Voyage textile : African Sun en Floride

Le recyclage de tissus est une nécessité depuis la nuit des temps ; ce n’est que depuis quelques décennies qu’on se permet de jeter des bouts qui ne sont pas complètement usés, et encore, seulement dans certains foyers. Chez les quilteuses, on fait tourner le commerce des tissus mais on recycle aussi ! Quand on allie bouts de tissus et chaîne d’amitié, c’est le bonheur, et en bonus sont apparues des coïncidences qui n’en sont sans doute pas…

Ma très chère Betty est de nouveau au cœur de l’histoire d’aujourd’hui. Ses premiers pine cone quilts étaient faits de divers tissus comme du linge de maison et des restes de partout, puis elle a acheté des harmonies de tissus de patchwork pour tous ses autres quilts. Curieusement, dans son État, la Floride, elle ne trouve quasiment pas d’authentique tissu africain en wax – plutôt des inspirations faites dans les Caraïbes, mais ce n’est pas pareil ! Et quand elle était venue en France, elle m’avait dit qu’elle aimerait bien avoir des chutes de ces tissus que nous affectionnons nous aussi…

Nous sommes quatre Abeilles à, soit avoir vécu en Afrique noire, soit y avoir de la famille, et nous avons de beaux souvenirs liés aux personnes qui y vivent. et bien sûr un attachement à ces tissus hauts en couleurs, dont nous conservons le moindre bout. A présent, c’est surtout Andrée qui nous fournit : grâce à sa belle-fille, nous avons reçu, ces dernières années, beaucoup de petits et grands métrages du Cameroun, trouvés chez des couturières de Yaoundé.

L’entrée dans une nouvelle décennie, ça se fête ! Betty a franchi un cap (qu’on digère parfois un peu difficilement !) ce printemps. Notre cadeau d’anniversaire, fait de métrages et de chutes de Wax du Cameroun, était accompagné d’une carte signée de nous toutes, illustrée d’un quilt de mon autre Sister américaine, LeeAnn. Il a tardé à partir en raison du confinement mais est finalement bien arrivé en Floride le 2 juin. Dès lors, Betty a eu de nouveau la fièvre du pine-cone avec un travail soutenu chaque jour – ni le temps, souvent tempétueux, ni ses crises de goutte, ni le covid ne l’incitaient à sortir de chez elle…

Fièvre du découpage de centaines de carrés, puis choix d’un bon drap pour le fond :

De nombreux souvenirs lui sont remontés à la surface en touchant ces tissus : son séjour en France en 2018, mais aussi ceux en Afrique de l’Ouest en 1986 et en 2009. Trois continents liés par des liens complexes historiquement, mais tout beaux et simples pour nous : fibres textiles et fibres amicales forment notre étoffe unique ! Et un nouveau pine cone quilt voit le jour, grandit et s’épanouit sous les doigts de Betty :

Toujours plus beau, au fil des jours !

C’est l’accord parfait avec une statuette africaine.

Pour la première fois, Betty choisit de terminer son Pine cone quilt en forme de rond, comme nous en avions faits ici ; nous les lui avions montrés et elle avait beaucoup aimé !

C’est drôle de voir qu’on dirait des tartes, des quiches, des pizzas ! Mais non, ce sont nos chers pine-cones ! Et voici donc celui de Betty, en cours de finition :

Fini !

Le dernier fil coupé, Betty se sentit apaisée, avec un sentiment d’accomplissement et de plénitude. Ce n’est qu’en demandant à son mari la date du jour qu’elle fit le rapprochement : ses amies de France lui avaient envoyé ces tissus pour son anniversaire, et elle a terminé ce quilt le jour-même de l’anniversaire de sa chère maman trop tôt disparue… elle sentait sa bienveillante « présence » approuvant l’union de l’Europe, l’Afrique et l’Amérique par le biais de l’amour des textiles…

Ce que Betty ignorait, c’est que ce jour-là, j’ai parlé plusieurs fois d’elle, on me demandait de ses nouvelles, car elle laissa un souvenir impérissable en Occitanie ! Le 27 juin était aussi le jour de notre exposition à Lacaze… Ces coïncidences ne doivent sans doute rien au hasard, les connexions par-delà le temps et l’espace sont fréquentes entre nous !

African Sun, Betty Ford-Smith, 27 juin 2021

Après ce soleil rayonnant d’émotions, nous verrons des quilts solidaires dans le prochain article.
En attendant, quiltez de tout votre cœur !
Katell

Nine-patch de quilts bavards

Pendant les mois de confinement/déconfinement, pour nous amuser et nous changer les idées, j’ai proposé à mes amies de préparer chacune un quilt bavard. Les premiers finis étaient ceux de Maïté et Kristine, je vous en avais parlé ici (Quilts bavards/1). Mais le temps a passé et il est grand temps de vous les montrer tous !

Nous avions établi les règles ensemble : faire un quilt carré de 70 cm de côté, style au choix, lettres blanches (nous avons ensuite ôté cette consigne), improvisation souhaitée, pour mettre en valeur un mot ou une petite phrase qu’on aime bien.

Plusieurs ont choisi une expression sortie des lèvres de leurs petits-enfants, ou liée à eux :

C’est bon, je gère, laissez faire le pro !
(Clément, petit-fils de Danielle, 8 ans)

C’est pas grave…
(la petite-fille d’Éliane, Léonie, 2 ans 1/2)

Sourire d’enfant
(à l’occasion de la naissance de Ludivine, la petite-fille de Chantal)

Pour une autre Abeille, c’est la phrase fétiche de sa mère :

En deux temps trois mouvements
(Évelyne)

Ou bien c’est ce qu’on dit souvent, presque sans y penser :

Viva la Vida !
(Katell)

Oui… mais non
(Vive)

On va faire simple
(Katell)

Ya pire dans la vie
(Maïté)

Ou encore un mot qui nous caractérise :

Sororité
(Kristine)

Ces quilts ont été exposés à Lacaze le 27 juin dernier et ont contribué à l’originalité de notre expo en soulignant notre sentiment de sororité. Est-ce facile de faire ces lettres piécées ? Oui… mais non. A vrai dire, certaines y arrivent facilement et font des lettres en deux temps trois mouvements. Si on n’y arrive pas tout de suite, c’est pas grave, ya pire dans la vie. Pour moi qui fais souvent parler mes quilts, c’est devenu très simple, et vous aussi deviendrez experte et vous direz ensuite c’est bon, je gère, laissez faire la pro ! Je suis impatiente de proposer cet exercice en stage, vous verrez, on va faire simple, vous aurez ensuite un sourire d’enfant en jubilant viva la vida !

(Philippe Geluck)

Je cesse d’être bavarde, je vous montre nos 9 quilts bavards !

Dès 2018, nous étions dans l’agenda de Cécile Milhau pour exposer en juin 21 au Temple à Lacaze, en même temps que les Filles du Rouvray au Château. C’était sans compter sur l’intrus, Mr. Coronavirus… Alors l’exposition prévue au Temple en 2020 a glissé en 2021 et Cécile nous attribué l’Église comme nouveau lieu d’exposition. Cécile a montré beaucoup de calme et de résilience quand il a fallu improviser au dernier moment, suite à une défection. Ni vus ni connus les petits soucis, que la fête fut belle ! Souvenez-vous, fin juin c’était juste avant Delta et après l’annonce du masque devenu inutile à l’air libre, nous avions l’impression de sortir du cauchemar… La période fut bien courte.

Au Temple, nos quilts bavards devaient être exposés en nine-patch de 2,10 m de côté comme mon montage-photo ci-dessus ; impossible dans l’Eglise, et c’était très bien aussi :

Vous voyez, à gauche sur le mur, les quilts bavards… qui ont bien fait parler, suscitant beaucoup d’enthousiasme et de questions !

Les voici, l’un après l’autre :

Chantal Bommier
Évelyne Carrasco
Katell Renon
Danielle Birello
Éliane Géraud
Kristine Toufflet
Maïté Findeling
Katell
Vive Fournat

On va faire simple : mon petit bonus rien que pour vous

Ce quilt est fait selon la technique du disappearing 9-patch avec la couture de blocs de 9 carrés que je coupe ensuite sur les deux médianes. Ensuite, l’agencement des nouveaux blocs peut dessiner plusieurs motifs secondaires. J’en ai déjà largement parlé en mai 2015. Une fois encore, je me suis bien amusée !

Le top s’est fait en quelques heures, comme une évidence.

Katell 2021

C’est ainsi que nous aimons le patchwork d’aujourd’hui : quelques règles, de la fantaisie et surtout de la joie !

Quilt-souvenir de BeeBook de mon livre quasiment épuisé, les tout derniers exemplaires sont en vente sur le site France Patchwork. Toute ma gratitude va aux Céates de France Patchwork qui m’ont fait confiance, en particulier Catherine Bonte et Monique Lopez-Velasco, sans oublier Nicole Dewitz et à vous toutes, qui avez fait de ce livre un grand succès !

J’ai installé un décompte des jours qui nous séparent de l’ouverture du Carrefour Européen en haut à droite de votre écran d’ordinateur (en bas sur un smartphone) : dans peu de jours, nous nous retrouverons en Alsace, très nombreuses j’espère, avec joie, malgré tous les tracas que nous devons surmonter.
¡Viva la vida!
Katell

Voyage textile : dans le Tarn…

Un peu partout en France, je rencontre des quilteuses modestes et pourtant si créatives ! Il me tarde de reprendre la route pour faire encore et encore de belles rencontres… C’est à Lacaze que j’ai retrouvé des Can’canettes, d’un club de patchwork du nord de Castres (Tarn).

Il y a 30-40 ans, on ne concevait l’usage des unis que pour faire des quilts Amish ou séminoles. Seules quelques rares artistes, dans les années 80-90, osaient l’uni sans ces références. Et puis les quilts modernes sont arrivés et tout a changé, on ne se pose même plus la question ! Mais c’est justement par le Séminole que Claudine, une Can’canette, a commencé ses aventures en unis, il y a quelques années :

Seminole de Claudine Bize (81)

Quand on commence avec les unis, on ne s’arrête plus ! Leur couleur tranche bien plus de leur voisine, l’effet est visible de bien plus loin.

Claudine m’avait raconté son attachement à Frida Kahlo (elle aussi… notre muse à toutes ?) et j’ai été tout de suite intéressée quand elle m’a dit avoir fait un quilt en son hommage lors du premier confinement… Nous avons été nombreuses à avoir une fièvre du patch pendant ces 55 jours d’isolement, voici le résultat chez Claudine :

N’est-ce pas splendide ? Frida y su casa azul, par Claudine Bize, 2020.

Quand on achète quelques tissus pour un projet, parfois il nous en manque mais bien plus souvent, nous avons des restes, petites et grandes chutes… Alors vite, un quilt scrappy, avec d’autres restes unis et faux-unis !!

Il est très beau ! Certains quilts amish sont bien proches de celui-ci. Laissant parler son intuition et ses lectures, Claudine l’a appelé Tout n’est pas noir

À force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage. Que c’est de toi que j’aurais dû vouloir m’abriter. Mais qui a envie de vivre abrité des orages? Et tout ça n’est pas triste, mi amor, parce que rien n’est noir, absolument rien.
Claire Berest, Rien n’est noir

Vous pouvez retrouver divers articles que j’ai écrits sur Frida par ici comprenant des liens vers d’autres blogs comme ArtisAnne, qui ne se détache pas non plus de cette icône… Et souvenons-nous que cette artiste a souffert physiquement toute sa vie, mais elle n’a cessé de proclamer, jusque dans son dernier tableau : Viva la Vida !

Viva la Vida, Frida Kahlo, 1954

Un peu de musique ? Viva la Vida toujours, qui se souvient du titre de Michel Fugain, plein d’optimisme et de soleil avec ses accords brésiliens ou caraïbéens ?

Plus récent, un tout autre genre, Viva la Vida par Coldplay, dont la musique est sublime ! Le thème est plus énigmatique, mélangeant des impressions bibliques, de la chute de l’empire romain, des révolutions françaises, des guérillas dans leur ensemble… Ce mélange me fait penser au grand succès français Dans la Vallée de la Tribu de Dana, je n’y comprends pas tout, j’ai beaucoup d’images en tête et je suis happée par la musique (d’après une musique traditionnelle bretonne reprise par Alan Stivell) !

Mais pourquoi le tableau de Delacroix comme pochette de disque ?

La Liberté guidant le Peuple, par Eugène Delacroix, 1830, en commémoration de la Révolution de juillet, appelée aussi Les Trois Glorieuses (malgré 1 000 morts et 5 000 blessés) qui destitua Charles X .

Le choix de ce tableau s’est fait après de nombreux autres essais, celui-ci « fonctionnait » bien pour symboliser des révolutions en général, la chanson racontant la chute d’un roi et la victoire populaire. De plus, la belle énergie de Frida Kahlo qui inscrivit cette incantation sur sa dernière toile, n’est pas étrangère à ce choix graphique et au titre (Viva la vida n’est pas prononcée dans la chanson)…

Moi aussi pendant un des confinements, je me suis accrochée à la force de Frida… Un quilt bavard, complètement fou mais qui m’a fait du bien, faisant partie d’un thème en commun avec mes amies Abeilles, dont je vous parlerai prochainement !

Merci Claudine de m’avoir permis de publier ces quilts !
Avec toi, disons bien fort : Viva la Vida !
Portez-vous le mieux possible, avec espoir malgré tout,
Katell

PS : suite à quelques cafouillages techniques de ma part, il est possible que vous n’ayez pas reçu le dernier article dans sa version définitive : la voici ! Aussi, les dernières notifications d’articles sont arrivées dans les SPAMS de certains d’entre vous, j’en suis désolée : il faut alors cliquer « non-spam » et tout entrera dans l’ordre.

Voyages textiles avec les Jeux Olympiques

J’admire les athlètes qui trouvent la motivation pour aller plus vite, plus loin, d’autant plus que je n’ai jamais senti en moi cet esprit de compétition qui pousse à l’exploit sportif. Je n’ai pas la fibre marathonienne de mon mari, ni celle du triathlon d’une de mes filles… Cependant, j’ai suivi les actualités JO 2020, qui changeaient des aventures de Pass & Delta 🙄. J’en ai retenu quelques pépites hors performances sportives, pour notre plaisir.

Haïti à l’honneur

Celle qui alluma la Flamme olympique, la championne de tennis Naomi Osaka, n’est pas que Japonaise. Son père est Haïtien et s’appelle Leonard François ; sa mère, Tamiki Osaka, est Japonaise. L’amour a vaincu les montagnes de la tradition nipponne mais la pression sociale a poussé le couple mixte à quitter le Japon pour aller vivre aux États-Unis alors que Naomi n’avait que avait 3 ans. Garder le patronyme de la mère n’avait pas suffi pour s’intégrer au Pays du Soleil Levant.

Naomi Osaka en 2020, avec sa coupe de l’US Open, vêtue et coiffée en hommage à ses racines haïtiennes.

Naomi est aussi une héroïne dans le pays de son père, son nouveau projet est d’y créer une Académie de tennis. Souhaitons-lui bonne chance !

🎾

Ce petit pays s’est distingué aussi par ses costumes lors de la cérémonie d’inauguration des JO. Déjà, c’était le cas en 2016 :

Aux Jeux de Rio, les sportifs haïtiens portaient déjà des costumes signés Maëlle David, inspirés des costumes traditionnels haïtiens.

En Haïti, le tissu traditionnel n’est autre que le chambray. C’est un tissu en fibres végétales, de lin, puis de coton, d’aspect bleu ciel, avec un fil de chaîne indigo et un fil de trame blanc. A l’instar du tissu de jean (de Gênes) ou denim (de Nimes), on doit le chambray à la ville de… Cambray, où on ne fait pas que des bêtises ! Dans les caraïbes francophones, le mot est déformé en karabela. Les photos suivantes sont de rares témoignages de vêtements des années 1940-60 (Tumblr ARTDREAM)

C’est devenu le tissu typique pour les costumes folkloriques d’Haïti, tout comme le madras dans d’autres îles. Ce tissu est également exploité par des stylistes comme des talents locaux :

Beauté haïtienne, à la robe embellie de croquets.

Maëlle Figaro David a récidivé pour Tokyo 2021, avec des costumes bleu chambray pour les hommes et de splendides robes rappelant celles des temps anciens, quand les servantes récupéraient toutes les chutes des maisons où elles travaillaient : l’esprit du patchwork à l’état pur !

Chaque robe est bien évidemment unique !

L’admiration du monde entier pour ces costumes a mis du baume au cœur du peuple haïtien, dont le président vient de se faire assassiner, une épreuve de plus.

 Nous sommes tellement tristes ces derniers temps.
J’ai joué avec les couleurs pour envoyer un message d’amour et d’espoir.
Maëlle Figaro David

Maëlle Figaro David

La délégation mexicaine

Les athlètes mexicains ont été acclamés pour leur élégance, leurs tailleurs marine hyper sobres au tissu infroissable et anti-transpirant étant illuminés de broderies traditionnelles, celles que Frida Kahlo affectionnait tant. Chaque broderie a été faite à la main par des artisanes de la région d’Oaxaca.

(photos Facebook et Instagram High Life)

Voici une scène de rue dans cette région mexicaine :

Voyez aussi ce joli reportage d’une femme vêtue d’un costume tehuantepec de la région d’Oaxaca :

https://imagesfrommyworld.com/en/2017/01/30/typical-costume-from-tehuantepec-oaxaca-mexico/

Bien d’autres pays montraient des costumes vibrants de couleurs, riches de leurs traditions textiles… Malheureusement, notre délégation ressemblait plus à une manifestation de blouses blanches… Sans doute le contexte et les masques qui dévoient mon impression. Ou pas.

Le champion tricoteur

Comme souvent, il faut aller en Grande-Bretagne pour vivre pleinement l’excentricité !

Déjà star chez lui, le plongeur Tom Daley est devenu inoubliable en tricotant en pleine épreuve sportive, attendant son tour dans la tribune… Comme lui, nous savons bien qu’occuper ses mains ainsi diminue le stress ! Il a même confectionné une pochette pour protéger sa médaille d’or :

Tom inonde son compte Instagram de ses créations, certaines délibérément décalées, nous rappelant les années 100 Idées :

Mais d’autres créations sont à mes yeux particulièrement réussies :

Ce gilet est fait de deux hexagones, avec des manches ajoutées.
Même modèle pour son fiston Robbie.

Et que dire de son slip de bain en crochet ? Par le biais de l’originalité dans la bonne humeur et les performances sportives, Tom fait peu à peu accepter, dans le monde sportif si dur, le droit d’être gay.

Tout comme nous faisons des quilts-souvenirs, Tom a tricoté un cardigan à Tokyo, en souvenir de cet évènement :

OR🥇OR

Des kimonos pour les J.O.

Pendant quatre ans, des dizaines d’artisans ont conçu les motifs, tissé et taillé de 213 kimonos célébrant la diversité du monde. Capture d’écran YouTube / compte Imagine One World KIMONO PROJECT

Malheureusement occultés pendant les cérémonies, 213 kimonos ont été créés aux couleurs de chaque pays participant ! Sous l’égide du designer Yoshimasa Takakura le collectif Imagine One World Organization a travaillé pendant 4 ans pour véhiculer un message de paix et d’unité mondiale par un des emblèmes du Japon, le kimono et sa ceinture large nommée obi. 213 kimonos pour 206 nations, car, par exemple, la France est représentée par deux kimonos :

L’Hexagone est sobrement figuré par des brassées de fleurs de lys, symbole de la royauté, dans des bouquets d’inspiration impressionniste. Capture d’écran YouTube / compte Imagine One World KIMONO PROJECT
La Polynésie française a droit à son propre kimono avec ceinture aux motifs mélanésien. Capture d’écran YouTube / compte Imagine One World KIMONO PROJECT

Les photos et informations de ci-dessus sont de cette page du Figaro.

L‘ONG à l’initiative de ce superbe projet s’inspire au quotidien de Imagine :

‘You may say I’m a dreamer
But I’m not the only one
I hope someday you’ll join us
And the world will be as one’
JOHN LENNON

Les kimonos gracieusement portés (photo de la page Facebook de Imagine One World)

Y aura-t-il une initiative à la hauteur dans le monde textile pour les J.O. de Paris 2024 ?
Seriez-vous partantes pour vous mobiliser ?
Auriez-vous des idées ?…
Puisque notre pays a une forme hexagonale, l’hexagone pourrait être une base de réflexion pour célébrer une mosaïque mondiale unie par l’art et le sport ?
Mais nous sommes si riches culturellement que d’autres idées peuvent émerger…
Avoir des projets, ça entretient le moral !

Décidément, les Jeux Olympiques m’inspirent bien plus que je n’aurais pensé !
Déjà pour Sotchi...

.
A très bientôt, toujours dans notre monde de couleurs, de création et de joie, malgré tout !
Katell

Vous avez peut-être lu cet article samedi dernier : j’avais fait une fausse manip’ alors que je programmais cet article et je l’ai publié par erreur ! Toutes mes excuses. Cette fois-ci, il ne disparaîtra plus !

Voyage textile : à vol d’oiseau

Je vous avais promis de vous annoncer le gagnant des Oiseaux de Lacaze créé par nous, les Abeilles, et quilté bénévolement avec maestria par Je Quilte Pour Vous (Chantal Baquin), pour la tombola des Journées textiles à Lacaze. Samedi dernier, lors de l’Assemblée Générale des Amis du Château de Lacaze, une main parfaitement innocente a tiré au sort l’attribution des lots.

Dans vos groupes, dans votre famille, dans vos clubs, y a-t-il une personne « qui a trop de chance », qui est une habituée des tickets gagnants ? Eh bien dans la Ruche, il se confirme que notre chère Maïté est bien l’Abeille chanceuse, car c’est bien elle qui a gagné le quilt tant convoité !

Je suis évidemment ravie pour elle… et pour moi ! Car nous pourrons encore en profiter, le montrer de nouveau à l’occasion, et en faire de jolies photos car, dans la précipitation des préparatifs, nous l’avions oublié…

Nous avons surtout des photos du top, et pas du quilt… Nous pourrons y remédier prochainement 🧵😁

Les petits oiseaux vont donc rejoindre leur nid, chez une Abeille… Quelle joie !

A demain, pour admirer des sportifs !
Katell

Voyages textiles en France

Bonjour,
Bienvenue dans le blog
des petits & grands voyages
avec les textiles !

Cela m’enchante de vous écrire de nouveau, même si je sais que des quilteuses s’éloignent de leur ordi pendant ces mois estivaux. Plusieurs expositions, en cours ou annoncées, nous offrent une promesse de bien-être, car retrouver des quilteuses fait tant de bien ! Les expositions reprennent donc, plutôt timidement malgré tout, car c’étaient des préparatifs dans l’incertitude, tout comme nous l’avions expérimenté lors des Estivales de Lacaze (Estivales 21) en juin dernier. J’ai relevé quelques annonces sur Facebook que je relaie ici : si vous vous trouvez dans les parages, je vous les recommande chaleureusement.
Puis, une expo qui m’a enchantée vendredi dernier… En route !

En Alsace

La très talentueuse – et si chaleureuse ! – Michelle Braun organise cette exposition dans le nord de l’Alsace les 14 & 15 août, je suis certaine que des merveilles seront exposées !

Dans la Drôme

Exposition d’arts & artisanats dans la Drôme jusqu’au 15 août avec Elsa Boissier.

Balade en Aveyron, vers Lacapelle-Bleys

Vendredi dernier, pas de réunion d’Abeilles de la Ruche des Quilteuses car la plupart passent de précieux moments avec leurs enfants et/ou petits-enfants. J’ai donc pris la route avec mon mari, une de celles que nous connaissons presque par cœur, dans l’Ouest aveyronnais.

Les villes principales sont à taille humaine. Rodez, avec sa cathédrale en grès rose, se voit de loin, et le musée Soulages attire chaque année de plus en plus de visiteurs (revisité en 2019). N’oublions pas pour autant la promenade dans la vieille ville, très agréable ! L’autre pôle urbain, plus près du Tarn-et-Garonne, est Villefranche-de-Rouergue, à l’opulence médiévale presque intacte. Il faut y aller le jeudi matin, pour son marché !

A Villefranche-de-Rouergue, le marché s’étend sur plusieurs places et rues adjacentes. Il y règne comme un air provençal, dans un cadre médiéval splendide.

Les très beaux villages sont nombreux dans le coin, citons les perchés comme Belcastel ou Najac, ou bien les bastides sur terrain plat, avec des places accueillantes, aux galeries ombragées avec de belles arcades, comme Sauveterre-de-Rouergue ou Villeneuve d’Aveyron (n’y manquez pas le Musée de la Photographie et les très nombreuses photos de Jean-Marie Perier, qui vit dans ce village !).

Mais ce vendredi, le cœur de notre sortie se trouvait à Lacapelle-Bleys, pour une exposition d’arts textiles, dans le sens le plus large du terme, organisée par l’Aiguille Magique avec la formidable Mijo Bessac.

Il est trop tard pour s’inscrire au stage de broderie d’or ! Les participantes au stage de stumpwork sont rentrées absolument enchantées… nul doute que les stagiaires de mercredi prochain le seront aussi.

La vitalité du village fait plaisir à voir. Il est situé au cœur d’un des vallons du Ségala, fertile région où l’agriculture raisonnée prend le dessus. Fait rare en août, pas de paillasse jaunâtre brûlée par le soleil mais des verts tendres printaniers, à la faveur des pluies récentes !

Le Ségala, une belle campagne où, souvent, les haies sont préservées  © P. Geniez

Si je vous disais que de jeunes couples, lassés de la vie citadine, s’installent ici à Lacapelle-Bleys, séduits pas la qualité de vie ? Mais oui, le Covid a renforcé la tendance déjà perceptible quelques années auparavant. Les écoles ne ferment plus dans le coin !

Souvenir : le club de l’Aiguille Magique en 2010, photo parue dans La Dépêche du Midi

Mijo et ses amies ont traversé elles aussi de douloureux moments ces derniers temps. La solidarité entre amies signifie bien quelque chose ici aussi et nos groupes sont de précieux soutiens, en particulier dans ces moments chaotiques où l’empilage de mauvaises nouvelles pèse lourd.

Un Passacaglia, sublimé par le choix d’un batik parfait pour le fond, attire irrésistiblement l’œil !
Le thème des Quatre Saisons…

Les divers thèmes de l’exposition ont été bien souvent transmis par internet ces derniers temps, mais cela a titillé la créativité de certaines ! Dans cette grande salle, vous admirerez du patchwork, mais aussi d’autres travaux d’aiguilles parmi lesquels l’utilisation modernisée de la broderie Richelieu. Oui, la broderie est aussi à l’honneur à l’Aiguille Magique et nos gentilles sorcières ont des doigts de fées ! Outre la qualité des ouvrages, on sent la cohésion du groupe dans cette exposition.

Ce très beau tableau comporte des pivoines appliquées de manière traditionnelle (à la main, avec rentré minutieux) et des broderies raffinées, donnant une composition intemporelle.

A côté de l’exposition de l’Aiguille Magique se trouve celle des broderies afghanes (association Guldusi menée par Pascale Goldenberg) déjà vues à Lacaze, mais la disposition différente permet de les découvrir autrement. Et, toujours, sont disponibles des petits trésors brodés à s’offrir ! Une pensée pour ces femmes dont le quotidien ne va pas s’améliorer avec l’avancée des Talibans, et c’est un euphémisme. Espérons qu’elles pourront garder quand même leur activité salvatrice de broderie, et que Pascale Goldenberg pourra continuer à les faire arriver jusqu’à nous.

Mijo m’a montré ce qu’elle aime faire en ce moment : de la peinture à l’aiguille ! A partir d’une photo de jardin (vous en trouvez de très belles dans les magazines Mon Jardin Ma Maison, l’Ami des Jardins, etc.), elle se lance, recompose les harmonies… Quelle virtuosité ! Son fil de prédilection est le fameux Fil au Chinois pour dentelle. Voici un exemple de tableau à l’extraordinaire finesse (le préféré de mon mari !) :

Et ce n’est pas fini ! Au fond de la cour de l’école, on découvre un artisanat indien bien particulier. Nous avions admiré l’art des impressions au tampon avec Neelam dans le Gujarat (Nord-Ouest de l’Inde), nous apprenons ici l’art du kalamkari, autre technique millénaire, où des dessins sur toiles de coton sont créés à main levée au kalam ou calame (bambou taillé), ici dans le Sud-Est de l’Inde, à Kavali près de la côte de Coromandel, là où mouillaient les navires venus d’Europe…

La Maison Bleue à Kavali, centre de soins créé par André Mâge

Cela a commencé par un Français, André Mâge, arrivé en Inde au début des années 2000 pour construire une entreprise de confection de vêtements en coton, avec le désir d’appliquer les valeurs du partenariat social et des rémunérations justes. L’état sanitaire lui a sauté à la gorge lorsqu’il est intervenu après le tsunami de 2004 dans l’État du Andhra Pradesh et son chemin de vie s’est tourné vers les soins de la population, en particulier les personnes atteintes du SIDA. HELP Kavali India est né, sa femme Catherine y a créé parallèlement HKKK (en français Manufacture créative de Kavali) où des femmes retrouvent l’espoir dans un contexte socio-sanitaire dramatique. Salariées et soignées, elles apprennent les techniques et créent, sans aucune connaissance culturelle antérieure, des scènes splendides sur support textile. Vous en apprendrez beaucoup plus en discutant sur place avec Catherine, ou en vous rendant sur sa page Facebook, ou encore en allant dans son magasin à Villefranche-de-Rouergue.

Exemple de toile dessinée et peinte : la séance de coiffure, par Kalyani. Comme pour les impressions de Neelam, toutes les couleurs sont obtenues avec des produits naturels, le coton est non blanchi, le mordançage (étape préalable à la peinture) puis la fixation sont faites « comme avant », selon les connaissances traditionnelles indiennes.
Catherine Mâge est ces jours-ci à Lacapelle-Bleys, mais vous pouvez la rencontrer toute l’année à Villefranche-de-Rouergue, dans son magasin situé 21 rue Alibert à Villefranche-de-Rouergue (12). Photo La Dépêche

Vous avez peut-être déjà rencontré Catherine Mâge et ses kalamkaris, elle est régulièrement invitée dans les manifestations textiles ! Les ventes en France permettent de couvrir 50% des besoins sur le terrain, soit le soin apporté à plus de 600 patients et leur famille, et près de 30 salariés. De nouveau, nos petits achats-coups de cœur apportent un réel soutien à d’autres femmes.

Mille mercis Mijo pour ton chaleureux accueil,
sans oublier tes amies brodeuses et quilteuses très sympathiques !
Espérons nous revoir bientôt…
Oui, bientôt, en Alsace !!

En Alsace, j’expose !

Pour être exacte, j’expose Le Temps sous toutes ses Couleurs, la sélection de quilts météo 2020 🌞

Le Carrefour Européen du Patchwork met tout en œuvre pour que la fête soit belle, nous leur faisons confiance ! Les programmes des expos et stages sont à votre disposition sur leur site, ainsi que la billetterie. Faites-vous plaisir, allez en Alsace cette année malgré tout !

Le Carrefour Européen du Patchwork, c’est par ici !

On ne peut mettre sous silence les questions sanitaires. A chaque fois que nécessaire, le sujet est mis à jour par ici.

J – 39 !

A très bientôt pour une actualité presque sportive,

Katell

Post-scriptum pour les quilteuses lectrices du Patch d’Oc. Le Patch d’Oc est le bulletin trimestriel des délégations France Patchwork de l’ouest de l’Occitanie (ex-Midi-Pyrénées). Pendant de longues années, il fut largement écrit et mis en page par Suzanne Sirvent, une amie chaleureuse, sympathique, à la grande culture, qui était aussi correspondante de La Dépêche du Midi dans le sud du département. Je l’ai connue membre de la délégation FP31 avant la mienne et nous entretenions des liens d’amitié et de respect mutuel. Sa ténacité, son courage lui ont fait traverser maints orages de la vie.

Nous pouvons retenir d’elle cette belle photo largement diffusée dans la presse régionale, avec sa jolie veste en patchwork.

Elle est partie d’une manière dramatique. Souhaitons qu’elle repose enfin en paix.

Lectures estivales et chemins de traverse

Pour ce dernier post de la saison, voici de nouveaux livres acquis, lus, et que j’ai offerts parfois autour de moi lors de récents anniversaires. Pour moi, pas de bonnes vacances sans de bons livres ! Musarder à l’ombre en s’évadant, loin ou pas… Voici donc des romans, un récit, un essai et une BD.

Nous avons un seul trésor, les 26 lettres de l’alphabet.
Sylvain Tesson à La Grande Librairie, le 30/06/21

Lectures bretonnes

Avec mes deux sœurs ex-parisiennes redevenues bretonnes, une nostalgie soudaine m’a envahie et je me suis divertie avec deux romans ayant lieu dans la mystérieuse forêt de Brocéliande.

Brocéliande qui, dans les temps immémoriaux,
recouvrait une bonne partie de la Bretagne…
Lynda Guillemaud

Les Bretons tiennent fort à leur culture et la littérature régionale se porte très bien ! Alors sont venus à moi deux livres, deux romancières. L’une est Bretonne, l’autre pas, toutes deux ont simplement été envoûtées par les forces de la nature… Vous pouvez donc lire, sans en attendre plus qu’une agréable balade chez les Bretons :

Et vous y trouverez peut-être bien plus que ce que vous pensiez ! Quand la forêt est un personnage de roman et les hommes, les femmes, pas toujours ce qu’ils prétendent être… ni les chats d’ailleurs.

S’il y a bien deux choses sur lesquelles l’homme n’a aucune prise,
c’est le temps qu’il fait et le temps qui passe.

Pourquoi faut-il toujours réfléchir au drame hypothétique
quand sur l’instant ne se pose que la question de la joie ?

Écoute ton instinct, il est là le génie humain.

Son Dieu à elle se cachait dans les arbres,
dans les herbes, dans le soleil et dans la pluie.

Agnès Ledig

La féline du Sage

Dans les maisons de Brocéliande, des chats, toujours des chats… A propos de chats, avez-vous lu Le Chat du Dalaï-Lama et ses suites ? C’est un roman à la fois très amusant et initiatique, sur la voie de la connaissance du bouddhisme. J’ai été absolument conquise ! Paroles de la chatte du Dalaï-Lama, sa petite lionne des neiges :

Trop penser à soi est cause de beaucoup de souffrances, a dit le dalaï-lama. Inquiétude, dépression, ressentiment, crainte, tous ces symptômes sont aggravés par un trop grand souci de soi. Le mantra Moi, moi, moi n’est pas une panacée.

Il y a quelque chose de très satisfaisant quand on peut faire ce qu’on aime vraiment et être apprécié par les autres.

La meilleure façon de réaliser son propre bonheur est de faire le bonheur des autres.

Le Dalaï-Lama était absent ; malgré tout, sa présence était palpable, elle se manifestait partout, réverbérant son message : ma religion est la gentillesse.

Un rafraichissant délice de David Richie, des perles de sagesse enfilées avec légèreté par cette petite boule de poils aux yeux saphir…

A Paris

Autre romancière, parmi les plus connues, Tatiana de Rosnay : elle a dépoussiéré ce roman écrit en 1990 resté dans ses tiroirs, période proche et si lointaine, une vie sans portable ni internet… Je lis tous ses romans, j’ai beaucoup aimé celui-ci aussi, Célestine du Bac ! Souvent Tatiana s’approche de l’univers d’un autre écrivain, cette fois-ci c’est Émile Zola. Un bonheur, même si j’aurais aimé encore plus de liens littéraires dans le récit. L’amitié sincère entre un jeune homme qui se cherche et une femme de la rue illustrent à merveille la belle phrase de Saint-Exupéry :

On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.

Les deux personnes s’apprivoisent, deviennent uniques l’une pour l’autre… encore un clin d’œil à Saint-Ex ! Et l’humour à l’anglaise pimente cette très belle lecture, dans ce passé proche.

Frank Thilliez a lui aussi misé sur 1991, pour un polar sans smartphone… mais je ne l’ai pas encore lu. La nostalgie d’un temps récent est un refuge évident, après l’année chaotique que nous venons d’endurer.

Nous avons des problèmes, avons-nous des solutions ?

Après du rêve et de la nostalgie, les livres suivants sont axés sur nos problématiques actuelles, comme un fil rouge en traversant la campagne presque intacte du Massif Central, en réfléchissant sur les positions plutôt positives de spécialistes sur la démographie galopante ou le péril climatique, en se demandant si des animaux nous sauveront, et finalement en restant forcément inquiet devant l’immobilisme des décideurs…

Le Chemin des Estives m’a happée en librairie, simplement parce que j’aime les récits de voyageurs non conventionnels le long des chemins de traverse. C’est ici un mois de traversée du Massif Central, si beau, si sauvage, dans des conditions bien particulières : le narrateur n’a pas choisi son compagnon de route et n’a pas un sou en poche. Pourquoi ? C’est une épreuve du noviciat pour devenir Jésuite ! J’ai trouvé ce postulat de départ complètement anachronique, en 2019… En creux, traverser cette France peu changée, rencontrer des personnes qui se préservent du monde actuel, invite à la réflexion sur ce que nous souhaitons préserver dans la mutation de notre monde.

A part les convictions religieuses opposées – l’un catholique fervent, l’autre athée – Charles Wright ressemble fort à SylvainTesson ! Clin d’œil de la vie, chacun est fou de Rimbaud et Tesson vient de sortir Un Été avec Rimbaud… pas de hasard ! Une belle lecture, une ode à la vie poétique et un regard sur les justes valeurs de la vie. C’est parfois long un mois, à admirer les vaches paître sur son chemin et observer la pauvreté évangélique ! Mais le récit est émaillé de belles réflexions qui rendent la lecture inoubliable.

Comment bien vivre la fin de ce monde. Tel un faux Candide, Marc Welinski s’inquiète de l’avenir à moyen terme, après avoir lu notamment le remarqué Comment tout peut s’effondrer, de Pablo Servigne & Raphaël Stevens. Toutes les données additionnelles, les informations, abondent dans le sens du péril imminent à bousiller les océans, le climat, la biodiversité, la qualité de vie etc. en quelques dizaines d’années. Comme moi, il se souvient de René Dumont à la TV avec son pull rouge et son verre d’eau, lors des Présidentielles de 1974. Depuis, tout s’est empiré et il semble que nous ne faisons toujours rien, ou bien trop peu, en tout cas pas assez ou mal.

Faux Candide, pourquoi ? Parce que l’auteur fait sa liste d’inquiétudes et va voir quinze spécialistes pour établir un constat réel et une vision de l’avenir. Certains noms sont connus du grand public, d’autres pas. Les interventions ont un intérêt variable à mes yeux (Alain Minc ne m’apporte pas grand chose) et certaines réflexions, notamment de physiciens, sont ardues pour moi. J’ai pourtant apprécié le résultat de ces entretiens qui rend l’avenir potentiellement plus lumineux que le postulat de départ ; l’éclaircie de l’horizon est fondée sur le génie humain, son bon sens, le détachement croissant des dogmes religieux et intellectuels qui peuvent aider à devenir lucides et actifs…

Je suis d’accord avec le constat que beaucoup de solutions viennent de la base, du peuple qui montre qu’avec sa sagesse populaire et sa résilience, il porte plus de confiance dans l’avenir que les élites et, surtout, il AGIT. Les nouvelles organisations au niveau local (associations, AMAP…) prouvent que s’en sortir va avec la créativité au niveau local, la débrouillardise, l’amour de la vie et de ses proches. L’éducation des enfants est incontournable dans ce sens. Mais que font les pouvoirs publics pour donner les justes impulsions, indispensables pour s’en sortir vraiment ?

A vrai dire, je ressens bien cette vitalité qui vient de nous, mais je suis bien moins optimiste globalement que ce Candide et ses amis spécialistes…

Respirons avec Le Pouvoir des Animaux, le dernier Van Cauwelaert. Respirons… tant que l’air est encore disponible ! Parfois moqué parce qu’il ose croire dans les forces occultes, moi je suis toujours conquise par cet écrivain. Ce nouveau roman est une belle lecture estivale, n’hésitez pas ! C’est l’un de ses meilleurs, lisible par tous avec facilité. Tel La Fontaine, Van Cauwelaert fait parler des animaux pour mieux comprendre les hommes…

J’aime son écriture vive et simple avec, toujours, un fond sérieux, une approche scientifique, ici la destruction de l’harmonie du monde qu’on nomme évolution, et de possibles solutions, tirées de nouveau du génie humain, avec la bienveillance des animaux !!

Au moment où on ne sait toujours pas exactement comment est arrivé le covid19 dans nos vies, mais certainement du monde animal, notre survie sera-t-elle tributaire d’animaux, de la manière la plus curieuse qui soit ??

Terminons avec Les petits Pas ne Suffisent Pas, dessiné et écrit par Muriel Douru, en collaboration avec Nicolas Hulot. C’est une bande dessinée de 192 pages qui retrace la vie du médiatique ex-journaliste, ex-ministre. Parfois décrié, moqué, je lui crédite une sincérité touchante, une confiance qui confine à la naïveté, mais chaque épreuve lui apprend quelque chose. Sa dernière naïveté fut de croire qu’il pourrait changer les choses sous la présidence de E. Macron ! Cette BD est très complémentaire de l’entretien Hulot/Lenoir intitulé D’un monde à l’autre, le temps des consciences (voir cet article Un an après, le blues ?)

Gardons avec Hulot une once d’optimisme pour passer un bel été, malgré tout…

L’utopie, c’est simplement ce qui n’a pas encore été essayé.

L’émerveillement [de la nature, pendant les années Ushuaia]
est le premier pas vers le respect et un premier indice de conscience.

Notre mode de vie actuel, basé sur une insatisfaction constante,
ne peut s’éterniser sur une planète limitée,
au risque de la rendre invivable avant la fin du siècle.

Nicolas Hulot

Moi la première, je crains de souffrir de mesures annoncées dans la métropole toulousaine : ma « vieille » voiture, bien qu’économe et en parfait état, ne pourra plus rouler en 2024… Je me considère pourtant comme consommatrice très raisonnable avec le potager de mon mari en permaculture, notre soin à diminuer les emballages et nombre d’autres mesures au quotidien. Le défi est de simplifier sa vie pour alléger sans trop de souffrances nos consommations polluantes. Mais c’est aussi une question d’échelle, il faut d’abord s’attaquer aux plus grands postes pollueurs et destructeurs mondiaux puis organiser des transitions intelligentes. Pas facile, mais faisable en favorisant le local, en revenant à des pratiques plus raisonnables…

Gaëlle sourit avant d’ajouter que dans « désespoir » on entend des espoirs…
Agnès Ledig

Chemins de traverse en Aveyron

Avant de nous quitter, prenons un chemin très peu fréquenté de l’Aveyron, emprunté mardi en famille. Il ne faisait pas bien beau mais nous avions envie de respirer l’air du Rougier, au sud de ce grand département. Ce coin est connu pour sa terre rouge tirant sur le grenat, les maisons sont de ce grès typique ; la terre est pauvre et les brebis s’en contentent, procurant le lait dont on fait le Roquefort, un peu plus à l’est. Si vous saviez tout ce qu’on peut y découvrir d’insolite !! Mais non, je me tais, pour qu’il n’y ait pas une avalanche de touristes ! Cela restera juste entre nous… Nous y trouvons toujours de nouveaux villages à visiter, de nouveaux paysages, et cette fois-ci, à Sylvanès la bien-nommée, avec sa sylve de hauts arbres, nous avons vécu un sacré dépaysement : nous voilà soudain en Russie !

Une église orthodoxe russe fut fabriquée par des charpentiers en Russie, puis démontée, transportée en train, remontée ici en 1994. Un jeune Frère orthodoxe nous y accueille fraternellement.
Paysage qui ne dépare pas avec l’idée qu’on peut se faire de la Russie

Pourquoi un tel site ? Dans le même village se trouve une belle abbaye cistercienne du XIIe siècle et au moment de la Perestroïka (début des années 1990), des liens soutenus se formèrent entre l’Église orthodoxe et l’abbaye au cours de rencontres spirituelles. Ainsi est né le projet d’une église russe en Aveyron, construite dans la pure tradition du VIIe siècle ! Sa construction fut l’occasion d’un rapprochement et d’une exceptionnelle fraternité entre les artisans et artistes russes et aveyronnais.

Voici l’intérieur, chaleureux grâce au bois, coloré grâce à de nombreuses reproductions d’icônes, avec une salle principale et de nombreuses « chapelles » (les nomme-t-on ainsi ?) :

Je ne vous aurais pas parlé de cette visite si je n’y avais découvert quelques textiles intéressants !

Un top rouge et or cousu en Russie est accroché devant une fenêtre, écrin insolite d’un Christ !

Dans un coin, une œuvre d’art textile a retenu mon attention, signée Renée Andréini, qui gagna le 2e Prix des Amis de la Crèche en 2011 à Nice (06). Si vous la connaissez, vous pouvez lui dire que son œuvre est en de bonnes mains en Aveyron !

Nativité, Renée Andréini-Lieutaud

Les lieux les plus insolites me ramènent bien souvent, comme un fil invisible, à une de mes passions, le patrimoine, la nature, la lecture, les arts textiles… que je continuerai de partager avec joie après une pause estivale !

Bel été, avec ou sans voyages, avec ou sans lectures et projets de patchwork !
Restons prudentes malgré tout, tout en cultivant la joie de vivre et la curiosité,
Katell

Estivales de Lacaze 2021 – Une mer cousue de couleurs

Initialement, la Ruche des Quilteuses devait exposer au Temple de Lacaze (81) cette année, mais pour y laisser l’exposition déjà prévue en 2020, on nous a attribué une « nouvelle » salle : l’église du village, Notre-Dame de Lacaze. Elle se trouve face au château, près de la mairie, avec une statue inattendue de Jeanne d’Arc au-dessus du portail :

Je n’y étais jamais entrée auparavant et n’avais aucune idée des possibilités d’exposition. Cécile Milhau nous avait parlé de lambris en bois permettant l’accrochage de petits quilts, d’un filin en hauteur pour ajouter quelques grands quilts… En toute décontraction, nous vînmes le jour de l’accrochage, nos coffres remplis de quilts et de baguettes, 2 escabeaux en prime. Nous découvrîmes une église un peu endormie, mais bien mignonne et visiblement rénovée par des travaux successifs.

C’est ici ! Au centre de l’Occitanie, bien sûr nous sommes bilingues 😊

Au fur et à mesure que nous installions nos quilts dans l’église, nous nous y sentions de mieux en mieux, comme si nous nous apprivoisions mutuellement. Je me suis rendu compte que les statues de chaque Saint de l’église renvoyait à une de mes tranches de vie, comme Sainte-Germaine de Pibrac, moi qui vis dans cette petite ville depuis 26 ans, ou la rare Sainte-Philomène alors que j’ai vécu rue Sainte-Philomène à Toulouse, et je pourrais continuer le jeu des correspondances, mais cela devient très personnel et sans intérêt pour vous !

Terminons avec l’architecture et l’art religieux de notre salle : plusieurs visiteurs du dimanche étaient des enfants du pays venus voter, et ils nous racontaient leurs souvenirs, le plus souvent leur mariage en ces lieux mêmes. Ainsi avons-nous appris que la voûte dont nous admirions le travail d’ajustement des pierres était peinte jusqu’à un passé relativement récent. Le plafond était plâtré, peint en bleu et parsemé d’étoiles comme souvent en Occitanie, puis fut ajoutée une Vierge. Le voici dans son état actuel, débarrassé du crépi, tel que nous l’aimons :

Vue sur la voûte du chœur de l’église, pendant la présentation de la conteuse Martine Viala.

Nous avons pris nos marques :

Le logo de ce blog, signé Kristine & Éliane, accueillait les visiteurs. La Ruche des Quilteuses, c’est ce blog, et aussi un groupe de 10 amies de l’Ouest toulousain. Notre groupe a été invité par Cécile Milhau à exposer cette année à Lacaze.

Le dimanche, sous les arcades de la mairie, à droite de l’église, se trouvaient Les Amis du Château avec les billets de tombola permettant de régler les frais des Estivales (1er Prix : les Oiseaux de Lacaze, quilté par Je Quilte pour Vous, le top est magnifié par un matelassage machine fantaisiste, inventif et parfait de Chantal Baquin !) et Neelam, nos amis aux tissus indiens artisanaux :

Pour rendre une longue histoire courte, c’est au cours des préparatifs de l’exposition, le lundi précédent, les quilts étalés sur les bancs, que j’ai eu l’idée d’y déployer nos plus grands ouvrages, comme cela se fait parfois en Amérique du Nord. Quelle aubaine d’avoir des bancs au lieu de chaises !

La mer de quilts ondulant sur les bancs a valu bien des Oh ! et des Ah ! de surprise !

Nous avons compté et recompté, nous avons pu exposer exactement 70 quilts, faits en trois ans, par nous dix. Et la présentation des quilts a suscité autant d’intérêt que les ouvrages eux-mêmes. L’effet était très intéressant, c’était une nouveauté dans le monde des expositions, du moins dans la région, à ma connaissance.

Un peu par paresse, beaucoup par conscience de leur relative inutilité dans ce cas précis, nous avons décidé de ne mettre aucune étiquette, mais les Abeilles étaient présentes en nombre pour manipuler les quilts pour mieux les montrer, pour attribuer à la bonne quilteuse chaque ouvrage, et surtout pour partager la joie de se (re)voir, même avec masque !

Nous avons pu regrouper un bon nombre de quilts faits pour BeeBook (y compris des quilts recalés, mais oui c’est arrivé pour diverses raisons !), puis rassembler nos nouveaux challenges : 7 Diabolical Jane sur les 8 faits par notre groupe et 8 à 9 Quilts Bavards (le dernier est arrivé dimanche), séries accompagnant nos quilts personnels très variés. La plupart des quilts furent présentés sur ce blog, mais nous en avions bien une quinzaine d’inédits que je vous montrerai en détail à la rentrée.

Avec les photos que je vous présente, on pourrait croire que personne n’est venu, l’église étant bien vide… c’est que lorsque nous avions de la visite, et ce fut tout au long des deux journées, nous étions trop occupées par l’accueil et nos discussions pour faire des photos !

Brigitte, notre chère Abeille de Dubaï, est de retour parmi nous ! Elle nous a bien fait rire, débarquant en tee-shirt et bandeau en imprimés Abeilles ! Elle présente ici un quilt moderne, sans molleton, en appliqué à cru (thermocollé) d’une réjouissante fantaisie, d’après un modèle de Laura Heine (Montana, USA). Tous ses quilts exposés ici sont quiltés machine et appliqués avec cette technique, quel changement de style ! Photo de notre amie Suzy ❤

Plusieurs personnes ont acheté BeeBook (livre de patchwork créatif édité par les Éditions France Patchwork), d’autres ont apporté leur exemplaire pour une petite dédicace. L’une d’elles prend particulièrement soin de son livre, admirez l’œuvre de la brodeuse :

J’ai été réellement touchée de voir cette belle pochette protectrice. Et c’est d’une personne que j’aime bien sur les réseaux sociaux, elle est toujours mesurée, agréable. Maintenant que nous nous sommes rencontrées, nous nous apprécions d’autant plus ! Et ce furent de multiples autres belles rencontres tout au long du week-end…

Nous avons exposé les deux derniers quilts que Kristine ou moi avaient créés et expliqués pour Les Nouvelles (magazine de France Patchwork). Nous dix sommes toutes membres de France Patchwork depuis des années et d’ardentes supportrices de cette association indispensable !

J’ai aussi exposé un de mes quilts préférés, celui du premier confinement, Ensemble malgré Tout. C’était précisément le titre du challenge sur les couleurs du forum FP (sur Facebook). Je l’avais déjà fait sur plusieurs ouvrages, j’ai piécé le titre pour rendre le quilt « bavard ». Le voici avec un ouvrage sur ce même thème, à 8 panneaux assemblés verticalement, très minutieusement travaillé par Christine, une visiteuse experte en art textile. Même projet, deux réalisations complètement différentes :

Bravo Christine du club de la Courtepointe de Castres ! (voir commentaires)

Je reviendrai sur ce que nous avons appelé les quilts bavards à la rentrée, notre amusement de ce début d’année 2021, mais vous pouvez déjà les voir en visionnant les deux vidéos de Kristine qui a fait le tour de l’expo samedi, armée de son smartphone. Bonne visite virtuelle et à bientôt pour le dernier article de la saison !

Vidéo 1

Vidéo 2

A très vite pour quelques lectures estivales !
Katell

Encore merci à toutes celles qui ont posté des photos sur Facebook ou m’ont envoyé des fichiers, j’ai largement pioché dans vos trésors !

Estivales de Lacaze 2021 – Au Château, des merveilles !

Bien sûr, il n’y aura jamais des milliers de personnes se précipitant à Lacaze fin juin. Ce serait impossible, ce n’est pas le but non plus. Les quelques centaines de personnes qui se déplacent ce week-end-là ne voudraient pas qu’il y ait autant de foule ! C’est un lieu qui a pourtant pris de l’importance, par la qualité des artistes qui exposent au Château chaque année et aux belles surprises réservées par les expos alentour.

Avec l’année blanche de 2020, il ne fut pas facile d’établir le programme de cette année, il a souvent changé. Mais depuis 2018, il était décidé que le Château serait dédié aux Filles du Rouvray ! Cela s’est passé simplement comme souvent, avec une conjonction de bonnes volontés.

Le patchwork est une langue universelle ! Betty Ford-Smith chez Christine Meynier, en juin 2018.

Je vous avais raconté ma visite chez Christine Meynier en compagnie de Betty. C’est ce jour-là que nous avons rêvé d’une l’exposition commune des intervenantes (vendeuses, animatrices…) du premier magasin de patchwork de France, Le Rouvray… et tout de suite, j’ai pensé au château de Lacaze ! Le rêve est devenu réalité, avec la complicité de Cécile Milhau bien sûr et l’organisation de Christine qui a recontacté toutes ses amies de longue date. Et pour moi, elles sont toujours jeunes et rock n’ roll, c’est pourquoi je me suis permis de dire « les filles » au lieu des « dames » du Rouvray, qui étaient toutes sous la direction de Madame de Obaldia.

Christine Meynier et Cosabeth Parriaud représentaient avec brio leur groupe d’amies, à l’intérieur sans masque juste pour la photo ! Elles sont gaies, gentilles, simples, elles ont tout des plus Grandes. Derrière elles, Le Temps qui Passe, de Christine, d’une richesse foisonnante et unique, une merveille de récup comme j’aime. A droite, un chef d’œuvre de la regrettée Soisick Labbens, qui fut sur la couverture d’un très ancien Quiltmania (avril 1998).
Les deux amies, châtelaines d’un jour, devant de merveilleux quilts de Cosabeth

Depuis 2018, le temps a passé, personne n’a rajeuni, mais l’envie restait ! Christine a réussi à réunir dix-huit quilts confiés par 7 Filles du Rouvray – ou leur famille – Soisik Labbens, Cosabeth Parriaud, Marie-Christine Flocard, Viviane Martin, Joëlle de Bailliencourt, Inès Travers et Christine Meynier. Elles représentent l’art du patchwork à la Française qui a éclos dans ce magasin parisien dirigé par une Américaine. Je suis une fidèle des musées, et je sais que dans cette exposition, il y a de vraies œuvres d’art, une créativité unique, une joie qui éclate, une ambiance qui jaillit de ces morceaux de tissus. Nous aussi faisons du patchwork, certains très beaux, mais la magie est là : plusieurs de ces quilts ont un petit plus indéfinissable, peut-être une âme !

Le château date de la Renaissance et a été remarquablement rénové ; ses murs de lauze d’un gris chaud (le fameux taupe des tissus japonais peut-être) met les quilts parfaitement en valeur.

C’est un vrai privilège de pouvoir exposer en ces lieux et l’année prochaine, ce sera UN artiste textile. Non, pas lui, oui, celui-ci (réponse l’année prochaine🙃😊).

La Farandole de Gonesse, Soisik Labbens, 1993 – Ce quilt avait été exposé pour la première fois à Jouy-en-Josas, en 1994 sur le thème de la toile de Jouy, et c’est à cette expo que j’ai découvert France Patchwork et m’y suis inscrite pour la première fois, car je vivais en Allemagne. Je ne sais plus comment j’avais eu connaissance de cette expo, peut-être dans un magazine allemand !

Que se passait-il aussi ce dimanche 27 juin en France ?
Longtemps on a cru que la grande salle, pleine de quilts d’exception, ne serait pas visible au public ce dimanche, les élections ayant lieu à cet endroit. Entre personnes de bon vouloir, l’entente a été trouvée avec M. le Maire et chacun avait son couloir de circulation. Ouf ! A gauche est accroché Frida de Joëlle de Bailliencourt, un des nombreux quilts tant admirés en 2018 chez Christine Meynier (alors encore sous forme de top).
Des quilts splendides dans un écrin magnifique !

Que dire de plus sinon que ces rencontres m’ont fait chaud au cœur, que nous nous sommes trouvées comme si nous nous étions amies depuis longtemps ? Ce week-end-là, il régnait à Lacaze un esprit de connexion entre les personnes comme jamais, plusieurs visiteuses m’en ont parlé ou écrit ensuite… Un effet fort désirable et inattendu des confinements ? Ou est-ce l’envoûtement du lieu enchanteur et enchanté ? Pour moi, cela tient aux personnes présentes, que de belles personnes sensibles aux énergies positives dégagées ces deux jours de fête !

La passion c’est l’énergie.
Ressentez la puissance qui se dégage
quand vous vous concentrez sur ce qui vous passionne.
Oprah Winfrey

Il ne peut y avoir de plus grand don
que celui de donner son temps et son énergie
pour aider les autres sans rien attendre en retour.
Nelson Mandela

Montons encore quelques marches dans ce beau château et nous découvrons… des tulipes ! Les tulipes ont une longue histoire (voir ici) et leur forme les rendent parmi les favorites des quilteuses… mais aussi des brodeuses afghanes, pour une série splendide !

Cette tunique est brodée par des quilteuses afghanes, en l’honneur de cette exposition thématique.
Comme pour les quilts de Rouvray,
je ne vous montre pas tout car l’exposition a lieu jusqu’au 18 juillet !
En revanche, les ventes de broderies ne se poursuivent pas. Mais avec les Salons qui reprennent, vous aurez d’autres occasions de vous en offrir !

Cette visite virtuelle des expositions du château de Lacaze vous a peut-être évoqué des souvenirs, car plusieurs de ces quilts sont devenus célèbres !

Les broderies afghanes, tout comme les quilts des Filles du Rouvray, sont exposés jusqu’au 18 juillet. La tombola pour gagner le quilt des Oiseaux de Lacaze (1er Prix) et autres beaux lots court toujours, jusqu’en août, vente des billets à l’entrée du Château.

Elle a donné envie aux Filles du Rouvray de faire peut-être une autre exposition ensemble, maintenant que les liens sont renoués… Elles nous le feront savoir !

Le temps file, profitons de chaque beau moment de la vie !
Katell

Estivales de Lacaze 2021 – Arts populaires

C’était, le week-end dernier, la première grande exposition de quilts en Occitanie depuis plus d’un an et demi, vous imaginez l’ambiance festive des rencontres et des retrouvailles, sous un ciel clément et une douce température !

Ce pont relie la partie du village avec le château et l’église à l’autre partie, avec le Temple. Combien de fois l’avons-nous traversé en 2 jours ?… Le spectacle est permanent, l’eau limpide suit son cours avec un bruit de fond qu’on oublie vite et qui apaise.

Le potager au bord du Gijou, riche en terre alluvionnaire, a fait l’admiration de tous !

The place to be, l’endroit où il fallait être pour se trouver au paradis des quilteuses, c’était Lacaze les 26 & 27 juin, dans le Tarn. La créatrice de cet évènement annuel est Cécile Milhau, dont vous pouvez lire le portrait par ici (Trois Occitanes/2), avec l’Association des Amis du Château et la Mairie, une belle équipe dédiée à la préservation du château et sa mise en valeur avec des expositions artistiques, et réciproquement 😊 Bon choix !!

Vu du pont, le château, avec ses bannières textiles made in Tarn ! Recouvrant parfois le clapotement de l’eau, les gazouillis des oiseaux prouvent que dans cette vallée tarnaise, la nature est encore respectée.

Cette année, trois lieux d’exposition se disputaient la vedette ! Commençons notre visite dans le Temple, qui vibra d’émotion en 2017 avec le Projet 70273 :

Retrouvez cette journée exceptionnelle par ici (Un océan d’émotion)

L’année suivante, c’étaient les Charm quilts d’Occitanie qui enchantaient les murs du Temple :

Week-end de charme à Lacaze

Cette année, les arts populaires y étaient à l’honneur. C’est d’ailleurs le lieu pour se poser la question : le patchwork est-il un art populaire ou élitiste ? Très clairement pour moi, les deux ! Nous savons que bien des quilts anciens furent faits de riches soies asiatiques et de brocards en Angleterre, de cotons coûteux en Nouvelle-Angleterre, mais en même temps, c’est le plus populaire des artisanats : partout où les tissus manquèrent, on rapetassa, on raccommoda, on récupéra les moindres fibres pour les assembler en patchwork et faire avec ce qu’on a…

Nous en avions de beaux exemples au Temple, d’abord des ouvrages sur le thème des jardins, dont plusieurs en art textile, le royaume de la récup’ artistique. Faire du beau avec trois fois rien… Bravo les Tarnaises ! De même, Joëlle Vétillard avait prêté sa Robe de Mariée Millefiori, faite de fleurs aux matériaux de récupération (tissus, fils, boutons, dentelles…), un beau travail de groupe encore une fois.

Une nappe, brodée par le club de la Courtepointe, a touché nos cœurs. Sur un tissu partiellement tissé en toile aïda (des carrés alternés) des prénoms étaient brodés, ceux des femmes assassinées par leur conjoint ou ex- en 2019 : aujourd’hui, nous avons un mot pour ça, les féminicides. C’est en témoignant comme ici, en faisant des campagnes-choc comme en Espagne, que bougeront les choses. Bravo Mesdames du club de la Courtepointe.

Beaucoup de tristesse et d’émotions dans ces fils croisés… Certaines fleurs n’ont pas de prénom, ce sont des victimes anonymes (souhait de la famille ou autre).

Ce qui a époustouflé les visiteurs, c’est la collection d’art populaire d’une Tarnaise, Nicole Maurel. Elle accumule depuis des années des trésors qui racontent la vie paysanne locale. Elle a inlassablement raconté les détails des us et coutumes d’antan… Un vrai bonheur !

Ces chapeaux sont associés de nos jours aux vendeuses de violette, ils protègent du soleil à la fois le visage et la nuque, de manière efficace et élégante. Leur usage en était bien plus développé, dans toute la campagne autour de Toulouse. Le berceau de ces chapeaux de paille est à Septfonds et Caussade (82) : ce sont les palholas occitans. De même, les canotiers de Maurice Chevalier venaient des mêmes artisans !

Dans cette exposition, nous trouvions à la fois des objets de la campagne, mais aussi des parures des femmes aisées de Castres, avec de splendides broderies blanches sur coiffes, des étuis d’aiguilles, des châtelaines, des lunettes et bien d’autres objets du passé :

Très émouvant aussi, voir des pantalons mille fois rapiécés, des jupons en patchwork de tissus foncés diversement rayés, des tabliers ravaudés, des chemises en genêts -très, très rêches- tissées quand vraiment plus rien d’autre n’existait pour faire du tissu, pendant la guerre… Et je n’ai pas pensé en faire des photos, tellement j’étais subjuguée par les détails prodigués par Nicole, intarissable ! Elle a acquis une fine connaissance au fil des ans, et son autre passion, la généalogie, lui donne l’occasion de trouver de nombreux documents qui enrichissent son savoir.

Nicole a porté à la connaissance de nombreux visiteurs la pratique ancienne de la déformation crânienne volontaire dans notre région, jusqu’à la première guerre mondiale. Impressionnant ! J’ai trouvé cet article qui traite bien ce sujet (déformation crânienne toulousaine) puisque la transmission de Nicole est surtout orale. Les arts populaires témoignent de la vie quotidienne, des croyances et pratiques parfois évanouies. D’opinions en croyances, ce qu’on pense juste de croire et de faire devient SA vérité. On ne sait plus ce qui menait les gens à déformer les crânes à Toulouse et dans le Lauragais : canon de beauté, croyance de protection contre des maladies ou des démons ?… Nous avons perdu la connaissance de leur « bonne raison » d’agir ainsi, ce n’est pourtant pas si ancien… Très étrange !

Avant de vous montrer les trois autres expositions dans un prochain article (Les Filles du Rouvray, Guldusi et La Ruche des Quilteuses), restons dans les arts populaires avec l’art de conter. Naguère à la veillée, les plus habiles racontaient des histoires, à force toujours les mêmes, des contes locaux ou familiaux dont l’origine se perdait parfois dans la nuit des temps. Régulièrement, c’était le marchand ambulant de passage qui apportait les nouvelles sous forme de bonnes histoires croustillantes provenant de toute la région ; ses récits souvent indiscrets étaient aussi importants que le bric-à-brac qu’il vendait, il était connu aussi sous le nom de colporteur. La profession a disparue mais le mot est resté !

Martine Viala, conteuse occitane, dans la belle église de Lacaze.

Une Lacazoise a charmé son auditoire dimanche à 15 heures dans l’Église, nous contant deux jolies histoires, la première étant La Broderie Merveilleuse, puis Les lavandières… Bien choisies ! Son bel accent chantant sonnait juste, ses mains virevoltaient avec grâce… Je ne suis pas étonnée qu’elle sache aussi conter en occitan, ça lui va bien ; elle fut invitée à l’automne dernier à Colomiers, lors des battages à l’ancienne, pour conter en occitan justement. Sa notoriété va grandissant et ce fut bien agréable de tisser des liens entre le fil de sa parole et les quilts qui l’entouraient !

Toutes ces présentations, à l’exception de la robe de mariée, sont à créditer aux valeureuses Tarnaises vivant tout autour de Lacaze ! Rendez-vous dans quelques jours pour vous montrer les expositions textiles des invitées qui viennent d’un peu plus loin et qui ont donné, elles aussi, le sourire à tous les visiteurs😊

Avec l’énergie emmagasinée à Lacaze,
avec toutes ces belles rencontres,
que la vie est belle !
A très vite,
Katell

Les photos sont d’amies qui me les ont confiées et/ou parues sur Facebook ! Merci…