avec joie.
Anne Icart, Parisienne d’adoption mais toujours Ariégeoise de cœur.
Son auteure, Anne Icart, est Ariégeoise comme moi et je viens de la découvrir avec son 5e roman, Lettres de Washington Square. Paru en février 2020, il a manqué de publicité en raison de la tourmente mondiale qui nous secoue cette année.
Dès que j’ai eu vent de ce roman sur Radio-Couserans, notre radio locale de Saint-Girons, je me suis précipitée dans ma librairie car son histoire se passe en partie à Ercé, dans une vallée ariégeoise que je connais bien ; j’ai lu le livre presque d’une traite. Émue, j’y ai revécu les souvenirs de la génération de mes parents, la rude vie à la montagne. Une partie de ma famille par alliance est partie, comme les grands-parents d’Anne Icart, à New-York. Ma belle-sœur y est née : ses parents, originaires d’Ercé, s’étaient exilés avec d’autres membres de leur famille tenter leur chance à New-York, pour travailler dans la restauration. Certains s’y sont installés de façon définitive, d’autres sont revenus dans leur village d’Ercé.
La maïzoun* du roman garde le souvenir de l’odeur de la croustade, cette tarte aux pommes dont chaque famille garde jalousement la recette… Mes amies Abeilles connaissent bien ma version !
*maison
Ercé, carte postale ancienne.
Voilà pour les connexions personnelles. Mais je ne recommanderais pas ce roman si son seul atout était de me faire revivre des souvenirs. Le roman dévoile une belle richesse historique sur la vie des exilés du début du 20e siècle et montre, une fois de plus, que les secrets de famille, cachotteries faites un jour sans en mesurer les conséquences à long terme, impactent les descendants.
L’envie d’une vie meilleure, le courage de vivre ses rêves malgré ce qu’il en coûte, la liberté qu’on s’accorde ou pas, c’est ce qu’écrit Baptiste, celui qui est parti en Amérique. Une histoire d’exil, d’adaptation et de résilience vécue par des millions de personnes mais une expérience unique pour chacun, comme dans le petit livre de Valériane Leblond et bien d’autres romans sur ce thème.
La liberté, mon fils, la liberté. Celle de partir ou de rester. Celle de bâtir ou de détruire. Celle de s’envoler ou de s’enterrer. Celle d’aimer ou de haïr… Baptiste, dans Lettres de Washington Square
Les femmes de mon pays ont du caractère, forgé par la rudesse des éléments et la frugalité de la vie montagnarde. Elles ont un cœur gros comme ça, mais il leur arrive d’être rancunières… Je vous laisse découvrir l’amour filial, les secrets trop longtemps gardés, et aussi la vie de ces Ariégeois, ceux qui sont restés et ceux qui sont partis…
Madeleine, Ariégeoise pour toujours
Je ne suis pas la seule à avoir aimé ce livre dépaysant, si bien écrit : il a gagné plusieurs prix littéraires. Ne passez pas à côté.
Il y a quelque temps, j’avais écrit une petite série appelée Drôles de Signes. En voici une suite, où l’on parle de nos lettres mais aussi des hiéroglyphes de l’ancienne Égypte.
Comme le sujet est passionnant, j’aurais aimé savoir vous faire un long article sur la naissance et le développement des écritures dans le monde, tout simplement parce que je suis ressortie éblouie du Musée des Écritures à Figeac (Lot). Mais ouf, cela a déjà été formidablement fait :
Je me contente donc de vous dire : allez baguenauder dans les ruelles de Figeac, une des plus belles villes d’Occitanie. Entrez dans une arrière-cour où s’équilibrent miraculeusement un cadre médiéval et la reproduction géante d’une des pierres les plus connues du monde. Visitez la maison attenante à cette cour, lieu de naissance d’un de nos brillants intellectuels du 19e siècle… J’arrête les énigmes, voyez les photos !
Trois marches pour l’interprétation du même texte en trois langues…Sur la Place des Écritures s’étale la géante reproduction de la pierre de Rosette, cette pierre gravée du même texte en trois langues (en grec, en démotique et en hiéroglyphes), qui a permis au tenace et brillant Jean-François Champollion (1790-1832) de déduire la compréhension des hiéroglyphes égyptiens. Et pourtant, il manque la plus grande partie du texte en égyptien !Sa représentation en granite noir du Zimbabwe sur 14 m x 7 m, faite par Joseph Kosuth en1990 et devenue dalle fixée au sol, est une complète réussite. L’été, c’est la foule, une mer de baskets sur les écritures !Le Musée des Écritures du Monde, un bijou dans l’écrin de la maison natale de Champollion, vue de l’arrière, Place des Écritures.
La pierre de Rosette originale (1,12 x 0,75 m) fut découverte lors d’une campagne napoléonienne à Rosette en Égypte, en 1799. Mais en raison de la défaite de la France, elle est dès 1801 la propriété des Anglais. Depuis lors, on peut l’admirer au British Museum de Londres. Elle date de 196 avant JC.
Le 14 septembre 1822, il y a 198 ans tout juste, Champollion s’exclama :
Je tiens mon affaire !
C’était son Eurêka à lui, il avait enfin percé les mystères de l’écriture des Égyptiens anciens.
Figeac est pleine de bonnes ondes, grâce à ses habitants d’hier comme d’aujourd’hui. C’est dans chaque boutique un accueil authentique. J’ai eu du plaisir à discuter en particulier avec une dame qui aime tant les tentures du Cairequ’elle en vend quelques-unes dans son magasin. Bien sûr, ça crée des liens. Un autre est né à Figeac mais a passé une vingtaine d’années en Amazonie, à Manaus notamment. Il en a conservé la jovialité brésilienne, l’amour de l’artisanat des Amérindiens (qu’il vend) et voilà, après avoir vécu ailleurs, sa vie est de nouveau à Figeac, en toute sérénité.
La ville est sereine, belle par nature, authentique sans esbroufe.
Un seul exemple : cette maison est solidement construite et entretenue, mais une rénovation du 20e siècle a fait percer d’autres fenêtres. On n’a pas cherché à cacher ce changement, on lit sur la façade l’histoire du bâtiment… C’est un peu la philosophie du Kintsugi, réparer, améliorer (ici intérieurement) sans chercher à cacher…
Certaines d’entre vous connaissent Michel,un de mes 3 amis quilteurs français. Jeudi dernier, nous ne nous sommes pas croisés, mais il est à Figeac, se reposant d’une blessure qui l’empêche momentanément de continuer son Chemin de Compostelle. Il n’aurait pas pu mieux tomber, rester une semaine dans cette ville est une récompense quelque part ! Il raconte sur Facebook l’ambiance sympa au son du flamenco, le soir venu…
J’avais déjà visité Figeac au mois d’août, mais un lundi, jour de fermeture du Musée des Écritures. Sa visite aurait pu attendre quelques mois, mais je voulais absolument y voir l’expo temporaire de Rieko Koga !
Initialement jusqu’au 27 septembre, l’exposition de Rieko Koga continue jusqu’au 1er novembre 2020, en raison de la fermeture temporaire due au coronavirus. Vous avez encore le temps d’aller y faire un tour.
J’ai eu un grand plaisir à découvrir, en même temps que les origines des écritures, des œuvres de cette artiste déjà admirée l’année dernière à Toulouse. Ses ouvrages sont ici répartis dans chaque pièce du musée, les œuvres se dévoilent bien différemment, presque toujours protégées par une vitre.
Présentation en 3D de l’exposition par l’artiste Ce tableau s’intitule Lettre d’amour.
J’ai retrouvé, dans l’escalier, le mantra Peaceque j’avais tant aimé à Toulouse, mais aussi son frère en français :
Ne laissez pas le comportement des autres détruire votre paix intérieure. Le Dalaï Lama
Les belles photos sont difficiles à réussir en raison des vitrines et éclairages forts. On constate bien cependant l’infinie patience de l’artiste, on imagine son état méditatif en faisant danser son aiguille, se souvenant sans doute de sa maman qui pratiquait le sashiko pendant son enfance.
On voit en arrière-plan la magnifique façade secondaire en cuivre, percée de signes d’écritures, de ce musée décidément magnifique.
L’artiste des petites lettres en bâtons en noir sur fond blanc a occupé l’espace qu’on lui a octroyé avec finesse et poésie. Le 21e siècle côtoie les origines de l’Histoire de l’humanité, un grand écart où la soif d’exprimer et de transmettre par l’écriture reste intact.
Broder, quilter, tricoter, crocheter… Ce sont des gestes qui nous mènent au lâcher prise, au retrait de notre vie bruyante et impatiente, à la concentration, à la méditation… Que du bonheur !
Aujourd’hui-même Hugues Aufray, notre troubadour folk, fête ses 90 ans. Sa longue vie est comme un roman, pleine de péripéties, commençant enfant à la santé fragile, à présent Lion fort à la blanche crinière, à qui on commanda déjà en 2007 ses secrets de santé ! C’est un modèle de résilience, « ce qui ne me tue pas me rend plus fort » ainsi que disait Nietzsche. Je ne me rendais pas compte de son âge, et c’est à la suite d’une interview en juillet dernier que j’ai eu la curiosité de lire ce livre, pour mieux le connaître.
J’ai lu attentivement son livre où le chanteur se dévoile avec simplicité. J’aime son authenticité et son ouverture d’esprit. C’est un homme curieux du monde, respectueux des traditions d’autres peuples et de la nature. Il reste optimiste et positif, ça conserve !
Tout ce que je savais de lui, c’étaient ses chansons à succès qui entraient immédiatement dans notre patrimoine, son amitié avec Bob Dylan, sa passion pour les chevaux et les USA, et je savais aussi qu’il avait passé une partie de sa jeunesse dans le Tarn, à Sorèze. C’est là qu’il fêtera ses 90 ans avec son public… J’en ferai partie ! Mieux le connaître par son livre m’a donné grande envie de participer à cet événement :
Quand j’étais petite, on disait parfois à mon cousin doué mais oh combien turbulent : « si tu continues, je te mets à Sorèze ! ». A Sorèze, il y avait un pensionnat pas comme les autres, ex-école militaire royale (fermée en 1793), puis école-abbaye dominicaine jusqu’en 1991, où bien sûr la discipline régnait, mais aussi l’épanouissement de l’enfant par le sport et la culture. C’est là que le jeune Hugues découvrit l’équitation et y vécut, malgré des difficultés scolaires, les plus belles années de sa vie au beau milieu de la guerre !
Sorèze, photo Pascale Walters CDTTarn
L’établissement de Sorèze est devenu musée des tapisseries de Dom Robert, musée de l’Ecole et hôtel-restaurant. Si vous êtes dans la région, une visite s’impose… Et sa prochaine métamorphose viendra peut-être d’Hugues, qui souhaite ardemment y refaire une école, probablement liée à l’équitation…
Curieusement, Hugues Aufray me rappelle à deux titres l’article écrit grâce à mon amie Betty contenant deux sujets hors du commun : le Bennett Junior College de Betty qui n’a pas eu la chance de Sorèze puisqu’à l’abandon, et le mythique Festival de Woodstock il y a pile 50 ans, où Bob Dylan était le grand absent… Ironie suprême, Bob habitait justement à Woodstock même !… Il justifiera son absence par une période difficile (grave accident de moto puis décès de son père et son fils Jesse gravement malade) mais avouera plus tard qu’il était excédé par tous les hippies qui squattaient chez lui à Woodstock… Je me demande d’ailleurs si ce n’est pas à cause du domicile de Bob Dylan à Woodstock qu’on appelle ce concert Woodstock, pour l’éternité, alors qu’il se passa à 75 km de cette petite ville !!
À l’est de Sorèze se trouve une vallée naguère très industrieuse dans le domaine du textile, avec en son centre Labastide-Rouairoux. Un petit groupe autour de Patricia Cathala organise tous les ans un Festival qui prend chaque année de l’ampleur. Pour connaître un peu mieux cette valeureuse équipe, suivez ce lien.
J’y étais le 15 août avec des Bees (mes amies Abeilles) et on peut dire que cette édition des 20 ans fut une fameuse réussite, un enchantement avec la douceur de vivre occitane, des artistes invités tellement disponibles, des rencontres très inattendues (ah Claudine, si contente de t’avoir revue !) et tant d’autres tout aussi chaleureuses ! J’ai pris bien trop peu de photos, mais d’autres l’ont fait pour moi : allez voir les centaines de photos sur Facebook par Flo Volsul, Les Jolis Instants par exemple… Quaquie a commencé une série de reportages sur son blog et bientôt d’autres blogs s’en feront aussi l’écho certainement dans les jours qui suivent.
Toute la journée, un air vénitien flottait à la Fête du Fil, donnant une touche féerique :
Chacun souhaite se faire photographier auprès de ces personnages aux somptueux costumes…
… moi aussi : même si ma robe n’a rien de celle d’une princesse, je suis accompagnée d’un prince charmant !
Petites et grandes nous font rêver…
Les masques énigmatiques assurent d’être incognito et s’amuser sans barrière. A Venise dès la Renaissance, la République aristocratique jouait à la démocratie où chacun a les mêmes droits pendant quelques jours par an…
Pour ma part j’ai décidé de ne vous présenter que trois univers, centrés autour de la Méditerranée, même si j’ai des regrets de laisser temporairement de côté tant d’autres beaux artistes…
Tout d’abord, Dimitri Vontzos, qui anima la Journée Nationale de l’Amitié à Vichy en juin dernier pour France Patchwork ; il était à Labastide avec son plus beau chef d’oeuvre, sa fille, tout aussi souriante et sympathique que son père ! Mais j’ai admiré aussi ses créations d’étoles et ses nouvelles broderies, toujours axées sur sa culture méditerranéenne.
Dimitri est un artiste qui sait se renouveler et c’est à chaque fois un plaisir de l’entendre parler de ses inspirations ! Lui et bien d’autres (Pascal Jaouen et les brodeuses comme Monik Paugam avec la broderie glazik de Bretagne et plus généralement nos artistes textiles françaises, si nombreuses à mêler patch & broderie créative…) donnent un élan de créativité avec bien peu de choses : du fil, du tissu, une aiguille… La simplicité des matières premières donne libre cours à l’imagination !
Ensuite, je souhaite vous présenter un autre homme, venu de l’autre côté de la Méditerranée, l’Égyptien Ekramy Al Farouk, un des éminents tentmakers du Caire, ces hommes qui sauvent la tradition des khayamiya, tentures textiles qui offraient un raffinement certain à l’intérieur des tentes des nomades tout en renforçant la protection contre la chaleur, le froid et le vent. Je crois que je ferai un article à leur sujet prochainement, tellement je suis admirative de leur chemin parcouru. Lors de leur précédente exposition, je n’avais pas osé m’offrir la toile dont j’étais tombée amoureuse : je l’ai regrettée, oh combien !
J’ai tellement regretté d’avoir été raisonnable en 2016…
Je n’ai toujours pas succombé à une des plus grandes toiles, mais je me suis tout de même fait un plaisir immense en choisissant des oiseaux de paradis sur fond bleu :
Merci à la photographe, la bénévole bastidienne du stand, Krystyna ! Pour le plaisir, voici d’autres photos du stand, avec une mention spéciale pour l’histoire contenue dans ce quilt qui se lit de droite à gauche, contée avec talent par Krystyna :
« Un jour, un homme arrive à la ville, juché avec son fils sur son âne. On dit de lui : oh quelle honte, pauvre âne, l’homme pourrait marcher quand même ! Le lendemain, le fils est sur l’âne, l’homme marchant à côté. On dit : ah c’est comme ça qu’on élève les enfants, c’est du propre ! Le jour suivant, l’homme est sur l’âne, son enfant marchant à côté. On dit : ben voyons, il se prend pour qui celui-là ? Pauvre enfant ! Le jour suivant, l’homme et l’enfant marchent à côté de l’âne. On dit : ridicule, ils ne profitent même pas de l’âne ! Le dernier jour, l’homme porte l’âne. On dit : ah on avait bien fait de se méfier de lui, il est complètement fou ! Moralité : n’écoute pas le qu’en dira-t-on… »
Une vue des ouvrages exposés : des tableaux rappelant la splendeur des mosaïques symétriques arabo-musulmanes ou leur calligraphie, des harmonies de couleurs toujours réussies, des dessins enrichis par leur culture devenue cosmopolite (certaines ont bénéficié de l’influence des tapisseries de Dom Robert de Sorèze que Ekramy avait vues en 2016 !)
Un des Arbres de Vie féeriques du stand…
… et un détail !
Une des splendeurs du stand ! Sans limitation de budget, j’aurais eu du mal à choisir entre ces deux derniers… Étant près de la porte, il y a un contre-jour un peu gênant, mais on voit la beauté de la tenture tout de même…
Terminons par une femme qui a surpris tous les visiteurs, Paule François. Sa matière première est la laine, sa technique est un cadre de bois sur lequel est créé un métier à tisser sur mesure pour chaque création, son inspiration vient de ses propres photos. Elle vécut cinq ans sous le soleil du Maroc et y trouva une inspiration majeure pour ses ouvrages, ses voyages lui inspirent également de très belles scènes, et enfin la côte méditerranéenne française, auprès de laquelle elle vit à présent, lui offre d’autres sources d’inspiration tout aussi lumineuses. Quand on voit un de ses tableaux de loin, on croit voir une photo ou un tableau réaliste, éclatant de couleurs et à la profondeur de champ parfaitement maîtrisée. Quand on s’approche, ce sont de grands points de fils de laine qui font le tableau ! Inutile de dire que ce travail est bien plus long que ne le serait un tableau en peinture… Son art est bien sûr apprécié dans le monde où elle évolue (le monde des galeries d’art), mais trop souvent du bout des lèvres… Ce n’est que du fil… Sa notoriété bondira si elle entre dans le monde de l’art textile où son art sera bien plus apprécié, comme à Labastide-Rouairoux !
Nous avons aussi tendu des laines pour faire des tableautins dans notre enfance, la technique n’est pas franchement nouvelle, mais le résultat de Paule est tout autre (encore bien plus beau que sur mes photos!) :
Merci aux Bastidiens pour cette formidable édition 2019! Terminons en beauté avec quelques vues du Musée du Textile, au cœur de la ville de Labastide-Rouairoux :
Pour nos retrouvailles en beauté à la mi-août, remontons un peu le temps : je vous l’avais promise, la voici, la sublime robe millefiori de notre amie Joëlle Vétillard :